CANCERS DE L'ANUS
VIL Pour que cette guérison soit sûre et ne se démente pas, il importe de ne pas abandonner tout-à-coup l'usage des corps dilatants. Le nouvel anus a une telle tendance à se coarcter, que si les mèches n'étaient pas continuées , au moins quelques semaines, après la cicatrisation de la plaie, et reprises de temps en temps pendant plusieurs mois, la plupart des malades ne tarderaient pas à être affectés d'un rétrécissement capable de leur faire perdre le prix de tant de souffrances et les bienfaits de l'opération la mieux combinée.
B. Procédé nouveau. Si le cancer forme un anneau qui n'ait pas plus d'un pouce de hauteur, je commence par le fendre en arrière. L'accrochant ensuite avec le doigt ou avec de bonnes érignes , je l'abaisse tout-à-fait au-dehors. Une aiguille courbe me sert alors à passer une série de fils de haut en bas, ou du rectum vers la peau au travers de sa racine. Détaché des parties saines par une incision circulaire, soit de la peau vers le tissu muqueux, soit du tissu muqueux vers la peau, au moyen du bistouri ou de ciseaux , le cancer est aussitôt enlevé , à trois ou quatre lignes en deçà de chaque point traversé par les fils. En saisissant ceux-ci pour les nouer au-dehors, on rapproche, on met en contact les deux cercles de la plaie de manière à en opérer la réunion immédiate.
Lorsque le mal s'élève davantage, je le dissèque d'abord de bas en haut comme dans le procédé ordinaire, et jusqu'à une certaine distance au-delà. C'est à ce moment que je passe les fils d'espace en espace sur la portion saine du rectum détaché, au-dessus du tissu altéré comme pour l'accrocher, puis de haut en bas à travers la lèvre cutanée de la plaie. Quelques coups de ciseaux ou de bistouri font aussitôt tomber le cancer, et le rapprochement des deux moitiés de chaque fil abaisse ensuite sans peine le cercle intestinal conservé au niveau du cercle tégumentaire. S'il fallait enlever des plaques inégales au lieu d'un anneau complet de l'anus , on pourait les circonciser chacune dans une ellipse, dont les deux angles latéraux et l'angle inférieur seraient sur-lechamp réunis , fermée chacune par deux points de suture.
Ces trois nuances de procédé ont été mises en usage par
8ii OPÉRATIONS SPÉCIAtES.
moi. Mettant à même de combler ta plaie par du tissu mqoeux ou cutané et immédiatement, elles rendent FhémoN rhagie plus difficile , la guérison plus prompte , la réacùût moins sérieuse, sans laisser de cicatrices inodalaires.
§ H. Valeur. Ainsi, le Cancer de l'anus peut être soumis int chances de l'ablation , comme celui du sein , lorsque , sa» causer trop de dégâts, il paraîtra possible de l'enlever en totalité, c'est-à-dire lorsqu'il peut être librement dépassé par le doigt, qu'il est borné aut parois de l'intestin, ou du moas qu'il conserve une certaine mobilité et n'a pas encore franchi la ligne de démarcation avec les parties constituantes des excavations ischio-rectales. Dans les autres cas, et tontes les fois que ses adhérences avec le vagin, la vessie, la prostate ou l'urètre seront trop intimes pour être facilement détruites, il conviendra d'y renoncer, comme on le ferait , an surplus, partout ailleurs. Le malade opéré par M. Ricord (!) en est mort; mais ceux de M. V. Mott se sont très bien rétablis. Cest une tumeur cancéreuse du rectum, et non l'anus lui-méne qui fut extirpé avec succès par M.Torri(2).Ou ne voit pas trop ce qu'avait celui que M. Stirling (3) dit avoir guéri .M. Mandt (V eut une fistule recto-vaginale dans un cas. H. Baumes (5} dit avoir complètement réussi. Il en est deméme de M.Maurin (S;. L'incontinence des matières fécales a persisté chez le malade de M. Haime. Des six sujets opérés par moi, l'un est mort de phlébite au bout de dix jours , l'autre d'épuisement le septième jour, un troisième avec une livre de sang épanché dans le haut du rectum ; le quatrième et le cinquième soot radicalement guéris. Le sixième ne peut retenir ses matières, et se trouve aujourd'hui (1839), trois ans après, dans on état voisin du marasme.
(1) Journal hebd.9 t. XI, p. 534.
(2) Suite exdrpazzione di un cancero, etc. Bologne, 1837.
(3) Trans. mid.y 1833, t. Il, p. 349.
(4) Revue mèd., 1936, 1. III, p. Stt. — KUiiMrtt r*p*rt., Jaari* 18*.
(5) Bëlèett*dêiAe*à. roydb de méd.9 i. I, p. 9M. Iff) Rtvuë mêd.9 1831, L I, p. 194.