OPÉRATIONS SUR LE CADAYRE
milieu entre les deux précédentes; telles sont celles qui concernent les cancers du sein, le sarcocèle, la fistule à l'anus, les hernies, les résections elles-mômes, l'opération de l'anévrysme par l'ancienne méthode. On sait effectivement quelles sont les couches à diviser dans une opération de bubonocèle étranglée, mais on ignore le plus souvent quel est au juste l'état pathologique des parties à réduire. Ainsi, les opérations se rangent naturellement en trois séries : 1» dans l'une , l'instrument agit sur des parties tout-à-fait saines ou à peine déformées par la maladie; 2» dans l'autre, il porte sur des points dont les principaux rapports anatomiques ont été changés, ou bien il a pour but l'éradication d'une tumeur dont les limites , si ce n'est la nature ou le siège , sont presque impossibles à déterminer d'abord; 3" dans la troisième, enfin, on l'applique à des affections dont la circonscription est facile à établir, qui sont entourées d'organes bien connus , mais dont les variétés sont trop nombreuses pour que les règles opératoires de l'une conviennent exactement aux autres.
ARTICLE II. — Opérations sur le cadavre.
La convenance delà division, essentiellement pratique, dont je viens de parler, est surtout confirmée par les exercices auxquels on se livre sur le cadavre. Là, il est possible , en effet , de simuler l'ablation des membres , les ligatures d'artères, en un mot , toutes les opérations qui portent sur des organes à l'état normal, c'est-à-dire toutes les opérations réglées. Rien de semblable ne peut avoir lieu pour les sarcomes du visage, du sinus maxillaire, l'amputation de la mâchoire supérieure, de la parotide, de la thyroïde , d'un kyste de l'ovaire ou de l'intérieur du ventre , de toutes les opérations extemporanées enfin. Il n'est pas d'élève qui ne sache aussi que les idées qu'on se fait dans les amphithéâtres de la hgaturedes polypes, de l'excision du col utérin, de l'opération des fistules périnéales ou de l'anus, et des hernies surtout, sont extrêmement incomplètes, d'un très faible secours, quand il s'agit d'opérer sur l'homme malade. Ce serait donc s'abuser étrangement que de se croire parfaitement instruit de toutes les opérations , par cela seul qu'on les a répétées un grand
s OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL.
nombre de fois sur les sujets de dissection. Nul ne peut être chirurgien habile sans s'être long-temps exercé à ces manœuvres. Elles donnent de l'aplomb , de la sûreté , de l'adresse , une aptitude manuelle que les notions anatomiques les plus précises ne remplaceront jamais. Mais ce n'est pas tout , même pour les opérations du premier genre. Si l'œil est plus fiasque , plus mou , moins transparent sur le cadavre , rien ne donne l'idée de sa mobilité, de la tendance du corps vitré à s'échapper et des paupières à se contracter, des larmes qui s'écoulent sans cesse pendant la vie. Lorsqu'on ampute un membre , les tissus , plus fermes , mieux tendus, sont plus faciles à trancher, il est vrai , avant qu'après la mort; mais , dans ce dernier cas , on n'a point de rétraction musculaire, point de sang qui gêne ou inquiète , point à voir si certaine hémorrhagie ne se fait pas plutôt par les veines que par les artères. Pour peu qu'une artère soit profonde , on ne la découvre point sans diviser quelques ramuscules vasculaires , dont le fluide masque assez les parties pour en rendre la distinction plus ou moins embarrassante, tandis que sur le cadavre rien d'analogue ne so rencontre. Le battement des vaisseaux, qui au premier coup d'œil semblerait devoir former une compensation , est d'ailleurs si peu manifeste , si vague au fond des plaies , qu'on n'en peut réellement tirer qu'un assez faible avantage. Dans la trachéotomie, l'œsophagolomie , est-il possible de simuler la moindre partie des embarras qui naissent du plexus veineux et des nombreuses artères du cou? En passant aux deux autres classes , il faut encore ajouter les difficultés qui leur sont inhérentes à ces différences générales. On n'opère point de la fistule lacrymale , sans que l'angle oculaire soit empâté , ulcéré , plus ou moins altéré. Il en est de même, le plus souvent , des fosses nasales dont on veut extraire les polypes. Les mouvements du gosier, les envies de vomir, les mucosités ou le sang , l'état d'angoisse où tombe à chaque moment le m.alade qu'on opère d'une hypertrophie des amygdales ou d'une bifurcation du V(nle du palais, ne se-retrouvent point sur le cadavre. Les caries , les nécrGsr-s , qui rendejit la résection d'une articulation indispensable, altèrent