‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire [electronic resource]Chapitre 27 sur 58 · Tome it · texte numérisé non relu

Tome it

facile, et presque sans danger. Entouré de tissus .souples, déjà fort dilatable par lui-même, l’oesopliage est loin de se trouver dans des conditions aussi avantageuses sous ce point de vue. En écartant le point coareté, les bougies ne font guère que refouler en dehors la saillie qui tendait à se porter en dedans, et le mal revient presque aussitôt qu’on suspend le traitement, qui n’est ainsi qu’un traitement palliatif. Quant au nitrate d’argent, c’est infiniment moins comme caustique qu’à titre de modificateur de l’état morbide que je voudrais en faire usage. De cette façon , l’exactil ude avec laquelle on touche tel ou tel point plutôt que tel autre, est moins importante qu’on ne pense. C’est d’ailleurs une question qui devra être traitée à l’occasion de l’urcthre.

Coriis étrangers.

J/incision de l’œsophage, d’abord indiquée par Verduc, formellement proposée par Guatlani , pratiquée pour la première fois par Goursault, en 1730, puis par Roland , est une opération qui ne convient qu’à deux cas particuliers : i" lorsqu’il s’agit d^extraire un corps étranger qui, par sa présence dans le canal de la déglutition , compromet plus ou moins la vie du. sujet ; 2** pour porter artificiellement des matières nutritives dans les voies digestives , et prolonger plus ou moins Texistence des personnes qu’une coarctation de la partie" inférieure du pharynx empêche d’avaler.

Dans le premier cas, avant d’en venir à l’œsophagotomie, il faut tout tenter pour obliger le corps étranger à revenir par les voies naturelles , à moins que sa nature ne permette de le pousser vers l’estomac , sans aucun danger. Une croûte de pain, un morceau de tripe, de {posses bouchées de viandes dures et coriaces, du cuir, une tranche de fruit , une dragée , une éclanche de mouron, un peu de gâteau , une couenne de jambon, un œuf

VOIES A.LIMENTAI11ES.

entier, une châtaigne, une poire, une figue, et toutes les substances un peu solides qui entrent dans la composition des aliments , ou qu’on porte quelquefois a la bouche , peuvent s’arrêter dans l’œsophage , et faire naître des accidents graves. Cependant, comme ces divers corps sont plus ou moins solubles dans le suc des voies digestives, il est assez rare qu’ils ne finissent pas par descendre dans le ventricule. Les cailloux , les morceaux de veiTe , une arrête de poisson , un osselet , une pièce de monnaie , une lame de eouteau, une fourchette, et mille nuances différentes de corps étrangers, dont les mémoires de Hévin et de Sue renferment tant d’exemples , sont infiniment plus dangereux, quoique l’organisme en ait triomphé plus d’une fois sans secours. Ils déchirent les parties ou les contondent, produisent des inflammations et des ab-. cès , des douleurs affreuses, qui souvent n’ont de terme qu’à la mort. Aux faits nombreux qu’en offrent déjà les^ auteurs , il ne serait que trop facile d’en ajouter une foule d’autres. MM. Gibert, Murat, Bard, etc., sont encore venus tout récemment en grossir la liste , et chaque jour , les praticiens en rencontrent de nouveaux. C’est ainsi que Dumortier a vu la présence d’une pièce de monnaie arrêtée dans l’œsophage , amener la perforation de l’artère carotide primitive ; que M. Bégin a cité, en 1828, le fait d’un militaire, dont le tronc de l’aorte pectorale fut ouvert de la même manière , par une pièce de cinq francs. Lorsque leur présence est évidemment capable de nuire, et que l’organisme est impuissant pour s’en débarrasser seul , trois genres de moyens peuvent leur être opposés avant d’en venir à la section de l’œsophage. On les pousse dans le ventricule, on les oblige à ressortir par les voies naturelles , ou bien on se borne à prévenir, à combattre même avec énergie , s’ils existent déjà , les accidents qu’ils peuvent faire naître.

i” Propulsion. On ne doit pousser vers l’estomac que

aaii otékÀtions qui se pra-tiquemt sur le tronc.

les corps qui, trop difficiles a ramener par la booiche, une fois hors de l’œsophage , font courir un peu mollis de danger au malade. L’eau avalée en abondance, de grosses bouchées de mie de pain , de bœuf, de biscuit , des figues retournées, des prunes débarrassées de leur noyau, des morceaux d’éponge soutenus par des fils , de longues bougies trempées dans l’huile , un poireau , de légers coups de poing portés dans le dos , comme le recommande de la Motte j comme les gens du monde manquent d’ailleurs rarement de le faire, et je ne sais combien d’autres moyens encore, ont été proposés et mis successivement en pratique, avec des avantages plus ou moins marqués , souvent aussi sans aucune espèee de succès. En pareil cas, la tige de plomb d’Alhucasis et de Rhazès ; la boule du même métal fondu et fixée au bout d’un fil-defer, d’argent ou de laiton, tant vantes par Mesnier ; la verge d’argent terminée en olive de Verduc; la sonde' courbe, etc., sont loin aussi de réussir toujours. Je ne vois guère dans tout cela, que la tige de poireau, assezi généralement employée depuis A. Paré, et la boule de plomb , qui soient réellement dignes de quelque confiance ; encore faudrait-il que ces deux genres de moyen# fussent soutenus par des verges flexibles, capables de suivre sans peine la forme tortueuse de la bouche , du pharynx et de l’œsophage, tout en conservant assez de solidité , pour ne pas se briser pendant l’opération.

2° Extraction. Quand les doigts ne suffisent pas pour atteindre les corps étrangers engagés dans le pharynx ou l’œsophage, on doit avoir recours à de longues pinces, un peu courbes, à la pince uréthrale de Hunter, par exemple; L’espèce de crochet ou de hameçon en fil-de-fer de Rivière ou de Perrotin, expose à déchirer les tissus pendant qu’on le retire, ainsi que l’a éprouvé Petit de Nevers. En le terminant par un bouton, Stedman l’a véritablement perfectionné, et M. Dupuytien, qui le remplace par une longue

VOIES alimentaires.

irge d’argent, terminée en boule, d’un côté, et par un anneau, de l’autre, qui en fait un instrument explorateur, une espèce de catliétcr en le redressant, et s’en sert comme d’un crochet en le recourbant, l’a rendu plus facile encore à manier. Le crochet en forme de grattoir de F. de Hilden serait beaucoup plus dangereux. Celui que Petit faisait fabriquer avec un double fil d’argent flexible, tourné en spirale et recourbé vers son anse à la manière de l’élévateur palpébral de Pellier, n’a, contre lui, que son peu de solidité. Le stylet ou la tige de baleine portant un bouquet de petits anneaux mobiles, que préconise le même praticien, et que de La Faye modrfia en se bornant à fixer des brins de filasse au petit anneau d’un stylet d’algalie ordinaire, n’est pas non plus à dédaigner, lorsque le corps h extraire est inégal et peu volumineux. L’anse d’une ficelle ou d’un fouet dont Mauchart eut à se louer; l’éponge fortement serrée au moyen d’un fil, portée audessous du corps étranger, à l’aide d’une grosse sonde de plomb au bout de laquelle on la tient, en tirant sur les deux chefs du lien, ramenés, l’un à travers le canal, l’autre, tout le long de la face externe de l’instrument, comme le fait Brouillard ; la même substance attachée à l’extrémité d’une verge de baleine, comme le veut Willis, d’un cathéter ordinaire, ou de cette sonde de plomb ou de cuivre, criblée de trous, empruntée à Arculanus ou bien à Byff, et modifiée par de Hilden, qui, pour la rendre plus forte, y a fait ajouter un stylet plombé; l’éponge, dis-je, qu’Hévin veut qu’on tknne coiffée d’une bourse de cannepin ou de soie pour l’empêcher de se gonfler avant d’être descendue assez bas, que Petit fixe à l’extrémité d’une baguette de baleine renfermée jusqu’à son manche dans une sonde flexible, faite d’un fil d’argent roulé eu spirale, et que Quesnay couvrait d’un boyau de mouton , qu’Ollenrotz pendait au bout d’une chaîne, d’un chapelet composé de soixante-une boules d’étain, auraient aussi leur

a3o OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE TRONC.

application spéciale ; de même que l’espèce de balai , do vergelte ou de brosse, à'excutia ventriculij dont parlent déjà Wedel, Teiclimeyer, Heister, et que les Anglais, qui le nomment provendoTf forment en attachant de petits morceaux de linge ébarbé, ou bien un faisceau de soie de cochon, au bout d’une tige de baleine, de fil d’archal oude lai ton. La manière d’employer ces divers instruments, soit pour chasser vers l’estomac, soit pour retirer les corps dont il s’agit, est d’ailleurs trop facile à saisir pour que je l’indique ici plus longuement. Il en est de môme de leur valeur relative dans les différents cas où plusieurs d’entre eux peuvent convenir. C’est au chirurgien instruit à choisir ce qu’il y a de mieux, de plus simple, de plus sûr et de plus inoffensif parmi ceux qu’il rencontre sous sa main. L’espèce de pince à branches multiples, qui s’ouvre et se ferme par un mécanisme particuliei*, avant et après avoir saisi le corps étranger, et que M. Missoux a décrite, en 1 825, dans sa thèse, sous le nom de géranorhynque J est trop compliquée, quoique ingénieuse, pour être adoptée. Celle que M. Blondeau vient de proposer et qui est fondée sur le principe des pinces litholabes , renfermée dans une gaine flexible , conviendrait un peu mieux si elle n’était déjà trop complexe elle-même. Il faudrait en dire autant de l’appareil ingénieux imaginé plus récemment encore par M, Parent.

3“ Les efforts expulsion , de oomissements que beaucoup d’auteurs ont conseillé de provoquer, malgré les objections de B. Bell, soit en titillant la luette ou le fond du gosier, soit en gorgeant le malade d’eau chaude, soit de toute autre manière, forment uu pis-aller auquel on ne doit s’en l’emettrc que pour les corps dépourvus d’aspérités ou de saillies , qu’après avoir vainement essayé les deux genres de ressources indiquées plus haut, et seulement pour n’avoir point à se reprocher d’être arrivé trop vite ou sans nécessité à l’oesophagotomie.

VOIES alimentaiues.

4“ OEsophagotomie. Bien que cette opération n’ait été formellement proposée par personne avant Verduc et Guattani, il est impossible cependant de ne pas admettre que l’idée ne s’en retrouve dans différents auteurs plus anciens. L’incision d’abcès contenant un osselet qui s’était échappé de l’oesophage et rapproché des téguments du cou , déjà pratiquée par x^rculanus et Plater ; les arrêtes de poisson , extraites de la même manière par Houlier, Glandorp; l’ouverture de tumeurs plus ou moins denses, plus ou moins volumineuses , développée sur la même région par Kerkring, Rivais, etc. , y conduisaient naturellement. Mais les plaies de l’œsophage avaient été considérées comme si dangereuses jusque là, que les praticiens ont eu besoin de faits nombreux et d’expériences directes pour dissiper leurs craintes et leurs scrupules. Depuis que rœsophagotomie a pris rang parmi les opérations réglées de la chirurgie, elle a reçu, comme presque toutes les autres, divers degrés de perfectionnement. Guattani, qui n’ignorait pas que l’œsophage est situé un peu plus à gauche qu’à droite de la trachée, conseille de faire un repli transversal de la peau, et de l’inciser depuis le niveau du cartilage cricoïde jusqu’au sternum sur le côté gauche du cou ; d’écarter les lèvres de la plaie avec des crochets ; d’arriver par degrés à l’œsophage, et de le diviser parallèlement à ses fibres. Selon B. Bell, le lieu de l’incision n’a rien de fixe, car c’est toujours sur la saillie que fait le corps étranger qu’il convient de la pratiquer. Il savait d’ailleurs , qu’avec des précautions, on évite aisément le nerf récurrent. Pour être plus sûr de n’ouvrir aucun vaisseau d’un certain calibre, Richter prescrit de séparer les muscles avec un couteau d’ivoire. La méthode d’Echoldt, vantée, je ne sais pourquoi, par Sprengel, et qui consiste à faire tomber l’incision extérieure sur l’espace triangulaire qui sépare les deux racines du muscle sternomastoïdien, me paraît mériter l’oubli dans lequel elle est

^32 OrÉr.ATlOIS'S qui se pratiquent sur le tronc.

tombée. M, Ch. Bell dit que, si on plaee le pouce sur Je trajet de la veine jugulaire interne, pour la faire gonfler pendant qu’on incise la peau , le muscle peaucier, les filets nerveux du plexus cervical, et qu’on écarte les autres muscles avec le manche du scalpel , l’œsophage ne tarde pas à se présenter en quelque sorte de lui-même, et que de cette manière l’œsophagotomie n’est pas dangereuse ; mais cet auteur s’abuse évidemment sur la valeur d’une semblable précaution. M. B.icherand, qui n’admet ^œsophagotomie que dans les cas où le volume du corps étranger est assez considérable pour faire proéminer au-dehors les parties environnantes , et qui soutient avec raison que ç’est presque toujours à l’entrée du canal de la déglutition que ces corps s’arrêtent , adopte tout simplement le procédé de Guattani ou de B. Bell. Dans cette hypothèse, en effet, la saillie extérieure est un guide qui conduit sûrement à l’œsophage, et qui favorise l’écartement de tous les organes importants à ménager. Un instrument, imaginé parVacca, permet d’arriver au même but dans tous les cas. C’est une longue tige métallique terminée par une lentille et fendue en forme de pince à l’une de ses extrémités. Cette tige glisse dans une canule qui offre latéralement une large ouverture à quelques pouces au-dessus de sa terminaison. L’instrument complet est introduit fermé jusquùnu - dessous du corps étranger. Alors le chirurgien tire doucement à lui la pince, dont une des branches , entraînée par sa propre élasticité , ne manque pas de s’engager dans le trou latéral de la sonde qui lui servait de gaîne, et vient soulever sur le coté du cou les diverses couches qu’il faut diviser. Mais la sonde à flcçhe, inventée par F. Corne pour la taille sus-pubienne , est sans aucun doute infiniment plus commode encore que l’instrumentde Vacca, si tantestqu’on aitbesoin d’un conducteur lorsqu’on exécute rœsophagotomie. En soulevant toutes les parties molles a gauche et en avant avec le beo

Page 1