AIGUILLES ET FIL
de linge neuf irrite trop les surfaces par la dureté de ses fils et son ûpreté , pour mériter jamais la préférence sur la charpie de linge demi-usé.
Lorsqu'on emploie la charpie, c'est ou pour couvrir quelques solutions de continuité , ou pour favoriser une compression exacte en matelassant quelques vides , ou pour absorber des liquides pathologiques , ou pour comprimer quelque surface, quelque cavité, ou pour maintenir écartées les lèvres d'une plaie qu'on ne veut pas laisser cicatriser. S'agit-il de matelasser quelques excavations de la surface du corps ou des membres, on se sert tout simplement de charpie brute dont on se borne à régulariser les pelotons. Autrement on dispose la charpie en plumasseaux ou en gâteaux , en boulettes , en bourdonnets , en pelotes , en rouleaux , en mèches, en tampons ou en tentes.
ARTICLE l"'. — Plumasseaux et gâteaux.
§ L Plumasseaux.
On forme des plumasseaux de manière à leur donner une figure en rapport avec la surface qu'il s'agit d'en couvrir. Ce sont généralement des plaques ellipsoïdes (31.) , d'une épaisseur et de dimensions nécessairo- (F»g-3i-) j^gj^j très variables , de telle sorte, ce-
pendant, qu'ils puissent dépasser de toutes parts la circonférence de la blessure, et suffire à l'absorption de la quantité de liquides qui doit suinter de la plaie dans l'espace de vingt-quatre heures. Les plumasseaux sont formés avec la charpie proprement dite ; le chirurgien les dispose delà manière suivante: tenant de la main droite une masse de charpie brute , il en porte l'extrémité libre entre la racine de l'indicateur et le pouce; arrêtés par la pression de ces deux derniers doigts , les fils ainsi pinces se séparent des autres ; la masse commune , reportée successivement un grand nombre de fois de la même façon , finit par abandonner tous ses brins , par produire une plaque assez régu-
lière de fils à peu près parallèles , et d'une épaisseur de trois à six lignes ou un pouce. En général , le plumasseau doit ôtro un peu plus épais vers la partie moyenne qu'à la circonf('M(^nce. Pour en augmenter la régularité, quelques chirurgiens en ébarbent toute la périphérie avec des ciseaux; tandis que d'autres en replient simplement sur eux-mêmes les fils ou le chevelu libre de la circonférence avec la main. Tout ceci n'est que d'une faible importance. Que les contours du plumasseau soient dépourvus de bourrelets ou de nodosités, c'est tout ce que l'on peut désirer; qu'ils soient ensuite taillés à coups de ciseaux, ou simplement retroussés , ce n'est plus qu'une affaire de goût. Leur régularisation elle-même est d'ailleurs un point d'agrément bien plus que d'avantages réels. Il n'en est pas moins vrai que pour faire promptement et convenablement un plumasseau souple , régulier et bien poreux , l'élève doit s'y exercer souvent et avec attention.
Disposée de cette façon , la charpie reçoit sans peine les différentes sortes de graisse ou de pommade dont on veut l'enduire. Appliquée sur les solutions de continuité , elle les couvre sans les irriter , les protège contre l'action de l'air atmosphérique , contre le choc des corps extérieurs , les maintient dans une douce température et en éloigne toute compression douloureuse , en même temps qu'elle se charge de leur sécrétion à mesure qu'elle s'effectue.
§ II. Gâteaux.
A la rigueur , les plumasseaux de charpie pourraient porter aussi le litre de gûteaux. On réserve cependant ce dernier nom pour l'agglomération pure et simple de la charpie brute, qu'on veut appliquer sur les blessures sous (Fig. 32.) ^orme de plaques plus ou moins régu-
lières { 32 ). Pour faire un gâteau , il suffit de prendre un nombre suffisant de masses de charpie brute , de les étaler sans détruire le mélange informe de leurs fils , de les raréfier afin d'en augmenter la souplesse , de donner à la plaque à peu près partout une épais-
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s<iur ot nno densité semblablos , si bien que le tout fasse naître l'idée d'une lamci d'épongé.
Aujourd'hui que la charpie n'est presque jamais mise à nu sur le bord des plaies , la forme de gûteau convient généralement mieux que celle de plumasseau. On obtient ainsi une disposition plus poreuse, plus souple, plus avantageuse sous tous les rapports qu'en plaçant dans un ordre régulier quelconque les fdaments de la charpie. Le gâteau offrant un aspect aréolaire qui le rapproche manifestement de celui de l'éponge , est plus absorbant et moins irritant que le plumasseau qui, lui , est moins éloigné de la forme fibrillaire du linge. Toutefois il faut savoir que le gâteau se prête mal à l'emploi des pommades ou des onguents, et que le plumasseau seul se charge avantageusement de ces matières.
ARTICLE \l. — Rouleaux divers dé charpie.
Au lieu de la disposer en plaques , on donne quelquefois à la charpie d'autres formes encore.
§ Ie^ Boulettes.
Les boulettes de charpie, sorte de petits globes (33) qu'on (Fie. 33.) ^^^^ ^^ roulant cette substance entie la face palmaire des deux mains , doivent être extrêmement molles et poreuses dans certains cas , lors , par exemple, qu'on veut en remplir des cavernes purulentes ou le fond d'une plaie fraîche qu'il n'est pas nécessaire de comprimer; alors ce sont autant de petites éponges qu'il faut rendre aussi égales que possible quant à la densité sur tous les points; d'autres fois, au contraire, la boulette doit être assez ferme pour devenir plutôt un corps comprimant qu'une masse absorbante. On s'en sert sous cette dernière forme en les accumulant, en plus ou moins grand nombre, sur les vaisseaux qu'on ne veut ni lier ni tordre au fond des cavités qu'il importe de soutenir, et sur les points dont on veut réprimer l'exubérance. On leur donne d'ailleurs un volume différent, selon qu'elles doivent porter sur telle ou
telle surface. En général, néanmoins, le volume des boulettes ne descend presque jamais au-dessous de celui d'un pois, et ne va guère au-delà de celui d'un œuf. Ayant J'avantage de se mouler sans effort sur toutes les inégalités d'une plaie ou des foyers caverneux, les boulettes spongieuses sont fréquemment utiles en chirurgie.
> $ II. Rouleaux proprement dits.
On peut donner le nom de rouleaux aux masses de charpie brute roulée mollement en cylindre (34) ou en forme de fu- (Fig. 34.) seau; quelquefois même ces rouleaux
^^ft^^^^^^^^ sont un peu plus aplatis dans un sens ^'^^'^^^^^^^*' que dans l'autre , ou comme étranglés sur quelque point de leur trajet. On les place entre les bords de quelque large plaie ou le long des rainures latérales de certains abcès , au fond de quelque plaie d'amputation , entre les grandes lèvres et la racine des cuisses, sur les côtés du scrotum dans quelques maladies. Comme pour les boulettes la charpie alors doit être roulée de manière à représenter plutôt une éponge allongée, si leur but principal est d'absorber les liquides, ou bien un cylindre de linge, quand on veut au contraire établir un certain degré de compression,
[^.- >■ § ïll. Bourdonnets.
Autrefois la chirurgie se servait fréquemment de bourdonnets; maintenant on ne les emploie presque jamais. Ce sont des espèces de boulettes dures , un peu allongées, renflées (Fie 35) ^" milieu (35), et qu'on étrangle sou-
vent d'un fil sur cette partie; du reste, c'est la charpie brute qu'on emploie pour les confectionner, et ils ont pour usage principal de comprimer du centre à la circonférence , ou d'avant en arrière, de bas en haut ou de haut en bas , l'intérieur de certaines cavités naturelles, des fosses nasales je suppose, ou de quelque cavité pathologique , celle des abcès par exemple.