PROPRIÉTÉS DES QUINQUINAS
donnent lieu à un état qu’on a appelé Ivresse quinique. Cet état est caractérisé par des phénomènes cérébraux, tels que vertiges, bourdonnements d'oreilles, surdité, vomissements, etc., même obnubilation intellectuelle. Ces phénomènes sont, du reste, passagers et sans gravité; ils sont généralement attribués, parles physiologistes, à un certain degré d’anémie cérébrale, plutôt que de congestion et semblent dus à un resserrement spasmodique des capillaires artériels. Ils sont indépendants et antagonistes même de l’action irritante locale.
11 résulte des recherches de Briquet, qu’à petites doses et à intervalles éloignés, le sulfate de quinine produit une accélération de la circulation : le pouls devient plus fréquent et plus fort ; les mouvements respiratoires sont également précipités. Cette accélération est, au contraire, remplacée par des effets tout opposés, quand les doses sont fortes et administrées à la fois ou successivement. Ainsi, de 1 à 3 grammes par jour, le sulfate de quinine occasionne un ralentissement progressif des battements du cœur et du pouls, une diminution de la température appréciable par le thermomètre. Une période d’excitation cérébrale, d’autant plus prononcée que le sel a été plus directement introduit dans la substance nerveuse, correspond à cette première période d’excitation circulatoire. A celle, de ralentissement du pouls et de réfrigération, correspondent des symptômes d’hyposthénisation et de sédation du système nerveux. Ces symptômes peuvent aller depuis l’ivresse quinique et l’anémie cérébrale qui l'occasionne, jusqu'au coma, au collapsus et à la mort, lorsque les doses sont suffisantes. Les différences d’action, observées selon que les doses sont faibles ou fortes, entraînent des effets d’excitation ou des effets antipyrétiques, qui sont journellement utilisés en thérapeutique.
Le sulfate de quinine modifie le sang à la longue. D'après Briquet, la fibrine y serait augmentée et les globules diminués; Mélier, Monneret, Legroux, trouvent qu’il devient, au contraire, plus ténu, plus fluide.
Les Quinquinas sont antiputrides; il faut attribuer ces effets aux principes tanniques, et surtout aux sels de quinine qui s'opposent par eux-mêmes aux fermentations putrides et virulentes. On s'explique ainsi les bons effets de ces substances, dans les maladies infectieuses : typhus, fièvre puerpérale.
L’absorption des sels de quinine et leur passage dans les sécrétions salivaire ou urinaire sont rapides : l’on sait que leur présence, dans ces liquides, a longtemps été révélée par le précipité de couleur rouge orangé, que fournit l'iodure de potassium ioduré. Toutefois, cette coloration pouvant se produire dans une urine qui ne contient pas trace de sel quinique, il vaut mieux employer le procédé recommandé par Hepp. Ce procédé consiste à précipiter les urines par l’acide lannique, à recueillir le précipité sur un filtre et à le mêler à de l’eau de chaux. On évapore ensuite à l’étuve et l’on reprend le tout par l’éther alcoolisé ; on ajoute à la liqueur, d’abord de l’eau chlorée, puis quelques gouttes d ammoniaque, et 1 on voit se produire une coloration verte, qui révèle la présence de la quinine.
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L'élimination du sulfate de quinine, par les urines, s’accompagne quelquefois, du côté des reins et de la vessie, d’une irritation analogue à celle que l'usage longtemps continué de ce sel produit dans 1 estomac et dans l'intestin.
Les effets thérapeutiques des préparations de Quinquina sont innombrables. Nous nous contenterons de rappeler que, comme fébrifuges et antipériodiques, ces préparations sont presque les spéciques des maladies intermittentes de cause paludéenne et autre; que les sels de qui nine sont préférés, par les médecins, pour combattre et réprimer les accès périodiques, tandis que les préparations de Quinquina, susceptibles d’une administration plus prolongée et possédant des propriétés plus toniques, sont choisies pour le traitement des accidents consécutifs à l’impaludisme et à la cachexie qu’il entraîne. Enfin, par le sulfate de quinine à haute dose, l’on obtient les effets antipyrétiques, que Briquet a rendus évidents et qui le font journellement administrer dans les rhumatismes articulaires aigus et dans certaines fievres continues. Ses qualités antiputrides et antifermentescibles, jointes aux précédentes, l’ont rendu extrêmement précieux dans les maladies aiguës de nature infectieuse, et l’on en retire des effets utiles incontestés dans les maladies typhiques, pyrogéniques, dans les fièvres traumatiques, etc. .
Quant au choix à faire, entre les diverses préparations, on se rappellera : 1° que les écorces du Quinquina Calisaya sont plus riches en quinine et, par conséquent, plus utiles comme fébrituges; 2o que les écorces du Quinquina gris renferment plus de cinclioniue et sont plus utiles comme toniques; 3° que les Quinquinas rouges, très astringents et intermédiaires aux précédents, par leur composition, sont préférés pour l’usage externe; 4° enfin, que les sels de cinclioniue ont une activité moitié moindre que ceux de quinine et exigent, en conséquence, des doses doubles.
Écorce de Coto
On trouve sous cc nom, dans le commerce, deux écoicesj provenant (?) delà Bolivie, offrant une structure et une composition analogues ou à peine différentes et dont 1 origine
botanique est encore inconnue. ^ I
Celle qui fut importée la première à Londres y avait été expédiée comme étant une sorte de quinquina, sous le nom de China Coto. R. Martens (de Hambourg) la reçut plus tard de la province des Missions (Bolivie), ou on 1 emploie, a l’intérieur, sous forme de teinture, contre la diarrhée et, à l’extérieur contre la goutte et les rhumatismes. Cette écorce fut successivement étudiée par Jobst, Wittstein et Hartz, au
ECORCE DE COTO
point de vue de sa composition chimique et de ses caractères distinctifs. Albertoni, Gieilt, Rohrer, Burkart, Balz, Dujardin-Beaumetz, etc., ont fait connaître ses propriétés médicinales.
La deuxième écorce fut envoyée à Jobst et Hesse, avec la mention qu’elle provenait des bords du fleuve Mapiri (Bolivie). Cette sorte diffère à peine de la précédente. Mais comme son action est plus faible, et comme l’analyse chimique y a montré l’existence d’un principe spécial, bien que très voisin de celui qui se trouve dans le Coto vrai, Jobst et Hesse ont donné ci cette deuxième écorce le nom de Paracoto, pour la distinguer du Coto primitif, qu’ils appellent Ecorce véritable de Coto .
Ainsi que nous l’avons dit, l’origine de l'écorce de Coto est encore inconnue. Elle a été attribuée, par Martens, à un Cinchona et, par Wittstein, à une Laurinée ou à une Térébinthacée ; l’auteur de l’article Coto, du Dictionnaire de Dujardin-Beaumetz, suppose qu’elle est fournie par une Pipéracée. S’il était permis d’émettre une opinion, dans une question si obscure, nous rapporterions plus volontiers le Coto à une Magnoliacée, en raison de la structure, de l’odeur et de la saveur de cette écorce.
Selon Jobst et Hesse, l’écorce de Coto est en fragments irréguliers, longs de 0m,6, larges de 0m,0G et épais de 8 à 14 milllimètres ; elle a une couleur brun-cannelle rosé, plus foncée en dedans. Elle est généralement privée delà partie externe ; son odeur rappelle un peu celle de la cannelle; sa saveur est pénétrante. Sa structure est irrégulière et grenue en dehors, où elle se fend en éclats assez plans ; elle est cellulaire et à fibres grossières en dedans, où elle se fend en éclats non plans.
Le Droguier de la Faculté do Lyon possède un spécimen de chacune des deux sortes de Coto. Comme ces spécimens offrent à peu près les caractères attribués par Jobst et Hesse aux écorces do Coto et de Paracoto. nous allons les décrire, en faisant ressortir les très légères différences qui existent entre la description donnée par ces savants et la nôtre.
1° Coto véritable. — Fragment d’écorce long de 185 mil-
RUBIACEES
limètrcs, large de 5 centimètres, épais de 10 à 14 millimètres. Sa face externe est semi-lisse par places, faiblement verruqueuse en d’autres, tantôt dénudée et alors couleur de rouille, tantôt pourvue d’un périderme gris brun, avec des plaques d’un Lichen crustacé, blanc grisâtre. Sa face interne brun foncé, offre quelques arêtes plus ou moins vives, dues à la saillie des faisceaux. La section longitudinale, de couleur brun roux, est grenue et rude, avec quelques fibres, vers l’extérieur; elle est grossièrement fibreuse en dedans.
Sur une section transversale, faite à la scie, cette écorce se montre constituée de la manière suivante :
Le 'périderme est mince, brunâtre et s’appuie presque directement sur le liber.
Le liber comprend la plus grande partie du diamètre transversal. Il se compose de faisceaux de grosseur variable, mais surtout étroits, que séparent de nombreux rayons médullaires. Ges rayons, très minces dans la majeure partie de leur longueur, s’élargissent beaucoup au voisinage du péri derme et se transforment en une sorte de parenchyme. Les faisceaux libériens sont donc effilés en dehors ; mais ils ne sont pas appointis à leur extrémité, qui est toujours tronquée, par l’intercalation des zones péridermiques. Tout le liber est criblé de très petits îlots blanchâtres, irrégulièrement répartis en apparence, mais, en réalité, disposés en zones tangentielles très rapprochées. Ceux qui occupent le périderme sont beaucoup plus développés et franchement tangentiels,
Le Goto a une odeur complexe de cannelle, d’anis et de camphre, qui rappelleassez bien, sauf par son odeur camphrée, celle de certaines écorces expédiées de la Colombie comme écorce de Winter. Elle a une saveur très piquante, fortement camphrée, d’abord un peu (très peu) sucrée et à peu près dépourvue d’amertume. Formée, comme nous le verrons, d’éléments disparates et souvent grossiers, elle se ; délite aisément, quand on la coupe : il s’en dégage alors une poussière très âcre, qui provoque l’éternuement.
Examinée sur une section transversale, l’écorce de Coto se montre composée des éléments ci-après (tig. 673).
ECORCE DE COTO
Fio. 673. - Section transversale d'une écorce de Goto,
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lo périderme (a) jaune-brun verdâtre, formé de cellules minces, aplalies et divisé souvent en zones étroites, par l'intercalation de cellules brunes, très épaisses.
2° Parenchyme cortical (b) presque entièrement détruit, à cellules jaunâtres ou brunâtres, peu épaisses. Ce tissu est rempli d’ilots de cellules pierreuses (fig. 674. C), jaune-, très grandes, à paroi épaisse et à lumen linéaire déchiqueté. Ces cellules sont allongées tangentiellement et disposées en files radiales, un peu obliques. Le parenchyme cortical
Fig 674. — Coto (détails).
renferme aussi des amas de fibres épaisses (fig. 674, A), à lumen punctiforme, beaucoup plus petites que les sclérules et immergées dans un lissu lignifié. 11 est traversé par des bandes étroites et plus ou moins anastomosées, formées par l'épaississement de certaines cellules :
3° Liber (c) essentiellement constitué par un tissu cellulaire jaune, à fins éléments, au milieu duquel se voient de nombreuses cellules à huile (Œlzellen) vides ou à contenu brun jaunâtre et bordées par des cellules plus petites que celles du tissu ambiant. Le parenchyme libérien est divisé en couches concentriques étroites, par l’interposition de bandes presque parallèles (fig. 674, B), formées de 1 ou 2 séries de cellules brunes, épaisses, lignifiées et à grand axe tangentiel. Ce tissu est coloré par une matière soluble dans les alcalis et évidemment de la nature des Phlobaphènes. Au sein de ce parenchyme, se montrent de nombreux îlots de fibres et parfois aussi de sclérules, soit emmêlées, soit et plus souvent disposées en amas distincts. Le liber est traversé par des rayons médullaires (fig. 674 B), jaune pâle, très ondulés, ordinairement obliques et presque toujours assez rapprochés les uns des autres. Ces rayons sont formés de 2 ou 3 rangées de cellules radiales ; parfois, mais