MALADIES DES FOSSES NASALES
CORYZA
Synonymie : Rhinite. Rhume de cerveau.
Le coryza (en langue vulgaire, rhume de cerveau) consiste dans l’inflammation de la muf|ueuse des fosses nasales. Il est aigu ou chronique, primitif on secondaire.
Étiologie. — Le coryza aigu est le plus souvent idiopathique, il représente le type des inflammations catarrhales. La richesse de la membrane pituitaire en vaisseaux et en glandules rend compte de sa fréquence. Le coryza est déterminé, en général, par le refroidissement de la tête ou des extrémités, par certaines modifications dans l’état de l’atmosphère (température basse et humide), ou par l’action prolongée des rayons solaires sur les parties supérieures du corps, principalement à l’époque du printemps Les poussières et les vapeurs irritantes (poudre d’ipéca , gaz chlorhydrique, acide osmique, etc.) exercent une influence marquée sur son développement. Il en est de même pour l’odeur du foin, qui, chez quelques personnes prédisposées, occasionne un, coryza tout spécial, accom- L. et T. — Path. et clin. méd. Bï. — 12
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pagnéde toux spasmodique {hay fever des Anglais, asthme de foin ou rhino-bronchite spasmodique de plusieurs auteurs français).
Le coryza afgw s’observe encore au début de plusieurs affections générales : la grippe, la rougeole, dont il constitue une des premières manifestations. Il est fréquent dans la morve, dans la diphthérite, et apparaît souvent à la suite de l’ingestion de préparations à base d’iode. Dans ces derniers cas, le coryza est dit secondaire ou symptomatique.
Le coryza chronique est rarement primitif; presque toujours il n’est que l’expression d’un vice constitutionnel, en première ligne de la scrofule et de la syphilis; l’herpétisme, le rhumatisme et la goutte ne viennent qu’au second plan. Meigs et Pepper ont décrit le coryza chronique post-diphthéritique. Chez les chanteurs, les buveurs et les fumeurs, on observe souvent un coryza chronique limité à l’arrière-cavité des fosses nasales et que, pour cela même, on désigne sous le nom de coryza postérieur (Desnos).
Anatomie pathologique. — Les lésions du coryza aigu n’ont rien qui leur soit spécial et qui les distingue des autres inflammations catarrhales. La muqueuse est rouge, injectée; elle est boursouflée, épaissie, et le siège d’une exsudation dont les caractères varient avec l’âge de l’inflammation. Au début, l’exsudation, claire et légèrement filante, contient de la mucine et du chlorure de sodium en grandes proportions, ainsi que du chlorhydrate d’ammoniaque (Donders) ; elle ne renferme que quelques éléments figurés, ce qui justifie sa transparence. Bientôt le liquide s’opacifie : d’abord louche, il ne tarde pas à devenir jaune ou jaune verdâtre, quelquefois sanguinolent ; en même temps il s’épaissit ; la présence d’éléments anatomiques en grand nombre (cellules épithéliales gonflées et granuleuses, leucocytes, globules sanguins, etc.) explique cette transformation.
Le contact prolongé du liquide irritant qui s’écoule constamment par les narines provoque souvent de l’inflammation du sillon nasolabial : tantôt ce n’est que de l’érythème simple, tantôt il se produit de petites ulcérations ; on a vu, dans certains cas, des éruptions vésiculeuses.
L’inflammation ne se limite pas toujours à la membrane pituitaire ; elle peut gagner les sinus frontaux ou s’étendre du côté de l’arrière-gorge ; d’autres fois elle se propage par l’intermédiaire du canal nasal jusqu’à la conjonctive.
Les ulcérations de la pituitaire sont exceptionnelles dans le
CORYZA
coryza aigu ; c’est à peine si l’on observe clans quelques points de légères excoriations ou éraillures de la muqueuse. Il n’en est plus de même dans le coryza chronique, où l’ulcération devient, pour ainsi dire, la règle. Ici, en effet, la muqueuse est profondément altérée : non seulement l’épithélium est détruit dans certains points, mais les couches sous-jacentes sont intéressées ; les os peuvent être mis à nu; souvent le travail d’ulcération les envahit et détermine des perforations (de la cloison principalement); d’autres fois ils se nécrosent par places et sont éliminés sous forme de petits séquestres.
L’exsudât qu’on observe en pareil cas est habituellement épais et verdâtre ; il exhale une odeur repoussante (ozène, punaisie) et peut se concréler sous forme de croûtes qui se dessèchent au niveau des ulcérations qu’elles masquent ; quand on cherche à détacher ces croûtes, on produit de petites déchirures qui occasionnent des épistaxis.
Trousseau a décrit un coryza chronique non ulcéreux (punaisie proprement dite) dont l’odeur repoussante tiendrait au séjour prolongé et à l’altération des produits exsudés dans les narines. Les lésions sont moins profondes aussi dans le coryza postérieur, qui est caractérisé surtout par les altérations anatomiques du catarrhe chronique (épaississement de la muqueuse, qui est pâle dans certains points, présente de la rougeur et des varicosités vasculaires dans d’autres, ou des saillies bourgeonnantes dues à rhypertroj)hie des follicules glandulaires). Cette variété complique souvent la pharyngite granuleuse et a une certaine tendance à envahir la trompe d’Eustache.
Description. — Le coryza aigu débute généralement par une sensation de chatouillement et de chaleur à la racine du nez, avec courbature, céphalalgie frontale quelquefois gravative , de l’eiichifrènement ou embarras des fosses nasales, suivis bientôt d’une certaine gêne de la respiration, et assez souvent d’une diminution de l’odorat. La fièvre est ordinairement peu marquée ; cependant elle peut être assez intense quand la courbature est prononcée.
Dans quelques cas on provoque de la douleur en pressant au niveau des sinus frontaux ; la pression digitale peut même y déceler un léger degré d’œdème (Peter).
Tout d’abord les narines sont sèches. Au bout de quelques heures, la sécrétion s’établit ; il se produit alors des picotements
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et des éternuments (sortes de spasmes réflexes occasionnés par l’action irritante de l’exsudation sur les extrémités nerveuses du trijumeau).
La respiration par les fosses nasales est difficile ou impossible ; le malade est forcé de respirer par la bouche, ce qui devient parfois Torigine d’une angine causée par l’arrivée brusque d’une trop grande quantité d’air froid ou non chargé de vapeur d’eau. La voix est par cela même considérablement modifiée : elle est nasonnée, ou mieux ptiaryngophonique^ suivant l’expression de Krishaber (1).
Le gonflement de la muqueuse au niveau des orifices des sinus provoque des douleurs souvent très violentes qui sont dues à l’étranglement que la muqueuse éprouve à ce niveau. Le gonflement peut être tel, que les voies de communication se trouvent interrompues; l’exsudai s’accumule alors dans les sinus, il les distend, et donne lieu quelquefois à une sensation de ballottement.
Les rapporis de certaines branches nerveuses (rameau oplilhalmique de WHlis, nerf maxillaire inférieur) avec les sinus rendent compte des douleurs périorbitaires ou périalvéolaires éprouvées par quelques malades. La propagation de l’inflammation au canal nasal et aux conjonctives occasionne souvent le gonflement et la rougeur des paupières avec larmoiement ; son extension à la trompe d’Eustache peut déterminer la surdité.
I.es choses durent ainsi de six à huit jours ; puis, à moins de complications, assez rares, du reste, l’exsudât se modifie, les symptômes s’amendent et disparaissent progressivement. Aussi le coryza aigu est-il chez l’adulte une indisposition plutôt qu’une maladie. Chez l’enfant à la mamelle il en est tout autrement. Pendant qu’il telle, le nouveau-né ne peut respirer que par les fosses nasales; si celte voie est obstruée, la succion devient impossible ; l’enfant refuse le sein et peut mourir dans le marasme que cause l’inanition. Chez lui, en outre, la coexistence de l’amygdalite et du coryza est fréquente, souvent même rinllammation gagne le larynx, la trachée elles bronches; il y a de la fièvre et l’on se trouve en face d’un véritable état catarrhal grave.
Les coryzas répétés, comme le coryza chronique, peuvent, chez
(l) Les cavités des fosses nasales et les sinus qui s’y rattachent constituent, nous l’avons vu, des caisses de résonance où se produisent des harmoniqwis, ('ui vont concourir à la production des sons fondamentaux. Dans le coryza les harmoniques nasales ne se produisent plus.
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l’enfant, déterminer des déformations thoraciques ; celles-ci sont le résultat du défaut d’équilibre que provoque entre les pressions intrathoracique et extrathoracique l’obstacle apporté par le mauvais fonctionnement des fosses nasales à la libre entrée de l’air dans le poumon (Peter).
Quelquefois les coryzas se succèdent chez le même individu à courts intervalles et sans phénomènes aigus bien accentués. On a donné à cette variété de l’alTection le nom de coryza subaigu à répétition. Celui-ci se propage souvent à la caisse du tympan et jusqu’aux cellules mastoïdiennes. Dans cette forme, ia perforation du tympan a été plusieurs fois observée. Le coryza subaigu est plus spécial à l’enfance; la dureté de l’ouïe et le ronflement pendant le sommeil constituent en général les premiers symptômes qui attirent l’attention.
Le coryza chronique, indépendamment des symptômes qui appartiennent à tous les coryzas, et que nous avons déjà décrits (enchifrènement, douleurs de tête, diminution de l’odorat, altération de la voix, gêne de la respiration, etc.), présente des caractères particuliers qui sont : une sécrétion muffueuse épaisse, purulente, et quelquefois d’une odeur fétide (ozène, punaisie) ; une rougeur prononcée delà pituitaire, appréciable même à l’œil nu; des ulcérations que le rhinoscope fait découvrir, des croûtes adhérentes, etc. Sa marche est lente, sa durée désespérante de longueur.
Diagnostic. — Le coryza est très aisément reconnu ; ce qui importe surtout, c’est d’en établir la nature et la signification.
Un coryza à début brusque, avec sensation de courbature généralisée et dépression considérable des forces, indique généralement l’invasion de la grippe. S’il est accompagné de phénomènes de catarrhe oculaire, bronchique, et surtout s’il existe une influence épidémique, on devra penser à la rougeole.
Quant au coryza chronique, il n’est pas toujours aisé de dire s’il tient à la scrofule ou à la syphilis, malgré l’existencedes ulcérations; ce n’est qu’en tenant compte des antécédents du malade, et quelquefois en attendant les effets du traitement spécifique, qu’on pourra se prononcer. Le coryza syphilitique du nouveau-né n’a rien en lui-même de caractéristique, quoi qu’en aient dit certains auteurs; ce n’est qu’en le rapprochant des autres accidents présentés parle petit malade (rhagades autour des lèvres ou de l’anus, éruptions de pemphigus, ballon nemetit du ventre avec tuméfaction dufoie, ostéophytes crâniennes ou périphériques de Parrot, etc.).
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et surlout en tenant compte de l’état fgénéral (coloration bistrée de la peau, cachexie précoce, épuisement rapide malgré une alimentation réparatrice), qu’on pourra affirmer l’origine syphilitique de l’affection.
Le coryza subaigu est souvent assez difficile à reconnaître à son début. Chez les vieillards surlout il donne lieu à des hallucinations de l’ouïe, à de l’anosmie avec céphalalgie frontale, ensemble de symptômes qui peut en imposer pour une disposition à l’apoplexie cérébrale. Avec un peu d’attention on arrivera à éviter Terreur.
Le coryza postérieur est caractérisé surtout par un sentiment de gêne derrière le voile du palais : on voit les malades qui en sont affectés chercher à se débarrasser des mucosités qui encombrent Tarrière-gorge par des mouvements de déglutition répétés, ou par un raclement tout particulier, avec aspirations sonores, que les Anglais désignent sons le nom d'hawkin.
L’application du miroir laryngoscopique à l’examen de Tarrièregorge et de l’arrière-cavité des fosses nasales permet de se rendre un compte exact de Tétat anatomique des parties.
Traitement. — Chez l’adulte, le traitement du coryza aigu simple se borne en général à l’emploi de quelques moyens hygiéniques ; s’il y a de la courbature, on prescrira le repos à la chambre et des boissons chaudes ; s’il y a enchifrènement, punaisie, il faut remédier, autant que faire se peut, aux inconvénients qui résultent pour la respiration de l’obstruction des narines. Parmi les différents moyens conseillés à cet effet, les aspirations de vapeurs émollientes ou même d’iode, d’ammoniaque, de baume de Fioraventi, et principalement de poudre de camphre, peuvent être avantageusement utilisées. Jaccoud pourtant aurait observé sur lui-même Taggravation des accidents sous l’influence des inhalations d’iode. B. Teissier a conseillé comme moyen abortif la cautérisation légère des fosses nasales dans les premières heures de la maladie, avec une solution de nitrate d’argent (0,25 pour 30).
Chez l’enfant à la mamelle, il faut veiller avec grand soin à Talimentalion : si l’enfant se trouve dans Timpossibilité de teter, on le nourrira à la cuiller ou au biberon, on fera des onctions avec des corps gras sur les sinus ; Tenchifrènement frontal cède souvent très rapidement à l’application d’un petit cataplasme de fécule à la racine du nez ; enfin, s’il y a de la bronchite, on pourra administrer avec avantage un peu d’ipéca.
ÉPISTAXIS.
Les applications chaudes pourront rendre des services en cas de phénomènes d’étranglement au niveau des sinus; sous leur influence on voit parfois les accidents s’amender avec une grande rapidité.
Si le coryza est chronique, c’est à l’état constitutionnel qu’on s’adressera tout d’abord : la médication variera avec la prédisposition de chacun (syphilis, scrofule, goutte, etc.). Le traitement local ne sera point délaissé : les irrigations naso-pharyngiennes, répétées et faites avec persévérance, les attouchements à la teinture d’iode ou au nitrate d’argent, pourront être utiles. S’il s’agit de coryza postérieur, on portera directement à l’aide d’une baleine .recourbée les agents modificateurs (iode, nitrate d’argent) sur les parties altérées. Il sera quelquefois utile d’enlever les amygdales si elles sont trop volumineuses ; ce moyen contribue à favoriser l’activité de la respiration buccale.
Le traitement thermal qui s’adresse à l’état constitutionnel aura parfois de très sérieux avantages. Les eaux sulfureuses comme üriage Allevard,Cauterets,etsurtoutles eaux sulfureuses etiodurées, comme Châles, trouvent ici leur indication.
Billard. Maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1837. — Trousseau et Lasègue. Syphilis constitutionnelle des enfants du premier âge (Arch. gén. de méd., 1874). — Donders. Nederl. Lancet, 1849. — B. Teissier. Bull, thérap., 1850.— Diday. Traité de la syphilis des nouveau-nés, 1854. — Noël Gueneau de MUSSY. Angine glanduleuse. Paris, 1857. — Gailleton, Traitement de l’ozène par les douches nasales (Société des sciences méd. de Lyon, 1865-1866). — Desnos. Coryza, in Nouv. Dict. de médecine et de chirurgie, 1868. — Alvin. Nouvel appareil à douches naso-pharyngiennes (Société de méd. de Lyon, 1876). — Parrot. Leçons sur la syphilis héréditaire, professées à l’hôpit. des Enf. assistés, Paris, 1877 (inédit). — Peter. Cours de la Faculté, 1877, Paris (Leçons inédites). — B. Teissier. Leçons clin, sur les eaux minérales, in France méd., 1881. — D'Espine et Picot. Maladies de l’enfance, 2® édit., 1880.
ÉPISTAXIS
Épistaxis veut dire saignement par le nez, hémorrhagie nasale.
Celte hémorrhagie est idiopathique ou symptomatique. Le plus ordinairement elle est la conséquence d’une disposition constitutionnelle, d’une dyscrasie sanguine, d’une altération des capillaires de la muqueuse nasale, ou encore d’un obstacle mécanique à la circulation de retour. Voici, en général, les conditions les plus communes dans lesquelles on l’observe :
l.’épistaxis idiopathique est fréquente chez les enfants et chez les
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jeunes gens. Elle esl favorisée par toutes les circonstances capables d’occasionner l’afllux du sang vers la tête: l’application trop soutenue de l’esprit, les émotions, une trop forte chaleur des appartements, le froid aux pieds, l’insolation, les chutes sur la tête, l’introduction des doigts dans les fosses nasales qui détermine des excoriations de la muqueuse ; elle est fréquente aussi chez les sujets à tempérament sanguin qui sont prédisposés aux congestions du côté de l’encéphale, etc. Calmettes a observé un fait d’épistaxis liée à la présence d’un anévrysme miliaire développé sous la muqueuse des fosses nasales.
Chez la femme, l’épistaxis peut se présenter comme flux sanguin supplémentaire ou complémentaire d’une hémorrhagie menstruelle absente ou incomplète.
En Afrique, il n’est pas rare de voir des épistaxis intenses provoquées par la piqûre d’une sangsue reniflée par mégarde avec l’eau d’une source ou d’un torrent (Baizeau).
Dans la grande majorité des cas l’épistaxis est symptomatique. On la rencontre dans les maladies du cœur ou du foie qui entravent la circulation veineuse (rétrécissement mitral, cirrhose du foie, etc.) ; dans la coqueluche pendant les violents efforts qui accompagnent les quintes de toux ; au début de certaines fièvres graves dont elle est en quelque sorte un signe prémonitoire (dothiénentérie, rougeole) ; elle figure au premier rang des hémorrhagies qui caractérisent la forme dite hémorrhagique des pyrexies exanthématiques (variole, rougeole, scarlatine, etc.); enfin, elle est habituelle dans ces états dyscrasiques profonds qu’on appelle l’ictère grave, le purpura, le scorbut, l’hémophilie, la leucocylhémie, le mal de Bright, l’impaludisme chronique, le diabète, etc. Les épistaxis répétées se montreraient souvent comme phénomène prémonitoire de l’évolution tuberculeuse (Peter).
Les saignements de nez de l’insuffisance aortique ont une pathogénie assez obscure; il est probable cependant que l’altération athéromateuse des vaisseaux, si fréquente en pareil cas, doit jouer un certain rôle dans leur production.
Description. — Quelquefois l’épistaxis est précédée d’une sorte de molimen du côté de la tête ; la face est vultueuse, le cerveau semble pesant ; il peut y avoir une sensation de chatouillement incommode dans les fosses nasales. En général, c’est inopinément que l’hémorrhagie apparaît.
Elle est plus ou moins abondante suivant les cas : tantôt le sang.
ÉPISTAXIS.
rouge, rutilant, non aéré, s’écoule goutle à goutte et par une seule narine ; la perte ne s’élève pas au delà de quelques grammes ; un petit caillot se produit, se déssèche et l’hémorrhagie s’arrête ; il est presque impossible d’apercevoir à travers l’ouverture des narines le point de la muqueuse qui donne naissance à l’écoulement sanguin; tantôt l’hémorrhagie se produit presque en nappe, l’écoulement est abondant et continu ; non seulement le sang peut s’échapper par les deux narines à la fois, mais il fuse par l’arrière-cavité des fosses nasales, il tombe dans le pharynx et détermine des mouvements d’expuition et le rejet de mucosités sanguinolentes, quelquefois même de sang pur ou mélangé de caillots.
Les épistaxis intenses se font souvent en plusieurs temps, pré- - sentant une série de rémissions et de reprises. Un caillot volumineux obstrue momentanément l’ouverture des narines; l’hémorrhagie semble s’arrêter; mais sous l’influence d’un mouvement expiratoire prononcé, ou simplement de la vis à tergo, le caillot est expulsé sous forme d’un long cylindre noirâtre et l’écoulement reparaît aussi abondant qu’auparavant.
Dans ces cas, la perte de sang peut atteindre des proportions élevées, le malade est pâle, affaibli, ses extrémités se refroidissent^ la syncope se produit quelquefois. La mort même a été observée. Si les hémorrhagies se répètent fréquemment, il peut en résulter une anémie accentuée.
Les épistaxis liées à l’intoxication palustre se reproduisent quelquefois à époque fixe, affectant ainsi un caractère vraiment intermittent.
La facilité avec laquelle le sang passe des cavités nasales dans le pharynx implique la nécessité d’explorer avec soin l’arrière-gorge toutes les fois qu’on observe un crachement de sang. Dans le décubitus dorsal, l’épistaxis peut ne donner lieu à aucune hémorrhagie extérieure : le sang pénètre dans le pharynx; là il peut être dégluti ou aspiré dans le canal laryngo-trachéal; dans l’estomac, il subit des altérations spéciales qui en modifient la coloration et lui donnent l’aspect du sang de l’hématémèse; dans les bronches, il se mélange à l’air ou à des mucosités et peut simuler les crachats hémoptoïques.
Traitement. — L’épistaxis des individus pléthoriques ou des femmes mal réglées doit en général être respectée; chez ces dernières toutefois il faut chercher à imprimer au molimen hémorrhagique sa véritable direction.
MALADIES DU LARYNX
Quand l’écoulement est peu abondant, c’est à des procédés simples qu’il faut avoir recours ; l’élévation du bras correspondant à la narine qui saigne, les applications froides sur le front ou dans le dos, l’aspiration par les narines d’eau glacée ou vinaigrée, etc.
Lorsque l’hémorrhagie est plus abondante, on pourra introduire dans les fosses nasales un tampon, ou un petit chapelet de tampons de charpie imbibés de perchlorure de fer, ou de tout autre liquide hémostatique. Le tamponnement avec la sonde de Belloc sera pratiqué dans les cas où les moyens précédemment indiqués auront été insuffisants.
L’indication causale sera remplie avec soin. Ainsi dans le cas d’hémorrhagie nasale rebelle tenant à une cirrhose du foie, une dérivation opportune, telle qu’un vésicatoire appliqué sur la région hépatique, pourra promptement mettre fin à l’hémorrhagie ; une récente observation de Verneuil en fournit un remarquable exemple. Le fer, le quinquina, les toniques, serviront à combattre l’anémie consécutive aux épistaxis répétées. Dans ces derniers cas, les eaux salines, un séjour aux bains de mer, rendent de grands services. Les épistaxis intermittentes d’origine marématique sont justiciables du sulfate de quinine.
Lordat. Traité des hémorrhagies. Paris, 1808. — MiLLET. Jouru. des connaissances méd.-chir,, 1844. — Baizeau. Arch. gén. de médecine, 1863. — Négrier (d’Angers). Arch. gén. de méd,, 1842. — Martineau. Épistaxis abond. guérie par le sulfate de quinine (Unioa méd., 1868).— Bouchard. Pathogénie des hémorrhagies. Th. concours, 1869. — Picot. Les grands processus morbides, 1876. — Manuel Oria. Épistaxis intermittente (Rev. d'Hayem, 1880). — Galmettes. De l’ozène. Rev. générale in Rev. d’Hayem, 1880, — Id., in Progrès méd. 1881. — Garnier. Épistaxis intermittente (Assoc. franç., 1881). — L.-H. Petit. Gazette hebdomadaire du 11 mars 1881.