CONGESTION DU REIN
Nous ne décrirons sous ce titre que la congestion passive des reins résultant de troubles circulatoires dans l’organisme. Les hyperhémies actives sont trop intimement liées aux troubles inflammatoires ou au développement des néoplasies pour qu’il soit possible de séparer leur histoire de celle de ces processus.
Étiologie. — La congestion passive du rein s’observe dans tous les cas où la tension augmente d’une façon notable dans la veine cave et dans les veines émulgentes. Ce sont les troubles cardio-pulmonaires qui, le plus souvent, donnent lieu à cette altération du rein {rein cardiaque) analogue à celle que l’on trouve dans le foie muscade. Les lésions d’orifices qui gênent la déplétion du ventricule gauche et diminuent la tension dans le système aortique, les affections pulmonaires qui empêchent l’afflux du sang dans le ventricule droit et augmentent la tension dans le système veineux (emphysème, pleurésie), les maladies du myocarde ou du péricarde qui diminuent la contractilité du muscle, telles sont les cau.ses ordinaires de l’hyperhémie passive du rein. Il faut y ajouter les obstacles mécaniques au cours du sang dans les veines rénales, les tumeurs de l’abdomen, les anévrysmes de l’aorte abdominale et surtout la grossesse. La congestion rénale dépendant de la grossesse se distingue cependant du rein cardiaque par son caractère essentiellement transitoire.
Anatomie pathologique. — Les reins sont généralement augmentés de volume, tuméfies et congestionnés; cependant, lorsque la maladie remonte à une date éloignée, on peut trouver le rein diminué de volume et de consistance plus ferme qu’à l’état normal. Le rein s’énuclée facilement de sa capsule et sa surface apparaît lisse, sans dépressions, avec une coloration grisâtre ou rougeâtre. Sur une coupe la substance corticale est épaissie, d’un gris rouge.
MALADIES DES REINS
et la substance médulaire offre un aspect plus terne et plus pâle, surtout dans les portions environnant les papilles.
Au microscope, les glomérules sont un peu diminués de volume, et il y a une légère prolifération du tissu conjonctif intercanaliculaire, surtout si la congestion est déjà ancienne. Les divisions veineuses les plus fines sont dilatées et variqueuses, ainsi que les canalicules droits. Les cellules épithéliales des tubuli contorti et des autres parties des tubes urinifères sont irrégulières, infiltrées de granulations, de gouttelettes graisseuses ou de pigment, toutes altérations dénotant un trouble nutritif rétrograde analogue à celui que Munk a observé à la suite de la ligature de l’artère rénale. Dans l’intérieur des canaux on trouve parfois des cylindres brillants ou légèrement granuleux, mais ce fait est rare ; il en est de même de la transsudalion des corpuscules sanguins.
Description. — La congestion rénale d’origine cardiaque se traduit surtout par des modifications dans la quantité, la coloration, la densité et la composition de l’urine. Dès qu’une lésion valvulaire cesse d’être compensée, la sécrétion urinaire diminue de quantité, le poids spécifique de l’urine augmente par suite de la plus grande quantité de matériaux solides contenus, et sa coloration devient plus foncée. Ordinairement il se fait un abondant dépôt d’urates colorés en rouge ; l’albumine n’apparaît que tardivement, et sa quantité est en général peu considérable.
Dans la grossesse, la stase rénale donne également lieu à la diminution de la quantité d’urine et à l’apparition de l’albumine avec ou sans cylindres; mais la densité de Turine et sa coloration sont beaucoup moins accrues que dans le rein cardiaque, ce qui tient sans doute à l’état hydrémique qui accompagne toujours la gestation. L’œdème s’observe ordinairement en même temps que l’albuminurie et peut même exister en dehors de celle-ci: il se développe généralement avec lenteur, commence par les membres inférieurs et gagne plus tard les membres supérieurs, les cavités viscérales et la face. L’œdème et l’albuminurie augmentent au moment de l’accouchement. La complication la plus redoutable de l’albuminurie chez les femmes gravides est Y éclampsie, que l’on observe surtout chez les primipares et que l’on a rapportée comme l’urémie, soit à une intoxication due au carbonate d’ammoniaque (Frerichs, Scanzoni), soit à l’œdème et à l’anémie aiguë du cerveau (Traube, Rosenstein).
Diagnostic. Prjnostig. — Le diagnostic éiQ la stase rénale ne
NÉPHRITES AIGUËS.
présente pas en général de difficulté ; il doit s’appuyer sur les notions étiologiques et sur les modifications de l'urine. Les données étiologiques sont surtout delà plus haute importance dans le diagnostic de la congestion simple avec la néphrite épithéliale ^ qui s’accompagne également de diminution de la quantité d’urine, de coloration foncée de ce liquide avec dépôt d’urates et présence d’albumine; l’existence de cjlindres hyalins ou épithéliaux en grand nombre dans le sédiment urinaire doit faire pencher le diagnostic en faveur de la néphrite.
Le pronostic dépend aussi pour une grande part des conditions étiologiques. Lorsque la stase reconnaît pour cause une altération cardio-pulmonaire, son pronostic est grave, les lésions n’ayant aucune tendance à disparaître ni même à s’atténuer. Le pronostic de la stase gravidique, essentiellement temporaire, est au contraire favorable, bien qu’il faille tenir compte de la possibilité des accidents éclamptiques qui surviennent chez un cinquième environ des femmes albuminuriques au moment de la grossesse.
Xe traitement doit viser avant tout la maladie dont la stase rénale n’est qu’un symptôme. On doit surtout s’appliquer à prévenir les troubles de la diurèse par une bonne hygiène, l’administration de purgatifs salins pour diminuer la stase veineuse générale. Lorsque l’albuminurie et l’œdème ont apparu, il faut les combattre par les drastiques, les diurétiques, les bains chauds, le lait, etc.
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NÉPHRITES AIGUES.