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GANGRÈNE DE LA BOUCHE. NOMA

Synonymie : Stomatite putride ou maligne. — Stomacace gangréneuse. Cancer aqueux {Y an den Woorde). — Cancer scorbutique {\ an Ringh.)

On désigne sous le nom de gangrène de la boucbe une maladie spéciale, sut generis, absolument distincte des autres manifestations gangréneuses qui peuvent s’observer dans la cavité buccale (gangrène chirurgicale, gangrène post-érysipélateuse, apblbes gangréneux) et qui est particulière aux états constitutionnels graves.

La maladie a été décrite dès le commencement du dix -septième siècle en Allemagne et en Hollande, où elle est beaucoup plus fré-

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

quente que chez nous. En France elle ii’esl guère connue que depuis le mémoire de Baron (1810), la thèse d’Isnard (1818), et nos premiers traités sur les maladies des enfants (Billard, Guersant, Rilliet et Barthez).

Le noma est rare chez l’adulte; fréquent chez les enfants de trois à cinq ans, atteignant pluiôt les filles que les garçons, il se rencontre surtout chez ceux qui sont débilités, affaiblis par les privations ou les maladies. Le noma est rarement spontané, idiopathique ; le plus souvent il est consécutif à la pneumonie, à la dysenterie, à la dothiénenlérie, à la variole, à la scarlatine, au mal de Pott, à l’état puerpéral et surtout à la rougeole (47 cas sur 98), ou bien à une lésion locale : dent cariée, ptyalisme mercuriel (Bretonneau). Il n’est ni épidémique, ni contagieux; il est moins commun dans les climats chauds ou tempérés que dans les pays froids et humides, où il peut sévir comme une véritable endémie.

Pour certains auteurs, la gangrène de la bouche, tout en étant une maladie spontanée, nécessiterait pour se produire l’existence d’un traumatisme préalable.

En général, le début de la maladie est marqué par l’apparition à la face interne de la joue d’une phlyclène qui crève bientôt en laissant à sa place une ulcération gris noirâtre, gangréneuse. Le sphacèle s’étend, la salive devient sanieuse et fétide, tous les tissus se tuméfient, on sent dans l’épaisseur de la joue un engorgement dur et profond; la peau à ce niveau est tendue, marbrée et, du troisième au sixième jour, apparaît une eschare cutanée. Dans les cas graves la gangrène s’étend peu à peu à tout un coté de la face et même à la peau du cou, les gencives tombent en pulrilage, les dents se déchaussent et vacillent, les maxillaires se nécrosent et le petit malade est emporté, soit par épuisement, soit par une complication : bronchopneumonie, gangrène d’un autre organe, gastro-entérite développée par la déglutition de la salive chargée de débris gangréneux. La terminaison par hémorrhagie est rare, grâce à l’oblitération des petits vaisseaux par thrombose secondaire. Dans les cas favorables, la gangrène suspend sa marche, rélimination et la réparation succèdent à la mortification, et la guérison s’obtient ('27 fois sur 100, Lourdes) au prix d’adhérences vicieuses ou même de fistules persistantes et d’horribles cicatrices.

Rilliet et Barthez, d’autre part, n’auraient vu la guérison survenir que trois fois sur vingt-neuf cas observés. Le pronostic est donc très grave.

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