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ÉCORCE DE WINTER

rallèles et juxtaposés, soit disposés en une sorte de treillis à mailles inégales , allongées. Sa coupe transversale est dure, compacte, brune, résineuse, foncée en dehors, brun rougeâtre plus pâle en dedans. »

Le droguier de la Faculté de Lyon possède plusieurs spécimens d'écorce de Winter vraie. Nous décrivons les plus typiques:

1° Écorce provenant de V Expédition au cap Horn (1885) et enlevée à deux grosses bûches.

Deux fragments d’une écorce plate, longs de 6 à 8 centimètres, larges de 3 à 4 centimètres, épais de 6 à 8 millimètres, à face externe gris brun ou gris noirâtre, presque lisse ou à peine verruqueuse et pourvue de quelques sinuosités.

La face interne a une structure fibreuse, rappelant l’aspect de la portion correspondante des vieilles écorces de Chêne ; les faisceaux y sont peu ou point saillants, presque rectilignes et parallèles, mais anastomosés par places et laissant alors des fentes plus ou moins longues, situées au-dessus des anastomoses.

La cassure est compacle en dehors, comme feuilletée en dedans, avec ce caractère que les feuillets sont disposés en lignes rayonnantes de dedans en dehors. Toute la portion extérieure compacte est formée d’un parenchyme très brun, criblé d’amas de cellules pierreuses de forme variable et qui se détachent en blanc grisâtre, sur la couleur foncée de la masse.

La cassure longitudinale offre, dans la portion libérienne, des amas blanchâtres, disposés en séries radiales interrompues et qui sont constitués par des rayons médullaires.

2° Écorce rapportée de Magellan, par Hombron.

Deux fragments d'une écorce roulée, provenant de jeunes branches, longs de 3 et 5 centimètres, épais de 2 millimètres et ayant 1 centimètre de diamètre.

Leur face externe est gris brun clair et presque lisse, avec un périderme très mince. La face interne, de couleur brun-chocolat très foncé, offre des faisceaux assez saillants, séparés par des fentes courtes, nombreuses.

La cassure n’est pas fibreuse ; elle montre un parenchyme extérieur compact, très foncé, proportionnellement épais et criblé de très petits îlots de cellules pierreuses. Ce parenchyme est limité, en dehors, par un périderme blanc grisâtre, mince ; en dedans, par un liber à faisceaux mal liés, plus ou moins distincts.

S9 Écorce provenant de la Collection Chantre.

Fragments d’écorce plate, un peu cintrée, longs de 3 à 6 centimètres, larges de 2 à 5 centimètres, épais de 5 à 9 millimètres, de couleur brun-rougeâtre foncé et à cassure non fibreuse, avec des saillies peu prononcées.

MAGNOLIACEKS

La face externe est tantôt nue, tantôt garnie d’un périderme grisâtre, assez adhérent, à peine épais d'un demi-millimétre. La face interne offre des faisceaux peu saillants, courts, à peu près parallèles.

Sur une section transversale, celtte ecorce offre la structure suivante : 1° un parenchyme extérieur brun rougeâtre, peu compact, offrant de nombreux îlots de cellules pierreuses blanchâtres, les uns arrondis ou ovoïdes, les autres allongés tangentiellement : ces îlots sont disposés en zones concentriques, assez régulières; 2° une couche libérienne très épaisse, formant environ les deux tiers de l'écorce et composée d’un parenchyme lâche, brun ferrugineux, que traversent de nombreux rayons médullaires blanchâtres obliques, un peu ondulés.

L’étude attentive de la constitution anatomique des écorces

ci-dessus nous a per- , mis de déterminer la » structure de l’écorce de Winter vraie.

r Examinée sur une section transversale, cette écorce se montre composée des éléments ci-après (fig. 403) :

1° Périderme (a) composé de 6 ou 8 séries de cellules rectangulaires, disposées en lignes concentriques et radiales, à paroi jaune clair, assez épaisse Fie. 403. —Seottont ransvci'salo d'une écorce de Winter gf à cavité tantôt vide (a), vraie (pour les détails de structure, examiner cet (o „ ,

figure à la loupe). tanlot contenant une ma-

tière rouge brun. Les cellules de cetle dernière cnlégorie forment, dans la portion profonde du périderme (b), une zone bien définie, à peu près continue.

2° Parenchyme cortical (c) formé de deux portions distincles : a) L'une occupant la périphérie de ce parenchyme et comprenant de 5 à 7 rangées de cellules irrégulières, étroites, allongées tangentiellement, plus longues, mais moins larges que les cellules du périderme et empâtées d’une matière jaune-rougeâtre clair. Cette couche contient parfois de petits amas de cellules pierreuses.

p) La seconde partie du parenchyme cortical (couche interne) se compose de cellules beaucoup plus grandes que les précédentes* ovoïdes et souvent appointiez ou irrégulièrement quadrilatères. Ces cellules contiennent de la fécule; leurs parois minces offrent une teinte jaune rougeâtre, plus pâle que celle des cellules de la couche

ECORCE DE WINTER

externe. Cette portion du parenchyme contient quelques cellules à huile, soit vides, soit à contenu foncé. Elle est occupée aussi par des amas de cellules pierreuses, parfois solitaires, plus souvent groupées eu amas arrondis ou ovales ou allongés tangentiellement. Ces amas sont disposés en zones concentriques. Ceux qui se trouvent au voisinage du liber alternent ordinairement avec les rayons médullaires, au lieu d’occuper leurs extrémités, comme on l’a indiqué dans quelques traités spéciaux.

Les cellules pierreuses (fig. 403, A) sont polygonales, arrondies ou allongées; elles ont des parois canaliculées, très épaisses, et un lumen souvent rétréci.

3° Le liber (flg. 403, d) est essentiellement composé d'un parenchyme à cellules polygonales, beaucoup plus petites que celles de la zone corticale et à parois assez minces. Ce tissu est divisé en faisceaux un peu obliques, par des rayons médullaires, dont les cellules sont allongées dans le sens du rayon et tantôt minces et ponctuées, tantôt de nature scléreuse, épaisses, canaliculées, avec un lumen linéaire(fig. 403, B) ou arrondi, si les cellules sont polygonales. Les cellules des rayons médullaires sont ordinairement disposées en files simples; quelquefois, pourtant, on y en trouve deux ou trois juxtaposées : ces cellules renferment souvent une matière rouge brun. Le parenchyme libérien contient quelques cellules à huile peu développées et quelques rares fibres (flg. 403, G). Les fibres indiquées sur la figure 403 sont trop nombreuses ; on les a dessinées, pour montrer qu’on peut en rencontrer. Nous répétons qu’elles sont rares, bien que de Lanessan en ait mis un assez grand nombre, dans la figure qu’il a donnée de la structure de l'écorce du Drimys Winteri.

L’écorce de Winter a une odeur poivrée et une saveur aromatique, très piquante à la langue. Elle est extrêmement rare et forme un objet de curiosité pour les collectionneurs. Le Codex propose de lui substituer celle du Drimys granatensis , L., qui est moins rare que la précédente, mais qui ne nous semble pas exister non plus dans le commerce courant.

L’Ecorce du Drimys granatensis se présente sous forme de fragments roulés, gros comme le doigt, au moins, couverts d’un pèridermç rugueux et rougeâtre, ou presque lisse et blanc grisâtre. Leur face interne est brune , rude , raboteuse. Cette écorce a une saveur excessivement piquante et une odeur aromatique spéciale. Sa texture est peu compacte, fibr o -celluleuse, avec prédominance du parenchyme. Les faisceaux libériens y sont disposés en séries de lignes droites , qui divergent de l'intérieur à l'extérieur.

MAGNOLIACEES

et qui, par leur couleur beaucoup plus claire, se distinguent aisément du parenchyme ambiant rougeâtre l.

Égorge de Winter du commerce. — L’écorce de Winter du commerce est constituée par des écorces de natures très diverses et dont le seul caractère commun est d’avoir une odeur et une saveur aromatiques, plus ou moins analogues à celles de la Cannelle blanche.

Nous y avons trouvé : 1° des écorces incontestablement dues à des Drimys ; 2° des écorces d’origine inconnue, que nous décrivons sous la rubrique Écorce de Winter fausse ; 3° de la Cannelle blanche ; 4° des écorces très voisines de la Cannelle blanche et qui sont attribuées au Cinnamodendron Corticosum ; 5° des écorces provenant de divers Croton. Les écorces du 3e et du 4e groupe seront étudiées au chapitre Canellacées.

1° L'Écorce de Winter (vraie) du commerce se présente en fragments cintrés ou roulés, longs de 5 à 15 centimètres, et dont l’épaisseur varie de 5 à 10 millimètres; quelques écorces, provenantde branches très jeunes, n’ont guère qu’une épaisseur de 2 millimètres. Ces fragments, presque identiques lorsqu’on examine leur face externe, diffèrent par certains caractères, qui permettent de les rapporter à deux catégories :

(y.) La face interne offre des faisceaux parallèles, anastomosés, peu saillants, ce qui la fait paraître presque lisse; la section transversale présente des rayons médullaires obliques et des îlots assez nombreux de cellules pierreuses se voient dans le parenchyme cortical ;

l Si l’on compare les descriptions ci-dessus, avec celles que Guibourt et G. Planchon ont données des écorces de Winter du droguier Guibourt, on est amené à penser que ces deux savants n’ont jamais eu entre les mains de l’écorce de Winter vraie. Si, d'autre part, on relit soigneusement la description que Glusius fait de l'écorce de Winter (V. Guibourt, Hist. nat. des drogues ..., 7e éd., t. III, p. 748), on est frappé de la ressemblance qui existe entre cette description et la nôtre. G. Planchon ne trouve que de faibles différences entre l’écorce de Winter du droguier Guibourt et celle du Dr. granatensis: la première serait même moins compacte que la seconde. C'est précisément le contraire de ce que nous avons vu et décrit. Nous sommes donc porté à croire que les deux écorces étudiées par G. Planchon ont été fournies par des arbres de même espèce, ou d’espèces très voisines : Dr. granatensis (?), Dr. mexicanaQ ), Dr. punctata (?), sans pouvoir dire, toutefois, à quelle espèce chacune appartient.

ECORCE DE W1NTER

((5) La face interne est très rugueuse, les faisceaux y faisant des saillies courtes, aiguës, très rapprochées, ce qui lui donne l’aspect d’une râpe; la section transversale montre des rayons médullaires droits et un petit nombre d’ilots de cellules pierreuses.

Les écorces de la première catégorie (a) proviennent évidemment du Dr. Winteri ; celles de la seconde (6) nous semblent devoir être rapportées au Dr. granatensis.

2° Écorce de Winter fausse. — A ce groupe, nous rapportons les deux sortes suivantes :

a) La première sorte se présente en fragments plus ou moins volumineux, roulés ou cintrés, épais de 4 à 9 millimètres. La face extérieure, gris rose ou gris rougeâtre, offre parfois quelques restes d’un périderme blanchâtre, souvent bruni et facilement séparable. Elle porte un assez grand nombre de taches rouges, elliptiques ou circulaires, ordinairement déprimées, toujours disposées en séries spiralées et que l’on doit considérer comme la trace persistante de l’insertion des feuilles. La face interne est gris brunâtre ou noirâtre, lisse, dans les écorces peu épaisses; pourvue, au contraire, dans les écorces très épaisses, de sortes d’arêtes ou de côtes saillantes, de longueur variable, non continues. Ges faisceaux sont, d’ailleurs, toujours exactement juxtaposés à leurs congénères, de telle sorte que la face qui les présente ne montre pas les gerçures, ni l’aspect treillissé de l’écorce de Winter vraie.

Cette écorce a une odeur aromatique forte, une saveur camphrée, un peu amère, âcre et brûlante. Etant coupée transversalement, elle se montre formée de deux couches distinctes : une extérieure ou péridermique, d’un blanc grisâtre et dont l’épaisseur varie avec celle de l’écorce ; une intérieure ou libérienne, composée de faisceaux isolés, blanchâtres, visibles seulement à la loupe et inclus dans une gangue celluleuse, brune ou rougeâtre.

(5) La seconde sorte comprend des écorces de grandeur et d’épaisseur variables, à face externe rugueuse et non lisse et garnie (?) de taches peu distinctes, blanches ou grises, plutôt que rouges. Leur face libérienne est grise ou gris noi-

Cauvet. Mat. mèd., t. II.

MAGNOLIACÈES

râtre, unie ou pourvue de quelques arêtes moins nombreuses que dans la sorte précédente. Leur cassure est fibreuse à l’intérieur et grenue à l’extérieur. Le périderme n’a pas la couleur blanchâtre, observée dans l’écorce de Winter ordinaire : il est gris brun ou rougeâtre. Ces écorces ont une saveur amère, camphrée, un peu caryophyllée, et une odeur assez forte.

L’écorce de Winter fausse du commerce est d’origine inconnue. Selon Hanbury, une partie de cette écorce est fournie par un arbre de la famille de Canellacées, le Cinnamodendron corticosum , Miers, qui croit à la Jamaïque. On lui substitue d’ordinaire la Cannelle blanche, qui est aussi aromatique et dont les caractères bien tranchés ne permettent pas qu’on puisse la confondre avec une autre écorce. Nous parlerons plus loin de l'écorce de Cinnamodendron et de la Cannelle blanche. Leurs caractères seront alors soigneusement étudiés. Voici quelques distinctions empruntées à divers auteurs :

« L’azotate de baryte précipite l’infusé d’écorce de Winter, qui a une couleur rouge brun, et non celui de la Cannelle blanche, qui est de couleur jaune paille; le persulfate de fer donne un précipité noir, avec celui-là et rien avec celui-ci. » (Dorvault.)

Cette réaction est due à ce que l’écorce de Winter renferme du tannin. Aussi, selon Perez-Rosales (cité par Hanbury), emploie-t-on cette écorce, au Chili, pour le tannage.

L’écorce de Winter vraie se distingue de l’écorce de Cinnamodendron par ce fait que sa décoction n’est pas sensiblement altérée par l’iode, qui colore en brun pourpre intense celle de l’écorce de Cinnamodendron. Cette dernière donne également un précipité noir, avec les persels de fer, ce qui ne se produit pas avec la décoction de Cannelle blanche.

Guibourt pense que l’écorce de Winter du commerce est l’Écorce Caryocostine deLémery. Il attribue au Dr. chilensis, DC., l’écorce que les Espagnols appellent Canelo, et rapporte l’Écorce de Chachaca ou de Palopiquante au Dr.mexicana, I)G.

Au reste, les divers arbres de la tribu des lllicièes ont des propriétés aromatiques et stimulantes; on peut joindre à

BERBÈRIDÊES — EPINE-VINETTE OU VINETTIER

ceux que nous avons déjà nommés, le Dr. axillaris , de la Nouvelle-Zélande et les Tasmannia , de l’Australie.

Les écorces de ces derniers arbres, surtout celle du Tasmannia aromatica,ï\. Br., sont très aromatiques. Les fruits du Tasmannia sont employés, en Australie, aux mêmes usages que le poivre.

BERBÉRIDÉES

Épine-vinette ou Vinettier

L’Épine-Vinette (Berberis vulgaris, L., fig’. 404) est un arbrisseau croissant sur les terrains calcaires de nos régions et dont on utilise les feuilles ,les fruits, les graines et la racine.

Les Feuilles sont obovales, un peu rétrécies à la base, obtuses au sommet, glabres, fermes, longues d’environ 3 à 4 centimètres et pourvues d’un pétiole articulé.

Ces feuilles ont une saveur acidulé et sont quelquefois employés en guise d’ Oseille.

Les Fruits sont des baies ovoïdes oblongues , longues de 8 h 10 millimètres et dont le sommet est pourvu d’un disque circulaire. Ces baies ont une couleur rouge vif et une saveur aigrelette, fm.w. — Épine-vinette

agréable. Elles servent à

la préparation de boissons rafraîchissantes; on en fait un sirop , une conserve, etc. Elles contiennent de l’acide ma-

BERBÈRIDÉES

lique et un sucre fermentescible. Dans les droguiers, elles sont d'un brun noirâtre, ridées, et tantôt isolées, tantôt réunies en grappes.

Les Graines sont contenues dans les fruits, au nombre de 1 à 3. Elles sont petites, longues de 4 à 5 millimètres, brunes et chagrinées au dehors, blanches au dedans et contiennent un embryon axile, à radicule infère, inclus dans un albumen charnu. Leur saveur est astringente et vineuse. Ges graines entrent dans le Liascordium.

La Racine est grosse, ligneuse et formée d’un bois jaune, dont les couches concentriques sont traversées par des rayons médullaires, composés de 5 à 6 rangées de cellules. L’écorce est mince, gris jaunâtre en dehors, jaune orangé en dedans.

La racine d’Epine-Vinette est surtout employée dans la teinture en jaune. Son écorce a été vantée comme tonique et même comme fébrifuge.

Cette écorce est substituée, dit on, à l’écorce de racine de Grenadier. Elle en diffère par sa minceur plus grande, sa coloration grise en dehors, jaune très foncé en dedans, sa cassure courtement fibreuse, ainsi que par son odeur rappelant celle de la racine de Patience, par sa saveur amère et par la couleur jaune quelle communique à la salive. Ges deux écorces, mises à macérer dans l’eau froide, se distinguent par les réactions consignées dans le tableau ci -après, qui sont empruntées àGuibourt et à E. Baudrimont (v. p. 101).

La racine du Yinettier contient deux alcaloïdes cristalli— sables : la Berbêrine et YOxyacanthine.

La Berbêrine (C20 H17 Az O4) est en aiguilles soyeuses ou en prismes groupés concentriquement, d’un jaune clair, inodores, de saveur amère, persistante, un peu aromatique. Elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool bouillants, peu soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l'éther. Elle est décomposée par les acides sulfurique et azotique concentrés, se dissout sans altération dans les acides végétaux, mais est précipitée en brun jaunâtre par l’acide gallique. L’ammoniaque la dissout, en la colorant en rouge.

Le sulfate de Berbêrine paraît devoir être placé à côté de

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