PANSEMENTS AVEC LES POMMADES
réglons que l'on craint d'irriter, soit des parties recouvertes de croûte qu'il est utile de ramollir, soit les points du corps que l'on veut raser. Le beurre frais et l'huile pourraient, à la rigueur, lui être substitues en pareil cas. Du reste , il convient de ne pas tomber dans l'erreur que commettent facilement les élèves, c'est-à-dire de ne point appliquer le linge enduit de cérat par dessus la charpie, à moins d'indication spéciale , ni de recouvrir le linge troue de gâteaux couverts d'une couche épaisse de ce topique, puisque le but en pareil cas est d'enduire d'une substance grasse la seule pièce de linge ou de pansement qui doive être en contact immédiat avec la plaie ou ses environs.
Les pansements avec le cérat de Goulard , le cérat opiacé , le cérat mercuriel , le cérat soufré ou le cérat de belladone, se font d'après les mêmes règles lorsqu'il s'agit de solutions de continuité, avec cette seule différence que le plumasseau placé à nu sur les parties est préférable alors au l'nge troué. Mais ces différentes pommades sont le plus souvent employées en friction. C'est ainsi qu'on panse certaines affections de la peau, certaines tumeurs, certaines régions enflammées.
ARTICLE ÏL — Pansements avec les pommades.
Les pommades employées dans les pansements sont aujourd'hui peu nombreuses. Comme topiques , elles diffèrent d'ailleurs si peu des onguents et de certains baumes qu'on les en distingue à peine. On les emploie de la même manière que le cérat dans le traitement des plaies. Mais comme c'est en friction qu'elles sont le plus ordinairement prescrites , l'élève doit savoir qu'on ne s'en sert pas toujours de la même façon ni à la même dose. Les pommades anli-ophthalmiques, par exemple , sont employées de deux manières très différentes. Les unes, en effet, ayant pour but de détruire directement certaines espèces d'ophthalmies, doivent être appliquées sur la partie ciliaire ou la partie glanduleuse du bord libre des paupières, ou bien à la surface même de l'œil, selon'^l'espèce d'ophthalmie, mais jamais sur la peau du voisinage. C'est ainsi qu'on applique, en en prenant gros
comme une petite Icniille, les pommades de Janin, de Desaull, de Lyon, del\égent, de Dupuytren, de précipité blanc, de nitrate d'argent, etc. L'irnpoiiant ici est que la pommade puisse atteindre les suifaces malades et ne soit pas retenue par les écailles ou les croûtes , ni par les cils au bord de chaque paupière.
S'il s'agissait, au contraire, de pommades résolutives ou spécifiques , des pommades mercurielle, opiacée, belladonée , je suppose, il faudrait en prendre gros comme un pois ou une noisette et en fiictionner, non plus le bord des paupières, mais bien la peau de ces parties, ou mieux encore le front et la tempe du côté malade.
La pommade d'Antoiriclh , qui est composée d'un à deux gros d'émétique par once d'axonge, n'est employée qu'en fi iclion soit sur l'épigastre , soit sur toute autre région , et cela matin et soir jusqu'à ce qu'elle .lit produit une éruption qui ressemble beaucoup à celle (!e la variole.
Les pommades d'iodure de plomb, dhydriodate de potasse, d'hydrioilate de mercure, de précipité blanc, de calomel , qui , presque toutes , contiennent un demi-gros ou un gros de substances chimiques par once de graisse , s'emploient aussi en frictions, principalement dans le traitement de certaines dartres et d'une foule de tumeurs.
La pommade mercurielle dont on graisse quelquefois le linge criblé, les bandelettes découpées, ou les plumasseaux de charpie, est cependant employée en frictions ou en onction bien plus souvent encore. Toutes les fois qu'on tient à son action purement indirecte, il faut l'ordonner à la dose d'un scrupule à doux gros chaque fois, n'en répéter l'applicaiion qu'une fois le jour, ou même qu'une fois tous les deux jours, retendre sur de larges surfaces et frictionner de dix à vingt minutes la partie. Si l'onguent mercuriel est employé à titre de topique, au contraire, il n'est pas nécessaire de frictionner aussi long-temps; mais il convient d'en user à plus larges doses. C'est ainsi que, dans la péritonite, j'e;» prescris deux ou trois gros (\q deux on doux heures sur le ventre; que dans les inflammations aiguës de la su i face cutanée ou du tissu cellulaire sous-jacent, on en consomme de la môme
PANSEMENTS AVEC LES POMMADES. ^i .
manière jusqu'à deux onces en vinjjt-qualrc heures. Il est utile que les malades soumis à l'omplDi de celte pommade soient tenus à l'abri du froid, et qu'ils n'aient sur eux ni bijoux , ni argent, ni or, ni aucun autre métal en contact avec la peau.
Pour débarrasser la peau de ces différentes pommades, il ne suffit pas de simples lavages; on est obligé de dissoudre préalablement la graisse soit avec de l'huile, soit avec une eau de savon légère. 11 faut savoir aussi que la pommade mercurielle porte rapidement à la bouche et fait aisément naître la salivation ; que les linges qui en ont été touches noircissent par la lessive , et qu'ils gâtent de la même façon tous les autres linges avec lesquels on les met en contact; qu'on doit , en conséquence, jeter au feu après en avoir cessé l'usage tout ce qui a pu s'in^prégner de celte pommade.
La pommade cYiodw'e de plomb, que j'ai appelée pommade chrysochrome (couleur d'or) à cause de sa belle couleur jaune et pour en masquer la nature aux yeux de certains malades craintifs, expose aussi, jusqu'à un certain point, aux mêmes inconvénients; en s^rte que, sous ce point de vue , les pommades avec les préparations mercurielles ou les préparations de plomb exigent plus de surveillance que les autres.
Le baume d'Ârceus , ou onguent digestif, soit simple, soit coupé avec moitié cérat, ne s'applique que sur des solutions de continuité. Pour cela on en dépose une couche plus ou moins épaisse sur un plumasseau de charpie, y en est de même de l'onguent styrax.
Leblanc rhasis, ou onguent camphré, s'emploie comme le cérat simple ou comme le cérat soufré.
L'onguent basilicum doit êtie employé comme le baume d'Arceus. 11 a l'inconvénient, comme ce dernier, d'adhérer très fort aux parties, et de se coller désagréablement à tout ce qu'il touche.
L'onquenl canette ou onguent rouge devrait être employé comme le cérat ou con me le blanc rhasis, s'il avait réellement quelque efficacité de plus que ceux qu'on emploie dans les hôpitaux.
252 ART DES PANSÉilENTS.
ARTICLE III. — Pansements avec les emplâtres.
En fait d'empU\tre, maintenant on ne se sert plus guère en chirurgie que de l'emplâtre simple , dit sparadrap de diacliylon , et de l'emplâtre de Vigo , l'emplâtre vésicant étant réservé pour quelques cas particuliers. Il n'est presque plus question de l'emplâtre d'André de Lacroix , de l'emplâtre ou onguent de la mère , de l'emplâtre diapalme, et de tant d'autres qui étaient usités jadis. Du reste, lorsqu'on veut user de ces emplâtres à titre de topiques, on en prend une certaine quantité qu'on ramollit à l'aide de la chaleur des mains ou de l'eau tiède, et qu'on étale avec les pouces mouillés d'huile ou d'eau sur une pièce de linge ou de peau fine , de manière à en former une plaque un peu plus large que la partie qui doit en être recouverte. Parmi ces emplâtres il en est qui , comme l'onguent de la mère , le diapalme elle diachylon , se décollent et s'enlèvent sans trop de difficultés chaque jour. D'autres, au contraire, tels que l'emplâtre de poix et l'emplâtre de Vigo, adhèrent si fortement aux tissus qu'ils restent facilement en place pendant huit et quinze jours. Aussi enveloppe t-on souvent les bubons, le testicule et certaines tumeurs d'un emplâtre de Yigo ou d'un emplâtre de ciguë, de manière à ne renouveler le pansement que tous les huit ou dix jours. En saupoudrant d'émétique l'emplâtre de poix avant de l'appliquer sur !a peau , on obtient à peu près le mémo effet que par la pommade d'Autenrieth, au bout de quatre à huit jours.
A titre de sparadrap , les emplâtres servent à panser les cautères , certains ulcères, quelques vésicatoires , et à former des bandelettes. Dans le premier cas on en taille, chaque matin , des morceaux diversement figurés , qu'on applique sur la partie malade préalablement nettoyée ; dans le second on taille des bandelettes de différentes formes, de différentes longueurs , .suivant le genre de pansement qu'elles doivent constituer.
Les bandelettes amplastiques dont on se sert dans les pansements doivent être souples, quoique assez fermes, et modérément adhésivcs. Il convient d'en enlever les bords libre»
PANSEMENTS AVEC LHS EMÎ'LATRES. "253
de cluique rouleau, comme on enlève les coulures du linge dont on veut faire des compresses ou des bandes. Pour les tailler rapidement et sûrement, on saisit de la main gauche le chef libre ou déroulé du cylindre de sparadrap , pendant qu'un aide tient écarté à distance convenable le rouleau luimême. Les ciseaux, glissés rapidement et en droit fd (131)
(Fig. 131.
duchirur.
gien vers l'aide , divisent alors par leur simple pression et sans qu'il soit besoin d'en rapprocher les lames , lempl'.tre en autant de lanières qu'on le désire.
Ces bandelettes (132),qu'il est le plus souvent
inutile de faire chauffer, sont employées à litre de banda.<^e unissant ou de bandage comprcssif,
5 I''^ Bandelettes cKjÇjlalinalkes.
Pour bien appliquer les bandelettes aggluiinatives, il convient, les lèvres de la plaie étant convenablement rapprochées, d'en porter et d'en faire tenir l'une des extrémités sur la régioii opposée, afin d'en placer lo reste toul-à-fait en travers;
(Fig. J33.;
de leur donn-^r une grantie lonf[uoiir , et de ne point en lâcher les bouts avant qu'elles aient hien pris sur la ficau. S'il est de règle de commencer par celle qui doit croiser ou réunir le milieu de la plaie, il y a cependant ('<q< cas où l'on débute plutôt par celle d'en bas ou |)ar celle d'en liant.
Pour enlever les bandelettes uni^fanies, on commence par en détacher les extrémités ; on les décolle ensuite jusqu'aux bords de la plaie, d'oîj on ne les sépare qu'en dernier lieu et par une traction perpendiculaire, dans la crainte de troubler une réunion encore peu solide (133). Celle précaution deviendrait inutile si elles avaient éié employées pour maintenir de la charpie , des compresses ou toute autre
pièce d'appareil à titre de bandage contentif.
§ II. Taffetas dWngleterre.'^ '"
Lorsqu'il s'agit de plaies peiites et superficielles, lorsqu'on tient à se dispenser de tout appareil, on préfère le tafletas dit d'Angleterre aux bandelelles emplastiques. Ce taffetas, sorte de tissu gommé qui se conserve très long-lemps, est d'abord taillé en morceaux convenables. Après l'avoir humecié avec de la salive par une de ses faces, il suffit de le poser, de le presser quelques instants sur la peau . et comme à cheval , au devant des coupures , pour qu'il s'y colle immédiaiement d'une manière très solide. Pour l'enlever ensuite il faut le mouiller de nouveau au point de le ramollir totalement.