‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 155 sur 189 · SI · texte numérisé non relu

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personnes : ainsi dans une période de 57 ans on trouve pour 1,071 accusations 2,47S nccusés. n La proportion des femmes, dit Tardieu (2), ainsi qu'il était facile de le prévoir, dépasse de beau- (I) vof. p. lia.

<)) T*rdifa, Êludt mMito-l-'ga't nir rntHtmitt. Pari*. 1N4, p. 13.

744 U GROSSESSE ET L'ACCOUCHEMBlfT.

coop celle des hommes, et cependant il y aurait liea de s'étonner de Toîr ceaz-ci former le tiers des individus sur lesquels portent les accusations d'avortement, si Ton ne songeait aux hommes de Tart qui flgurent malheureusement trop souvent dans ce nombre. • Leur nombre ne nous est pas connu exactement, car dans le compte rendu annuel de la justice les sages-femmes sont comptées avec les médecins et ce groupe forme le sixième des condamnés.

Dans le chapitre très remarquable que Hofmann a consacré à l'étude de Tavortement, ce médecin est d'accord avec Tardieo, Tourdes, etc., pour faire remarquer que les avortements criminels sont pratiqués surtout au quatrième et au cinquième mois. Sar 71 cas d'avortement criminel avéré, Tardieu en a trouvé 24 dans les trois premiers mois, 32 de trois à six mois, 15 seulement après le sixième mois. Sans spécifier exactement quelle est la fréquence relative des avortements pendant les trois premiers mois, Tardieu indique nettement le résultat de ses observations dans la phrase suivante (4) : « Il est permis de faire observer que ce résultat est tout à fait en rapport avec les données physiologiques; la femme, avant d'en venir ft cette extrémité coupable, ne doitelle pas attendre une certitude qu'elle ne peut guère avoir a?ant le troisième mois ? n

Notre expérience confirme les règles si bien établies par nos devanciers. Nous n'avons pas été chargé de constater chex des femmes les traces d'avortements provoqués, avant que la grossesse n'eût atteint trois mois, ou plutôt avant que la troisième époque n'ait manqué. A l'hôpital nous n'avons eu, comme médecin, connaissance d'avortements criminels, que parce qu'il y avait des acci* dents. Or ceux-ci presque toujours étaient dus à la rétention da placenta, provoquant soit une hémorrhagie, soit une métro-péritonite infectieuse. Ce sont là les accidents graves de l'avortement, mais non pas seulement quand il est le résultat de manœuvres criminelles. Ce point est important à établir.

Il y a quelques années M. Gallard (2) a appelé l'attention des experts sur un signe qui, restant isolé, ne démontrerait pas la criminalité d'un avorlement, mais qui permettrait de le tenir pour suspect : c'est la rupture de Tœuf dans les avortements survenant au-dessous de trois mois.

(1) Tardieu, art. Atortbmbnt, Dict. de méd. et chirurg,^ U IV. Paria, 186S, p. 840.

(2) Gallard, BulLSoc. méd. légale, 13 avril 1874, t. III, p. 265 et soÎTantes. - 8 nov. 1876, t. V, p. lU et aalTantea.

Celte opinion, très énergiquement appuyée par M. Leblond, fut rivement combattue par M. Charpentier. Pour nous, de cette discussion fort intéressante et de ce que nous avons pu observer, il résolte que l'avortement criminel pendant le premier mois, et j'ajouterais volontiers pendant le second, est sinon inconnu, du moins bien exceptionnel. Pour désirer ôtre délivrée, encore faut-il que la femme soit sûre d'ôtre enceinte; pour tenter un avortement, le médicastre ou la matrone ne doivent-ils pas pouvoir au moins diagnostiquer la grossesse? Or tant que les deux premières époques n*ont pas fait défaut, sur quoi reposent et les craintes de la femme et le diagnostic du complice ?

Quoi qu'il en soit, M. Gallard et M. Charpentier sont d'accord tor un point : en général pendant les deux premiers mois l'avortement se fait en un seul bloc dans lequel sont compris Tœuf et ion contenu ; c'est Vavortement ovuiaire. S'il s'opérait en deux temps, le médecin légiste ne me semblerait d'ailleurs pas pouvoir tirer de ce fait des données sufûsantes pour afQrmer que la rupiore n'est pas naturelle, et pour reconnaître avec certitude qu'il 11*7 avait pas une altération des membranes.

Mais, à partir du troisième mois, nous acceptons avec M. Charpentier, avec tous les accoucheurs, que l'expulsion en bloc du proiirit de la conception est une rareté, que la règle est l'expulsion m deux temps, le fœtus sort le premier et le placenta ne le suit {06 vingt-quatre, quarante-huit heures plus tard. Sa rétention est 'accident prévu et grave, que l'avortement soit naturel ou qu'il loit provoqué par rupture des membranes.

Or nous l'avons dit, en pratique médico-légale, l'expert a bien rtremeni à se prononcer sur des avortements provoqués avant le roisième mois de la grossesse, et nous ajouterons avec M. Cbarpenierque, même s'il rencontre une rupture des membranes, alors |Qe la grossesse ne daterait que de deux mois, il ne serait pas aulorisé à considérer ce signe comme caractérisant un avortement critninel. Il pourra noter le fait, mais nous pensons que celui-ci ne levra peser que d'un poids bien léger sur les conclusions que l'expert devra adopter.

§ 2. — L^AVOBTBIIBNT PBOTOQUÉ.

A. Substances abortives, — 7** La Rue (t). M. Hamelin a consigné les résultats très intéressants d'expé

(1) Voy. p. lOD.

riences entreprises sur les animaux pour étudier les propriétés abortives de la rue (1). Ces expériences complètent les aDciennes obse^ vations de Hélie de Nantes.

Sur des lapines il a réussi à provoquer ravorlemeuL « L'époque de l'avortement, dit-il, et les conditions dans lesquelles il s'est produit n*ont rien eu de constant. L'avortement a ea lîei trente-six heures après une première injection et douze heures après une deuxième, chez une lapine qui a succombé ; sdxante heures environ après la dernière administration de rue, chei uoe autre qui ne parut pas s'en ressentir ; et la mort survint chez une troisième lapine également pleine huit à dix heures après la prise de la rue, cette fois sans avortement.. Cette dernière moarut dans le collapsus, tandis qu'aucune altération de leur santé ne se manifestait chez les deux autres. »

L'avortement peut donc se produire chez les animaux, ainsi que Hélie l'avait observé chez les femmes.

M. Hamelin résume ainsi l'action de la rue. «En résumant cet ensemble de faits, on voit que la rue, chez les animaux mis eo expérience, a exercé une action locale peu accentuée sur l'estomtc, plus marquée sur le duodénum et la première partie de l'iotestlD grêle ; qu'elle a provoqué d*abord une élévation de ta température suivie d'une dépression allant jusqu'au collapsns, dépression primitive, après des doses très élevées, et que la circulation et U respiration n'ont été modiOées que dans une faible proportion, quoique cependant la diminution de leur rythme ait été ordinairement constatée parallèlement à l'abaissement de la températare ; que l'action sur le système nerveux a généralement été stupéfiante, surtout avec l'huile essentielle, et dans quelques cas t été convulsivante (chez les lapines seulement) ; que Tavortem^t s'est produit surtout dans la période du collnpms, tantôt avec les organes génitaux congestionnés (dans un cas très probablementà la suite d'asphyxie), tnnlôt avec ceux-ci anémiés; eufln que It mort est survenue au milieu du désordre extrême de la circulation et de la respiration, ou par les progrés du collapsus nerveux, et que» lorsque l'animal en réchappait, il gardait une soif vive, avec graod appétit, indice non douteux de la lésion du tube digestif.

« Les phénomènes obtenus chez les animaux par Texpérimentation ne diffèrent donc pas notablement de ceux qu'on a pu observer chez la femme à la suite de l'usage de la rue comme abortive.

(1) Hamelin, Art. P.ob, Dict. Encyelopélique, S» série, t. V, l$77, p. Ui.

M. Hélie cite parmi les effeU les plus remarquables : i* une vive pUogose de l*estomacet du duodénum, caractérisée par des vomisiements violents, etc. ; 2* l'absence de phlegmasie de cet organe ; S* une affection profonde des centres nerveux, mélange de nareotisme et d'excitation ; 4* la dépression de Taction du cœur, etractérisée par le ralentissement extraordinaire et la petitesse du foolst rabaissement de la chaleur de la peau ; 5* la tuméfaction énorme de la langue avec abondante salivation ; 6* enfin, vers le &ièiQe jour, une sorte de réaction à forme typhique. »

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