CHAPITRE IX
DÉLIGATION PROVISOIRE.
Aux différentes pièces de linge dont j'ai parlé jusqu'ici, c'est-à-dire aux bandes, aux compresses, aux lacs, etc., un chirurgien de Lausanne , M. Maihias Mayor , veut qu'on substitue de simples mouchoirs. Les linges carrés , les mouchoirs de col ou de poche, plies en triangle , en cravate, ou de toute autre manière , suffisent , dit M. Mayor , à tous les besoins. Ces pièces , qu'on a toujours sous la main , offrent encore l'avantage de rentrer ensuite, à titre de vêtements , dans l'économie domestique. Avec eux, on n'a besoin ni de bandes , ni de liens , ni de compresses; tous les pansements peuvent être exécutés par le premier venu. Sans partager la répugnance de M. Mayor pour les bandes et les compresses, sans prendre à la lettre tout le bien qu'il dit des mouchoirs et des linges carrés , je dois avouer cependant qu'au moyen de ces sortes de vêtements , on fabrique extemporanément et sans peine une infinité de bandages plus simples, plus commodes, plus solides même, qu'a>ec les bandes ordinaires. J'ajouterai que, pour tous les pansements, on peut, à la rigueur, substituer en effet le mouchoir, diversement replié, à la bande sous le titre d'appareil provisoire. Ne fût-ce que sous ce dernier point de vue, la méthode diligatoire du chirurgien de Lausanne mérite donc d'être généralisée ou mieux connue. Il arrive si fréquemment, soit aux armées, soit dans les
campagnes, soif; à l'occasion d'ace dents imprévus, qu'on ail besoin de panser immédiatement des blessures, sans avoir sous la main, ni bandes, ni compresses, que le chirurgien devra se trouver heureux de pouvoir emprunter, soit aux assistants, soit au malade lui-même, de quoi construire surle-champ son pansement.
ARTICLE P"". — Bandages du crâne.
Nous avons déjà vu que le mouchoir plié en triangle était employé fréquemment pour recouvrir les appareils destinés aux blessures du cn\ne ; il est donc inutile d'y revenir en ce moment.
ARTICLE n. — Bandages de la face.
Ayant indiqué comment, en abaissant la base du triangle, soit d'un côté, soit des deux côtés, sur les yeux ou sur le nez, on obtient avec le mouchoir un bandage préférable aux divers bandages du nez et de la région orbitaire, je n'ai qu'à faire remarquer la facilité d'appliquer le même système aux maladies de la tempe ou de l'oreille.
Pour le hec-de-Hèvre , ou toute division de la lèvre supérieure , on obtient un bandage unissant en amenant, de l'occiput sous le nez, les deux chefs d'un mouchoir (118\ "« ) dont on a fixé la pointe sur
le bonnet. Ces deux portions sont alors croisées sur le devant de la lèvre , et passées l'une au-dessus de l'autre ou l'une à travers l'autre, par une boutonnière , pour être entraînées en sens opposé vers les tempes, où on les fixe avec une épingle. On peut encore placer le plein du mouchoir sur le front, en porter les deux chefs et les croiser à l'occiput , pour les ramener sur le devant do la lèvre et les fixer conime précédemment. En suivant ce dernier précepte, il est inutile de placer un bonnet sur la
DÉLIGATlOff PROVISOIRE. 237
tête, car le mouchoir, dont la pointe se prolonge jusqu'à la nuque en arrière, le remplace avantageusement.
ARTICLE III. — Fronde dl: la mâchoire iniérieurk.
Pour recouvrir les parties blessées aux joues, à la mâchoire inférieure, aux lèvres même, pour tenir lieu enfin de la fronde ou de la mentonnière , on place le triangle vers le vertex , avec sa pointe tournée en avant. Après en avoir abaisse et croisé les deux branches au-dessous ou au devant du menton , on porte et on fixe les extrémités de ce triangle vers les régions temporales. En plaçant un peu plus en avant le plein du mouchoir sur le sommet de la tête, il est facile d'en abaisser les deux moitiés sur les régions parotidicnnes, de les croiser sous la mâchoire (119), et de les relever ensuite {(Fig. 119.) vers la tempe. Ici
on peut placer la partie moyenne du triangle sur la région auriculaire ou parotidienne elle-même , afin d'en fixer les deux extrémités sur la tempe opposée.
Du reste, le mouchoir plié en cravate convient manifestementmieux pour les maladies, soit de la joue, soit de l'oreille , soit de la région parotidienne , que le mouchoir en triangle. Appliquée par sa partie moyenne sous la mâchoire, la cravate qu'on destine à cet usage est ensuite relevée , soit directement en haut, soit obliquement en arrière, }i reportée vers le sommet de la tête où on la fixe, soit par un nœud , soit à l'aide d'épingles.
ARTICLE lY. — Bandages du cou.
Les pansements ordinaires du cou se font à l'aide du mouchoir en cravate ; c'est h\ un fait connu depuis des
siècles. Si ce genre de lésions exige une certaine fixité dans la largeur du bandage, rien n'est facile comme de placer, à l'instar de M. Mayor, une plaque mince de carton ou de
(Fig. 120.
gros papier entre les plis du mouchoir.
Les bandages unissants , divisifs , redres-
eursducou, s'obtiennent à l'aide d'un
mouchoir , dont on place la partie moyenne sur le vertex
( 120 ) , s'il faut incliner la tête en avant 5 du côté du front (121), dans le cas contraire ; sur l'une des régions pariétales,lorsqu'on veut l'abaisser vers l'une des épaules.
On descend ensuite les
extrémités du mouchoir pour les fixer, en avant ou en arrière
DÉLIGATION IMIOVISOIRE. f^39
sur un bandage de corps , ou bien , sur le côté , à la cravate sous-axillairc dont il va être question tout à l'heure.
ARTICLE V. — Bandages de i/aisselle.
Les maladies de l'aisselle peuvent être pansées sans difficulté à l'aide du mouchoir plié en cravate. On place le milieu de la cravate sous le creux même de l'aisselle, afin de venir en croiser les deux moitiés sur la rérjion sus-claviculaire correspondante. On les conduit ensuite l'une en avant , l'autre en arrière, jusque sous l'aisselle saine où on les fixe (122). (Fig. 122.) Si le mouchoir était
trop court, on l'allongerait au moyen de quelques bouts de rubans, ou bien encore en plaçant sous l'aisselle saine une seconde cravate, qu'on viendrait nouer avec la première, sur l'épaule du côté malade. On fait également avec deux cravates sous-axillaires le 8 de chiffre; chacune d'elles représente une espèce d'anneau autour de la racine du membre, et rien n'est facile comme d'en réunir les bouts en arrière et de les fixer entre les deux épaules. On pourrait également si on avait un mouchoir très long, le poser d'abord à la manière de l'écharpe que portent les dames, pour en faire passer les deux moitiés d'avant en arrière sous les aisselles, et les venir fixer ensuite au plein du bandage entre les épaules.
ARTICLE VI. — Bandages du thorax et de l'abdomen.
La cravate pourrait à son tour entourer la poitrine ou le ventre et tenir lieu du bandage de corps. Cependant , comme
il est presque aussi facile de se procurer une serviette qu'une cravate , je pense que le bandage de corps rendra presque toujours inutile la substitution dont parle M. IMayor.
Le mouchoir a l'avantage de pouvoir contenir les pièces du pansement de toutes les régions du thorax ou de l'abdomen.
A la poitrine , on le fixe par en bas à la manière d'une ceinture; on en relève ensuite la pointe, à laquelle on attache un ruban pour la porter, en forme de bretelle, au-dessus de l'épaule, et l'attacher à la ceinture du mouchoir. Ceci forme un bandage triaiujulaire qu'on applique à droite , à gauche , en avant ou en arrière, selon l'indication, et de manière à n'être gêné ni par le cou , ni parles épaules.
S'il s'agissait de l'abdomen, notamment de sa partie inférieure, on s'y prendrait de façon que la base du bandage fût tournée par en haut, et que sa pointe, armée d'un ruban, vînt faire l'office d'un sous-cuisse par en bas. On obtient un scopulaire au moyen d'une cravate qui embrasse la racine du cou d'sne part, et la partie soit antérieure, soit postérieure d'une ceinture thoracique de l'autre (123).
J'ai ditplushaut comment le mouchoir et la cravate pouvaient remplacer le suspensoir du scrotum. J'ajouterai que les pansements de l'anus et du périnée se font très bien à l'aide d'une cravate qu'on fixe à une autre cravate en ar.
ricre et en avant.
DliLlGATlOxN PROVISOIRE.
ARTICLE Yil.
Bandages du dassin.
Pour les maladies de la hanche ou de la fesse, il suffit do fixer une cravate autour du bassin , puis d'attacher la base
d'un mouchoir en triangle autour de la racine de la cuisse. La pointe de ce mouchoir , relevée et fixée à la ceinture pelvienne (12'j-) , permet de recouvrir toutes les pièces d'appareil qu'on a l'intention de maintenir, soit au-devant de l'aine , soit vis-à-vis du grand trochanter, soit sur la fesse* S'il s'agissait d'ulcères , de plaies , de blessures de la région du sacrum, le triangle, fixé par sa base autour du bassin et ramené par la pointe entre les cuisses (125) jusqu'au pubis, remr pliraittrès bien l'indication.
ARTICLE VIIÏ.