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JUSQUIAME NOIRE

On emploie la Jusquiame, sous forme de poudre, d’infusion ou de décoction (usage externe), d’extrait, soit aqueux, soit alcoolique, d’alcoolature, de teinture alcoolique ou étliérée, etc. Les feuilles font la base de Y Huile de Jusquiame ; elles entrent dans la composition du Baume tranquille et de l' Onguent Populéum ; l’extrait fait partie des Pilules de Mèglin.

La Jusquiame blanche (H. albus, L.) et la Jusquiame dorée

(H. aureus, L.), ainsi que les H. agrestis, Kit., et H.pallidus , Kit., ont les mêmes propriétés que la Jusquiame noire. On les dit pourtant moins actives.

La Pharmacopée de l’Inde mentionne, comme très vénéneuse, une plante originaire du Bélouchistan, le H. insanus, Stocks, que l’on fume parfois comme antiasthmatique.

Selon Scliroff, de Vienne, l’extrait éthéré-alcoolique de Jusquiame amène le ralentissement du pouls; si la dose est un peu élevée, le pouls, d’abord ralenti, remonte ensuite pour quelque temps au-dessus de la normale.

A faible dose, la Jusquiame dilate la pupille ; à dose élevée, la dilatation est souvent précédée de rétrécissement.

A dose faible, on observe : lourdeur de tête, sécheresse des lèvres, de la bouche et du gosier, diminution de la sécrétion salivaire, avec un peu de faiblesse générale. A dose pins élevée : assoupissement, tendance au sommeil et même sommeil profond, accompagné, quand la dose est très forte, de coma vigil et de rêves effrayants ; parfois céphalalgie, presque toujours vertiges et bourdonnements d’oreilles; faiblesse extrême de la vue, sensibilité de la rétine à la lumière ; l’odorat est diminué, le goût persiste ; impossibilité de porter son attention sur un objet; faiblesse considérable, démarche incertaine ; la sécheresse de la bouche et du gosier est si grande que le malade ne peut avaler; voix rauque, enrouée; peau sèche, parcheminée et dont la température a diminué.

La Jusquiame est plus hypnotique que la Belladone et excite moins le cerveau ; elle ne détermine pas ces mouvements brusques, cette tendance à rire, à danser, à sauter, qui caractérisent l’action de la Belladone,

SOLANEES

Belladone

La Belladone (Atropa Belladona, L. ; fig. 605) est une plante des bois de l’Europe et de l’Asie moyenne et occidentale. Elle offre les caractères suivants :

Plante vivace, herbacée -ligneuse, haute d’environ un mètre, à tige première terminée par une fleur, autour de laquelle les

feuilles supérieures

de l’axe primitif se groupent en rosette.

De l’aisselle de chacune des feuilles les plus élevées, naît un rameau, qui entraîne avec lui sa feuille- mère; il en résulte une apparente 2-3-4-5-chotonue, au centre de laquelle, mais un peu latéralement , setrouve insérée la fleur terminale primitive.

Assez ordinairement, le rameau issu de la feuille la plus élevée devient et reste sympodique, dès son apparition , tandis que les* autres portent plusieurs feuilles, avant de produire unôj première fleur; souvent même ces rameaux paraissent à leur tour se diviser en un certain nombre de branches tertiaires, groupées autour de la fleur terminale, comme ils le sont eux -mêmes, autour de la fleur primitive.

Les feuilles sont ovales -acuminées, entières, molles, toujours alternes, mais géminées et inégales , dans les rameaux sympodique s. Les fleurs sont toujours solitaires dans l’angle de la 2-3-chotomie ; dans les rameaux sympodiques,

Fie. 605 — Belladone.

elles sont situées entre la grande et la petite feuille, presque à l’aisselle de cette dernière. Le calice est campanule, persistant, à divisions ovales-acuminées ; la corolle campanulée, régulière, assez grande, blanchâtre à la base, d’un brun sale ferrugineux dans le reste de son étendue, un peu violacée à la gorge et terminée par 5 lobes obtus. Etamines insérées à la base de la corolle et à anthères cordiformes; ovaire ovoïde allongé; style grêle, aussi long que la corolle; stigmate aplati, un peu bilobé. Le fruit est une baie d’abord verte, puis rouge, enfin noire, entourée à sa base par le calice accru et étalé; graines nombreuses, réniformes.

La Belladone est l’une des plantes les plus vénéneuses de la famille des Solanées. Ses baies, que l’on désigne parfois sous le nom de Guignes des côtes , ont donné lieu à de fréquents empoisonnements. On en prescrit les feuilles et les racines, sous forme de poudre, d’extrait, de teinture, d’alcoolature, etc.

Les Feuilles entrent dans la composition du Baume tranquille. On substitue parfois à ces feuilles celles de la Stramoino et celles de la Morelle noire. Les feuilles de Stramoine sont dentées sur les bords ; celles de la Morelle sont ovales, sinueuses et anguleuses-dentées , tandis que les feuilles de la Belladone sont ovales-acuminées et entières.

La portion souterraine de la plante, improprement appelée Racine de Belladone, est une souche plus ou moins ramifiée, de laquelle naissent de vraies racines. Elle est essentiellement caractérisée par l’existence d’une moelle, dont les racines sont dépourvues.

A l’état frais, cette souche est longue de 20 à 30 centimètres, épaisse de 3 à 5 centimètres, brunâtre et ridée au dehors, blanche en dedans. Elle possède une odeur terreuse et une saveur d’abord faible, puis brûlante. Son écorce est épaisse, succulente et d’un blanc crémeux.

A l’état sec, elle se présente en fragments irréguliers, rugueux, d’un gris sale à l’extérieur, blanchâtre en dedans, à à cassure courte. Ces fragments ont une odeur terreuse, que Hanbury trouve assez analogue à celle de la Réglisse.

Sur une section transversale, cette souche se montre composée comme suit :

ggg SOLANEES

lo Une Écorce formée d'un parenchyme à minces parois borné, en i dehors, par un suber jaunâtre et, en dedans, par un liber à éléments étroits, minces, allongés verticalement ; le parenchyme cortical est I creusée de lacunes irrégulières, diversement réparties. 2o Une Zone ligneuse, qu’une mince couche génératrice sépare de l’écorce. Cette zone est essentiellement constituée par un parenchyme, que parcourent I de nombreux faisceaux fibro- vasculaires irréguliers, disposés en couches concentriques et en lignes rayonnantes. Ces faisceaux contiennent I, des vaisseaux grands, ovales ou arrondis, disséminés au milieu ue fibres ligneuses assez épaisses, mais peu résistantes. 3° Une Moelle assez développée, formée d’un parenchyme lâche, qui se confond avec celui du bois et constitue alors des sortes de rayons médullaires plus ou moins tortueux. Les cellules du parenchyme, soit cortical, soit médullaire, contiennent de l’amidon et de petits cristaux d oxalate e chaux.

La racine diffère de la tige : 1° par une écorce plus épaisse ; 2° par son méditullium dépourvu de moelle propre et contenant des faisceaux plus nombreux.

Elle offre la structure suivante (fig. 606) :

Suber (a) composé d’un petit nombre de cellules tabulaires brunes. Parenchyme cortical (b) à cellules polyédriques irrégulières, dont les plus extérieures, juxtaposées au suber, sont aplaties tangentiellement, plus petites que les autres cellules, mais plus grandes que celles du suber. Liber (c) formé de faisceaux bien définis, dont les éléments sont plus étroits que ceux du parenchyme cortical, mais pourvus de parois plus épaisses. Ces faisceaux sont convexes en dehors et concaves en dedans, où ils se superposent aux faisceaux ligneux, dont ils sont séparés par une mince zone cambiale. Le Bois est constitué par des faisceaux nombreux, de grandeur très inégale, distiibués en séries concentriques alternatives, au sein d un parenchyme analogue à celui de l’écorce. Ces faisceaux sont formés de fibres brunes, à parois épaisses et de vaisseaux à calibre variable. Les faisceaux extérieurs, seuls, sont relativement grands et séparés par des rayons médullaires, dont les cellules diffèrent à peine de celles du parenchyme général.

La racine de Belladone est, avec raison, réputée plus active que les feuilles. Elle est surtout employée, sous forme de poudre, contre la coqueluche. Dans le commerce anglais, suivant Holmes, on la mélange parfois avec la racine de Mauve sauvage. Celle-ci s’en distingue, par sa cassure fibreuse et par son méditullium plus étroit. En outre, la racine de Belladone offre habituellement, à son sommet, une partie de la base des tiges.

Les effets déterminés par la Belladone sont les suivants :

A dose modérée, elle produit de légers verliges, un peu de tendance au sommeil, la diminution de l'énergie musculaire et de la sensibilité générale, la dilalatation de la pupille, avec léger trouble de la vue, l’accélération du pouls et l’élévation de la chaleur de la peau, une soif intense, un sentiment d’ardeur à la gorge, des nausées, le relâchement du ventre et la diurèse.

A dose élevée, ce sont encore les mêmes symptômes, mais beaucoup plus prononcés. La dilatation de la pupille est énorme, le mal de tête violent, le vertige considérable. Il s'y joint des spasmes, de l’agitation, du délire, tantôt gai, tantôt triste ou furieux, des hallucinations continuelles, avecune insomnie opiniâtre. Cette excitation cérébrale est accompagnée d 'inconscience et d’un sentiment de faiblesse et d’affaissement général. La lièvre est forte, la peau sèche et chaude, couverte d’une éruption scarlatiniforme sur la face, le cou. la poitrine, les membres supérieurs; soif ardente, sécheresse et contraction douloureuse du pharynx; cardialgie, vomissements et quelquefois diarrhée; besoin fréquent d'uriner, respiration courte, préci-

Fig. 606 — Coupe transversale d’une racine de Belladone.

SOLANÈES

mtée difficile, quelquefois aphonie ou articulation pénible des sons A ïes sVmX^ d'excitation, succèdent bientôt le coma la chute du noulsy qui devient très faible, enfin, le refroidissement et la mort P Ce sont là, comme on le voit, les symptômes de 1 empoisonnement parles narcotiques; mais il en est plusieurs qui sont spéciaux a la

Belladone et servent à la caractériser. Ce sont : ^instiller

lo La dilatation et l'immobilité de la pupille. (Il suffit dmstiller dans l'œil une goutte de solution de Os-, 05 d atropine dans i 10 grammes d'eau distillée, pour obtenir une dilatation considérable.!

2o Délire et agitation maniaque, ressemblant au stade d excitation du

delirium tremens , qui est, comme on le sait, accompagné d liai nations et d'insomnie.

L’action toxique de la Belladone est due surtout à un alcaloïde découvert par Brandes, qui l’appela Atropine.

Hübschmann a trouvé, en 1858, dans la racine de Belladone un deuxième alcaloïde, qu’il a nommé Beüadonwe. Cet alcaloïde est incristallisable, a un aspect résineux, une réaction alcaline manifeste et, comme l’Atropine, il dégage, une odeur particulière, quand on le chauffe. Enfin, la meme racine contient, selon Richter et Hübschmann, une substance fluorescente et une matière colorante noire (Atrosine), surtout abondante dans les baies de la Belladone.,

Lefort ayant déterminé la proportion relative d Atropine, dans les diverses parties de la Belladone, est arrivé aux constatations suivantes : 1° la culture ne modifie pas la teneur en alcaloïde: 2° celui-ci est plus abondant dans les feuilles, au moment de la floraison ; 3° les racines en contiennent plus que les feuilles, mais l’Atropine n’y augmente pas proportionnellement à l'âge et à la grosseur de la racme .En effet, une racine grosse comme le doigt a donne 0,b 0/0 d Atropine, tandis que les racines de 7 à 8 ans n’en contenaient que 0.22 à 0,31 0/0. Au moment de la floraison, les feuilles-

en donnèrent 0,44 à 0,58 0/0.

L’Atropine (G17 A23 Az O3 ) se présente sous forme de prismes déliés, incolores, de saveur âcre et amère. Elle se dissout dans 35 parties d’étber, est très soluble dans 1 alcool, soluble dans 58 parties d’eau bouillante et dans 300 parties d’eau froide. Ses dissolutions aqueuses se décomposent facilement, alors même quelle est combinée avec un acide; distillées, elles entraînent, suivant Gury, une certaine quantité de

l’alcaloïde. L’Atropine fond entre 88° et 90, se volatilise à 140° et se décompose en partie.

Les alcalis caustiques et leurs carbonates, mais non leurs bicarbonates , la précipitent de ses dissolutions, soit acides, soit neutres. Il en est de même pour l’ammoniaque, mais le précipité se redissout dans un excès du réactif. La solution acétique d’Àtropine, au 1/100, est précipitée en jaune par le chlorure d’or; ce précipité est jaune verdâtre , quand la liqueur est au 1/1000. Traitée par l’acide azotique concentré et bouillant, et soumise ensuite à l’action de la potasse, elle se colore en violet.

L’Atropine est précipitée: en blanc, par le tannin; en brun, par l’iode et par l’iodure ioduré de potassium; en jaune, par l’acide picrique; en jaune sale , par le chlorure de platine. Comme tous les autres alcaloïdes, elle est précipitée par l’iodomercurate et par l’iodocadmate de potasse, par les acides phosphomolybdique, phosphoantimonique et métatungstique, ainsi que par l’iodure double de bismuth et de potassium.

Chauffée avec une solution de baryte, elle se dédouble en T r opine et acide Tropique :

C17 H23 Az O3 + H2 O = C8 H15 Az O + C9 H10 O3

Atropine. Tropinc. Ac. Tropique.

Nothnagel est donc porté à considérer l’Atropine, comme C8 H14 O'

une Tropinc ( Az

dont un atome d’hvdro-

gène a été remplacée par le radical de l’acide Tropique

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