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STRAMOINE OU POMME ÉPINEUSE

Les Feuilles et les Graines de Stramoine doivent leur activité à un alcaloïde, appelé Daturine et qui est un poison redoutable. Cet alcaloïde est surtout abondant dans les graines, qui en contiennent environ 1 millième, tandis que les feuilles n’en renferment guère que 2 à 3 dix-millièmes.

La Daturine fut découverte par Geiger et Hesse, en 1833. De Planta, qui l’étudia, en 1850, montra qu’elle a la composition et les propriétés physico- chimiques de l’Atropine. Selon Schroff, ces deux alcaloïdes produisent des effets physiologiques identiques. Toutefois, Jobert(de Lamballe) a trouvé que la Daturine est 2 à 3 fois plus active que l’Atropine. A l’appui de cette opinion, disons que, d’après Erhardt, quelques-unsde leurs sels ont une forme cristalline différente. Selon quelques auteurs, la Daturine ne détermine pas de douleur, quand on l’introduit entre les paupières et n’a pas l’inconvénient de rendre la vue trouble, comme le fait l’Atropine ; enfin, ses effets seraient plus constants et son action plus durable.

A dose faible, selon Michéa, la Stramoine détermine de légers vertiges et une tendance au sommeil. A dose un peu plus élevée, l’énergie musculaire diminue, la sensibilité s’émousse, la pupille se dilate, la vue s’obscurcit, le pouls s’accélère. En même temps, la chaleur de la peau augmente ; il se produit un léger délire, surtout des hallucinations. Il y a céphalalgie, soif, ardeur et sécheresse au pharynx, diarrhée, diurèse légère; tous ces effets se dissipent au bout de cinq ou six heures.

A dose toxique, elle détermine des vertiges, de la stupeur, une dilatation énorme des pupilles, une agitation extrême et du délire, tantôt gai, tantôt furieux, mais toujours accompagné d’hallucinations; spasme, insomnie, soif ardente, sécheresse et constriction du pharynx très douloureuses, souvent suivies d’une impossibilité complète d’avaler. La peau, très chaude, se recouvre aussi parfois d’une éruption scarlatiniforme. La mort arrive directement ou à la suite d’un collapsus extrême et d’un refroidissement général. Si le malade échappe à la mort, plusieurs des symptômes : hallucinations, délire, se dissipent peu à peu, après avoir duré 12 à 20 heures. La dilatation de la pupille et l’obscurcissement de la vue sont

Cauvet, Mat. méd , t. II.

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plus longs à se dissiper; la cécité, la paralysie des paupières, la perte de la mémoire, la faiblesse et le tremblement des jambes se prolongent quelquefois, pendant des mois et même des années. A l’autopsie, on trouve l’estomac rouge et le cerveau fortement injecté.

La Stramoine a été employée contre la folie et l’épilepsie. Moreau l’a donnée, sous forme d’extrait, contre les hallucinations; enfin elle a parfois agi comme aphrodisiaque. Elle paraît rendre de véritables services, dans les névroses de l’appareil respiratoire, lorsqu’on la fait fumer aux malades.

La constatation des propriétés sédatives de la fumée du Stramonium a donné lieu à des recherches intéressantes, qui tendent à rapprocher les produits de la combustion des feuilles de cette plante, de ceux que l’on a signalés dans la fumée du Tabac.

En examinant les produits condensés de la fumée du Da tara , Gury y a trouvé trois alcaloïdes volatils, non oxygénés, qu’il a distingués, par leur point d’ébullition, par leur composition et par leurs effets.

Le premier n’a pu être recueilli en assez grande quantité, pour être soumis à l’analyse ; il bout à 80° ; une goutte de cet alcaloïde, placé sur la langue d’un oiseau, l’a tué en moins de 3 minutes.

Le second bout à 145°. Gury lui assigne la formule w(GG H5 Az) et le nomme Baturaline. Administré à un Oiseau (une goutte sur la langue), il détermine d’abord de la torpeur; mais, au bout de 2 minutes, l’animal est en proie à un violent accès de tétanos, tourne sur lui-même de droite à gauche et meurt. Une goutte du même liquide, mise sur la conjonctive d'un autre oiseau, produit de la torpeur, des vomissements violents et des attaques convulsives. Ges accidents se déroulent avec plus de lenteur, mais ils ont la même terminaison fatale.

Le troisième bout à 210° ; Gury l’appelle Daturoline et lui assigne la formule: n (G8 H5 Az). Get alcaloïde semble moins actif que les deux autres. Toutefois, 3 gouttes de cette substance étant administrées par la bouche à un Cochon d’Inde, celui-ci mourut au bout de 20 minutes, après avoir

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présenté les accidents ordinaires : torpeur, vomissements, contractions tétaniques.

Il est à présumer que les bons effets de la fumée du Datura sont dus aux alcaloïdes examinés par Gury; mais la stupeur observée, au début de l'intoxication par ces alcaloïdes, est le seul phénomène utile que l’on doive chercher à obtenir. Il convient, toutefois, que l’action stupéfiante ne s’exerce pas sur l’économie tout entière et s’arrête au seul pneumo gastrique. Aussi recommande -t-on de suspendre l’emploi du médicament, dès qu’apparaissent les premiers vertiges.

Les feuilles de Stramoine se rapprochent de celles de la Jusquiame, par la taille et par les dentelures de leurs bords; elles en diffèrent par leurs faces lisses, non velues et par leur base pourvue d’un pétiole, tandis que les feuilles de la Jusquiame sont sessiles.

La Stramoine entre dans la composition du Baume tranquille. C’est la plus redoutable des Solanées vireuses. On emploie sa racine, ses feuilles et surtout ses graines, qui en sont la partie la plus active.

On lui substitue parfois la Stramoine violacée (D. Tatula^L.), plante originaire d’Amérique, assez commune dans nos champs et que l’on dit être plus vénéneuse que sa congénère. Ce Datura est préconisé surtout contre l’asthme. Il se distingue de la Stramoine par la couleur pourpre de sa tige, de ses pétioles et de ses nervures foliaires, ainsi que par la teinte violette de sa corolle et de ses anthères.

Au reste, toutes les espèces du genre Datura possèdent des propriétés analogues à celles de la Stramoine et peuvent lui être substituées. Tels sont principalement les D. lævir, D. Me tel j L.; D. ferox , L.; D. arborea , L.; D . fastuosa, L.; D. alba , Nees.

Le D. lævis n’est qu’une variété à fruits lisses du D. Stramonium. Les semences du D. Metel sont usitées, dans l’Inde, comme soporifiques.

Au xvie siècle, les criminels employaient le D . alba , pour empoisonner leurs victimes et les voleurs s’en servaient aussi, dit-on, pour enivrer les gens qu’ils voulaient dépouiller. Les médecins arabes le prescrivaient, sous le nom de Jouz-masal.

SOLANüES

Dans l’Inde, on emploie ses feuilles fraîches, comme un topique sédatif. Les graines, qui sont irrégulièrement triangulaires, rugueuses, déprimées au centre et de couleur brunjaunâtre clair, servent à préparer un extrait et une teinture, très estimés comme sédatits et narcotiques.

Jusquiame noire

La Jusquiame noire (Hyoscyamusniger , L. ; H. agrestis , Kit.) est une plante commune en Europe, d’où elle s’étend

jusqu’au nord de l’Inde. On en connaît deux formes ou variétés , qui diffèrent seulement en ce que l’une est annuelle et l’autre bisannuelle. Elle offre les caractères suivants (fig. 604) :

Plante généralement bisannuelle, liante de 3 à 8 décimètres, dressée, rameuse, couverte de poils longs, mous, visqueux ; feuilles sessiles, molles,

Kig. 604. — Jusquiame noire.

velues, visqueu-

ses, ovales, incisées-lobéesiles radicales un peu pétiolées;fleuis disposéesen cy mes feuillées,unipares scorpioïdes, terminales1.

1 Les feuilles se superposent de deux en deux nœuds et sont ainsi disposées sur deux séries rectilignes, qui occupent la portion concave du symnode- les fleurs se superposent aussi de deux en deux nœuds sur la portion convexe du sympode La feuille située à la même hauteur qu’une fleur quelconque ne lui est pas opposée; la feuille réellement opposée a cette fleur

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