LINGES SECS OU MOUILLÉS
aussi servir, et remplacer la toile de chanvre , dans une foule de cas. Les gens du monde , qui attribuent au linge de coton des qualités venimeuses et qui ne consentent que difficilement à l'appliquer sur les plaies, ne sont pas si complètement dans l'erreur qu'on pourrait le croire de prime abord. On retrouve effectivement dans la toile de coton une partie du duvet fin et pénétrant , dont j'ai parlé plus haut. Avec cette disposition, les linges se collent rapidement à la surface des plaies , et en irritent très certainement plus les bords que la toile ordinaire. Toutefois , ceci ne doit s'entendre que des linges destinés à porter sur les solutions de continuité elles-mêmes ; car s'ils doivent être employés à titre d'enveloppe , de remplissage ou de bande, on peut très bien substituer la toile de coton à la toile de chanvre, et réciproquement.
La laine à l'état de tissu ne s'emploie que par exception et presque toujours sous forme de flanelle. Ici, c'est pour transmettre, sur quelque organe et par friction, les substances huileuses connues sous le nom de liniments , qu'on la recommande; lèc, c'est pour faire des embrocations, ou huileuses ou émollientes et mucilagineuses ; ailleurs, c'est plutôt dans le but d'entretenir une assez forte chaleur autour de la partie malade ; mais nulle part on ne l'applique directement sur les plaies.
ARTICLE l". — Linges secs ou motiillés.
Ordinairement les linges à pansement sont appliqués à l'état sec. C'est ainsi qu'ils servent à essuyer la peau , à absterger les matières que présentent la surface des plaies , qu'ils sont mis chaque jour en usage dans le plus grand nombre de pansements. Quelquefois cependant on se sert de linges mouillés. Alors le linge peut être mouillé de différentes manières : tantôt on le trempe simplement dans l'eau, soit tiède, soit froide, pour qu'il se moule mieux sur les parties , ou qu'en se desséchant il les comprime un peu plus. Je dirai plus loin quelles sont les propriétés du linge mouillé dans le traitement des maladies chirurgicales. Lorsque les
140 AUT DES PANSEMENTS. : ï
linges ne sont imbibés de liquide qu'après le pansement , ils ne peuvent plus être comparés aux précédents, et ils rentrent évidemment dans la classe des linges secs. Un point à ne pas oublier ici , c'est que la compression diminue sous le linge qu'on mouille avant de l'appliquer, tandis qu elle augmente sous celui qu'on mouille après; et cela parce qu'en {gonflant les fils de la toile, les liquides épaississent nécessairement cette substance , qui doit , par la même raison , reprendre son premier ressort et se rétrécir en se desséchant.
ARTICLE II. — Linge inouÉ et découpe.
Il se fait actuellement une consommation extraordinaire de linge troué. Ce linge n'est autre chose que des morceaux de toile un peu fine et demi-usée qu'on a criblés de trous (41) de manière à ce qu'ils donnent l'idée d'une écumoire ou d'une tôte d'arrosoir. On fait ces trous à coups de ciseaux , à l'aide d'emporte-pièces, ou même de machines construites ad hoc. La manière de les pratiquer soi-même est du reste très simple, et n'a d'autre inconvénient que d'exiger beaucoup de temps, de causer quelque ennui. On prend le morceau de toile , qu'on plie en deux ou en quatre, pour exciser à coups do ciseaux chaque angle qu'on fait ensuite sur le ph principal. On peut aussi arriver au même but en saisissant quelques pai celles de ce linge par l'une de ses faces avec des ciseaux courbes sur le plat. Une manière d'obtenir le linge criblé ■ avec plus do régularité , consiste à retirer d'espace en espace . deux ou trois fils, d'abord dans un sens, puis dans un autre, 5 afin de transformer la pièce de linge en réseau ou d'y faire i naître une foule de petits trous carrés.
(]o genre de linge rend des services immenses ; graissé de cérat , enduit d'un corps gras quelconque et placé sur les plaies, il n'empêche point de les couvrir de gâteaux ou de plumasseaux absorbants, tout en les mettant à l'abri des adhérences douloureuses et d'une trop prompte dessiccation. A son aide , le pansement des plaies n'expose à aucune déchi-
LlNflB ENDUIT DE POMMADE. i'il
rure , à aucun tiraillement pénible. Les trous dont il est percé permettent à la suppuration de s'échapper ; la graisse dont on enduit une de ses faces Vempôchc de se dessécher et de se coller en formant croûte avec les bords de la plaie ; la charpie dont on le recouvre est ainsi débarrassée du plus grave de ses inconvénients.
Le linon , la gaze ou la mousseline, qui , faute de mieux , pourraient à la rigueur remplacer le linge troué , n'en ont pourtant pas tous les avantages. Formant un simple réseau , ces toiles ne retiennent aucun liquide , et sont incapables d'empêcher la dessiccation et l'agglomération des matières sèches, comme la charpie qu'on a souvent besoin de mettre au-dessus; mais, ainsi que je le dirai plus tard, elles conviennent mieux que le linge troué à la surface des cataplasmes qu'on ne veut point appliquer à nu.
Le linge découpé est une bandelette large de six lignes à un pouce que l'on incise à coups de ciseaux sur l'un de ses bords, d'espace en espace , pour la transformer en une espèce de frange ou de bordure (42). Celte bandelette, préa- (Fig. 42.) lablement enduite de cérat, s'applique sur % le bord des plaies, de manière que sa circonférence dentelée soit en dehors, et que l'autre empiète d'une ligne ou deux sur la surface traumatique. Les gâteaux ou les plumasseaux appliqués pardessus sont mis ainsi dans l'impossibilité de se coller d'une manière désagréable sur le contour de la surface suppurante. On s'en servait presque partout où on emploie maintenant lo linge criblé , il y a moins d'un demi-siècle. Je crois qu'on les a trop complètement rejetées de la pratique; elles conviennent mieux que le linge troué aux ulcères et aux plaies à teinte blafarde et flasques , à toutes les solutions de continuité qui semblent réclamer l'usage de la charpie râpée ou du colon cardé.
ARTICLE III. — Linge r .MiLii hv. POMAtAr.Ë,
Aujourd'hui on ne se sert presque plus do ces nombreux composés médicamenteux auxquels on attribuait tant de propretés dans les siècles précédents quant il s'agit du panse-
ment des plaies. Aussi les linges qu'on applique sur les blessures ne sont-ils presque jamais enduits d'aucune pommade , d'aucun onguent, d'aucun emplâtre. Aujourd'hui c'est à l'état naturel, secs ou mouillés, qu'on les emploie; ou, s'il importe d'en prévenir l'adhésion aux parties sous-jacentes , c'est avec le cérat seulement qu'on en graisse une des faces. Le linge, qui prend alors le nom de linge ce raté , se présente sous trois formes: à l'état plein, comme lorsqu'il s'agit de couvrir une portion enflammée ou douloureuse des téguments sans plaie: à l'état de linge troué, comme je viens de le décrire , et à l'état de bandelettes découpées.