VÉSICATOIRES VOLANTS
servir de levain ou d'une pâte quelconque, qu'on saupoudre également de cantharidcs. Le même but serait encore atteint si on déposait simplement la poudre épispastique imbibée de vinaifjre sur une plaque d'cmplàtrc de diachylon. Cette poudre, humectée d'huile et déposée sur un linge, tiendrait également lieu de l'emplùtre; mais l'emplâtre étant plus commode, d'un usage plus commun, et d'un effet plus sûr, continuera de mériter la préférence.
Avec l'une de ces préparations, l'on a pour but de produira deux effets : l" une irritation plus ou moins vive sur la peau; 2« une évacuation plus ou moins abondante de fluides blancs. Dans le premier cas, les vésicatoires sont employés à titre de révulsifs ; dans le second, ils doivent être assimilés aux évacuants. Du reste, qu'on les prescrive à l'un ou à l'autre de ces titres, ils n'en peuvent pas moins être divisés en deux genres, en vésicatoires volants et en vésicatoires permanents. Les vésicatoires ne se bornent à la révulsion que dans un petit nombre de cas, lors par exemple qu'ils ne vont pas jusqu'à faire naître des phlyctènes; alors leur effet se réduit à une simple rubéfaction. Toutes les fois qu'ils soulèvent l'épiderme, une exsudation de liquide a lieu et ils appartiennent à la classe des évacuants. C'est faute d'en avoir compris le mécanisme sous ce dernier point de vue que les écoles solidiste et anatomique ont réduit les vésicatoires à l'état de simples irritants externes. Pour moi je suis convaincu que les vésicatoires peuvent être comparés , eu égard à la lymphe, aux sangsues; et aux ventouses , relativement au sang : si bien que j'établirais volontiers en thérapeutique des émissions séreuses ou lymphatiques , comme on a établi des émissions sanguines ; des lytnphées , comme on a établi des saignées.
% I''"'. Vésicatoires volants.
Beaucoup de praticiens entendent par vésicatoire volant, celui qu'on ne laisse pas assez sur la peau pour obtenir un soulèvement de l'épiderme, ou celui qu'on promène d'une région à l'autre. D'autres disent que le \ésicatoire volant doit être maintenu jusqu'à production de phlyclène , mais
que la phlyctène étant incisée vers son point déclive, on doit se garder d'enlever l'épiderme , et qu'il faut panser la surface avec un linge sec. J'admets qu'on peui entendre ainsi le vésicaloire volant, mais je l'emploie généralement d'une autre façon. Pour moi le vésicaloire volant ne diffère du vésicaloire permanent qu'en ce qu'on n'en excite point la suppuration après l'enlèvement de l'emplâtre. Ainsi, la vésicalion étant produite, je fais vider la phlyciène en y pratiquant de simples piqûres de lancette ou d'épingle; souvent aussi j'enlève la totalité de l'épiderme décollé. Mais au lieu de feuilles de poirée ou de pommade excitante, je fais recouvrir la surface d'un papier brouillard ou d'un simple linge enduit de sérat. Employé de cette façon, le vésicaloire volant m'a paru constituer une méthode toute particulière, dont je fais un fréquent usage depuis une dizaine d'années à litre d'émissions lymphatiques. Du reste les vésicaloires volants que j'emploie dans ce but ont des dimensions tout autres que celles des vésicatoires ordinaires; pour indi- (|uer ces dimensions d'un mot, il me suffira dédire que l'emplâtre doit dépasser d'un demi-pouce ou d'un pouce les limites de la partie gonflée ou enflammée. Sous celte forme les vésicatoires volants peuvent être appliqués avec avantage sur la totalité du crâne, dans les commotions du cerveau; sur toute la circonférence du cou dans certaines angines; sur une des moitiés du thorax dans la pleurésie ou la péricardite ; sur tout l'épigastre dans une infinité d'affections de l'estomac; sur une large portion de l'abdomen, dans une foule d'affections aiguës ou chroniques du bas-ventre; sur la totalité des plus vastes articulations dans les arthropathies des parties molles; sur tout un membre affecté d'érysipèle phlegmoneux, d'angioleucite ou de phlébite, sur la plupart des inflammations ganglionnaires, sur une infinité de foyers phlegmoneux.
§ II. Vésicatoires permanents.
Les vésicatoires à demeure sont aussi des vésicatoires évacuatifs , mais non plus à la manière des vésicatoires volants dontjeviensi de parler. Destinés à maintenir $ur quelque*
VKSIG VTOIRES PERMANENTS. -VtT
points delà peau un peu de suppuration , ils ont bien l'avantage d'extraire du sang quelque matière nuisible . mais ils ne produisent point de ces évacuations abondantes, capables dYnre comparées aux émissions sanguines. Du reste, on les applique presque toujours à une assez grande distance du mal et seulement à titre de révulsifs. Quoi qu'il en soit, ces deux genres de vésicatoires nécessitent dans leur application la môme espèce de pansement. Co n'est que sous le rapport des pansements consécutifs qu'ils diffèrent. — Placé comme il a été dit plus haut, l'emplâtre, le taffetas, le papier, ou le linge épispastique est maintenu à l'aide du bandage contentif le mieux en rapport avec la forme de la région qu'on en recouvre ; les vésicatoires sont ensuite pansés des deux manières suivantes.
A" Vésicatoires volants. En supposant qu'on veuille conserver l'épiderme, il faut, après avoir percé et vidé la phlyctène , étendre par dessus , soit un linge , soit un papier soc , que l'on maintient à l'aide du bandage roulé ou du bandage circulaire. Comme un suintement persiste à la sur face irritée pendant quelques jours, les pièces du pansement s'en imbibent, se durcissent, et sont quelquefois difficiles à décoller, il vaut mieux en conséquence enduire le papier ou le linge d'une couche mince de pommade adoucissante ou de cérat. Dans le cas où on redouterait un suintement considérable , le linge criblé et cératé devrait être substitué au papier brouillard. On placerait des gâteaux de charpie et des compresses par dessus , puis le tout serait maintenu à l'aide d'un bandage, comme dans tout autre pansement simple. Si l'on veut enlever l'épiderme et la couche quelquefois fort épaisse de lymphe plastique qui se trouve au-dessous, on le sépare d'abord sur l'un des points du contour de la phlyctène , afin d'en isoler ensuite le reste soit en le déchirant , soit en je coupant avec des ciseaux. Mise en contact avec l'atmosphère par cette manœuvre, la peau en est vivemeiit irritée et devient le siège d'une douleur ordinairement fort aigiie. Aussi convient il, lorsqu'on tient plus à l'effet évacuatif qu'à l'effet révulsif du vèsicatoire , ou lorsqu'il s'agit de sujets nerveux et craintifs, de substituer un large cataplasme éniollient g
tout autre pansement, L'épiderme se détache sans peine , à la première ou à la seconde levée du cataplasme , sans qu'il soit utile de le couper ou de le tirailler.
Après ce premier pansement, le vésicatoire volant doit être recouvert, chaque matin, avec le papier ou le linge enduit de cérat, et non avec des feuilles de plante grasse. Traité ainsi , il se dessèche ordinairement dans l'espace de trois à six jours. Il faut savoir toutefois que sa circonférence, où un liseret d'épiderme décollé se maintient habituellement ; que sa circonférence, dis-je, reste souvent irritée, tend à suppurer comme une tournioUe. On met un terme à ce léger accident , qui pourrait servir de point de départ à un érysipèle, en ayant soin d'enlever exactement des contours du vésicatoire jusqu'aux dernières parcelles d'épiderme décollé.
B° Le vésicatoire à demeure exige qu'on enlève toujours la phlyclène , qu'on le panse pendant un jour ou deux avec de simples corps gras , une feuille de poirée enduite de beurre, par exemple , puis qu'on en vienne bientôt à l'usage des pommades excitantes. Ces pommades, connues sous le nom de pommade épispasiique, de pommade de garou, de pommade de Sabine , servent à enduire la pièce dont on couvre immédiatement les téguments dénudés. Tantôt c'est une feuille de poirée , tantôt une feuille de chou , tantôt une feuille de lierre, tantôt un morceau de taffetas gommé, de papier brouillard , ou un simple linge qu'on en recouvre. Avec le taffetas et les feuilles de plantes grasses, on obtient généralement une suppuration plus abondante et plus douce. Mais le papier et le linge sont d'un usage plus commode.
Les vésicatoires à demeure sont ordinairement de la largeur d'une pièce de cinq francs. Devant être entretenus un certain nombre de mois, il importe de les circonscrire exactement, et d'en prévenir autant que possible l'extension et le glissement. On atteint ce but à l'aide d'une précaution très simple : un linge , percé d'une lunette et enduit de cérat, est d'abord placé de manière à ne laisser à découvert que l'étendue de peau qu'on tient à faire suppurer ; la plaque enduite de pommade excitante est ensuite appliquée sur celte