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DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE

La stéatose est la plus fréquente des dégénérescences de la glande hépatique. On ne doit pas oublier cependant que, même à l’état normal, les cellules du foie contiennent des granulations ou des gouttelettes graisseuses, sans que leur activité physiologique soit entravée, grâce à l’intégrité de leur noyau. La quantité de graisse ainsi contenue dans le foie varie d’ailleurs beaucoup aux différentes

DÉGÉ^ÎÉRESCENCE GRAISSEUSE.

périodes de la vie, voire même aux différentes heures de la journée: pendant la digestion, par exemple, les matières grasses alimentaires s’arrêtent dans le foie et s’accumulent à la périphérie des lobules pour y subir des transformations ultérieures. Les recherches de Tarnier et de Sinéty démontrent que pendant la grossesse et la lactation la graisse s’accumule au centre des lobules hépatiques, et non plus à la périphérie.

Ln somme, il n’y a là qu’une infiltration, qu’une surcharge graisseuse de la cellule hépatique qui ressemble alors à une cellule adipeuse du tissu conjonctif sous-cutané, une grosse gouttelette huileuse ayant repoussé le protoplasma et le noyau à la périphérie. Il n’en est plus de même pour la véritable dégénérescence dans laquelle le pr-otoplasma se transforme en une petite foule de granulations protéiques et graisseuses avec destruction du noyau. Ces deux formes, surcharge graisseuse des cellules hépatiques et dégénérescence graisseuse, doivent être nettement séparées au point de vue de la gravité de la lésion, gravité qui, on le conçoit, n’est pas en rapport direct et absolu avec la quantité de substance adipeuse contenue dans le foie.

Le foie gras est volumineux ; son poids dépasse la moyenne normale d’environ 200 à 300 grammes (Lrerichs) ; le bord tranchant devient mousse et arrondi. La coloration du foie atteint de dégénérescence graisseuse varie de la teinte feuille morte au jaune franc; sa consistance est molle, son élasticité a disparu; l’empreinte des doigts est persistante. A la coupe, le foie paraît exsangue, et il reste un enduit graisseux sur le scalpel : un fragment du foie appuyé sur une feuille de papier donne une tache huileuse.

La dégénérescence graisseuse débute ordinairement dans les cellules delà périphérie du lobule qui présentent seulement comme lésion initiale un état trouble et granuleux, et elle s’étend peu à peu concentriquement jusqu’à la veine centrale. Il est rare que l’état graisseux commence à la partie centrale du lobule; c’est cependant le cas dans les dégénérescences qui dépendent de lésions cardiaques. Le tissu conjonctif interlobulaire ne semble pas participer à la dégénérescence graisseuse .

Le gonflement et l’hypertrophie que subissent les cellules hépatiques n’ont de conséquences fâcheuses ni sur la circulation porte, car on n’observe pas d’ascite, ni sur l’écoulement de la bile. Mais la sécrétion de la bile est modifiée ; dans un ceriain nombre de cas, la bile ne contient pas de pigment (Fellz), sa composition étant normale pour le reste.

MALADIES DU FOIE

La sléatose du foie s’observe fréquemment chez les personnes obèses; la surcharge adipeuse survient chez elles sans causes connues ou par suite d’une alimentation trop copieuse. L’ingestion habituelle des corps gras, de l’huile de foie de morue notamment, amène toujours l’infiltration graisseuse du parenchyme hépatique. Les femmes, ce qu’il faut peut-être rapporter à leur genre de vie plus sédentaire, sont un peu plus sujettes que les hommes à l’obésité et à la stéatose du foie.

L’intoxication alcoolique, soit aiguë (Murchison), soit chronique (Budd, Voisin, Lancereaux, etc.), a une influence des plus manifestes sur la dégénérescence adipeuse du foie. C’est qu’en elîet l’alcool agit directement sur la cellule hépatique, et que, de plus, il diminue les combustions profondes et permet ainsi au foie d’accumuler les particules adipeuses de l’organisme. L’empoisonnement par l’arsenic et surtout l’empoisonnement par le phosphore donnent lieu à une dégénérescence granulo -graisseuse du foie excessivement rapide.

Les affections chroniques à marche comsomptive, la scrofule, le rachitisme, les suppurations prolongées, amènent fréquemment la sléatose de la glande hépatique. La dégénérescence adipeuse est presque constante dans la phthisie pulmonaire (1), ce qui est dû sans doute à l’insuffisance de l’hématose et des combustions respiratoires; cependant dans les autres maladies chroniques des poumons on n’observe jamais un état adipeux du foie aussi accusé (W. Begbie).

La dégénérescence granulo-graisseuse du foie se rencontre dans un grand nombre de maladies aiguës : la fièvre typhoïde (Ghédevergue, Damaschino), la variole (Desnos, Brouardel], la scarlatine, l’érysipèle, la dysenterie; en pareil cas elle est la conséquence directe de V hyperthermie.

Les symptômes de la dégénérescence graisseuse du foie sont à peu près nuis ; aussi la stéatose n’est-elle presque jamais diagnostiquée, mais seulement présumée en tenant compte des données étiologiques; dans quelques cas cependant, la palpation abdominale permet de constater l’augmentation de volume de l’organe et la forme arrondie du bord antérieur,

(1) Niemeyer a fait jouer un grand rôle à cette dégénérescence graisseuse du foie dans la production de la diarrhée des tuberculeux. En gênant la circulation porte, le foie gras entraînerait une augmentation de pression dans le système veineux de l’intestin, qui déterminerait le flux catarrhal.

DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE.

Le traitement variera nécessairement suivant la maladie primitive. C’est surtout à un régime approprié (viandes maigres, poisson, légumes) et à une hygiène bien entendue et favorisant les combustions interstitielles (exercice en plein air, gymnastique) qu’il faudra avoir recours.

Addison. Guy’s Hosp. Rep., t. T, 1836.' — Louis. Rech. sur la phthisie, 1843. — Lere- BOULLET. Sur la nature intime du foie gras. Paris, 1853. — Tarnier. Rech. sur l’état puerpéral et les maladies des femmes en couches, th. de Paris, 1857. — Voisin. Bull, de la Soc. de biol., 18(51. — Chédevergne. De la fièvre typhoïde et de ses manifestations congestives, th. de Paris, 1864. — Damaschino. Stéatose du foie dans la fièvre typhoïde (Soc. anat., 1864). — Fabre. De la dégén. graisseuse dans l’empoisonnement aigu par le phosphore, th. de Paris, 1864. — W. Begbie. Fatty Liver in Reynold’s System of medicine, 1871. — Lancereaux. Atlas d’anat. pathol., 1871.

— De Sinéty. De l'état du foie chez les femelles en lactation, th. de Paris, 1873.

— Ritter. Journ. de l’anat. et de la physiol., 1874. — Parrot. Stéatose du foie (Soc. anat., 1875).

DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE.

Synonymie : Foie lardacé, cireux, colloïde, etc.

La dégénérescence amyloïde du foie, qui s’observe souvent en même temps que la dégénérescence graisseuse, est soumise aux mêmes conditions étiologiques. Rokitansky, le premier, décrivit les caractères essentiels de cette altération du foie à laquelle Virchow donna le nom d'amyloïde, à cause des réactions que la teinture d’iode produit sur le foie ainsi dégénéré. Cette dénomination a prévalu, bien que la matière qui infiltre le foie soit de nature albuminoïde et non de nature amyloïde.

Le foie amyloïde est en général augmenté de volume, peu déformé ; le bord antérieur est cependant arrondi et non tranchant comme à l’état normal. A la surface, au-dessous de la capsule et sur les coupes, on distingue un grand nombre de granulations grisâtres, vitreuses, qui, dans les cas où la dégénérescence est très avancée, occupent une surface au moins égale à celle de la partie saine intermédiaire; ces petits amas de matière amyloïde ont été comparés avec raison à des grains de sagou cuit; cette comparaison est juste surtout pour la rate. A la coupe le foie est dur, résistant, comme lardacé. Si l’on touche la surface de section avec la teinture d’iode, on voit les parties dégénérées devenir d'un rouge intense qui passe au bleu, au violet ou même au verdâtre. Avec le violet de méthylaniline, les points malades se colorent en rouge violet, les parties saines en bleu violet (Cornil).

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