LARYNGITE PSEUDO-MEMBRANEUSE. — CROUP
Le croup est une laryngite avec formation de fausses membranes sur la muqueuse du larynx; on l'appelle aussi diphthérie laryngée.
Bien que Thistoire du croup date surtout des célèbres travaux de Home et de Samuel Bard, il n'en est pas moins certain que la maladie a sévi et a été observée dans des temps très-reculés. Les Juifs jeûnaient le quatrième jour de la semaine pour les enfants atteints d'aflection mortelle du larynx, et Ârétée de Cappadoce a donné le nom d^ulcm syriacum ou œgyptiacum à une altération morbide qui rappelle singulièrement ce que nous appelons aujourd'hui la diphthérie.
Les épidémies observées par Pierre Forest à Alkmaér en 1557, par Jean Yienis àBâle (1565), par Cristobal, Ferez, Herrera, Miguel, Heredia, etc., en France et en Espagne (1665), par Rodrignez de Yelga en Portugal (1668), enûn par Martin Ghisi à Grémone en 1747, se rapportent évidemment encore à la diphthérie; mais pour ces différents auteurs, ce n'était là que l'angine gangreneuse ou pestilentielle, le garotillo, le morbus strangulatorius, etc.
Home (1765) écrivit le premier traité sur le croup et en ût une maladie toute spéciale; il crut avoir découvert une entité pathologique nouvelle; ce qui le fit tomber dans Terreur, c'est qu'il ne rencontra d'abord que des cas sporadiques. Samuel Bard, de New- York |1 771), sut saisir au contraire les rapports qui relient l'angine
pseudo-membraneuse à la laryngite croupale; mais comme en Europe à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième on n'eut guère d'épidémie sérieuse à observer, on fut toui naturellement porté à accepter la dualité formulée par Home ; cette distinction s'accentua encore davantage après le concours Napoléon, concours déterminé par la mort du fils de Lucien Bonaparte (1807), et auquel prirent part Jurine (de Genève) et Albers (de Bremen).
Ce sera l'éternel honneur de Bretonneau d'avoir proclamé formellement l'identité du croup et de l'angine pseudo-membraneuse. La maladie de l'enfant de Puységur et les grandes épidémies qui ont ravagé la Touraine del815àl821 ont provoqué les recherches mémorables de ce médecin sur la diphthérie.
L'école française a accepté en général les idées de Bretonneau et a largement contribué à les faire prévaloir, si bien qu'aujourd'hui l'école allemande elle-même tend, malgré l'opinion de Schônleiu et de Virchow (qui considèrent le croup comme une inflammatiou toute locale), à reconnaître l'impossibilité où l'on se trouve de différencier le croup de la diphthérie du larynx (Traube).
Les auteurs anglais et West principalement admettent toujours l'existence d'un croup non toxique (maladie locale) et d'un croup infectieux (maladie générale). Jaccoud consene cette distinction dans son Traité de pathologie et décrit un croup tout local ou accidentel (causé par l'impression excessive du froid, l'action des vapeurs irritantes, l'ingestion de certains médicaments) et un croup de cause interne ou constitutionnel. Le premier est rare et s'observe surtout chez l'adulte; le second, de beaucoup le plus commun, se rencontre presque exclusivement chez l'enfant ; le croup de cause interne, ou constitutionnel, est une maladie spécifique et certainement contagieuse (1); on peut fixer à une durée de deux à huit jours la longueur de la période d'incubation.
Dans la presque totalité des cas, la laryngite pseudo-membraneuse n'est que l'expression locale d'un état constitutionnel : la diphthérie^ dyscrasie infectieuse au premier chef qui se mani-
(1) 11 n'est pas permis de conclure des inoculations négatives faites par Trousseau et Peter sur oux-mômcs, que le poison diphthérilique n'est pas inoculable; on en peut induire seulement que ces courageux expérimentateurs n'étaient pas en étal d'opportunité morbide. 11 existe des faits authentiques dans lesquels la diphthérie a été transmise par l'instrument tranchant (G. Weber, Thomas, Hillcr, Bcrgoron). Les expériences d'OcrtcI ont confirmé, depuis, cette façon de penser.