‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 172 sur 209 · CHAPITRE II. ANAIT.ASTIli PAR TRANSPLANTATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. ANAIT.ASTIli PAR TRANSPLANTATION

inhKUOGKNK.

Dans tous les cas dont il vient d'être question , c'est la partie détachée elle-même qu'on a recollée ; mais dans une autre série de faits, on voit que la mutilation n'a été réparée que par un emprunt à d'autres parties ou à d'autres individus. C'est là surtout que l'anaplastie peut être comparée de tout point à la greffe des végétaux. Quelque surprenant et inconcevable que ce genre de réunion organique paraisse au premier coup d'oeil , il n'en est pas moins fondé aujourd'hui sur un certain nombre d'expériences d'une assez grande valeur; il comprend même deux variétés. Tantôt, en effet, on emprunte une partie semblable à celle qui a été détruite pour remédier à la difformité ; tantôt , au contraire , on répare la mutilation aux dépens de parties toutes différentes.

Le nez et les dents ont servi de point de départ à ces deux sortes d'opérations.

ARTICLE l". — Transplantation de parties analogues.

A. Paré parle déjà d'une dent saine qu'on avait arrachée par mégarde , et qui , replantée immédiatement , continua de vivre. Un fait exactement pareil est raconté par Pomarest (1). De là , on est allé à emprunter des dents pour remplacer celles qu'on avait perdues. Hunter dit avoir constaté une réunion vasculaire réelle entre la dent nouvelle et l'alvéole.

(1) Bonet, t. IV, p. 404.

M. A Cooper possède une pièce semblable à celle qui servait de fondement aux assenions de Hunter. Faucliard , appuyé ensuite par Bourdet, soutient même qu'une dent morte sous tous les rapports, introduite dans une alvéole vivante, peut s'y fixer et y rester, sans l'intermède d'aucun moyen mécanique, pendant plusieurs années (1). La preuve, dit Fauchard , que ces dents transplantées vivent réellement , c'est qu'on ne peut ni les plomber ni les sonder quand elles se carient , sans faire naître des douleurs fort vives.

Les histoires de nez restaurés de celte façon sont nombreuses et anciennes. Van llelmont raconte (2) qu'un homme ainsi raccoulré , vit , au bout de treize mois , son nez d'emprunt se putrélier et toniber au moment où le porte-faix qui en avait fait le sacrifice se mourait. On avait dit à Dionis (3) qu'un voleur dont le nez venait d'être coupé, courut chez un chirurgien qui lui en dem.anda le bout pour le remettre en place. L'ayant perdu , ses camarades sortirent aussitôt, attrapèrent le nez du premier venu, et le portèrent tout chaud au chirurgien qui le recousit très heureusement.

Mais, outre qu'aucun de ces faits de l'anaplastie n'est authentique ni même vraisemblable , on ne voit pas qu'il fût possible de trouver des vendeurs, en supposant qu'il fût permis de s'approprier ainsi le nez d'autrui.

ARTICLE II. — Transplantation de parties différentes.

C'est une méthode fort anciennement suivie dans l'Lide, à ce qu'il paraît , que celle qui consiste à reconstituer le nez ou tout autre organe au moyen de téguments empruntés à la fesse d'un autre individu. M. Dutrochet affirme, sur le témoignage de son frère, général en chef d'un prince indien, qu'un sou?-officier dont le nez venait d'être coupé alla trouver des naturels du pays, qui se chargèrent volontiers de sa guérison. Au bout de quelque temps ces Indiens choisirent un endroit de la fesse , qu'ils tuméfièrent à coups redoublés de pantoufle. Ayant taillé là un morceau de tissu de forme convc-

(1) Thomson, p. 2.16 à 2'rl.

(2) De magiittica iidner. curai., p. -iôO.

(3) Démonsl. des oiiéraliom, p. 589, 7» démonst.

ANAPLASTIE. 623

nable , ils l'appliquèrent et le maintinrent avec succès à la place du nez détruit. S'il n'y avait que celle observation en faveur de la greffe animale dont je parle en ce moment, il serait inutile de s'y arrêter plus long- temps; mais les expériences de Duhamel (1), desquelles il résulte que l'ergot peut être enté sur la créle du coq ; celles de Hunier qui confirment le même fait ; le cas du tesiicule du môme oiseau qui , étant introduit dans le ventre d'une poule, a continué de vivre ; les expériences deBaronio, qui prouveraient, à l'entendre , que l'aile d'un serin, la queue d'un cl)at,se seraient greffoosaussi sur la créle d'un coq ; d'autres faits encore d'où il résulterait, au dire deBartholin, que la viande de mouion, portée sur la plaie d'un matelot, y adhéra et la guérit bienlôl ; cet autre fait raconté par Olaûs , d'un morceau de volaille qui aurait élc employé avec succès pour guérir un bec-de-liévre, tendent à prouver que la véritable greffe animale n'est peutêtre pas absolument impossible.

Du reste , en supposant qu'elle fût aisée , on comprend qu'il serait difficile d'en tirer parti, attendu que personne ne voudrait sans doute se prêter à des opérations semblables. 11 s'est toutefois présenté dans ma division , à l'hôpital de la Charité , un cas qui m'aurait à la rigueur permis de tenter ce genre de transplantation , et je regrette réellement de n'avoir pas profité de l'occasion. Un malade se fait enlever deux orteils difformes , mais parfaitement sains d'ailleurs. Un autre malade dont la congélation avait détruit tous les doigts , n'eût pas demandé mieux que d'avoir un petit crochet sur chacun de ses m.oignons. Il m'eût donc été facile de greffer l'orteil de l'homme sain sur le métacarpe du manchot.

Au demeurant, la question des greffes animales par transplantation d'un individu à un autre n'offre point encore de données dont la médecine opératoire puisse s'occuper avec fruit. Aussi en resterai -je à ce peu de mots pour ce qui la concerne. ,

(1) Acad.roy.dcfi se, 1746.

Page 1