NÉPHRITE ÉPITHÉLIALE AIGUE
Sous le nom de néphrite épithéliale on doit comprendre les affections du rein généralement décrites sous les noms de néphrite catarrhale, néphrite albumineuse, néphrite parenchymateuse superficielle ihQCorçhé). On «désigne encore fréquemment la né-
phrite épithéliale, qu’elle soit aiguë ou chronique, par l’appellation de gros rein blanc, gros rein lisse, rein de Bright.
ÉTIOLOGIE. — Le cadre de la néphrite épithéliale, qui comprenait autrefois toutes les affections rénales survenant dans le cours des maladies infectieuses, est restreint de jour en jour par les recherches histologiques. La scarlatine, la variole, la fièvre typhoïde, la pneumonie, l’érysipèle, la diphthérite, le choléra, etc., prédisposent à l’altéraiion des cellules épithéliales des tubes urinifèrcs; mais les néphrites qui sont la suite de ces maladies s’accompagnent toujours d’une infdtration hyperplasique du tissu conjonctif qui pour beaucoup d’auteurs est la lésion primitive (Kelsch). Quoi qu’il en soit, la néphrite éphithéliale aiguë est le plus souvent une néphrite secondaire (Lecorché).
Les poisons qui agissent sur le rein donnent lieu le plus souvent à la dégénérescence graisseuse de l’épithélium (phosphore); quelques-uns cependant provoquent une véritable néphrite épithéliale, par exemple l’acide sulfurique et les sels de mercure; Cornil a montré l’analogie qui existe entre les lésions de l’empoisonnement par la canlharidine et celles de la néphrite albumineuse aiguë.
Une cause assez fréquente de néphrite épithéliale aiguë est l’impression brusque du froid humide. Le fait de Wilks se rapportant à un ivrogne qui, le corps en sueur, se jeta dans la Tamise et qui mourut d’une néphrite aiguë, est aujourd’hui classique. Plus récemment, M. Cornil a rapporté un cas de néphrite albumineuse aiguë dans lequel le malade vit apparaître les premiers accidents après s’être mouillé et refroidi une nuit en rentrant chez lui. Cette influence du froid humide, dont il serait facile de multiplier les exemples, paraît bien démontrée.
Les brûlures étendues du tégument cutané peuvent aussi donner lieu h une albuminurie qui reconnaît pour cause une néphrite épithéliale analogue à celle qu’on trouve chez les animaux vernissés. Récemment l’anasarque et ralbuminurie ont été observées chez un individu qui s’enduisait tout le corps avec un liniment à fessence de pétrole.
Anatomie PATHOLOGIQUE. — A la première période, les reins sont cong''siionnés et augmentés de volume; leur capsule se détache ■ facilement et laisse voir au-dessous d’elle la surface du rein lisse et i comme marbrée. Sur une coupe, la substance corticale, un peu épaissie, offre une coloration gris jaunâtre qui, à un état un peu plus avancé, constitue V anémie inflammatoire de Rayer. Au mi-
NÉPHRITE INTERSTITIELLE AIGUË.
croscope, les tubes urinifères de la substance corticale sont opaques et distendus, les glomérules renferment de petits épanchements sanguins; les tubes sont augmentés de diamètre et renferment des cylindres gélatineux dans lesquels ont pénétré par effraction des globules rouges ou blancs, des noyaux de cellules. On y trouve aussi de petites gouttelettes régulières, plus ou moins claires et brillantes, constituées par une substance de nature protéique et provenant du proloplasma des cellules épithéliales qui, avant l’expulsion de ces petits blocs sphéroïdes et granuleux, font des saillies isolées dans l’intérieur du tube; ces petites masses protéiques n’ont peut-être pas le caractère spécifique que JM. Cornil leur attribue et il semble que leur signification soit beaucoup plus générale.
Lorsque la néphrite succède à l’action brusque du froid humide, le rein est beaucoup plus tuméfié, sa surface est lisse et d’un gris jaunâtre avec quelques points plus opaques disséminés : c’est le type du gros rein blanc. La capsule se détache facilement ; la substance corticale, molle et pâteuse, est très épaissie et contient fort peu de vaisseaux ; la substance médullaire, au contraire, reste absolument intacte. Au microscope on reconnaît que les lésions sont localisées presque exclusivement sur les épithéliums des tubes contournés; les cellules sont augmentées de volume, infiltrées de granulations {tuméfaction trouble) ou de gouttelettes graisseuses. Le tissu conjonctif lui-même est infiltré de fines granulations graisseuses, mais n’offre aucune tendance à l’hyperplasie.
Description. — La néphrite épithéliale aiguë se montre en général d’une façon brusque, et son début est marqué par une sensation de courbature et de douleur vive au niveau des reins, par un état fébrile en général assez intense, des frissons intermittents, de la soif, de l’anorexie, de la céphalalgie, parfois des vomissements, etc. L’anasarque se montre presque immédiatement et atteint des proportions considérables. C’est là le fait le plus habituel; mais il est loin d’être constant, et bien des observateurs ont vu évoluer des néphrites épithéliales aiguës qui ne s’étaient accompagnées d’aucune espèce d’infiltration séreuse. L’infiltration œdémateuse du tissu cellulaire commence par la face, contrairement à ce qui a lieu dans l’anasarque qui est la conséquence des maladies du cœur, l’urine est diminuée de quantité, fortement colorée et renferme une grande quantité d’albumine (1). Dès lors les symptômes sont absolument
(I) Cette grande quantité d’albumine est souvent plus apparente que réelle. M, Lecorché s’est assuré que des urines qui se prenaient en
MALADIES DES- REINS
les mêmes que dans la néphrite épithéliale chronique, et donnent lieu aux mêmes accidents, à la même cachexie, à la même terminaison (voy. plus loin).
La néphrite épithéliale aiguë évolue en quelques mois; elle procède souvent par poussées successives, mais ne diffère de la néphrite épithéliale chronique que par son mode de début et par sa durée : elle peut d’ailleurs passer à l’étal chronique. La terminaison fatale est identique dans les deux cas, et survient soit par insuffisance urinaire et urémie, soit par une complication (érysipèle, pneumonie, péricardite, etc.). La guérison complète est possible et s’observe même dans un grand nombre de faits. En pareil cas, l’appariliond’une polyurie relative doit être considérée comme le signe avant-coureur le plus sûr de ramélioration.
2° NÉPHRITE INTERSTITIELLE AIGUE.
La forme aiguë de la néphrite interstitielle a été confondue pendant longtemps avec la néphrite parenchymateuse, dont elle diffère peu au point de vue des symptômes et des lésions macroscopiques. Traube affirma le premier son existence dans la variole; la même année (1860), Biermer démontra que la néphrite scarlatineuse n’était pas une néphrite parenchymateuse, et plus tard, Klebs décrivit dans cette affection l’inflammation du tissu cellulaire qui enveloppe les glomérules (glomérulüe). Des faits analogues ont été rapportés par Wagner, Coats, Kelsch, etc. , et actuellement la néphrite scarlatineuse est décrite par Charcot comme un processus inflammatoire du tissu conjonctif rénal (1).
masse ne contenaient parfois pas plus de 2 à 3 grammes d’albumine.
Enfin, caractère qui distingue ces urines de celles de la néphrite épithéliale chronique, elles renferment souvent au début une proportion notable d’urée. D’après Lecorché, il faudrait attribuer ce fait important à l’influence de la maladie aiguë primitive, sur laquelle viendrait le plus souvent se greffer la néphrite.
(1) Nous devons dire cependant que, dans son récent Traité d'anatomie jjatliologique, Laboulbène regarde comme parenchymateuse la néphrite du rein scarlatineu.K, de la variole et de la fièvre typhoïde. Dans deux cas de scarlatine, M. Cornil n’a pas trouvé d’infiltration du tissu conjonctif par les cellules embryonnaires {Journal de l'anatomie de Robin, 1879). Enfin Lecorché a rencontré, dans le cours de da pneumonie et de la scarlatine, un certain nombre de néphrites qui étaient franchement parenchymateuses.
NÉPHRITE AIGUE SUPPURÉE.
La néphrite interstitielle aiguë s’observe également dans le choléra (Kelsch), la cliphlhérite, la fièvre typhoïde, l’érysipèle, les oreillons (Lemarchand).
Nous avons vu que Rayer et les auteurs allemands unicisles considéraient la néphrite scarlatineuse comme le premier stade de la néphrite parenchymateuse épithéliale. D’après les recherches de Kelsch, la néphrite scarlatineuse atteint primitivement le tissu conjonctif et se localise dans la substance corticale principalement au pourtour des glomérules, suivant l’opinion de Traube et de Klebs. L’erreur des anciens auteurs s’explique par ce fait que l’aspect du rein est le même que dans la néphrite parenchymateuse.
Anatomie pathologique. — Le rein est augmenté de volume, lisse, sans granulations ni dépressions; la capsule s’enlève facilement et laisse voir la couche corticale, blanchâtre ou jaunâtre, notablement épaissie. Au microscope, le tissu conjonctif est manifestement enflammé : il comprime et dissocie les tubuli et est infiltré d’une foule de globules blancs ou de jeunes cellules provenant d’une prolifération des cellules plasmatiques. La participation de l’épithélium tubulaire est fréquente, cependant il n’était pas notablement altéré dans le cas de Coats. Enfin on distingue parfois à l’œil nu de petites granulations blanchâtres, ressemblant beaucoup à des tubercules et qui sont une agglomération par places des éléments embryonnaires infiltrés entre les tubuli.
Klebs a considéré cette phase comme la première période d’une néphrite interstitielle devant ultérieurement aboutir à la formation d’un tissu scléreux, comme la cirrhose hépatique est précédée d’une phase hypertrophique. Malheureusement l’anatomie du rein scarlatineux n’a pas été poussée plus loin, la guérison étant la règle lorsque le malade n’a pas succombé à la première période.
3° NÉPHRITE AIGUE SUPPURÉE.
La néphrite suppurée est une néphrite aiguë se distinguant des autres formes par sa localisation sur le tissu conjonctif intercanaliculaire, et sa tendance à la formation de foyers purulents plus ou moins nombreux.
Les lésions macroscopiques de la néphrite suppurée sont connues depuis la plus haute antiquité. Hippocrate connaissait les abcès des reins et les avait vus se vider dans le bassinet, le péritoine ou les
MALADIES DES REINS
intestins; Arétée décrivit la forme chronique et la forme aiguë ainsi que les accidents nerveux qui accompagnent Turémie ; Actius, Celse, Paul d’Égine, Baglivi, Fernel, Hoffmann, Sauvages, distinguèrent la néphrite suppurée des autres affections du rein ; Rayer fit voir qu’une partie des néphrites suppurées étaient des pyélites ou des pyélonéphrites, et depuis lors tous les auteurs, Johnson, Rosenstein, Lecorché, ont suivi les descriptions de Rayer.
Étiologie. — La néphrite aiguë suppurée est une maladie de Pâge adulte et de la vieillesse. Les faits qui ont été observés par Billard, Rayer, etc., chez les enfants du premier âge, sont exceptionnels. Le sexe ne semble pas avoir d’influence.
Le traumatisme donne rarement lieu à la formation de pus dans le rein : Aran, Rayer, Howship, en ont cependant rapporté des exemples. Dans un relevé de quarante cas de contusion des reins, Bloch n’a trouvé la suppuration que quatre fois. Les plaies du rein sont habituellement suivies de néphrite suppurative qui s’accompagne alors de périnéphrite.
La néphrite suppurée se produit par contiguïté dans les inflammations du péritoine, du tissu conjonctif périnéphrétique, du psoas, des vertèbres, des côtes. Les abcès du foie peuvent développer une inflammation suppurative dans le rein droit, ceux de la rate dans le rein gauche : ces cas sont peu fréquents.
La néphrite suppurée par continuité est la plus commune : elle succède alors à une inflammation des voies urinaires. La pyélite, surtout la pyéliie calculeuse, lui donne souvent naissance; il en est de même de la cystite, du rétrécissement des uretères, qu’il soit inflammatoire, cicatriciel ou dépendant de tumeurs de voisinage. Les suppurations vésicales provoquent souvent la néphrite aiguë, l’uretère et le bassinet restant indemnes ; dans ce cas, Beckmann et Traube admettent que des spores développées dans la vessie remontent jusqu’aux canalicules urinifères sans provoquer d’inflammation à leur passage dans l’uretère et le bassinet. Les hypertrophies de la prostate, surtout chez les vieillards, les rétrécissements de Vurèthre, un phimosis intense, peuvent également donner lieu aux abcès des reins. Dans tous ces cas, la cause de la néphrite suppurative est la décomposition ammoniacale de l’urine et la production de bactéries dans ce milieu altéré.
Le cathétérisme de l’urèthre donne lieu parfois à la néphrite suppurée sans doute pour la même cause; il est plus difficile d’expliquer le mode de formation des abcès qui surviennent dans le rein
NÉPHRITE AIGUË SUPPÜRÉE.
à la suite d’une blessure du testicule, d’une opération de varicocèle, etc. ; l’inflammation reconnaît sans doute pour cause, dans ces cas, l’obstruction des artérioles du rein par des embolies détachées du foyer éloigné de suppuration {néphrite métastatique).
Les abcès rénaux s’observent assez fréquemment dans les maladies de la moelle épinière qui s’accompagnent de paraplégies : il se produit alors une inertie vésicale qui est suivie de distension des uretères et du bassinet et d’une décomposition ammoniacale de l’urine avec toutes ses conséquences. On a souvent pris l’effet pour la cause et décrit sous le nom de paraplégies réflexes consécutives à la néphrite des myélites accompagnées d’altération des voies urinaires consécutive à la paralysie vésicale.
Anatomie pathologique. — La néphrite suppurée est caractérisée par la formation de foyers purulents, en plus ou moins grand nombre, dans le tissu conjonctif des reins.
Lecorché reconnaît deux stades à la néphrite aiguë suppurée : une période d’hyperhérnie, une période suppurative.
Dans la première, les reins sont volumineux, deux ou trois fois plus gros qu’à l’état normal, leur coloration est brune, leur consistance molle. Sous la capsule, qui est parfois épaissie, les étoiles de Verheyen apparaissent injectées, parfois même on voit de nombreuses petites taches ecchymotiques. A la coupe il s’échappe une notable quantité de sang et il y a peu de différence d’aspect entre les deux substances; la substance corticale est augmentée de volume, infdtrée de sérosité, parsemée de petites taches et de stries hémorrhagiques. La muqueuse des calices et des bassinets est hyperhémiée. Ces lésions n’ont rien de spécial et peuvent se rencontrer dans toutes les néphrites interstitielles.
A la deuxième période, les reins sont inflltrés de pus; celui-ci, le plus souvent est collecté, sous forme de foyers de nombre et de volume très variables. En général ces petits abcès ont le volume d’une noisette, et les portions du parenchyme comprises entre deux foyers sont comprimées et leurs canalicules sont le siège d’altérations épithéliales plus ou moins accentuées.
Les abcès peuvent se terminer de plusieurs façons différentes : quelquefois la poche de l’abcès se rétrécit et son contenu subit une transformation caséeuse ou calcaire. Dans un certain nombre de cas, la suppuration traverse la capsule du rein, s’étend au tissu conjonctif périnéphrétique : il se forme alors des trajets fistuleux par lesquels le pus peut être évacué au dehors à travers les parois