DE LA DEUXIÈME EDITION
Une pratique plus étendue, le service d'un grand hôpital, les exigences de l'enseignement, m'ont fait un devoir de plus en plus impérieux de soumettre au creuset de l'expérience la presque totalité des procédés opératoires. Conduit de la sorte à comparer entre elles les diverses ressources de la chirurgie , j'ai dû consigner dans l'édition actuelle de ce livre les impressions qui me sont restées des essais auxquels je me suis livré, et ne point reculer devant la nécessité d'une appréciation, d'un jugement positifs, quand les questions m'en ont paru susceptibles.
Sous ce rapport , j'avais à me dépouiller plus que jamais d'opinions puisées au sein des amphithéâtres de dissection. Entraîné , comme la génération de mon époque , à juger de l'importance des opérations d'après des manœuvres sur l'homme mort , j'avais d'abord attaché trop de prix à une infinité de procédés, de préceptes dont je reconnais maintenant l'insignifiance ou la puérilité. A l'instar des chirurgiens qui , prenant au sérieux l'approbation de quelques jeunes élèves , ont cru reconstituer la médecine opératoire en prescrivant d'inciser les tissus à tant de lignes ou de pouces de telle ou telle rainure , sous un angle de tel ou tel degré , en agissant, disent-ils , d'après les règles de la géométrie , je m'étais abandonne aussi à l'innocent plaisir de faire ressortir la supérioi ité de méthodes lout-à-fait inapplicables ou de la plus parfaite inutilité. Je sais maintenant que sur l'homme
PRÉFACE. XllI
vivant, il importe moins d'a{;ir vite que d'agir cnovenablement; d'établir des plaies réfjulièrcs , des incisions compassées, que de suivre la ligne indiquée par les tissus malades; de permettre aux divisions un rapprochement facile , que de les placer dans des conditions qui offrent le plus de sécurité possible.
Me croyant en droit aujourd'hui de modifier, de changer ce qui a été dit ou fait de défectueux par les autres , je n'ai point hésité comme autrefois à dire ce que j'ai trouvé de meilleur ou de moins mauvais dans les procédés que j'ai expérimentés ou imaginés. Après avoir indiqué , décrit les différents procédés , j'ai pris ainsi sur moi d'en proposer un choix aux élèves et aux chirurgiens, de signaler ceuxqui me paraissent mériter la préférence , n'importe à quel titre. Keconnaissant que les pansements , les bandages, les petites opérations, ce que l'on connaît généralement sous le titre de Petite chirurgie, exercent la plus grande influence sur le succès des opérations, ne sont en définitive assez cultivés ni par les élèves, ni par la masse des praticiens , j'ai cru devoir en traiter au long dans cette édition. Les livres que la science possédait déjà sous ce point de vue sont nombreux et assez complets, il est vrai ; mais comme ils forment des traités à part , peu de personnes en tiennent compte et ils n'atteignent qu'incomplètement le but.
Ayant compris que de longues descriptions n'équivaudraient pas à quelques figures, j'ai pensé que des dessins sur bois rendraient ici de véritables services. Au lieu d'en former un atlas ou des tableaux séparés, j'ai cru que c'était le cas de les intercaler dans le texte à la manière des anciens , et comme on en a pris l'habitude depuis quelques années en Angleterre et en Amérique.
Voulant ainsi embrasser toute la médecine opératoire, j'ai