ART. I®'. — LA PÉDÉRASTIE
Nous réunissons en un seul groupe les observations que nous présentons sur ces deux chapitres, parce que les conditions i»
(1) Voy. p. 94 et p. 108.
(2) Voy. page 98.
(3) Voy. page 101.
expertises médico-légales ont pour ces dififérenls actes de nombreux points de contact.
Nous laissons de côté tout d^abord les cas de pédérastie qui semblent résulter de ce que des individus de même sexe se trouvent réunis et placés dans des conditions telles qu'ils ne peuvent satisfaire leurs aptitudes vénériennes sur des personnes d'un autre leze; il en est ainsi dans les prisons, les bagnes, parfois dans les équipages de la marine, etc. Les circonstances dans lesquelles le nédecin légiste intervient d'ordinaire sont d*un autre ordre et bien loovent l'inculpation n'est pas simple, il n*y a pas seulement prélomption de pédérastie mais l'inculpé a en même temps commis des Ides d'onanisme et de pédérastie. La spécialité dans ces manœuvres Uiriques ne présente pas de lignes nettement trancbées. Tardieu ft établi avec une rare précision la forme sous laquelle s'exerce à Paris la prostitution pédéraste (1). A Paris, cette prostitution a reçu une organisation clandestine destinée surtout à favoriser l'in- JMtrie du chantage. Un individu recrute des clercs à l'aide desquels 9 attire les individus adonnés à la pédérastie, puis il rançonne ceuxci en les menaçant de dévoiler leur turpitude. Mais la pédérastie n'est ^un des moyens employés dans cette exploitation, et celle-ci varie #nne année à l'autre. Dernièrement un jeune garçon arrêté pour ies actes de provocation sur la voie publique, déclarait dans un langage impossible à reproduire : Oh I maintenant nous ne nous livrons plus per anum, c'est trop douloureux, nous pratiquons la tuccio virgœ. Quel que soit l'acte de débauche provoqué, le but est le même, c faire dktnier ». On se tromperait, d'ailleurs, si l'on croyait que les jeunes garçons seuls servent à former ces associations. Nous avons eu l'an dernier à faire une expertise au cours de laquelle nous avons pu reconnaître un autre mode d'exploitation. Chacun de nous connaît ees petites filles de huit à quinze ans qui courent après les voilures 4es Champs-Elysées et vous engagent à « fleurir voire boutonnière n , Le bouquet n'est qu'un procédé de provocation et le but est d'entrer àms la voiture. Si le voyageur lubrique ou naïf laisse monter Tenfant, k partir de ce moment le trottoir du boulevard lui est interdit. Chaque fois qu'il parait il est entouré par une nuée de petites filles qui lui reprochent les actes commis sur une de leurs iMDpftgnes; elles ne se taisent un jour que lorsqu'elles ont reçu quelques pièces blanches, et recommencent les jours suivants. Que l'expert soit consulté à l'occasion de manœuvres de mastur-
(I) Ttrdieu, Etude médico-légale sur les attentats aux maurSy 1* édition, p. 300.
bation, de succion ou de pédérastie, les conditions de r<;Qqaéte se ressemblent beaucoup et, à moins de circonstances spéciales, ses résultats sont presque toujours négatifs.
Nous ne reviendrons pas sur les caractères efféminés des pédérastes, les clercs, sont, avons-nous dit plus haut, surtout des infan* ttles aux formes arrondies, arrêtés dans leur développement, excitant les appétits dépravés par leur habiius féminin et se prêtant peutêtre plus volontiers à ces honteuses pratiques parce qu'ils D*onl pas d'aptitudes masculines énergiques.
Quant à leurs victimes, il serait plus difficile d'en tracer les caractères. Elles appartiennent à toutes les classes de la société, elles ne se recrutent pas exclusivement parmi des gens dont les mœurs dépravées sont notoires. Chacun de nous a vu des hommes mariés, pères de famille, heureux dans leur ménage, qui ne s'étaient signalés antérieurement par aucun désordre de conduite, être convaincus de pédérastie sans trouver pour leurs actes, non pas une excuse, mais même une dénégation énergique, plaidant iHmprobable plutôt que la non réalité. On ne peut les voir sans songer au type que M. Lasègue a décrit sous le nom d'exhibitionnistes {i). On espère que, comme pour ces derniers, on pourra trouver quelque symptôme permettant de soupçonner sinon de démontrer une aberration mectaie. D'ordinaire, ni un antécédent pathologique, ni un acte incorrect antérieur n'autorise à les classer dans un groupe qui ait uo autre caractère à joindre à celui de pédéraste.
La pédérastie active ne possède pas de signes caractéristiques et nous partageons sur ce point d'une façon absolue les opinions d'Hofmann. Nous avons observé avec le plus grand soin les inculpés qui avouaient, ceux qui niaient, mais contre lesquels s'élevaient des charges accablantes ; nous avons enfin examiné au même point de vue la forme de la verge de tous les malades qui ont passé dans nos salles, sans avoir rien constaté qui nous ait permis de confirmer les opinions de Tardieu. La forme, le volume du gland et de la verge varient infiniment plus que les traits du visage. Il n'j a de comparable à la diversité de l'appareil génital masculin qQ6 celle des organes génitaux externes de la femme.
La pédérastie passive mérite de nous arrêter davantage. Le signe le plus connu est celui que l'on désigne sous nom de déformatùM infundibuliforme de fanus. Sa valeur est très réelle, mais seulement dans certaines conditions que nous voudrions déterminer avec pré- Ci) Usègue, Les Exhibitionnistes {Union médicale, 3« série, t. XXIU, l«77,p.îW).
cision. Un premier fait à signaler, car son importance est capitale, est celui-ci. Lorsqu'un attentat unique, récent, a été commis, par exemple sur un jeune garçon, Tanus est tiré en haut et les fesses forment un cornet à sommet anal. On ne peut dire qu'il y a eu déformation par refoulement habituel, des parties molles repoussées par la verge ; Tattentat aété unique et une pareille déformation ne peut résulter d*un refoulement explicable par un seul acte même Tiolent, brutal. Quelle est donc sa cause? Un examen attentif permet de la déterminer. Après un acte violent la marge de l'anus est rouge, les bords de l'anus sont excoriés. 11 y a de petites fissures multiples superficielles. La victime souffre en allant à la garde-robe, souvent on voit un peu de sang sur les matières fécales. Si on cherche à introduire le doigt dans l'anus, le sphincter entre en contracture et serre énergiquement le doigt. En pressant lentement quelquefois deux ou trois minutes, on parvient à vaincre ce spasme. Si, après avoir dépassé la limite du sphincter, on le replie pour aller palper la prostate, on sent une sorte de plan résistant tendu obliquement qui s'oppcse à ce palper. Or ce plan ne peut Mre formé que par le releveur de l'anus. Il y a donc, outre la contracture du sphincter, une contracture du releveur de l'anus. C'est ce muscle qui tient relevé l'anus, qui l'entraîne vers le petit bassin et qui détermine par sa contraction la formation de l'infundibuiam. Remarquons qu'il en est ainsi, non pas seulement quand l'anus a été contus par un acte violent, mais lorsqu'il y a, soit une Assure simple, soit des hémorrhoïdes enfiammées ou douloureuses. M* Yerneuil qui traite les hémorrhoïdes par la dilatation du sphincter de l'anus a fait la même remarque (i). La douleur a pour conséquence le retrait de l'anus, avec les doigts on parvient difficilement à franchir les limites du sphincter et pour dilater l'anus M.Verneuil a recours à l'emploi d'un spéculum qui pénètre profondément.
Ainsi une seule tentative violente, offensante pour la marge de Tanus détermine une ascension de cet oriflce et la formation d'un infandibulum. En est-il de même lorsque les actes ont été consentis, répétés et par conséquent accomplis sans violence? Tantôt même lorsque l'inculpé fait les aveux les plus complets, on ne trouve pas d*infundibulum, tantôt on en trouve un plus ou moins notable. La raison de ces différences me semble être double, elle se trouve
(1) Frédéric Monod, De ta dilatation forcée du sphincter de tanus^ considérée tpéeialement dans son application au traitement des hémorrhoïdes. Thèse do Paris, 1S77.
728 ATTENTATS AUX MŒURS BT A LA PDDBUR.
d*abord dans Tétai de la muqueuse rectale. Souvent en eDel les pédérastes ont, ainsi que le remarque Hofriiann, une blennorrhée, un catarrhe rectal chronique, chez ceux-ci la contracture du releveur peut survenir, mais ce n*estpas un phénomène constant. Pa^ fois, en effet, même avec une blennorrbée rectale la contracture ne se développe pas ou ne persiste pas.
Cette différence Irouve-t-elle une explication raisonnable? Noos le pensons. On sait que la fissure douloureuse de l'anus, celle qui nécessite l'intervention chirurgicale se rencontre surtout chez les jeunes sujets, chez les femmes; non pas que ces jeunes sujets et ces femmes soient seuls sujets à la fissure, mais chez eux seulement se développent, sous l'influence d'un système nerveux excitable, la contracture du sphincter et celle du releveur.Il en est de môme pour les pédérastes. La forme en cornet de l'anus se rencontre dans les mêmes conditions, et la contracture qui la produit ne se développe que chez les individus nerveux, jeunes le plus souvent et excitables.
Le mode d'examen augmente chez ces individus nerveux le ctractère infundibuliforme de Tanus. Lorsque la douleur, la honte ou la crainte de l'examen est vivement ressentie, le sujet contracte les muscles fessiers en même temps que le releveur. Cette contraction seule crée ou exagère la disposition en infnndibulum. Pour s'en assurer, que l'on fasse l'épreuve suivante: on explore plusieurs fois l'anus d'un jeune homme en ayant soin de ne loucher la région fessière qu'avec précaution, lorsque après plusieurs examens l'impression nerveuse n'existe plus, qu'on essaie de renouveler répreuve après avoir plongé les mains dans l'eau glacée et avec une certaine force. De suite le grand fessier se contracte, son bord inférieur devient saillant, l'anus remonte et lorsqu'avec une certaine énergie on sépare les fesses on trouve un infundibulum momentané là où il n'en existait pas les jours précédents.
Plus tard une phase spéciale succède à celle de la contracture. Les muscles qu'un contact faisait entrer dans un état spasmodique se fatiguent, se relâchent, à une impressionnabililé excessive succède une atonie presque complète ; l'anus se relâche, le sphincter n'est plus capable de retenir les matières fécales, qui viennent souiller la marge de l'anus, le releveur de l'anus ne soutient plos l'anus et celui-ci retombe, faisant saillie presqu'aa niveau des fesses. Cette sorte de paralysie survient soit par le fait de la fatigue musculaire provoquée par une contention trop prolongée, soit par la maladie, la cachexie dans laquelle tombent souvent ces hommes adonnés à la débauche.
On comprend facilement pourquoi les hémorrboïdes sont si fréqoentes chez les pédérastes, par suite de rôtranglement des veines hémorrholdales dans les flbres du sphincter contracture, comment les plis de l'anus disparaissent par le relâchement ultérieur de ces mêmes fibres du sphincter.
Cette façon d'interpréter les causes des déformations de la région tnale chez les pédérastes permet d'interpréter leurs diverses variétés. Les contractures du sphincter et du releveur ne sont pas toujours associées. Si le sphincter est seul contracture, il n'y a pas d'infundibulum, si le releveur de l'anus l'est seul, l'oriflce anal est dilaté, ouvert, béant quelquefois en môme temps qu'il est élevé. Nous ne saurions prévoir et indiquer tous les possibles.
Ces déformations ont donc une valeur, mais ne sont pas caractéristiques. Toutes les lésions douloureuses de la marge de l'anus peuvent les produire. Lorsque le médecin légiste constatera un infondibulum anal, un relftchement de l'anus, la disparition des plis anaux, il devra faire un diagnostic, reconnaître la cause de ces diverses modifications, mais il ne devra pas conclure sur simple eoDstatation qu'elles sont le résultat de la pédérastie passive, d'au- Iret causes peuvent les produire.