BLANC
Ces deux substances paraissent fournies par des arbres très voisins, peut-être par le même arbre. Toutefois, la seconde est aujourd’hui très rare, sinon introuvable, et l’on ne sait rien de précis relativement à son origine.
Fig. 510.
Myroxylon peruiferum.
BAUMES DES MYROXYLON
Les anciens auteurs disent qu’elle est obtenue par incision de l’écorce du Myrospermum per uiferum, L., f. (fig. 516), arbre de la Nouvelle-Grenade, de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie et du Brésil. Hanbury dit en avoir reçu un bel échantillon, avec spécimen d’herbier, et qui provenait du Brésil. II. Bâillon, qui réunit dans une même espèce les il/, peruiferum et il/, pubescens, rapporte cependant que, selon Triana, le il/, pubescens ne sert à l’extraction d’aucun baume. Ce savant dit, néanmoins, qu’il a vu de petites masses d’une résine balsamique, provenant de cet arbre, mais que cette résine semble être peu utilisée. Il ajoute que le bois du il/, peruiferum est imprégné de matière odorante et que, pour cette raison, on le brûle dans les temples, comme parfum, mais qu’il ne fournit pas de médicament. Ce bois, qui est « très brun, très beau et d’une couleur charmante » (Bâillon), parait être recherché pour l’ébénisterie.
Il se peut donc que le Baume du Pérou blanc des anciens ne fût pas produit par le il/, peruiferum et fût un baume de Tolu de qualité supérieure. Nous montrerons plus loin que les arbres producteurs du Baume de Tolu et du Baume du Pérou liquide sont très voisins l’un de l’autre et se distinguent seulement par de faibles caractères. Aussi peut-on admettre qu’on les a confondus.
Monardès dit, en effet (v. H. Bâillon), que le baume du Pérou s’obtient de deux manières : 1° par incision de l’arbre; 2° par décoction de fragments du tronc et des branches, dans de l’eau bouillante. Or, le Baume de Tolu s’obtient par incision et la suite de cet article démontrera que le Baume du Pérou noir est obtenu à l’aide d’un procédé, sans doute différent de celui qu’indique Monardès, mais qui nécessite aussi l’intervention de l’eau bouillante. D’ailleurs, comme le font remarquer Hanbury et Flückiger, Monardès n’était pas allé en Amérique et il peut avoir été induit en erreur. Hanbury et Flückiger font remarquer, d’autre part, que, ni l’écorce, ni le bois du il/. Pereirce ne possèdent d’odeur aromatique et que la gomme-résine spontanément exsudée du tronc de cet arbre est inodore. Il semble donc peu probable que les Baumes du Pérou solide et liquide soient produits par le même arbre.
LÉGUMINEUSES - PAUI LION ÂGÉES
Quant au M. peruiferum, nous avons vu que cet arbre peut donner une résine odorante, mais que cette résine paraît être sans emploi direct. Nous verrons plus loin que le Baume du Pérou blanc des anciens ne peut guère être confondu avec celui que l’on nomme Baume de Sonsonatc .
Quoi qu’il en soit de ces doutes, au sujet de l’origine du Baume du Pérou blanc, voici ce que l’on sait de cette substance.
Baume du Pérou blanc, solide. — Ce baume paraît découler d’incisions faites à un arbre voisin du M. peruiferum. D’abord liquide et incolore, il durcit avec le temps, devient semi-fluide, transparent et jaunâtre, puis brunit et se concrète. Il est alors de couleur blond rougeâtre, avec une cassure esquilleuse, se ramollit aisément et possède une odeur et une saveur à peu près identiques à celles du Baume do Tolu, mais peut être plus suaves.
On l’expédiait jadis dans des calebasses, d’où son nom de Bauyne du Pérou en coque. Maintenant, il arrive, soit dans des potiches en terre recouvertes de tresses dejonc et pesant 15 à 20 kilogrammes, soit en gallons de tùledu poids de 40 à 50 kilogrammes (Dorvault).
Baume du Pérou liquide ou noir (Baume de San- Salvador). — Ce baume est fourni par le Myroxylon Pereiræ, Klotzsch (Myrospermum Pereiræ, Roy le ; Myro ■ spermum Sonsonatense, Œrst. ; Toluifera Balsamum , [3, Pereiræ , H. Baill ), arbre de 15-17 mètres de hauteur, vivant dans l’Amérique centrale, le Mexique méridional, 1j Guatemala et surtout abondant à la Cèle du Baume, dans l’État de San -Salvador, près de Sonsonate. Comme on l’a vu par la synonymie, II. Bâillon distrait cet arbre du genre Myrospermum et le rapporte au genre Toluifera, Miller, comprenant le Myr. Toluiferum, auquel il attribue trois variétés :
a, genuina , qui produit le Baume de Tolu;
[3, Pereiræ, qui fournit le Baume du Pérou liquide et le Baume blanc (Balsamo blanco) extrait de la cavité du fruit;
y , punctata (Myrospermum balsamiferum,J{. et Pav.; M. peruiferum, Lamb., DC. ; M. pubescens, I)C. ; My-
BAUMES DES MYUOXYLON
roxylon punctatum, Kl. ; M. pubescens et M. peruife rum , Du.), qui parait ne pas produire de baume commercial, comme nous l’avons dit.
H. Bâillon distingue surtout les Toluifera des Myrospermum, par les caractères suivants :
Toluifera : graine lisse; apicule terminal du fruit à sommet tourné en bas ;
Myrospermum : graine ruminée ou creusée d’anfractuosités cérébriformes ; apicule terminal du fruit à sommet tourné en haut.
Le Baume du Pérou liquide est obtenu par deux procédés, d’ailleurs peu différents :
1° Selon de Martius, on le prépare de la manière suivante : • on fait des incisions à l’arbre; on y met le feu et l’on recueille le baume à l’aide de chiffons, que l’on introduit dans les entailles. On l’en extrait par ébullition des linges dans l’eau; puis on le purifie par fusion, et on l’enferme dans des calebasses. Guibourt admet, au contraire, d’après les dires de Bazire, qu’on l’obtient par des incisions faites à l'arbre, dont le suc découle abondamment.
2° Suivant Dorât, on l’obtient par le procédé suivant : On bat l’écorce des troncs avec un maillet, en ayant le soin de la laisser intacte sur 4 bandes longitudinales, pour ne pas faire périr l’arbre; 5 ou 6 jours après, l’écorce ainsi préparée est entaillée en long et en travers, puis brûlée avec des torches. Au bout de 5 ou 7 jours, l’écorce se détache toute seule ou bien on l’enlève et les plaies produites de celte manière sont remplies de morceaux d’étoffe, qui s’imbibent du suc sécrété par le bois. L’étoffe saturée est d’abord mise dans de l’eau bouillante, où elle se débarrasse de la majeure partie du suc; puis on l’exprime, pour lui enlever ce qu’elle en avait gardé. Le baume obtenu est lavé à l’eau bouillante et enfin versé dans des calebasses.
On voit que ce procédé diffère peu de celui que Martius a fait connaître.
Le Baume du Pérou noir est un liquide épais, brun foncé, d’odeur forte, très agréable, de saveur âcre et amère. 11 parait noir, quand on le voit en coupe épaisse ; étalé en
LÉGUMINEUSES - PAPILIONACEES
couche mince, il se montre d’un brun rougeâtre et transparent. Sa densité varie de 1,15 à 1,16. Il est inaltérable à l’air, insoluble dans l’eau, à laquelle il abandonne pourtant, surtout à chaud, un peu d’acide cinnamique et des traces d’acide benzoïqne. L’alcool dilué, la benzine, l’éther, les huiles grasses et volatiles en dissolvent une faible proportion ; il se mélange aisément avec l’alcool absolu, le chloroforme, l’acide acétique et l’acétone ; l’essence de pétrole ne le dissout pas.
Une partie de sulfure de carbone se mélange bien à trois parties de baume.
Si l’on mêle, au contraire, une partie de baume à trois parties de sulfure de carbone, il s’en sépare environ 38 0/0 d’une résine noire, cohérente. Le liquide sulfo-carboné, qui surnage, est brun et transparent ; agité avec de l’eau, il cède à celle-ci de l’acide cinnamique et de l’acide benzoïque, que l’on peut en retirer par addition d’une faible quantité d’ammoniaque. Le soluté ammoniacal, étant concentré par évaporation, puis traité par l’acide acétique, laisse précipiter les acides cinnamique et benzoïque, sous forme de cristaux blancs. Par l’évaporation du sulfure de carbone, la solution sulfo- carbonée primitive laisse, comme résidu, un liquide aromatique, brunâtre (Cinnaméine), d’une densité d’environ 1,1.
La Cinnaméine (G16 H14 O2) parait être un Cinnamate benzilique, qui, d’après Kraut et Kachler, serait le principal constituant du baume. Ce principe est miscible à l’alcool et à l’éther ; il bout à 305° et se décompose alors partiellement. Exposé à l'air, il devient acide, à la longue. Soumis à l’action prolongée d’une solution alcoolique de potasse, il s’en sépare du Cinnamate de potasse cristallisé et il reste un liquide huileux (Péruvine), formé par de l’alcool benzilique et du toluol.
La résine noire séparée par le sulfure de carbone forme une masse amorphe, cassante, à réaction acide, n’offrant pas l’odeur du baume, soluble dans l’alcool et dans les alcalis caustiques, mais précipitée par l’acétate de plomb. En la fondant avec de la potasse, Kachler en a retiré environ les 2/3 de son
BAUMES DES MYROXYLON
poids cl ' acideProtocatèchique. Par distillation, elle fournit de l’acide benzoïque, du styrol (C8H8)et du toluol (G7 H8). Selon Kachler, le Baume du Pérou possède la composition suivante : ao. cinnanique , 40 ; résine, 32 ; alcool benzilique , 20.
Flückiger, auquel nous avons emprunté les notions chimiques ci-dessus, dit que ces derniers chiffres ne sont pas tout à fait conformes.
« On peut conclure des recherches précédentes, que l’écorce « de l’arbre contient une résine et probablement du cinna- « mate benzilique. Ce dernier est sans doute altéré par la « méthode employée, pour recueillir le baume, sur la Côte du « Baume. On doit, sans doute, à cette méthode, la présence « d’acides libres dans le baume, et la couleur noire de cette cc substance. » (Flückiger.)
Le Baume du Pérou noir est falsifié par addition d 'alcool, d 'huiles grasses et de baume de Copahu.
h' Alcool est reconnu en agitant le baume avec de l’eau, qui dissout l’alcool et amène une diminution du volume de la substance.
La densité du baume additionné d’alcool s’abaisse, d’ailleurs, proportionnellement à la quantité de l’alcool ajouté.
Les Huiles grasses, autres que l’huile de Ricin, sont séparées par agitation du mélange avec de l’alcool, qui dis sont le baume et laisse la majeure partie de l’huile.
h' Huile de Ricin est décélée par le moyen suivant, dû à Ulex, de Hambourg : Mettez dans un verre de montre 10 gouttes de Baume et 20 gouttes d’acide sulfurique concen tré ; mêlez, puis étendez d’eau : si le baume est pur, on obtient une résine cassante; s’il est additionné d’huile de Ricin, la résine est d’autant plus molle et poisseuse, que la proportion de l’huile était plus grande.
La Colophane, la Térébenthine, le Baume de Copahu, sont reconnus en jetant un peu du baume suspect sur une plaque cïe fer rougie au feu : l’odeur des substances ajoutées se développe et est facilement perçue.
Pour le Baume de Copahu, Ulex recommande le procédé ci-après : Chauffez le baume à 190°, dans un bain d’huile, jusqu’à ce qu’il donne, par distillation, quelques gouttes d’un
LÉGUMINEUSES- PAPIL10NACÉES
liquide huileux, qui se solidifie par formation de cristaux d’acide cinnamique. Si le baume est impur, les cristaux nagent dans l’essence de Copahu. Si l’on sature l’acide cinnamique avec une solution de potasse et qu’on filtre, le résidu détone par addition d’iode, s’il contenait de l’essence de Copahu.
Le Baume du Pérou solideest rarement employé; le Baume liquide sert comme parfum ; on en fait une teinture, un sirop ; il entre dans la Thériaque et dans diverses préparations.
Baume blanc de Sonsonate. — Dans l’état de San -Salvador, on donne le nom de Balsamo blanco à une substance résineuse, contenue dans des lacunes du péricarpe des fruits du Myroxylon Pereiræ. Ces lacunes sont situées entre la graine et l’endocarpe.
Le fruit du M. Pereiræ est sec, indéhisent, monosperme, (rarement disperme), allongé et subréniforme, renflé à son extrémité supérieure, dont le sommet appointi est tourné en bas et comprimé bilatéralement, au- dessous de la loge séminifère. Ce fruit offre l’aspect d’une samare rétrécie à sa base en un pédicelle cylindrique, grêle; des deux ailes de cette samare, la postérieure est plus large et se prolonge plus haut que l’antérieure. La semence est séparée de la paroi interne de l’endocarpe par la couche résineuse, et maintenue, par cette dernière, dans sa position normale.
Dans les fruits frais, la matière résineuse est liquide ou semi-liquide, d’un jaune d’or et d'une odeur suave, rappelant celle du Mélilot. Dans les fruits secs, du commerce, elle est dure, cassante et de couleur un peu plus foncée.
Le Baume de Sonsonate est extrait par expression des fruits frais. Selon G. Planchon, on l’exporte dans des cruches de terre recouvertes d’une natte. Ce baume semble donc être le même que celui qui a été décrit ci-dessus, d’après Dorvault, sous le nom de Baume du Pérou solide.
11 se présente sous forme d’une substance de consistance térébenthineuse, épaisse, grenue, de couleur blonde et qui, avec le temps, se sépare en deux couches : une supérieure fluide, une inférieure cristalline, opaque, soluble dans l’alcool. Suivant Stenhouse, cette dernière contient une résine neutre