SANGSUES A L'INTÉRIEUR
regardent comme fort importante dans les saignées locales , aussi est-il un bon nombre de praticiens qui ne pensent pas qu'on puisse remplacer les sangsues par aucune autre sorte de saignée. Quoi qu'il en soit, les mouchetures et les scarifications, qui ont aussi pour effet d'irriter les tissus en même temps qu'elles permettent d'en extraire une certaine quantité de sang , ont souvent été prescrites à la place des sangsues ; ce sont d'ailleurs deux opérations différentes , et qu'il importe de ne pas confondre.
A. — Mouchetures.
On donne le nom de mouchetures aux simples piqûres pratiquées sur les téguments , dans le but de dégorger les pnrties des liquides qui peuvent y stagner ou dont elles sont infiltrées. On y a recours dans les cas d'infiltration séreuse , soit des membres , soit du tronc , soit du scrotum , soit du pénis , chez les individus affectés d'anasarque ou d'hydropisie cellulaire locale. On y a recours aussi dans quelques cas de congestion ou d'engorgement sanguin de la conjonctive, des narines, des amygdales, de la langue, de l'intérieur de la bouche, et même dans le traitement de certains éry-
sipèles. Pour pratique- les mouchetures, il n'est besoin ni d'aiguilles , ni daucun autre instrument particulier; la lancette ordinaire , portée perpendiculairement (158) sur les tissus , et retirée de même , après y avoir été enfoncée brusquement à la profondeur d'une ligne ou deux, suffit toujours. Les piqûres opérées de cette façon doivent éire nombreuses et rapidement faites. Le seul inconvénient qu'elles présentent est d'exposer aux érysipèles, et d'occa-
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sionner ainsi chez les individus anémiques ou infiltrés des inflammations qui passent quelquefois très rapidement à la gangrène.
B. — Scarifications.
Je ne parle point ici des mouchetures portées directement sur les veinules qu'on aperçoit souvent à la surface (ies régions malades ou de certaines tumeurs: ce sont alors des espèces phlcbotomies locales. Les scarifications , qui sont de véritables incisions et non plus de simples piqûres, constituent l'une des manières les plus anciennes de pratiquer la saignée. Elles étaient en usage du temps de Galien et d'Oribase , car on voit, par ces auteurs, qu'Antylus avait déjà , pour les pratiquer, un scarificateur à plusieurs lames. Depuis ces temps reculés , les scarifications n'ont jamais été complètement abandonnées. Si on ne se sert plus pour les effectuer de coquille tranchante , de cailloux ou de tiges de bois , on met encore en usage des scarificateurs particuliers , soit pour la conjonctive , soit pour l'inté- (Fig. 159. ) rieur des narines, soit pour Tu- (rig. igo.) rètre , soit pour la surface cuta- /îl
née. Du reste , il n'y a guère que [pp^r'^''^ le scarificateur allemand (159), liiiiî!jfe:^îii'! ^ e scarificateur anglais , celui qu'a modifié le fabricant Charrière (160), ou celui de M. Larrey (161). qui méritent d'être conservés. Encore est-il que la (Fig. 161.) lancette, le bistouri,
le jasoir ou la fianeme des vétérinaires suflisentpour tous les cas.
Les scarifications ont pour but , tantôt de remplacer la saignée ou les sangsues , tantôt d'éteindre certaines inflammations. Dans le premier cas on les fait presque indifféremment avec la lancette, le bistouri ouïe rasoir, instruments que l'on doit tenir comme un archet ou en cinquième pos lion , qu'il ne faut enfoncer qu'à une demi-ligne de profondeur , tout en les promenant rapidement et d'espace en es-
È'H OPÉRATIONS ÉLKMKNTAIRÉS.
pacH, sur la peau (162). Dans le second cas on ne se sort
guère que du bistouri. Alors il est généialemrnt mile do pénétrer jusqu'à la
couche sous-cutanée ; car ce sont de véritables
incisions , longues d'un à deux pouces , que l'on pratique à douze ou quinze lignes de distance , sur les régii ns alïectées d'érysipèle phlegmoneux ou d'inlîllrations tendant à la gangrène. Ici c'est à peu près constamment le bistouri convexe qui doit être préféré. Si l'on veut se servir du lasoirpour les scarifications, il con\ient de choisir celui qui se termine par une extrémité anoiidie. Quand on em{>ioie le scarificateur, il faut d'abord en faire rentrer les lasiies dans la boîte en tournant la détente de l'instrument. Celuici étant appliqué sur la peau , on presse sur le bouton qui fait partir la détente , et les lames viennent aussitôt inciser la peau par un mouvement de quart de cercle. De cette manière les vingt scarifications sont faites à la fois, et l'opération est instantanément terminée. Mais on pénètre toujours à la même profondeur , quelle que soit la région qui ait besoin d'être scarifiée , et on obtient plutôt ainsi des mouchetures que de véritables scarifications. Avec le rasoir, la lancette ou le bistouri , on fait au contraire dos i;!cisions aussi superficielles, aussi longues, aussi profondes, aussi peu nombreuses ou aussi multipliées qu'on le désire. Avec quelque habitude on les exécute presque aussi rapidement ({u'au moyen du scarificateur , outre que les jeunes chirurgiens trouvent dans cet exercice un moyen précieux de eliabiluer à manier le bistouri.
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L'emploi du scarificateur doit donc être réservé pour les malades très pusillanimes, et pour les sujets indociles ou dépourvus de raison.
Les scarifications ne réclament ensuite aucun traitement particulier-, ce sont de petites plaies qui se cicatrisent immédiatement, qui ne pourraient d'ailleurs exiger d'autres soins que ceux qu'on prodigue aux plaies en général.
§ III. Ventouses.
Après la chute des sangsues , lorsqu'on a pratiqué dos mouchetures ou des scarifications, on cherche quelquefois à prolonger l'écoulement du sang en appliquant une ventouse sur la région blessée.
On entend d'ailleurs par le mot ventouses une sorte de cloche dans laquelle on a fait le vide, et qu'on applique aussitôt sur la peau dans le but de congestionner, de boursoufler, de soulever une portion de cette membrane.
Les ventouses présentent deux variétés principales quant au but qu'on se propose en les employant , c'est-à-dire qu'il y a des ventouses sèches et des ventouses scarifiées.
A. — Ventouses sèches.
Le but des ventouses sèches est uniquement d'irriter certaines régions des téguments, et d'y rappeler les fluides par une révulsion plus ou moins prononcée. La ventouse en ellemême était primitivement un bout de corne d'animal ; aujourd'hui il y en a de différentes figures : les unes ont la forme de petites cloches surmontées d'un bouton (163) , ou Fig. 1G3.) bien d'une simple calebasse. A la
rigueur on pourrait se servir du verre à boiro; on doit d'ailiours en avoir de toute sorte de dimensions.
Dans quelques pays, en luilie, en Allemagne, par exemple, r;;s ventouses sèches étaient employées, du temps de Dionis, comme le massage et l'éleclricilé le sont de nos joura eu France, à titre de moyens hygiéniques ; mais chez nous il n'y
a jamais eu de grandes salles voûiées ni d'étuves où il fût possible de se rendre et de se hïreventouscr par agrément , comme en Allemagne.
Pour appliquer une ventouse sèche, il faut d'abord raréfier l'air ou faire le vide d'une manière quelconque dans le vase. On y parvient de manières très diverses; les Allemands se bornent à tremper le verre dans de l'eau fort chaude d'oia ils le retirent brusquement pour le poser immédiatement sur la peau. Une manière plus simple consiste à passer la flamme d'une lampe à esprit de vin, pendant quelques secondes, dans la ventouse, et à poser ensuite le plus vite possible cette dernière sur les téguments. C'est ainsi que procèdent MM. liackler, Rùhmor et Biichel, qui ont essayé de répandre, en l'imporiaiit d'Allemagne, le goût des ventouses à Paris. C'est là une méthode facile , prompte, et qui n'exige qu'un peu d'adresse pour être exécutée facilement. On trouve cependant plus commode de raréfier l'air delà ventouse en faisant brûler dans son intérieur, soit de l'étoupe , soit de la charpie , soit du coton , soit du papier, du papier de soie surtout , ou simplement de l'alcool. Je ne parle point de la petite bougie , des mèches soufrées ou de la veilleuse que quelques uns placent dans la ventouse sur un morceau de carton , parce que ce sont de mauvais moyens. Il est bon que l'étoupe ou le papier dont on se sert soit légèrement imbibé d'alcool ou d'élher. Du reste, ces substances doivent être bien sèches, bien minces, ou bien raréfiées. Après les avoir posées au fond du vase, on y met le feu , ou bien encore, si on se sert de papier, on en fait un peloton à laciniures multiples, et très poreux, qu'on enflamme en le tenant avec une pince et qu'on dépose aussitôt dans la ventouse. L'important est d'appliquer celle-ci sur la peau avant que le corps en ignilion soit lout-à-fait éteint. Il faut cependant qu'il soit sur le point d'être brûlé, sans quoi il pourrait blesser le malade en retombant sur les téguments.
La peau se raréfie aussitôt et proémine en rougissant dans la ventouse. On laisse le verre une ou deux minutes en place, î'our le retirer, on déprime les téguments sur l'un des points de sa circonférence avec le pouce , pendant que de l'autre main on cherche ù le faire basculer en sens inverse. Le