GUÉRISON SPONTANÉE
Tout anévrysme est une maladie dangereuse; abandonnée à elle-même, il est rare qu'elle ne fasse pas périr le sujet qui en est affecté. Les parois du kyste s'amincissent en se dilatant, s'altèrent, se perforent, ou se gangrènent par degrés ; le sang et les caillots contenus dans la tumeur s'échappent au dehors; une hémorrhagie abondante en est la suite , et cette hémorrhagie ne s'arrête qu'à l'extinction de la vie. Il est vrai que chez certaines personnes une terminaison pareille peut se faire long-temps attendre, que des malades ont pu porter pendant plusieurs années , pendant vingt ans , ainsi que Saviard en rapporte un exemple, un ou plusieurs anévrysmes, sans en être gravement incommodés.
Ce n'est pas à dire , néanmoins , que l'organisme ne parvienne jamais à triompher de l'anévrysme; les auteurs renferment, au contraire, un assez grand nombre de guérisons spontanées de celte maladie.
M. A. Séverin a vu la gangrène envahir la totalité d'un anévrysme inguinal, et le malade se rétablir complètement. Lancisi cite l'observation d'un anévrysme de la cuisse qui, après avoir acquis un volume considérable, diminua peu à peu et finit par disparaître complètement. Reinig a publié en 1741 l'observation d'un anévrysme traumatique de la fémorale, qui guérit sans opération et sans gangrène. Guattani , Paoli , JYIoïnichen , Clarck, M. Albert rapportent aussi chacun un exemple d'anévrysme terminé par gangrène et guéri spontanément. Sur le cadavre d'une jeune femme, M. Freer de Birmingham a trouvé une tumeur grosse comme une petite pomme, entièrement remplie de couches solides et qui avait anciennement communiqué avec l'intérieur de l'aorte. M. Marjolin parle d'un anévrysme de l'artère fémorale qui se termina par un vaste abcès, et finit par. guérir. Au surplus, les observations de ce genre sont tellement bien connus aujourd'hui, qu'il suffira de les rappeler à l'occasion de chaque arlère en particulier.
Pour arriver à ce résultat heureux , divers procédés sont employés par la nature : 1° toute la poche anévrysmale peut être prise de gangrène; alors le fluide qu'elle renferme se décompose, le sang se coagule au-dessus et au-dessous de la perforation artérielle, acquiert parfois assez de solidité pour arrêter complètement la circulation dans ce point, et permettre à la tumeur de" s'ouvrir , de se vider sans danger, à la plaie qui en résulte de se mondifier, à la suppuration de s'établir , et à la cicatrisation de s'opérer , sans qu'il survienne la moindre hémorrhagie.
2° L'inflammation aiguë peut s'emparer des parois du kyste et des lames environnantes, se propager au tronc artériel lui-même, donner lieu à