‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 55 sur 189 · III. -— Ecchymoses · texte numérisé non relu

III. -— Ecchymoses

On désigne sous le nom 6.' ecchymoses sous pleurales el sous-pénr cardiqucsùe petites exlravasationssanguines sous la plèvre et le péricarde qui, bien développés, font paraître les organes correspondants comme lâchetés et aspergés de sang. Leur grandeur varie depuis celle d'une piqûre de puce à celle d*un grain de chènevis ou d'une lentille. Elles sont dues à des ruptures de capillaires dans le tissa conjonclif sous-séreux de la plèvre ou du péricarde, et se trouvent la plus souvent sous les feuillets viscéraux, quelquefois, mais beaucoup moins nombreuses, sur les feuillets pariétaux. Sur les poumons elles siègent le plus souvent dans les parties postérieures et dansles sillons qui séparent les difl'érents lobes pulmonaires. Au cœur leur siège principal est le long des vaisseaux coronaires, et, quand on les rcQcontre sur la plèvre pariétale, elles suivent également presque toujours les vaisseaux intercostaux.

Depuis que Gusper a le premier appelé Tattenlion sur ces faitSi

on a considéré ces ecchymoses comme une manifeslation de la lUse veineuse dans les poumons et le cœur droit, car on admettait ]Qe, lorsque la stase arrivait à un certain degré, quelques vaisseaux capillaires ne pouvaient plus opposer une résistance sufCsanle à la pression et se rompaient. D'autres, admettant la théorie de Donders Nir la production de Thypérémie pulmonaire, regardaient comme cause principale l'aspiration que le thorax par ses dilatations inQtiles exerçait sur la surface du poumon, et ont fait provenir les ecchymoses de cette action de la paroi thoracique agissant sur le poumon comme une espèce de ventouse. Il est certain que ces deux eau* les, qui ne peuvent être niées, ne jouent pas le rôle principal, qui ippartient plutôt à la contracture vaso-motrice, existant au maxi* Doni de l'asphyxie, et à l'augmentation considérable de la pression latérale que les vaisseaux ont à supporter, augmentation quidélernaine d'autant plus facilement la rupture des petits vaisseaux qu*il y ienmème temps une stase de la circulation due, non seulement à la ooDlracture vaso-motrice et aux autres causes déj\ indiquées, mais BMoreà des convulsions générales et à une contracture des musdes expiratoîres. En effet, par des expériences bien dirigées on peut N convaincre, comme nous l'avons déjà fait pour les ecchymoses Ms-conjonclivàles, que la formation des ecchymoses sous-pleuvdes et sous-péricardiques correspond au stade convulsif de l'asphyxie, par conséquent à un temps où la dyspnée se manifeste au ^ors moins par de profondes inspirations que par des expirations tétaniques. Yient-on à interrompre l'asphyxie avant le commencement de ce stade, on ne trouvera pas d'ecchymoses ou très peu. IteiDéme on ne trouve pas d'ecchymoses, si l'asphyxie arrive sans Contracture, ce qui est exceptionnel, il est vrai.

Ces ecchymoses ne sont nullement propres à certaines formes Asphyxie, mais peuvent survenir dans toutes les formes, parce ^ les convulsions en général et la contracture vaso-motrice en lirticulier appartiennent au tibleau typique de l'asphyxie, et ne Mnquent que dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Nous Itl trouvons non seulement dans l'asphyxie dite mécanique, mais iôeore dans l'asphyxie par cause interne, telle que Tépilepsie et kl empoisonnements et surtout ceux qui s'accompagnent de contons. C'est ce qui renverse la théorie, défendue par Tardieu (1) ^combattue avec raison par Liman et autres, d'après laquelle leb ^hymoses sous-pleurales ne se rencontreraient que dans l'asphyxie

il) Tardiea, Étude médico-légale sur tinfanticide, 2* édition. Paris, 18" îi. — ^e médicO'iéqale sur la pendaison, 2' édition. Paris, 1879;: *

356 LES ATTENTATS CONTRE LA SANTfi ET LA VIE.

dans le sens restreint du mot, c'est-à-dire dans l'asphyxie parocclo» sion des voies respiratoires. II est hors de doute aussi que la pro* duction des ecchymoses est influencée, en dehors des causes connues, par des dispositions individuelles. Parmi celles-ci figure en première ligne une certaine friabilité des vaisseaux, et c'est lib raison pour laquelle les ecchymoses sous-pleurales et8oas-péricl^ diques sont si fréquentes et presque constantes sur les cadavres de nouveau-nés, ou de nourrissons asphyxiés, plus rares dansFenfance et Tadolescence, et très rares dans Tâge adulte, pour devenir plus fréquentes dans la vieillesse, où les vaisseaax pour dei raisons pathologiques deviennent plus friables.

Plus rarement que dans les poumons, le cœur, les conjonctives et, chez les nouveau-nés, le thymus, on trouve des ecchymoses sar d'autres places, telles que la muqueuse du larynx, de l'épiglotle, de la trachée et de l'estomac. Dans ce dernier elles sont assex fréquentes et siègent le plus souvent dans le grand cul-de*sac, qui est fortement injecté dans la plupart des formes d'asphyxie. La contracture vaso-motrice dans l'intestin et surtout dans la rate panll être la cause de cette stase dans les vaisseaux de l'estomac et de h production des ecchymoses.

Dans le péritoine nous n'avons observé qu'exceptionneUemeot des ecchymoses isolées; par contre nous avons trouvé sur deux pendus, à la surface interne de la dure-mère, dans l'étage moyeu du crâne, des ecchymoses correspondant aux divisions de Tarière méningée moyenne.

Les ecchymoses no sont pas des lésions propres à l'asphyxie et peufeat le rencontrer dans d'autres genres de mort, où se trouve une des conditions poovant déterminer la rupture des petits vaisseaux et la formation conséeatift é» petites extravasations sanguines ; c'est ce qui peut arriver dans les morts ptr traumatisme. Ainsi on sait que souvent, au voisinage dos bleasares faites afic violence, se trouvent de petites extravasations sanguines de différentes grandein qui ne sont pas le résultat direct du traumatisme, mais sont nées par coflUMtion ; à cet ordre appartiennent les ecchymoses sous-conjonctivales dans tes cii de suicide par armes à feu tirées dans la tôle.

On peut également trouver des ecchymoses dans les organes les plas difen à la suite d'une commotion ou d'une chute et dans les cas d'éboalement. Les eccl^roosc!s que Ton trouve souvent dans les enveloppes molles du crâne des noavfsinés sont aussi d'origine traumatique.

Oitte lésion se rencontre en outre après des processus pathologfqoes, ^ diminuent la résistance des parois des vaisseaux, c*est- à-dire le acurbui, tliémophilie, la septicémie et autres processus infectieux (par exemple la varisie bémorrhagique), mais surtout après l'empoisonnement par le phosphore dans lequel, outre la dégénérescence graisseuse générale des organes, on trouve oacore celle des vaisseaux. C'est pourquoi les ruptures des vaisseaax périphériquet, so^

toot des T&isseaux sous-séreux et sous-muqueux, font partie des lésions qu'oo trouve sur le cadarre dans cet empoisonnement. A cet ordre appartiennent enin les ecchymoses qne Ton rencontre dans l'inflammation récente de la plèvre ou â*aatres séreuses.

Ce qui est intéressant sous ce rapport, ce sont les observations de Schiff, Browa- Séqoard, Ebstein (1) Nothnagel {9) et Vulpian (3) . qui ont vu survenir des ecchymoses dmi» restomac, sons la plèvre (Ebstein) et dans les poumons mêmes (Nothnagel) •près une blessure de certaines parties du cerveau et de la moelle, mais aussi ^pfès une longue excitation de nerfs sqnsitlfs. Nothnagel ne se prononce pas sur le cause de ce phénomène. Mais Ebstein cherche à l'expliquer par Texcitation réflexe du centre vaso-moteur, et par suite par une augmentation de la pression do sang dans les vaisseaux. L*observation pratique concorde avec cette hypothèse^ car il n*est pas rare de trouver, après la mort par blessures do la tète et par cornnaotion cérébrale, des ecchymoses dans les poumons, le cœur et même l'estomac; ce qai pourrait toutefois s'expliquer par ce fait que ces lésions peuvent également ameDer en dernier lieu la mort par asphyxie.

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