‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 112 sur 209 · IRRITATIONS CUTANÉES · texte numérisé non relu

IRRITATIONS CUTANÉES

On établit sur la peau des irritations soit passagères, soit permanentes, sous le titre de frictions, de rubéfaction, de vésication et de suppuration.

ARTICLE P. — Frictions.

Quelques praticiens emploient, quoique rarement aujourd'hui, des frictions long-temps prolongées, tantôt sur quelques articulations qu'on veut assouplir , tantôt sur tout le trajet de la colonne vertébrale, dans le but de relever l'action musculaire ou de détruire certaines affections profondes. On se sert pour cela ou de brosses plus ou moins rudes , ou de linges un peu durs, qu'on promène avec rapidité et une certaine force sur les parties qu'on veut irriter.

La principale précaution à prendre en pareil cas est de ne frotter qu'au point de congestionner ou de rubéfier la peau, et de ne point aller jusqu'à l'exulcérer, à la faire saigner.

ARTICLE II. — Massage.

Le massage, très usité en Russie, en Allemagne et dans une foule d'autres pays, à titre de ressource hygiénique, pour lequel on a établi dans ces contrées des établissements comme nous en avons en France pour les bains ; le massage, dis-je, consiste en des pressions, des tractions et toutes sortes de mouvements qu'une personne étrangère imprime aux différentes régions du corps. Les individus livrés à cet emploi pressent, compriment, frottent avec les mains la partie moyenne des membres ; ils tordent, tiraillent, fléchissent.

RUBÉFACTION. 3^1

étendent les doigts l'un après l'autre ; ils agissent de même sur les articulations du poignet, du coude, de l'épaule, du pied, de la jambe, de la cuisse, et cela dans le but d'assouplir les muscles, les ligaments, tout le système fibro-musculaire en un mot. Comme le massage peut être effectivement utile, surtout si on l'associe à une température chaude, à des bains de vapeur, dans une foule d'affections chroniques, notamment dans les douleurs dites rhumatismales , il mérite d'être conservé et que leschirurgiens en dirigent l'application.

ARTICLE m. — Rubéfaction.

On rubéfie la peau en y faisant naître artificiellement une rougeur contre nature et analogue à celle d'un érythème commençant. Les moyens employés à cet effet sont l'eau chaude et tous les corps imprégnés de calorique , pourvu qu'ils soient tenus à une certaine distance du corps, ou qu'ils ne le touchent pas assez long-temps pour déterminer des phlyctènes. Il n'y a cependant guère que la farine de moutarde qui soit maintenant employée à cet usage. Il faut l'avoir pure et récente, prendre garde qu'elle soit mêlée à des farines étrangères , et la transformer en cataplasmes. Sous cette forme elle prend le nom de sinapisme.

Jusqu'à ces derniers temps , on faisait les sinapismes au moyen de vinaigre et de farine de moutarde , pensant que l'action du vinaigre rendait les sinapismes plus actifs; aujourd'hui on commence à suivre une autre méthode. Les progrès de la chimie ayant prouvé que l'huile volatile de la moutarde était dénaturée par le vinaigre , et que l'eau chaude en gênait le dégagement , ont porté M. Trousseau à faire préparer les sinapismes avec l'eau froide. C'est ainsi que je les emploie généralement depuis 1834, et il est certain que de la sorte ils agissent pour le moins aussi bien qu'avec le vinaigre. J'en ai essayé comparativement des deux espèces en mettant, par exemple , le sinapisme au vinaigre d'un côté et le sinapisme à l'eau de l'autre sur le même malade ; or, l'expérience a prouvé que c'était le sinapisme à l'eau qui avait le plus d'action.

Rien n'est plus simple au surplus que l'application du sina-

pisme. La poudre de moutarde est délayée dans l'eau absolument comme il a été dit en parlant des cataplasmes à nu ; on étend ensuite la pâte sur un linge un peu épais et dont on rabat les bords, afin d'avoir un cataplasme complet. Appliqué, tantôt sur la plante, tantôt sur le dos du pied, tantôt aux jambes, tantôt sur quelque autre ré{]ion du corps, sur les seins même , dans le but de rappeler la menstruation , entre les épaules pour arrêter les hémorrhagies par exhalation, le sinapisme doit rester en place d'une à trois heures , suivant le degré d'irritation qu'on veut produire ou la sensibilité de l'individu. Si on l'enlevait trop vite, il ne produirait presque rien ; en le laissant davantage , il pourrait amener la vésication.

Il est bon d'ajouter que chez les malades sans connaissance, tels que les femmes atteintes de convulsions ou d'éclampsie, dans les cas de fièvre grave, d'apoplexie, etc., les sinapismes peuvent paraître d'abord n'avoir aucune action , quoiqu'ils aient déposé sur la peau un degré considérable d'irritation. Il est à remarquer que des personnes restées trois, quatre et cinq jours sans rien offrir à la place qu'avait occupé le sinapisme, n'en ont pas moins été prises, au moment oîi l'intelligence reprenait son type naturel, non seulement de rubéfaction, mais encore de vésication, et dans qu(?lques cas même d'escarres. C'est ce que j'ai vu notamment chez une dame affectée de convulsions puerpuérales, et que je traitai de concert avec M. Larrey.

Lorsque le sinapisme est enlevé, on doit en nettoyer la place avec de l'eau tiède, s'il est inutile d'avoir une rubéfaction très intense. Si déjà la douleur et la rougeur étaient trop vives, on enduirait la partie de cérat ou de quelque autre matière adoucissante ; dans le cas contraire, on peut se bornera la nettoyer en l'essuyant d'un linge.

Au lieu de véritables sinapismes , on fait quelquefois usage de cataplasmes ou de bains sinapisés. Ici ce ne sont que des cataplasmes de farine de lin, dont on saupoudre la surface libre de farine de moutarde avant de les appliquer sur la peau. Incapables de produire la vésication , prescrits à titre de légers excitants, ces cataplasmes doivent rester sur les té-

VÉSICATION. 3i3

{juments, ou toute la nuit, ou toute la journée, et n'exigent d'ailleurs aucune précaution spéciale.

ARTICLE IV. — Véstcation.

Le traitement par la vcsication a de tout temps été fort employé. Il consiste à faire naître des ampoules remplies de fluide blanc ou séreux à la surface du derme. On arrive à ce but au moyen d'une infinité de matières. La plupart dos plantes ûcrcs, presque toutes les renonculacées , les euphorbiacées, le {^arou, pcrmeiient de l'obtenir. C'est à ce litre que l'ésule, la tilliymale, l"euphorbe, la renoncule, écrasées, ou le suc de ces plantes, que la clématite, que l'huile d'anacarde, ont été souvent mis en usage. Cependant on ne se sert presque plus à présent que de l'ammoniaque, de l'eau bouillante ou des corps trempés dans l'eau bouillante, et des diverses préparations de canlharides, pour obienir la vésication.

L'ammoniaque produit la vésication presque sur-lechamp quand On l'applique pure sur la peau. On ne s'en sert guère à moins qu'il ne soit indispensable d'agir très rapidement. Alors on en imbibe un morceau de linge ou un tampon , soii de charpie, soit d'épongé, qu'on tient avec des pinces, et qu'on promène sur les téguments, ou qu'on y maintient même immobile pendant une minute.

La pommade dite de Gondret, qui est un composé d'ammoniaque liquide et d'axonge, produit plus souvent une simple rubéfaction qu'une véritable vésication. On en frotte malin et soir, au moyen du doigt, la région qu'on veut irriter, la peau des paupières, le front, le sinciput, par exemple, dans quelques cas d'amaurose, et cela jusqu'à ce que l'effet épispastique ou une vive rubéfaction soit obtenue.

L'eau bouillante produit très rapidement la vésication aussi ; mais comme il est difficile d'en mesurer les effets, on a cherché à l'employer sous une autre forme. Un chirurgien anglais , Carlisle , établissait les vésicatoires en meltafit un linge mouillé plié en deux ou en quatre sur le point à irriter; puis il appliquait sur ce linge le cautère nummulaire chauffé au rouge-brun ; c'est une méthode trop imparfaite pour être conservée,

' Le marteau, dont se sert M. Mayor, est évidemment préférable. Avec cet instrument, qu'on trouve partout, dont on trempe la tête aplatie et un peu large dans l'eau bouillante, on produit le même effet que par le procédé Garlisle. Rien de tout cela cependant ne peut tenir lieu du vésicatoire proprement dit. On donne mieux, avec les préparations de cantharides, la forme et l'étendue qu'on désire à la vésication. Ensuite la vésication produite par les cantharides n'est pas le seul effet qu'on ait à en attendre.

Vésicatoires avec les cantharides. Parmi les insectes compris dans le genre méloë , il en est deux espèces, le mylabre de la chicorée et la cantliaride, qui sont surtout douées de propriétés vésicantes. Les recherches de M. Bretonneau ont prouvé , il est vrai, que les mylabres pourraient à la rigueur remplacer la cantharide; mais celle-ci est trop connue et trop facile à se procurer pour qu'on songe à lui substituer d'autres insectes.

On emploie à titre de vésicatoire des préparations diverses de cantharides. La cantharidine placée sur la peau au moyen d'un papier ou d'un linge huilé, produit très vite et d'une manière sûre la vésication. C'est une manière introduite par M. Bretonneau dans la pratique et dont je me suis également bien trouvé. D'autres ont proposé du papier vésicant, dont il suffit de tailler un lambeau qu'on applique à la surface des téguments; mais la méthode la plus commune et qui procure les résultats les plus cpnstanls est la suivante: On étale de l'emplâtre épispastique sur un morceau de peau fine, sur une plaque de sparadrap, ou, mieux encore , sur un morceau de linge. Lorsque l'emplâtre est formé convenablement , on le saupoudre de cantharides finement pulvérisées. On en borde ensuite le contour , soit avec un peu de diachylon gommé, soit en relevant les bords du linge sur sa circonférence. La peau étant préalablement nettoyée, puis frottée avec du vinaigre, reçoit aussitôt cet emplâtre, qu'on fixe dès lors soit avec des bandelettes de diachylon et quelques compresses . soit avec une compresse et un bandage contentif approprié.

Au lieu d'emplâtre épispastique, on peut à la rigueur se

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