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ART. II. — LE DIAGNOSTIC D*UN EMPOISONNKMKNT

Le diagnoslic d'un empoisonnement ou d*une mort par empoisonnement doit s'appuyer : i^ sur les symplômes morbides qai se sont montrés avant la mort ; 2^* sur le résultat de l'autopsie ; 3* sur le résultat de l'examen chimique des parties du cadavre; 4* sur lei circonstances particulières du cas.

§ ]*'. — DES SYMPTÔMES QUI DUT PEÉCiDÉ LA MORT.

Ceux-ci dépendront d'abord de la nature et du mode d*aclion du poison employé et nous en parlerons en traitant des poisons en particulier. Nous voulons seulement faire remarquer ici qu'ils dépendront de celle circonstance que les altérations et les troubles fonctionnels que détermine le poison, concernent seulement le point d'application ou ne sont occasionnés que secondairement par l'absorption du poison par le sang et son transport à d'autres organes éloignés. La première action se rencontre dans ce qu'on appelle les poisons irritants et surtout les poisons caustiques et nous désignons le tableau symptomalologique auquel l'ingestion de ce poison dans l'estomac donne lieu sous le nom de gastroentériU toxique.

Ces symptômes consistent en général en des douleurs survenant dans la région de Teslomac et dans certains cas dans les organes de déglutition immédiatement ou peu de temps après l'ingeslioa du poison, en vomituritions et le plus souvent en vomissements vrais et violents auxquels se joignent ordinairement de la diarrhée et du ténesmc, le ballonnement du ventre, une soif inextinguible et une grande agitation. Ces symptômes conduisent le plus souvent à la mort en quelques heures avec des phénomènes de coliapsus, s'ils ne donnent pas lieu à une maladie lente qui peut se terminer ou par la mort ou par une guérison plus ou moins complète. Ces symptômes ne sont pas par eux-mêmes absolument caractéristiques de certains poisons, ni môme d'un empoisonnement en général et peuvent beaucoup plus fréquemment être provoqués par une maladie naturelle, soit locale, soit générale. A la première catégorie appartiennent les catarrhes aigus de l'estomac et de l'intestin, les étranglements surtout internes et la péritonite, surtout la péritonite perforante, à la dernière, les maladies infectieuses aiguës et parmi celles-ci en première ligne le choléra, dont la ressemblance avec

l'empoisonnement par l*arsenic a été souvent signalée et à juste titre .

Les poisons qui ne manifeslent leur action qu*après résorption déterminent des troubles dans rechange des matières ou donnent lieu à une irritation ou une paralysie du syslème nerveux.

Dans le premier cas nous voyons la mort survenir avec des symptômes d'asphyxie, par exemple, quand par suite de l'introduction du poison dans le sang, les fonctions respiratoires de celui-ci deviennent impossibles, comme dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, ou bien l'on observe des troubles de nutrition subaigus on chroniques, dont Beaucoup peuvent être ramenés à une dégénérescence granuleuse ou graisseuse des organes, et dont l'empoisonnement par le phosphore et l'empoisonnement chronique par l'arsenic nous fournissent un exemple. Dans le dernier cas, la marche de l'empoisonnement est en général très aiguë, soufrent foudroyante ; cette circonstance fait que le plus souvent il ne peut être question d'une observation des symptômes cliniques qui %e sont montrés avant la mort, surtout par un médecin et que la mort subite et imprévue est en général la seule chose qui ait pu être notée. Dans les cas foudroyants la mort arrive presque toujours avec les symptômes de l'asphyxie qui se manifestent par la dyspnée, la perte rapide de la connaissance et les convulsions. Dans les cas moins rapides, on peut plus facilement constater des symptômes cliniques qui peuvent servir au diagnostic : tels sont les symptômes de narcose qui permettent de conclure à un poison narcotique, ceux du tétanos à la strychnine ou un poison analogue.

Ces symptômes ne sont pas capables par eux-mêmes de prouver tin empoisonnement : car on peut rencontrer les mômes symptômes ou des symptômes analogues dans différentes maladies ou genres de mort naturels. C'est ainsi que nous rappellerons l'analogie du tableau symptomatologique de Tempoisonnement par le phosphore avec l'atrophie aiguë du foie, avec les processus pyémiques et septiques et môme avec ceux d'un catarrhe gastro-duodénal intense ; nous rappellerons que tous les genres de mort subite tels que l'hémorrbagie cérébrale (particulièrement l'hémorrhagie méningée), la mort par paralysie du cœur qui s'observe si fréquemment, par bémorrbagie interne, la mort subite après l'accouchement, etc., ont souvent donné lieu au soupçon d'empoisonnement, et que des -empoisonnements aigus du sang, tels que septicémie, urémie (éclampsie des femmes enceintes), et d'autres processus aigus peu-

yent être et ont en efiet été pris pour des empoisonnements ; nous pourrions trouver dans notre propre expérience toute une série de cas analogues (i).

Nous ferons remarquer encore que pour beaucoup de poisons l'action locale se combine avec Taction générale et, comme noos l'avons déjà fait observer à propos de Tarsenic, que selon les circonstances, c'est Tune ou l'autre de ces actions qui prédomine: deux faits qui ne sont pas de nature à faciliter le diagnostic d'in empoisonnement et encore moins la reconnaissance du poisoa uniquement par les symptômes qui se sont montrés pendant hvL Il arrive du reste que, même dans les eas où Ton aurait eu roccision d'observer les symptômes pendant la vie, cette observatioo n*a été faite souvent que par des hommes étrangers à l'art et non par un médecin qui ou bien n'a pas été appelé ou Ta été trop tard; de sorte que dans ces cas les données, outre qu'elles peuvent êUe dénaturées avec intention, perdent de leur importance et de leur valeur diagnostique.

Le moment où se montrent les premiers symptômes d'intozicition ne coïncide pas toujours avec celui de l'ingestion du poison. Nous ne trouvons une action instantanée que pour les poisons trti caustiques et cette action se fait déjà sentir au moment où la substance est avalée. Pour tous les autres poisons il se passe entre lingestion du poison et Tapparilion des premiers phénomène d'intoxication un certain temps qui, toutes conditions égales, peni varier entre quelques instants et plusieurs heures. La durée de ce temps dépendra d'une part, de la nature de la substance toxique; d'autre part de la dose plus ou moins forte et des conditions dont nous avons parlé plus haut et qui sont capables d'accélérer ou de retarder l'action du poison. Les premiers symptômes d'empoisonnement se montrent très rapidement et en général au bout de quelques instants après l'ingeslion de l'acide prussiquc ou du cyanure de potassium ; nous apprendrons cependant à connaître des cas qui montrent que, même pour ces poisons, l'action ne se manifeste pas toujours immédiatement et que les individus ainsi empoisonnés peuvent encore être en état de faire un certain chemin et d'accoffi*

(1) Tardieu, Observations pratiques de médecine légale sur les au de mort natft relie et de maladies spontanées qui peuvent être attribuées à un empo*sofm€mefi (Ann, d'hyg, publ, 1854, Juillet, 2* série, t. II, p. 150), et Étude médie(hléçêk et clinique sur t empoisonnement , 2* édition. Paris, 1875. — Haschka, Haldi Bright pris chez une femme enceinte pour un empoisonnement par rarsenic. (Mt' dicin Wochenic/i, 1873, n. 10 et 1875, n. 25, Freidreich's BiOller^ IS72, p. 16)

plir des actes même compliqués. L*action des poisons métalliques ne se manifeste pas toujours dans la première demi-heure qui suit ringesUony et nous pouvons souvent voir qu'il se passe une heure et quelquefois même plusieurs heures avant que ne se montrent les q^ptftmes d'empoisonnement. Pour ces poisons, ce qui a surtout une grande influence, c'est celte circonstance qu'ils ont été admilustrés en solution ou non, et dans ce dernier cas que l'estomac élait vide ou rempli d'aliments au moment de l'ingestion. Nous savons que l'action des alcaloïdes toxiques se montre rarement avant me demi-heure et se fait souvent attendre pendant des heures ; cela est vrai surtout pour la morphine et la strychnine. Outre la dote et le contenu de l'estomac, ce qui exerce une certaine influence c'est le fait que ce poison a ^lé pris sous forme d'alcaloïde pur ou aoas forme d'un sel de cet alcaloïde ; car on sait que le premier est lifGcilement et le dernier facilement soluble dans l'eau et que par conséquent celui-ci est plus rapidement absorbé que le premier.

La résorption par les poumons est très rapide, aussi l'action des poisons gazeux ou volatils inspirés est-elle le plus souvent très frompte, et d'autant plus rapide que l'air respiré en contient une fins grande quantité. Ces gaz toxiques sont-ils aspirés exclusive- Menton mêlés à une faible quantité d'air atmosphérique, l'individu f0Ql s'affaisser après quelques inspirations, comme cela arrive ■MBvent dans les vidanges des fosses d'aisance, ou des puits, tandis fne dans une chambre, dans laquelle l'air n'est pas saturé de gaz taiiques, les symptômes d'inloxication ne se montrent qu'après Wà certain temps de séjour dans la pièce, mettent rarement fin à h vie d'une manière brusque, et n'amènent la mort qu'après une inhalation prolongée, comme nous l'observons dans l'empoisonne- ■ent par l'oxyde de carbone.

Dans les empoisonnements à marche aiguë et mortelle les symp- Mmes d'intoxication persistent depuis le moment de leur apparition jusqu'à la mort et augmentent progressivement d'intensité. Il arrive exceptionnellement que les symptômes d'empoisonnement cessent un certain temps pour reprendre au moment où le malade firall remis, et le plus souvent avec une intensité croissante. Cette mrche s'observe dans des cas tout à fait isolés d'empoisonnement |ir des poisons minéraux, mais plus fréquemment après une inpar des narcotiques, et a été décrite comme une forme de cet empoisonnement. Il s'agit dans ces cas ou d'une Wnrelle résorption d'une quantité de poison qui n'était pas venue fB contact avec les muqueuses ou d'états consécutifs, provoqués

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par rempoisonnement, et amenant rapidement la mort, après qoe le premier accès des phénomènes d*intoxication est déjà terminé. Nous reviendrons sur cette circonstance en parlant des poisoni narcotiques, nous voulons seulement faire remarquer ici, que cette marche a d'autant plus d'importance au point de vue médico-légal| que celte nouvelle exacerbalion des symptômes pourrait ôtre npportée à une nouvelle administration de poison, par conséquent à un fait qui a été souvent observé dans les meurtres par empoisoiH nement. Il faudra distinguer de ces états aigus consécutifs qui panvent encore ôtre regardés comme un effet primitif du poison, lei maladies qui ne surviennent que plus tard à la suite des altérations produites par le poison, surtout à la suite des processus inflammatoires de réaction et peuvent amener la mort souvent après oo temps très long.

La terminaison par la guérison exige premièrement Texpulsion da poison qui se trouve dans le corps^ et deuxièmement la réparation des altérations pifduites par le poison.

L'élimination des poisons solides ou liquides se fait principalement pirlMJ reins, celle des poisons gazeux, en première ligne par les poumons, et en ootitl par les glandes sali?aires, la bile, l'intestin et la peau. Pour certains poiaoM,' surtout pour les poisons gazeux, les alcoololdes et les poisons miaéraux trtli solubles, l'élimination a lieu rapidement et la plupart d'enu^ eux peuvent êni retrouvés dans l'urine déjà dans les premières heures, c'est-à-dire pea ilj temps ap:ès rapparitioii des premiers phénomènes d'intoxication; ce (ait nous engager dans les cas suspects de maladies à recueillir l'urine et à la i mettre à l'examen chimique. Pour les poiscns qui forment des combinaisons stables avec les parties constituantes de l'organisme, l'élimination a lieu lentement. A cet ordre appartiennent les poisons métal iques qui possèdent grande affinité pour les corps albuminoides et restent par assimilation dansli] corps et même de façon à prendre la place de principes organiques normaoi iij corps (1).

La plupart des poisons importants au point de vue médico-légal sont élisùiil^ sans modification, d'autres après avoir éprouvé dans le corps certaines modiiei"i tiens, surtout par oxydation. Aux premiers appartiennent particulièremeat m\ poisons métalliques et les alcaloïdes, aux derniers le phosphore et roxy<isA| carbone; viennent ensuite les acides et les bases qui se montrent sous foroM^I^ sels dans l'urine ou les autres excrétions.

Le rétablissement complet a en général lieu très rapidement et complèt6Mift| après les empoisonnements par les alcooloides ou par des poisons volatili gazeux. Il y a une exception pour l'oxyde de carbone qui formant avec rhéflS*] globine du sang une combinaison assez stable, détermine dans les centras veux des altérations qui ne sont pas d'une nature aussi passagère que celles fd'

(1) C'est par un phénomène du même genre qu'on peut expliquer U substitadfl des sels isomorphes du plomb et de baryte aux sels de chaux des os et IsiaNi ttttion des sels isomorphes d'arsenic aux phosphates. Lud. Herruuam, ioc. oif. 9i

Mt produites par la plaptri des autres gaz ; car un individu qui a survécu à un ■pgiiQonement par l'oxyde de carbone a quelquefois à souffrir des mois et des Êtém des états consécutifs qui peuvent être rapporlés à dos troubles fonctionnels bi eeBtres nerreax. Il en est de môme de l'hydrogène arsénié. Les empolsonnepar lea pcnaons minéraux, non seulement ont souvent une marche lente^ I tarminent encore assez souvent par une guérison incomplète. Nous Ngvas pariiciillèrement après des empoisonnements par des substances caustiques kl Técréciasementa de l'œsophage, des troubles considérables de la digestion et IMital des états qu'il faut désigner comme une infirmité dans le sens de la loi* l|rtt lea intoxications par des poisons métalliques on peut également observer himobles durables de la nutrition, surtout à la suite des dégénérescences graet graisseuses qui ont pu survenir, dans d'autres cas à la suite des trouât fonctionnels que l'on peut observer quelquefois après l'empoi* t par l'arsenic, mais le plus souvent après ceux par les sels de plomb.

§ 3. -— aésuLTAT DE l'autops».

Dans cerlains empoisonnements, Texamen extérieur du cadavre Kmei déjà de constater certains signes frappants. A cette catéivie appartiennent la coloration ictérique de la peau et de la mufaftuse dans Tempoisonnement par le phosphore et la coloration pÊgù clair des taches cadavériques des individus qui ont sucpar l'oxyde de carbone, particulièrement par l'aspiration gax d'éclairage. De même, dans les empoisonnements par des les caustiques, surtout par Tacide suifurique, non seulement trouvons des escbares sur les lèvres de la muqueuse buccale nous pouvons encore voir souvent, partant des commissures (, des raies parcheminées d'une coloration brun clair et proint de Técoulement du liquide caustique sur les côtés de la le. Dans d'autres cas le cadavre répand une odeur particulière, le par exemple, après l'empoisonnement par des amandes \j et il est arrivé que dans les empoisonnements très aigus le phosphore (par la pâte phosphorée) il se soit dégagé du cades vapeurs luisant dans l'obscurité et mettant ainsi hors de ite le genre de mort.

Dans la plupart des cas, les cadavres des empoisonnés ne se dis-

lenl pas beaucoup extérieurement des autres ou du moins

^nt aucun signe extérieur qui, comme ceux que nous avons

plus haut, permette à lui seul de conclure qu'il y a euempoi-

lent.

Vexamen interne peut faire découvrir des lésions locales ou des

oos qui n*ont été déterminées que par résorption du poison .

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