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P R O D U I T S DES APOCYNÉES NON USITÉS E N FRANCE

Racine de Chanvre indien du Canada. — Cette racine est fournie par YA'pocynum cannabinum, L., plante des Etats- Unis, où elle est appelée Indian Hemp, comme le Chanvre indien.

Elle se présente en morceaux longs de 10 à li centimètres, gros comme une plume d’Oie. de couleur gris rougeâtre et marqués de stries longitudinales prononcées. Son odeur est forte, nauséeuse et sa saveur âcre et amère. Elle a une écorce assez épaisse et un méditullium blanc jaunâtre.

Cette racine figure dans la liste secondaire de la Pharmacopée des Etats-Unis. On la prescrit, en décoction, comme diurétique et diaphorétique, contre l’hydropisie et les congestions de l’utérus. Son emploi doit être surveillé; à haute dose, elle est fortement émétique et cathartique.

La racine amère de YAp. androsæmi folium, L.fDog' sbane et Milkioeed , des Anglo-Américains), est inscrite aussi sur la liste secondaire de la Pharmacopée des Etats-Unis, sous le nom de Dogbane ; on l’appelle encore Bitter-root. Elle est usitée, comme émétique et tonique, contre les affections chroniques du foie.

Ecorce d’Alyxia. — Cette écorce est fournie par Y Alyxia stellata,

R. et S., plante de la tribu des Plumériées (H. Bâillon). Par sa coloration, elle ressemble assez à l’écorce de cannelle, mais elle se présente en tuyaux plus petits, est fibreuse et possède une odeur de Fève Tonka Elle renferme de l'acide benzoïque (Holmes). On l’emploie, en Allemagne, contre la diarrhée chronique et contre les maladies nerveuses.

Pao-Pereira. — Les Brésiliens emploient, sous ce nom, l'écorce du Geissospermum Vellosii, F. Allem. (Tabernæmontana lævis, Vell.; Vallesia inedita, Guib.), arbre du Brésil tropical. Cette écorce est très fibreuse, mince, jaune et de saveur amère. Elle contient un alcaloïde toxique (Geissospermine ou Pereirine), qui abolit les propriétés de la substance grise et agit comme poison paralysant. A faibles 1 doses, la Péreirine est, paraît-il, un excellent fébrifuge, et ralentit les mouvements du cœur. Son action semble donc s’exei'cer sur l’élément fièvre.

Semences des Cerbera. — Les semences du Gerbera Allouai , L., du Brésil, du Cerb. Manghas L.,de l’Inde, du Cerb. Thevetia, L.,des

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Antilles, et du Cerb. venenifera , Steud., de Madagascar, sont très vénéneuses.

Celles du C. venenifera (Tanghinia venenifera, Poir. ; Cerb. Tanghin, Hook.) servent de poison d’épreuve, à Madagascar. Leur principe actif paraît résider surtout dans l’embryon. Henry y a trouvé unematière neutre, cristallisable, d'abord amère, puisâcre,non volatile, soluble dans l’eau, l’alcool et l'éther, matière qu’il a nommé Tanghine et qui est très vénéneuse. Selon Ollivier (d’Angers) ce poison tue par asphyxie. Des recherches plus récentes ont montré qu’il détruit l'irritabilité musculaire et paralyse les contractions cardiaques.

Inée ou Onaye. — Les Pahouins emploient, comme poison d’épreuve et pour empoisonner leurs flèches, l’extrait retiré d’une liane, que l’on croit être le Strophanthus hispidus, DG., ou une espèce voisine, qui habite la côte occidentale d’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’au Gabon et qui vit aussi à Sierra-Leone. Les fleurs de cette plante sont blanches au dehors, jaunes et tachées de pourpre en dedans.

Le fruit du Sir. hispidus peut atteindre une longueur de 50 centimètres. Ce fruit est dur, ligneux, brun noirâtre et marqué de nombreuses stries longitudinales, fines et parallèles. Il contient un nombre considérable de graines brunes, cylindro-coniques, longues d’environ 12 millimètres, épaisses de 2 millimètres, arrondies à la base, acuminées au sommet et pourvues de deux sillons linéaires, opposés, dont l’un est recouvert par une fine membrane fibreuse, brun clair, paraissant due à un prolongement du placenta. Le bec de la semence se continue en une arête, longue de 5 centimètres, brune en bas. d’un fauve doré en haut et qui va s’amincissant de plus en plus, de la base au sommet. Ce dernier porte un nombre très considérable de soies simples, semi-étalées, de couleur blond clair et qui sont disposées en verticilles serrés, autour de l’axe.

Polaillon et Garville ont étudié les effets toxiques de l’Inée. Ils ont employé, pour leurs expériences, une dissolution alcoolique d’extrait. Cette solution contenait 1 milligramme d’extrait, par goutte de liquide. Voici les résultats obtenus :

Une goutte de liqueur injectée dans les tissus arrête, en 10 minutes, les mouvements du cœur d’une Grenouille, qui meurt 30 minutes après. L’Escargot, qui est réfractaire à la

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Digitale, meurt au bout de quelques heures. Un Chien pesant 50 livres est tué, avec une dose de 5 à 10 gouttes. On a constaté que les fibres musculaires du cœur ont perdu leur contractilité, quand le cœur s’arrête, et que la contractilité musculaire est détruite, dans les parties en contact immédiat avec la liqueur toxique.

L’Inée, de même que la Digitale, exerce une action directe sur le muscle cardiaque, dont elle abolit la contractilité, sans provoquer d’altération sensible de la fibre musculaire et en laissant indemne l’élément nerveux. Elle paraît donc être un poison du cœur agissant de la même manière que la Digitale, l’Upas-Antiar, le Laurier-rose et le venin de Crapaud.

Hardy et Gallois ont extrait, des semences d’Inée, deux principes cristallisables : la Strophantine, obtenue de la graine et Ylnéine, retirée des aigrettes de cette graine. La composition de ces deux principes ne semble pas connue. Ils paraissent être de nature alcoloïde. Comme l'Inée, ils agissent sur le cœur, dont ils abolissent la contractilité, en même temps que celle des autres muscles. Ils s’accumulent dans le sang.

Racine de Gelsémium

La substanceemployée, sous ce nom, est constituée par la racine et le rhizome du Gelsemium sempervirens , Ait. (Bignonia sempervirens , L. ; Lisianthus sempervirens, Mill.î Anonymos sempervirens, Walt.; Gelsemium nitidum , Mich.; G. lucidum , Poir.), arbuste grimpant, qui habite les terres basses et le bord des fleuves, au sud des Etats-Unis et dans le Mexique. Ce Gelsemium porte de belles fleurs jaunes, odorantes, disposées en cymes axillaires. 1-5-flores, d’où les noms de Yelloio Jasmine (Jasmin jaune), de Wild Jessamine (Jasmin sauvage), de Carolina Jessamine (Jasmin de la Caroline) et sous celui de Woodbine (Chèvrefeuille) qu’on lui a donnés.

Le rhizome et la racine de Gelsémium sont toujours expédiés ensemble; souvent même ils sont accompagnés de débris

RACINE DE GELSEMIUM

des tiges aériennes, On les trouve en fragments, soit très petits, soit longs de 5 à 20 centimètres et réunis en masses compactes, fortement comprimées.

Les Tiges ont une couleur pourpre, une écorce très fibreuse, à fibres longues et souples. Elles offrent une cavité centrale, due à la destruction de la moelle,

Les Rhizomes ont de 1 à 3 centimètres de diamètre. Ils sont simples ou ramifiés, de couleur brun-jaunâtre clair, avec des raies longitudinales, de couleur pourpre foncé et portent quelquefois des radicelles grêles, longues et souples. Quand on les casse transversalement, on les voit composés d’une écorce fibreuse et mince, d’un bois brunâtre, traversé par des rayons médullaires inégaux, plus larges au voisinage de l’écorce et d’une moelle assez étroite, dont la couleur est plus foncée que celle du bois.

Les Racines ontde 1 àScentimètres de diamètre ; elles sont d'un jaune grisâtre, dépourvues de moelle, rarement ramifiées et souventtordues ; elles portent des radicelles filiformes, rigides, jaunâtres, assez résistantes. Leur surface est rugueuse, crevassée, pourvue de nombreuses cicatrices de radicelles tombées et creusée de sillons longitudinaux, irréguliers. Sur nue coupe transversale, elles sc montrent composées d’une écorce mince, brun jaunâtre, très adhérente et d’un bois jaune clair, traversé par de nombreux rayons médullaires blanchâtres, inégaux, plus larges vers la périphérie. Cette constitution est surtout remarquable quand on mouille la section : on voit alors s’aviver la coloration jaune des portions extérieures du bois, tandis que le centre prend une couleur brun clair.

Examinée sur une section transversale, la racine de Gelsémium se montre composée des parties suivantes (fig. 58G) :

1° Un suber (a) assez épais, à cellules déprimées, brunes.

2° Un 'parenchyme cortical (b) relativement peu développé, à cellules tangentielles, pourvues de parois minces.

3° Un liber (c) formé de faisceaux distincts, subarrondis, convexes en dehors et dont la portion interne, également convexe, s’appuie sur une dépression correspondante de la zone génératrice et du faisceau ligneux. Ces faisceaux eon-

APOGYNÉES

tiennent des fibres irrégulières, à paroi mince, et des cellules disposées en couches concentriques, irrégulières.

4° Une zone génératrice composée d’éléments très petits. 5° Le bois (d) est constitué par des faisceaux cunéiformes,

concaves dans la portion qui s’appuie à la zone cambiale et de longueur variable : les uns atteignant le centre de la racine (f), les autres plus courts et inégaux. Ces faisceaux se composent de fibres fusiformes, très épaisses et de vaisseaux ponctués, larges, arrondis, pourvus d’une paroi épaisse. Le calibre de ces éléments diminue de plus en plus, à mesure qu’ils sont plus rapprochés du centre de la racine.

Fio. 580. — Section transversale de la racine du Gelsemium ^ Les T ayons sempervirens. médullaires (c)

sont larges et

formés de cellules allongées radialement ; ils se continuent du bois dans le liber, qu’ils , traversent pour se confondre avec le parenchyme cortical.

RACINE DE GELSEMIUM

Le principe actif du Gelsemium réside dans l’écorce. On y a trouvé deux matières résineuses, une huile volatile, un principe colorant, un a\ca.\o'ide(Gelsémine , de Kollock) et un acide (ac. Gelsémique, de Wormley). La Gelsémine parait en être le principe actif. Mais, les préparations de Gelsemium déterminent parfois des phénomènes doubles et inverses, à savoir : d’abord la paralysie des mouvements, ensuite des convulsions (tétanos gelsémique). Ringer et Murrel ont rapporté ces deux actions différentes à l’existence de deux alcaloïdes, doués de propriétés opposées : l’un paralysant, l’autre tétanisant. On a constaté, en effet, que les solutions aqueuses de Gelsemium paralysent les mouvements, tandis que la Gelsémine serait tétanisante. On verra plus bas que ce dernier alcaloïde est presque insoluble dans l’eau.

L’Acide Gelsémique semble être combiné à la Gelsémine. dans le Gelsemium. Il se présente sous formes d’aiguilles cristallines, diversement groupées, incolores, inodores, à peu près insipides. Cet acide est très soluble dans l’éther et dans le chloroforme, à peu près insoluble dans l’eau froide, mais plus soluble dans l’eau bouillante, dont il se sépare par refroidissement. Il fournit, avec les solutions alcalines, une liqueur offrant une fluorescence bleue ; le bichlorure de mercure le précipite en jaune et l’azotate d’argent en brun. Il se sublime sans décomposition. Fredigke l’a obtenu en traitant, par l’éther, l’extrait aqueux de la poudre de Gelsemium. L’évaporation de la liqueur éthérée laisse un résidu formé par l’acide Gelsémique impur. Pour le purifier, on le transforme en un sel de plomb, que l’on soumet ensuite à un courant d’acide sulfhydrique : celui-ci précipite le plomb et met l’acide Gelsémique en liberté.

Cet acide paraît être analogue à l’Esculine (v. t. II, p. 297).

La Gelsémine (G11 Hl£) Az O2) est une substance amorphe, solide, incolore, inodore et dont l’amertume est encore perceptible, dans une solution au millième. Elle est soluble dans 25 parties d’éther, ainsi que dans le chloroforme, le sulfure de carbone et dans l’eau acidulée par l’acide clorhydrique; l’eau froide la dissout à peine. Les sels à base de Gelsémine sont, au contraire, très solubles dans l’eau. Ils fondent à 100° et.

APOGYNÈES

par refroidissement, se transforment en une masse vitreuse. Au-dessus de 100°, la Gelsémine se volatilise et se condense sur les parois du vase, sous forme de gouttelettes. Les alcalis forment, dans ses dissolutions salines, un précipité blanc , qui passe au rouge-brique. Le bichlorurede mercure la précipite en blanc. Elle est précipitée aussi par le tannin, l’acide picrique, le biiodure de potassium, le bichlorure de platine et le chlorure d’or, alors même que la solution n’en contient que des traces infinitésimales. La Gelsémine et scs sels, traités par l'acide' sulfurique concentré, prennent une coloration rouge brun , qui passe au poicrpre, quand on chauffe.

Le Gelsemium et son alcaloïde agissent sur les centres moteurs du cerveau et paralysent la respiration : ils augmentent, puis dépriment l’excitabilité réflexe de la moelle, amoindrissent celle des muscles, ainsi que celle des nerfs moteurs périphériques et affaiblissent les contractions du cœur.

La Gelsémine agit à peine sur la sensitivité. Elle détermine la mort, par arrêt des mouvements respiratoires. LeDr Grower Goe l’administre à la dose de 32 à 65 milligrammes. Une injection hypodermique de 3 milligrammes tue un Chat, en 30 minutes. Au reste, la Gelsémine est rarement prescrite à l’état pur; la substance que l’on emploie sous ce nom, aux Etats-Unis, est un mélange de l’alcaloïde et des résines.

D’après certains auteurs, le Gelsemium exercerait une action inverse, selon son mode d’administration : en application locale, il resserrerait la pupille, tandis que celle-ci serait dilatée, si on le donne à l'intérieur. Ce mode d’action semble au moins singulier.

Le Gelsémium est prescrit sous forme de poudre (6 à 12 centigrammes, selon Sawyer), à' extrait liquide, et surtout de teinture préparéeavec une partie de Gelsémium, pour cinq parties d’alcool. La teinture est donnée à la dose de 10 à 20 gouttes répétées 2 ou 3 fois d’heure en heure. On l’a préconisée contre les névralgies, la fièvre intermittente, l’hystérie, la chorée, l’épilepsie. Selon Massini, elle réussit principalement contre les névralgies des branches alvéolaires du trijumeau. Les propriétés merveilleuses attribuées à cette substance ont été fort controversées ; tout au moins peut-on dire

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