OBSTRUCTIONS DE L’ ARTÈRE PULMONAIRE
Cette étude a sa place marquée à côté de celle de l’apoplexie pulmonaire. Comme nous venons de le voir, l’obstruction d’une branche de l’artère pulmonaire joue, pour la plupart des auteurs, un rôle important dans la production des hémorrhagies du poumon. L’obstruction de l’artère pulmonaire doit cependant être distinguée de l’apoplexie pulmonaire; car lorsque l’oblitération porte sur le tronc même de l’artère ou sur une de ses grosses branches, outre que le plus souvent il n’existe pas d’épanchement sanguin concomitant, cet accident donne lieu à un tableau clinique bien différent de celui qui caractérise l’apoplexie pulmonaire.
Entrevue déjà par William Gould, nettement formulée par Van Swieten, indiquée aussi par Bouillaud, Legroux, Vincent, etc., ce n’est pourtant qu’après les mémorables recherches de Virchow que l’embolie pulmonaire a pris définitivement son rang dans le cadre nosologique. Aujourd’hui son existence n’est plus mise en doute par personne. La thèse de Bail, le travail de Bertin, l’article de Picot, résument à peu près complètement l’histoire de l’embolie pulmonaire.
Anatomie pathologique. — L’oblitération de l’artère pulmonaire peut se faire par un double mécanisme : par embolie ou par thrombose.
Quand l’obstruction est le fait d’une embolie, le caillot obturateur peut avoir des origines multiples; le plus souvent (Oppolzer, Bertin) le point de départ de l’embolus se trouve dans une thrombose veineuse des extrémités inférieures, que cette thrombose ait sa cause prochaine dans une cachexie tuberculeuse, cancéreuse, dans l’infection puerpérale, la fièvre typhoïde, la chlorose ou l’albuminurie, ou même encore dans un traumatisme ou une fracture de jambe,
MALADIES DU POUMON.’
ainsi que plusieurs exenaples en ont été rapportés. D’autres fois le caillot part du cœur droit directement et les empreintes valvulaires que l’on constate à sa surface attestent suffisamment son origine.
L’oblitération embolique est la cause la plus ordinaire des obstructions de l’artère pulmonaire; sa fréquence relative est bien démontrée par les statistiques de Bertin, qui sur 145 cas d’oblitérations emboliques a relevé 166 faits d’embolie pulmonaire.
Quand le tronc même de l’artère pulmonaire est épargné, c’est dans la branche droite de cette artère que l’embolus va se loger le plus souvent. Picot explique cette préférence par le plus gros calibre de la branche droite et par la compression qu’exerce l’aorte sur la branche gauche, dont la lumière se trouve diminuée d’autant. Si le caillot est transporté plus avant, c’est dans le lobe inférieur qu’il a coutume de se loger.
Ces caillots migrateurs présentent en général une cassure inégale à une de leurs extrémités; ils sont formés de fibrine en voie de désorganisation; leur coloration est gris jaunâtre; ils peuvent mesurer 4 et 5 centimètres de long ou même davantage (Lancereaux) ; dans un cas d’embolie pulmonaire survenue à la suite d’une fracture de jambe observé par l’un de nous^ le caillot mesurait près de 8 centimètres.
V obstruction par thrombose, sans être aussi fréquente que l’obstruction embolique, n’est pas très rare (Humphrey, Bail, Bennet, Lancereaux); elle est favorisée par l’aihérome de l’artère pulmonaire, la tuberculose (Feltz, Favre, Baréty, Duguet); elle peut se rencontrer aussi dans la plupart des maladies marasmatiques (Huchard). Les thromboses puerpérales de l’artère pulmonaire sont loin d’être rares.
Quelle que soit l’origine du caillot obturateur, les altérations consécutives sont les mêmes. La fibrine appelle la fibrine, des caillots cruoriques se disposent autour du caillot primitif, et l’obstruction se complète en amont de l’obstacle jusqu’à la première collatérale. Si la branche ainsi oblitérée est de moyen volume, et si la vie n’a pas été brusquement suspendue, des modifications ultérieures vont se produire; le caillot persiste plus ou moins longtemps, puis il se désagrège ; dans certains cas la partie centrale se ramollit de façon à simuler un foyer purulent (Bail, Robin). Les lésions pulmonaires sont assez variables. Tantôt il y a affaissement de la région qui était irriguée par le tronc oblitéré, congestion ou œdème des zones périphériques; tantôt il y a épanchement sanguin et production d’une