CHAPITRE IX
DES MAIiADIES ORGAMIQUEJii. OU MOSORGAWIES.
Tous les nosographes comprennent dans une même classe les maladies caractérisées par un changement apparent et permanent de la forme et de la texture naturelles des tissus et des organes. En effet, bien que la plupart des maladies aient pour résultat de produire une altération matérielle dans un point de l'économie, comme cette altération transitoire et de courte durée disparaît avec l'épuisement de l'influence morbitique, elle n'occupe point sur la scène morbide une place aussi considérable qu'une altération permanente, d'abord inaperçue et qui bientôt devient le lait principal de la maladie. Ces altérations organicjues, en effet, deviennent cause à leur tour et engendrent des accidents morbides qui tiennent à la fois de leur cause diathésique et de leur état de corps étranger. A côté des phlegmasies, des lièvres, des flux, des hémorrliagies, des pneumatoses, des hydi'opisies, etc., il faut donc conserver la classe des maladies onidiihiiics.
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pour y placer provisoirement encore certaines maladies que caractérise un changement permanent de la structure organique , dues à l'inlluence d'une diatlièse particulière. Ce sont ces maladies auxquelles je donnerai, par abréviation, le nom de nosorganies.
Les anatomistes se révoltent à l'idée de conserver une classe morbide que l'analyse décompose en une multitude de classes différentes, et ils font tous leurs efforts pour y substituer une division des altérations organiques basée sur la nature des éléments anatomiques de chaque produit. Ils proposent d'établir autant de classes morbides qu'il y a de productions accidentelles, et on aurait les hypertrophies, les atrophies, les maladies adipeuses, épithéliales, tuberculeuses, fibro-plastiques, fibreuses, vasculaires érectiles, cancéreuses, chondroïdes, osseuses, etc., etc., dans lesquelles la présence d'éléments de graisse, d'épithélium, de cartilage, de tubercule, de cancer, d'os, etc., nouvellement produits et accumulés dans un tissu, caractériseraient autant de classes différentes. L'idée d'appuyer une classification sur la structure anatomique est bonne, sans doute, mais à la condition d'être acceptée par la clinique; or, ici, la classification des produits d'après leur texture entraîne à un tel morcellement des nosorganies, sans correspondre à une symptomatologie distincte, qu'il n'y a aucun avantage à l'accepter comme base nosographique. La texture ne peut servir qu'à étayer une division secondaire des tissus morbides. Ainsi ferons-nous, et, conservant la classe des nosorganies, nous décrirons successivement les éléments qui la composent, en nous guidant d'après leur configuration anatomique.
Les nosorganies sont caractérisées par la présence permanente d'un changement de texture des organes. Elles résultent évidemment d'une modification vitale des tissus, suivie d'un nouveau mode de nutrition moléculaire, changeant ce qui existe pour le remplacer par une nutrition plus active, moindre ou dénaturée dans les produits qu'elle engendre. Ainsi l'excès ou la diminution de nutrition d'un tissu, la perversion de cette fonction qui produit un tissu nouveau homœomorphe ou un tissu hétéromorpke , c'est-à-dire composé d'éléments anatomiques de formation nouvelle, sont des nosorganies. Au début, elles semblent limitées à l'organe qui en est le point de départ; en effet, bien que la prédisposition générale soit nécessaire à leur production, les tissus ont une vitalité propre distincte de la vitalité générale à cause des centres d'impression qu'ils renferment, et ils peuvent momentanément souffrir dans leur nutrition sans que l'organisme souffre avec eux. A cet égard, quelques nosorganies ressemblent d'assez loin aux maladies locales ; mais, il faut le dire, outie la prédisposition
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nécessaire à leur développement, le plus grand nombre résultent d'une diatlièse latente qui éclate d'abord sur un point circonscrit et souvent se traduit ailleurs par des manifestations multiples. Sans prétendre indiquer la nature de ces diatlièses, qui est parfaitement inconnue, il est évident qu'elles existent, et leurs effets sont là pour attester leur présence. Quand on voit naître, sans causes connues ou sous l'influence d'impressions morbiliques inflammatoires ou autres, des nouveaux tissus qui apparaissent sur plusieurs points à la fois, qui augmentent surplace, envahissent les tissus voisins, se produisent dans les ganglions lymphatiques correspondants, à l'intérieur, dans les poumons, le cerveau, le foie, la rate, etc., et déterminent la mort au milieu d'une cachexie effroyable, on ne peut s'empêcher de voir au-dessus de ces effets matériels une cause supérieure, humorale ou dynamique, à laquelle tous les accidents doivent être attribués. Cette cause, on la désigne sous le nom de cliathèse latente ou apparente, bénigne ou maligne; elle existe au fond de toutes les nosorganies.
Les nosorganies sont très-nombreuses et difficiles à classer. Dans ses recherches d'anatomie pathologique, Laennec les avait divisées comme il suit : l"" altérations de nutrition; 2"" altérations de forme et déposition; o*" altérations de texture, comprenant les tissus analogues ou sans analogues à ceux de l'économie ; 4" les corps étrangers animés. C'est à peu de chose près la division de Dupuytren, de M. Gruveilhier \ et de tous ceux qui ont étudié les maladies organiques; mais elle a peut-être l'mconvénient d'être trop générale. Dans son cours, M. Andral a suivi une marche toute différente, également adoptée par tous les anatomistes micrographes, par Vogel, par Lebert, Charles Robin, etc. Décomposant les tissus d'après les éléments qui s'y trouvent et qui ont une part dans la production des maladies, M. Andral passe d'abord en revue les altérations de quantité, de qualité et de situation des principes médiats, tels que l'azote, le carbone, le fer, le soufre, les sels, etc., que l'on trouve dans les tissus ; puis les altérations de quantité, de qualité et de situation des principes immédiats composant les liquides ou les solides, tels que l'albumine, la fibrine, la caséine, l'urée, la gélatine, la ptyaline, le sucre de lait, l'acide lactique, la cholestérine, etc.; et il s'occupe ensuite des altérations du sang et des liquides émanés du sang, des altérations des solides par la formation d'éléments nouveaux analogues ou sans analogues à ceux de l'économie. Dans ce cadre où rien ne manque, l'au- Icur place tous les faits récemment connus dans la science, en fai-
* Traite lianatomie patJiolofjiquc (jênérale. Pai-is, 1849, t. I, p;ig. 02.
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saut, avec prudence la part des incertitudes qui régnent sur une foule de points à peine ébauchés. Malheureusement, pour i^emplir un pareil cadre, il faudrait que la science fut complète, et ce moment n'est pas encore arrivé.
Tout en profitant de ce magnilique travail, nous n'en suivrons pas les divisions. Il y a dans les nosorganies des phénomènes généraux qui peuvent servir de base à l'étude de tous les faits de détail, en les éclairant d'un jour particulier, et nous rangeons à leur suite toutes les altérations de structure révélées par l'anatomie, en tenant compte des découvertes de la micrologie moderne. Ainsi les nosorganies sont des altérations de nutrition caractérisées par Y aberration^ Yexcès ou la diminution du pouvoir tropliique des tissus et des organes, exemples : les hypertrophies, les atrophies, l'ulcération, le ramollissement et la gangrène; par Yhétérotopie tropliique^ c'est-à-dire par le déplacement de l'acte nutritif qui forme accidentellement une masse de tissu morbide naturel ou homœomorphe dans un endroit oùce tissu n'existe qu'en petite quantité, exemples : la production de tissu connectif, fibreux, épithélial, vasculaire, cartilagineux, fibro-plastique, osseux, etc.; par Y hétéromorphie trophique, c'est-à-dire par la perversion de l'acte nutritif, qui engendre des tissus ou produits nouveaux, de forme nouvelle, sans analogue dans l'organisme; enfin, par le parasitisme animal ou végétal, qui désorganise les tissus. Ainsi, 1° aberration trophique; S"" hétérolopie trophique, 7)** hétéromorphie trophique et parasitisme végétal ou animal : tels sont les faits généraux que l'on trouve dans les nosorganies pour en classer les formes d'après la structure qu'elles offrent à l'observation ordinaire et microscopique.
§ I. — Des nosorganies caractérisées par l'aberration trophique-
Ces nosorganies comprennent les altérations de structure produites par l'excès, la diminution ou la destruction du pouvoir trophique; ce sont l'hyperti'ophie, l'atrophie, leramolUssement, l'ulcération et la gangrène.
1^ DE l'iiyperthophie.
L'hypertrophie (de O/rio, au-dessus; rpcf-ri, nourriture), ou exagération du mouvement nutritif normal, est une disposition des tissus et des organes dans la([uelle il y a une augmentation réelle de leur matière organique sans altération de la texture intime.
Klle (h'qiend de l'activité plus grande du mouvement de nutrition moh'îcidaire. In plus grand nombre de molécules organiques se déposent (k\iis les tissus, ce qui produit une notable augmentation de leur volume et de leui' force.
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Tous les tissus et tous les organes, indistinctement, peuvent offrir, d'une manière générale ou
partielle, cette modification du mouvement nutritif qui engendre l'hypertrophie, et ce n'est pas là le point le moins curieux de cette nosorganie. En effet, on comprend qu'un homme fort et robuste , de constitution vigoureuse, présente, avec un gros squelette, des muscles et des organes volumineux et résistants; l'Hercule est un type de la plus forte nature humaine; mais, ce qu'il est moins facile de comprendre, c'est la propriété isoléii
d un tissu ou d un organe de ^^^ ^ ^1^,^^^ cellulaiie : <?, U filaments, mous, fascicules
vivre autrement que les au- "«" élastiques- Z., c, Ubres de Ussu élastique accompa- ^ gnant les iibres lascicules; a, d, «, noyaux lil)ro-plasliques.
très, en assimilant des matériaux qu'ils In'assimilent pas. Pourquoi la langue, le biceps, le jumeau, le cœur, sont-ils isolément affectés d'hypertrophie? personne ne saurait le dire, car ce n'est pas répondre que de rapporter l'hypertrophie à l'exercice ou à l'hypérhémie, conditions aussi favorables à la production do ce phénomène que du phénomène opposé,
Fuj. 8. llypertiopliic des libro-cellules organiques isolées.
i\m est l'atrophie. Jamais on ne dira que chez les athlètes la force musculaire est le résultat de l'hypérhémie générale des muscles, évidemment hypertrophiés chez le plus grand nombre. Chacun l'attribue à cette force première, qui fait les forts et les faibles, véritable force pn'morpliique qui modèle nos organes sur le même type, en faisant autant de variétés que d'individus. Il faut absolument faire de même
pour les hypertrophies partielles. La même force qui modèle les tissus et les organes dans leur ensemble se distribue dans chacun d'eux et
Fig. 'J. Hypertrophie du tissu musculaire de l'estomac, avec des fibres de tissu élastiques.
(Lebert.)
Fig. 10. Hypertrophie de la tunique musculaire de la vessie; A, ensemble des libro-cellules; B, ensemble des mêmes fibro-cellules rendues transparentes par l'acide acétique; C, libro-cellules et noyaux isolés; «, ff, parois des libro-cellules; A, Z», noyaux; c, c, libres élastiques. (Leuert.)
préside à leur nutrition, ou à leur réparation lorsqu'ils sont malades. C'est elle qui, troublée dans sa marche, réagit contre ce qui gêne son exercice naturel, et l'hypertrophie qui en résulte se trouve ainsi localisée à un ou plusieurs tissus voisins, à un système organique
tout entier, selon l'étendue du trouble primitif. Il est bien difficile, comme on le voit, de pénétrer l'obscurité qui couvre la cause première de l'hypertrophie. Mais, à la suite des influences dynamiques dont je viens de parler, il en est d'autres de même nature, ou à peu près, dont la réalité prouve en faveur des précédentes. Parmi elles, on peut citer l'influence héréditaire, l'influence de l'âge, cefle des climats et des localités, les influences morales, l'influence de Talimentation, etc. Il y a, dans certaines famiUes, une disposition très-marquée à l'hypertrophie des muscles, à l'iiypertrophie du cœur, à l'obésité, à l'Iiypertropliie des amygdales, des glandes mammaires, etc. Tant que les organes s'accroissent, leur mouvement nutritif est régulier, sauf le cas de maladie, et on ne voit pas apparailie d'hypertrophie dans le jeune âge : c'est une maladie des adultes et des vieillards.
Dans les |)ays chauds s'observe l'hypertrophie du foie; dans les pays
as
Fig- 11. llypcriropliio des papilles de la peau;
A, coridylome papillaiie du gland grossi trois fois à la lou|)e;
B. papille grossie cinqiKinte fois; «, cellules é|)ideriTii(iucs ; />, /», vaisseaux sanguins.
DES KOSORGANIES.
du Nord, celle du tissu adipeux et des amygdales; dans certaines montagnes, celle de la glande thyroïde, etc.
Une alimentation substantielle, abondante, l'usage du \in, amènent ordinairement l'hypertrophie générale des muscles et du tissu adipeux.
Les influences morales produisent souvent l'hypertrophie du cœur, etc., etc.
Certaines diathèses engendrent l'hypertrophie des os : la syphilis
Fiy. 12. Hyperlrophie partielle dans la glande mammaire; culs-dc-sac glandulaires et cellules épithéliales de l'intérieur; a, fl, enveloppe fibreuse; h, by tissu glandulaire avec les culs-desac terminaux. ^Lebep.t.)
Fig. 13. Hypertrophie de la mamelle; L , culs-de-sac glandulaires avec les cellules épithéliales dans l'intérieur; a, parois des celluk's; b, noyaux avec leurs nucléoles. (LebefiT.)
et la scrofule sont de ce nombre; mais, tandis que l'une accroît la subtance compacte, l'autre agit sur la substance spongieuse des extrémités des os longs.
A ces causes générales, on peut joindre celles qui résultent d'influences locales susceptibles de produire tout d'abord l'hypérhémie générale ou partielle. Ainsi la stimulation répétée d'un solide est fréquemment la cause de son hypertrophie, car ce qui produit un excès d'action amène l'afflux du sang et l'exagération de la nutrition moléculaire.
Les muscles qui sont plus exercés que d'autres se développent au delà de leur vohime normal, exemples : les muscles du mollet chez
Fi(j. 14. Hypertrophie des glandes lymphatiques. Grossissement de six cents fois.
les danseurs; le cœur affecté de palpitations nerveuses; le cœur luttant contre un obstacle à l'un de ses orifices; l'estomac dans le rétrécissement du pylore; la vessie lorsqu'il y a tumeur de la prostate, etc., etc. Il en est ainsi de tous les organes creux qui sont obligés de lutter /p\ constamment pour expulser les matières
qu'ils renferment à travers un obstacle situé à leur orifice.
Les frictions, le massage, qui produisent Fbypérliémie , peuvent aussi déterminer l'hypertrophie de quelques organes.
La suppression des règles , chez les femmes, est assez souvent l'occasion d'une notable hypertrophie du tissu cellulaire et adipeux. C'est, en effet, à l'âge critique que les femmes prennent le plus d'embonpoint; et, dans la vie menstruelle, on a vu l'aménoniiée coïncider avec une polysarcie considérable. Gaultier de Claubry a rapporté l'observation d'une jeune fille dans cet état, qui eut un développement excessif et hideux de la peau du visage d'une partie du système musculaire et de tout le tissu adipeux. Un cas semblable, suivi de mort, a été observé à l'Hôtel-Dieu, dans le service
ifevVrf;'- ^'-^
tl(j. 15. Hypertrophie des glandes lymphatiques ; «, r/, cellules des glandes; h, h, noyaux; c, nucléoles- Quarante diamètres. (Leueut.)
Fiy. 16. Papille hypertrophiée, grossie trois cents -
fois; .1, papille; a, a, cellules épidermiques arrondies; 6', r, cellules épidermiques vues de
prolil, d'apparence lusiroriiie avec leurs noyaux; Fig. 17. Hypertrophie d'une villosité intestinale
y;, cellules é])iderniiques isolée^; a, paroi de la devenue fibro-granuleuse. (^Leuert.)
cellule; /», noyau.
de M. llostan, et l'observation a été publiée dans les journaux de médecine ^
11 est une dernière cause locale d'hypertrophie dont l'influence a été mise en lumière par M. Bouillaud. 11 s'agit de Ihidammation. En
6 Gazelle des HôpilatiJ', 1850.
DES INOSOPxGAMES. TlQl
effet, les phlegmasies des différents tissus et des organes produisent dans leur trame un afflux sanguin qui persiste en partie après la guérison de rinflammation primitive, et qui peut modifier en plus ou en moins l'action du mouvement nutritif. La péricardite et l'endocardite produisent très-souvent l'hypertrophie du cœur; les fréquents érysipèles de la tète ou des jamhes déterminent l'hypertrophie de la peau, et, à la suite des phlegmasies chroniques de la muqueuse digestive, on voit apparaître l'hypertrophie des autres tuniques intestinales.
L'hypertrophie peut se produire dans tous les tissus et dans tous les organes, soit d'une m*anière locale, soit d'une manière générale. Le tissu adipeux, que les anatomistes refusent de considérer comme un tissu, est un de ceux qui sont le plus exposés à se développer outre mesure à toute la surface du corps, ou seulement autour de quelques organes. L'obésité est une inlirmité très-commune, et la polysarcie, exagération de l'obésité, peut être portée au point de déterminer h. mort. Il se forme souvent des dépôts de graisse autour du cœur, dans le mésentère, autour des reins, etc., etc.
Certaines portions du tissu cellulaire [fig. 7 et 8) peuvent acquérir un développement considérable; le tissu sous-muqueux s'épaissit et des fibres nouvelles (fig. 9) s'y développent dans les phlegmasies de l'intestin, de l'estomac, du côlon et de la vessie [fig. 10). Il en est de même du tissu sous-séreux de la plèvre, du tissu sous-cutané dans les vieux ulcères des jambes, etc., etc.
La peau et les muqueuses offrent différents degrés d'hypertrophie, limitée à l'un ou à l'autre de leurs éléments anatomiques. Elle siège sur les muqueuses, soit dans les villosités [fig. 17), ce qui simule quelquefois le cancer, soit dans les follicules, ce qu'on observe communément dans la diarrhée chronique. Dans la peau, l'hyper tropliie occupe toute son épaisseur et les différentes couches qui la composent, ou une d'entre elles. On a pu constater, ici, l'hypertrophie limitée au derme ; là, l'hypertrophie de l'épiderme dans l'ichthyose ; et, ailleurs, l'hypertrophie des couches situées entre le derme et l'épiderme. C'est ce que M. Andral a vu sur une femme phthisique, morte avec un éléphantiasis de la jambe et un ulcère cicatrisé. A la surface du derme épaissi, les papilles hy[)ertrophiées se présentent sous forme de filaments nombreux semblables à ceux de la langue de quelques oiseaux (fig. 11 et 10) ; au-dessus se trouvait une couche blanche d'apparence fibreuse réticulée formée par l'hypertrophie de la couche épidermique des papilles; puis venait la couche de matière colorante, et audessus un tissu blanc dense résistant formé par l'hypertropliie de la couche cornée.
L'hypertrophie générale du tissu fibreux n'existe pas, mais localement ce tissu peut s'iiypertrophier dans des proportions considérables. Ainsi les éléments fibreux qu'on rencontre dans les tumeurs anciennes et les tumeurs entièrement formées de tissu fibreux sont dus à l'exagération du mouvement nutritif de ce tissu dans les oreanes où Ton observe ces productions morbides. En s'hypertropliiant, il peut restera l'état de tissu fibreux ou se transformer en tissu musculaire, si la vascularité du tissu est très-grande. Il y a dans toutes les tumeurs fibreuses quelques fibres musculeuses appréciables au microscope, et, dans l'utérus en gestation, tout le tissu fibreux de l'organe est métamorphosé en tissu musculaire.
Dans le tissu cartilagineux, l'hypertrophie est ordinairement locale et s'observe dans quelques affections articulaires ou dans les caries vertébrales. M. Gintrac a publié le fait d'une hypertrophie concentrique du cartilage cricoïde, ayant produit l'asphyxie et la mort \
Les os s'hypeitrophient d'une manière locale dans les tumeurs blanches des articulations, dans le mal de Pott, dans certaines exostoses syphditiques, ou d'une manière plus générale dans quelques diathèscs, notamment dans la diathèse syphilitique, où ils peuvent acquérir une densité considérable voisine de l'éburnation. Un fait curieux d'hypertrophie osseuse localisée a été rapporté par M. Gintrac, et la pièce, déposée dans le musée de Bordeaux, est relative à une voûte de crâne ayant acquis trois centimètres et demi d'épaisseur sans que les os aient rien perdu de leur compacité.
Les différentes parties du système nerveux peuvent s'hypertrophier.
Le cerveau est fréquemment le siège de cette altération, qui existe souvent toute seule dans les névroses et chez les épilcptiques. On l'a aussi rencontrée dans la moelle épinière et dans les nerfs de la vie animale et organique. M. Morel a montré à la Société de biologie un névrome énorme du plexus brachial, entouré de nerfs volumineux considérablement hypertrophiés. M. Cliarles Robin a fait une communication analogue relative à l'hypertrophie des ganglions du plexus solaire, devenu plus gros qu'une orange; et on sait que Tiedemann, Snow-lieck et Robert Lee ont fait connaître, dans l'utérus en gestation avancée, au milieu des vaisseaux sanguins et lymphatiques passagèrement hypertrophiés, une énorme quantité de nerfs et de ganglions du grand sympathique, dont l'hypertrophie cesse après l'accouchement par le retour de la matière à l'état normal.
Le véritable type de rhyi)crtropliie est celui du tissu musculaire,
* Mémoire demcdecinc, Bordeaux, 1850, p. 87.
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là OÙ, sans aucune altération de texture, on voit très-netlement le \olume plus considérable d'un muscle formé par l'addition d'un grand nombre de fibres nouvelles. C'est là où l'hypérhémie est le plus fréquente à l'état physiologique et sans complication inflammatoire. L'hypertrophie des muscles peut avoir lieu dans les différentes portions du svstème musculaire de la vie de la relation et de la vie or^anique. On l'observe très-communément dans le deltoïde, le biceps, et les pectoraux, chez les athlètes; plus rarement dans les muscles du mollet, dans le cœur, l'estomac, les intestins, le rectum ; quelquefois dans la vessie, et jusque dans les muscles de la face postérieure des bronches. Il y a un organe dans lequel elle se montre très-souvent et avec des caractères particuliers : c'est l'utérus. Sous l'influence de la vascularité dont cet organe devient le siège dans l'état de gestation, et aussi de la force nouvelle qui l'anime, son tissu fibreux se transforme en tissu musculaire; des fibres se forment en grand nombre, dans une épaisseur considérable, et elles disparaissent après l'accouchement pour revenir à leur état fibreux primitif.
Les glandes sont fréquemment le siège d'un accroissement de volume qui résulte de l'hypertrophie qt donne lieu à des désordres plus ou moins graves. Les parotides, la glande mammaire (fu). 12 et lo), le foie, le poumon, les reins, le corps thyroïde, les glandes sébacées, les amygdales, les glandes lymphatiques, hypertrophiés (/?.(/. 14 et 15), forment des tumeurs qui font souffrir les malades, gênent les fonctions et peuvent amener la mort, si l'intervention efficace de la chirurgie et de la médecine n'a pas lieu à propos.
Les organes creux qui s'hypertrophient ne se dilatent pas toujours en proportion de l'épaisseur de leurs parois. Tantôt leur paroi s'épaissit aux dépens de la cavité qui se rétrécit; et tantôt, au contraire, celle-ci augmente en même temps que les parois augmentent d'étendue sans perdre de leur épaisseur. C'est ce qu'on observe dans les hypertrophies concentriques et excentriques du cœur, dans les hypertrophies des follicules sébacés qui forment des loupes, dans les hydropisies constituées par des kystes du cou ou des ovaires, etc. On sait quel volume peuvent atteindre les hydropisies enkystées de l'ovaire ; et il n'est pas rare de voir à leur surface la trompe ou les ligaments larges hypertrophiés avoir de vingt à quarante centimètres de longueur.
L'hypertrophie se reconnaît à l'augmentation de poids et de volume des organes, qui, d'ailleurs, conservent leur structure normale.
L'hypertrophie peut être aisément confondue avec l'augmcnlalion de volume des organes produite par l'afflux du sang dans leur inté-
B. — I ATIIOL. GÉN. 38
594 DES MALADIES EIS GÉ>iÉRAL.
rieur. C'est une erreur qui est surtout facile à commettre lorsqu'il s'agit des glandes, et principalement des amygdales, de la thyroïde du foie, des reins, etc. Ainsi, dans un cas de maladie du cœur avec cyanose, augmentation considérable du volume du foie et des reins, accompagnée d'albuminurie, j'ai \u la saignée faire rapidement disparaître la congestion de la peau, l'albuminurie, et remettre en place le foie, qui débordait les côtes de quatre centimètres. Les amygdales enflammées se gonflent aisément sans hypertrophie réelle. Dans l'iiypérhémie comme dans l'hypertrophie, il y a augmentation de volume et de poids ; mais, tandis que la première est due à l'inliltration des tissus par des molécules liquides, l'autre résulte de l'addition de nouvelles molécules solides, éléments constitutifs normaux de la partie où s'accroît le mouvement de nutrition moléculaire.
Lorsque l'hypertrophie est peu considérable, elle est difficile à reconnaître; mais, en prenant soin de comparer le volume de l'organe réputé malade au volume, au poids et aux dimensions de l'organe sain, il y a tout lieu de penser qu'on évitera l'erreur.
Dans les organes hypertrophiés, tout s'hypertrophie, même les vaisseaux. Cela est très-marqué dans, les glandes, dont la vascularité est plus considérable et où l'on trouve une dilatation marquée des vaisseaux avec épaississement de leurs parois. J'en ai vu un exemple sur une jeune fille, dont les amygdales hypertrophiées donnèrent lieu, après l'ablation, à une hémorrhagie artérielle considérable, qu'on eut beaucoup de peine à arrêter. Sur le fragment de glande enlevée, l'artériole béante aurait reçu l'extrémité d'une plume de corbeau.
Rien n'est aussi variable que les accidents produits par l'hypertrophie; cela se comprend. Cette nosorganie, occupant des tissus différents et des organes parcnchymateux ou glandulaires chargés de fonctions spéciales, détermine des troubles en rapport avec la nature de l'obstacle qu'elle apporte aux fonctions. Il est impossible d'indiquer ces troubles d'une manière générale, car ils ne présentent rien que de très-particulier; et c'est à la pathologie spéciale qu'il appartient de les faire connaître.
11 est plus aisé de prévenir le développement des hypertrophies que de les arrêter, une fois que le mouvement de nutrition moléculaire des tissus ou des organes dépasse les limites ordinaires. ConuTie d'une manière générale l'hypéihémie précède souvent l'hypertrophie, l'appauvrissement et la soustraction du sang par une alimentation peu léparalrice, et i)ar les déplétions sanguines, sont d'utiles moyens à employer contre cette espèce d'hypertrophie. Certaines hypertrophies glandulaires et musculaires cèdent à ce traitement.
DES >OSORGAMES. o95
Quelques hypertrophies locales ne peuvent être modifiées que par des subtances dont l'action spécifique arrête l'impulsion donnée à la force de nutrition moléculaire. Les exostoses guérissent rapidement par le mercure ou l'iodure de potassium. L'iode flétrit et diminue le \olume des glandes mammaires et du corps thyroïde dans le goitre. Certaines hypertrophies de la rate guérissent par le sulfate de quinine, etc., etc.
Le repos de certains organes hypertrophiés, en suspendant leur fonction, arrête en totalité ou en partie l'accroissement du mouvement nutritif moléculaire. Un muscle en repos pâlit et perd de son volume par la diminution de ses fibres constituantes. Le cœur, atteint d'hypertrophie active sans obstacle aux orifices, se trouve bien lorsqu'on en règle les mouvements par un exercice modéré, en évitant l'accélération des battements que donnent la marche, la course, les émotions vives, les excitants alcooliques, etc. Enfin, dans les cas où les moyens dynamiques restent sans effet, l'intervention de la main peut être utile si les organes ou les tissus hypertrophiés se trouvent à l'extérieur du corps, ou placés de façon à être saisis. Une longue compression peut être employée avec avantage dans l'iiypertrophie partielle de la peau, dans l'hypertrophie de la glande mammaire, etc., etc. On va même souvent jusqu'à recourir à l'usage de l'instrument tranchant dans l'hypertrophie des parotides, des amygdales, des glandes mammaires, du col de l'utérus, etc., etc.
2^ DE l'atrophie.
L'atrophie (de « privatif; roo^c, nourriture) est un aifaiblissement de la force qui préside à la nutrition moléculaire des tissus et des organes. — C'est l'état inverse de l'hypertrophie.
Comme le professe M. Andral, il y a deux degrés dans ratto|;hie. Le premier, caractérisé par la diminution du nombre des moléculf^s constituantes d'un tissu ou d'un organe, forme lliypotropliie ; et l'autre, atrophie proprement dite, est formé par la disparition de ces molécules, l'organe se trouvant réduit à une sorte de trame vasculaire.
L'alrophie est tantôt générale comme (\m\?> la consomption , étendue à tous les tissus ou à tous les organes indistinctement, et tantôt elle est locale et limitée à une partie du corps. — L'affaiblissement des forces nutritives en est la cause, soit par la fièvre continue hectique, soit par un affaiblissement local incompréhensible ou produit par une lésion nerveuse.
L'atrophie est quelquefois la conséquence de faction des forces pré-
morpliiqiies qui veillent au maintien de la forme humaine et qui font disparaître en son temps certains organes transitoires de l'organisation. C'est une sorte d'atrophie physiologique. Ainsi la vésicule ombilicale, la membrane pupillaire du fœtus, s'atrophient et disparaissent dans le cours de la vie utérine ; le thymus, les capsules surrénales, s'effacent peu à peu après la naissance; l'artère et la veine ombilicale, le canal artériel, diminuent sensiblement, etc. Plus lard, d'autres organes s'atrophient par les progrès de l'âge. — Les glandes lymphatiques, si développées chez les enfants, sont à peine visibles chez le vieillard, et il en est souvent de même de l'utérus, de l'ovaire et des testicules ; à cet âge, les poumons se raréfient, leur tissu devient plus spongieux, et les vésicules plus larges communiquent par la destruction de leurs cloisons. — Le cerveau subit la même loi, et, une fois son maximun de développement atteint dans l'âge adulte, il s'atrophie de manière à laisser entre le cerveau et le crâne un vide que remplit une petite quantité de sérosité ordinaire
Hormis ces cas, l'atrophie est une nosorganie dont les causes variables peuvent être appréciées comme il suit :
La diminution du sang dans une partie ou dans un organe entraîne après elle l'affaiblissement du mouvement nutritif moléculaire et l'atrophie. Sur un homme auquel j'ai fait la ligature de l'artère huméraie, r avant-bras et la main perdirent, non-seulement leur force et leur volume, mais encore l'usage de leurs mouvements. Ce sont là des faits assez communs après la hgature des grandes artères. L'atrophie des tissus cliez les vieillards, et principalement la diminution de volume de leur cerveau, est en grande partie sous l'inlluence des concrétions cartilagineuses et osseuses qui rétrécissent le calibre des plus petites artères. Enlin, toutes les fois qu'on trouve un organe atrophié, il y a sinmltanémcnt dans l'artère ou les artères nourricières principales une atrophie correspondante.
Le repos prolongé des organes est souvent une cause d'atrophie. Ainsi les membres maintenus immobiles pour une ankylose perdent leur volume; les yeux longtemps soustraits à l'influence de la lumière, leur excitant naturel, deviennent irritables, s'amoindrissent et s atropliient quebiuelois d'une manière complète. J'en ai vu un exemple sur des [)oissons et des écrevisses venus d'Amérique et présentés à la Société de biologie par M. Ch. Robin. Pris dans l'eau de lacs souterrains au fond de grottes immenses, d'une étendue de plusieurs lieues, dans lesquelles règne une obscurité entière, leurs yeux avaient dispaiu et étaient remplacés pai' un tubercule solide blanchâtre opaiiuc.
\a\ compression des organes qui repousscle sang de leur intérieur
DES NOSORGA?sIES. 597
diminue leur volume et favorise leur atrophie, exemples : la compression des glandes mammaires; la compression du membre inférieur par des jarretières ; celle d'un membre par un ap[)areil de fracture trop serré ou trop longtemps maintenu en place, ce qu'on voit souvent chez des femmes et dans l'enfance; la compression méthodique du pied chez les jeunes Chinois pour donner à cette partie du corps une forme exceptionnelle spéciale, considérée par la mode comme une beauté digne d'envie, etc.
L'inflammation chronique, qui produit assez ordinairement l'hypertrophie, amène quelquefois l'effet contraire , lorsque les vaisseaux atteints se rétrécissent et s'oblitèrent dans une petite étendue. Ainsi l'hépatite et la néphrite albumineuses chroniques, la cardite, produisent l'atrophie du foie, des reins et du cœur. Il en est de môme de certains rhumatismes musculaires, celui du deltoïde, qui occasionne l'atrophie de ce muscle et la paralysie du bras. Les maladies du système nerveux entraînent presque toujours après elles une atrophie plus ou moins considérable des parties correspondantes. Cela est d'autant plus marqué que les sujets sont plus jeunes, à cause de l'accroissement incomplet des membres et des organes. A la suite des paralysies essentielles de l'enfance, des contractures permanentes d'un muscle, il y a toujours, dans les parties paralysées ou contracturées, une atrophie qui devient d'autant plus évidente, que les parties semblables du côté non paralysé se développent avec leur activité naturelle. Chez l'adidte, l'atrophie se montre également dans les parties anciennement atteintes d'hémiplégie et dans les vieilles pai^alysies locales qui tiennent à une altération de structure des nerfs, soit une atrophie, soit un névrome, soit une tumeur du voisinage susceptible de les écraser fortement, soit enfm une tumeur blanche qui les enveloppe et intercepte le passage de l'influx nerveux dans les parties inférieures.
Certaines paralysies spéciales des muscles de la main produites par le plomb ont également le môme effet, et, quand elles datent de loin, le mouvement nutritif de ces parties s'arrôte et on voit l'atrophie se produire.
Il y a une espèce d'atrophie des muscles nouvellement connue par les travaux de MM. Cruvcilhier, Aran, etc., dans laquelle les muscles des mains, des bras, du tronc et des membres inférieurs, perdent progressivement leur volume et leur force motrice. Pour les uns, cette maladie a pour siège le muscle môme et sa nature en est inconmic; pour M. Cruveilhier, au contraire, elle résulte d'une maladie primitive des racines antérieures spinales, ce que plusieurs nécropsies ont démontré.
11 est enfin des atrophies dont la cause a pu être rapportée à des influences générales telles que l'hérédité, l'usage prolongé de l'iode, les affections morales tristes et la dyspepsie, qui produisent avec la force nerveuse une sorte de consomption générale. La fatigue musculaire elle-même, qui épuise la force nerveuse sans lui donner le temps de se reproduire, peut occasionner la paralysie atrophique, et un grand nombre des cas d'atrophie musculaire progressive publiés jusqu'à ce jour peuvent être attribués à cette influence. L'exercice musculaire modéré, comme le travail intellectuel, stimulent et favorisent le développement des muscles et l'élévation delà pensée; mais, dès qu'on dépasse certaines limites, les organes s'épuisent et l'exercice devient alors une cause de paralysie atrophique et de fohe.
L'atrophie peut être générale ou locale : la première porte sur tous les tissus et tous les organes indistinctement, comme on peut le voir dans certains cas de consomption produite par les maladies tuberculeuses et par les affections chroniques de l'appareil digestif; mais le système organique qui est le plus spécialement atteint est le système musculaire.
L'atrophie locale, au contraire, n'occupe qu'un espace circonscrit, dans un tissu ou dans un organe.
Tous les tissus peuvent être affectés d'atrophie. Les muscles de la vie de relation, le cœur, certains tissus membraneux, comme l'estomac et l'intestin; les organes glandulaires, tels que le foie, les reins, la mamelle, le pancréas, les os, les cartilages, etc., le cerveau en masse ou dans une de ses parties, etc., etc. (fig. 18 et 19), peuvent offrir cette diminution d'activité de leur mouvement nutritif moléculaire. Le tissu où l'atrophie se présente avec des caractères fort tranchés est le tissu musculaire ; un liomme ne maigrit que par la diminution du volume des muscles et par la disparition du tissu adipeux.
D'une manière générale, ce sont les organes les plus vasculaires et où le mouvement nutiitif a le plus d'activité qui sont le plus ordinairement le siège de l'atrophie.
Les résultats de cette nosorganie sont : 1*" la diminution de volume des organes, diflicile à connaître lorsqu'elle est peu considérable, et, au contraiic, très-apj)arente si la maladie est avancée; '2'' la dureté des tissus ; ainsi le foie, la rate, les reins, le sommet des poumons atro[)!nés, sont durs, résistants, et ont en partie perdu leur structure normale; 5" la dimiinition de poids, ce qu'il est facile de comprendre par suite de la dimirniCion des molécules constituantes de la partie affectée; 4" la transformation graisseuse plus ou moins caractérisée selon les organes; ainsi la [)lupart des organes atrophiés sont généralement
DES KOSORGA^ilES. 500
altérés dans leur texture, et ils renferment un grand nombre de globules de graisse qu'on n'y découvre pas habituellement. Cela est surtout marqué dans l'atrophie des muscles. Le cœur atrophié est générale-
Fig. 18. Atrophie de l'extrémité inférieure du fémur chez un enfant.
Fiff. 19. Atrophie du cartilage, cauiclcrisé par ragrandissenienl de ses cavités naturelles. ^Lebert.)
ment couvert de graisse, et les fibres des muscles anciennement paralysés pâlissent, perdent leurs stries horizontales, et s'infiltrent de graisse en quantité tellement grande, que l'on finit par ne plus trouver le muscle. C'est ce qu'on désigne sous le nom de dégénérescence graisseuse des muscles paralysés.
Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'arrêter ou de guérir l'atrophie, quand elle a pour siège les glandes et les organes intérieurs; mais, quand il s'agit de certaines atrophies générales ou locales, produites par une maladie qu'on peut guérir, alors on peut recourii' à l'emploi des moyens thérapeutiques suivants, qui ont une grande utilité.
L'alimentation substantielle et réparatrice, le st^jour à la campagne et au soleil, l'exercice modéré, les bains froids, les bains d'eau minérale saline ou sulfureuse, les préparations de fer, les frictions sèches sur le corps, le massage et Télectrisation cutanée, sont des excitants généraux et locaux de la circulation périphérique qui peuvent ranimer
GOO DES MALADIES EN GÉiNÉRAL.
l'activité de la nutrition moléculaire. Ces moyens sont indiqués de préférence dans l'atrophie générale ou locale du système musculaire P indépendante de toute lésion appréciable du système cérébro-nerveux.
O^ DE l'induration.
L'induration est caractérisée par l'augmentation de consistance des tissus, sans autre altération apparente de la texture.
Elle se produit dans les tissus membraneux et parenchymateux, mais elle est plus fréquente dans ceux-ci que dans les autres. On l'observe même dans les os. Les tissus sont durs, résistants, compactes, et ne paraissent pas altérés. Ainsi, dans le sclérème des enfants ou des adultes, la peau endurcie ne paraît pas modifiée dans sa structure. Il en est de même de l'utérus et des muscles indurés, dans la sclérose cérébrale, dans la rate petite et dure des maladies du cœur, etc., etc. Quelquefois la couleur des tissus reste naturelle ; le plus souvent elle est modifiée, et ils se présentent avec une coloration rouge, jaune, noirâtre, ardoisée, etc. Ils sont infiltrés de matière séro-albumineuse amorphe, et ont toujours une vascularité moindre que la vascularité normale.
L'induration superficielle se reconnaît avec la main, mais l'induration profonde échappe souvent à tous nos moyens d'exploration, si ce n'est dans le cas où elle occupe un organe accessible à la percussion, car alors une vitalité plus grande que de coutume peut en faire soupçonner l'existence.
L'induration est tantôt indolente, sans aucun phénomène dynamique de réaction, et tantôt elle est accompagnée d'une sensibilité exagérée ayant pour siège le tissu malade ou les organes voisins comprimés par la masse d'induration.
Quel que soit le tissu affecté, l'induration est ordinairement liée à une phlegmasie chronique, mais il y a de fréquentes exceptions à cette règle. Il arrive souvent à l'exagération du mouvement nutritif de prgduire l'induration des tissus sans intervention de l'état inllammatoire. L'induration du cerveau en est une preuve. Quelquefois aussi les tissus s'endurcissent par suite del'hypérhémie dont ils ont été longtemps le siège; c'est ce qu'on voit dans les maladies du cœur, où la rate acquiert une dureté et une densité si remarquables.
L'induration est souvent confondue avec un certain nombre d'états analomiques qui ont avec elle, pour caractère commun, la dureté des tissus. Ainsi les tumeurs épidermiques des glandes, les infiltrations tuberculeuses, fibro-plaslifpjes et cancéreuses, la compression d'une partie molle, coiume le poumon, par un épanchement de liquide, etc.,
DES iNOSORGAMES. GOl
sont assez souvent considérés par les médecins comme des exemples d'induration. C'est une erreur qu'il faut tacher d'éviter, et, bien que le mot d'induration soit applicable à tous les états anatomiques dont nous venons de parler, il ne doit servir qu'à désigner l'état de dureté des organes dans lesquels il n'y a que de la matière consistante amorphe sans addition d'éléments anatomiques étrangers.
L'induration est un état morbide qui disparaît très-lentem ent des tissus. Souvent même elle persiste toujours, soit en conservant sa forme primitive, soit, au contraire, en changeant de texture et s' infiltrant de matières salines, de pigment, d'éléments fibro-plastiques, etc., etc.
4^ DU R.UIOLLISSEMENT.
Le ramollissement est une nosorganie caractérisée par la diminution de consistance des tissus.
Il n'est pas de soHde qui n'en puisse être le siège; mais on l'observe de préférence dans les os, le cerveau, la rate, et quelques organes d'une importance tout aussi grande. C'est ce qui donne à l'étude du ramollissement un intérêt tout particulier.
Le ramoUissement des tissus et des organes se rattache à un grand nombre de causes assez opposées les unes aux autres. L'inflammation, la gangrène externe, les nosohémies, l'action chimique de certains liquides sécrétés, l'état physiologique, etc., le produisent avec grande facilité. Comme on le voit, ce sont des causes qu'il est impossible d'envisager d'une manière générale, et, si quelques-unes, par exemple, comme l'inflammation, la gangrène externe, les nosohémies, peuvent être englobées sous une influence plus générale, qui est la diminution du mouvement nutritif des tissus ramollis, véritable premier degré de sphacèle, il en est d'autres qui échappent à cette généralisation, l'ostéomalaxie, par exemple, le ramoUissement de l'estomac par le suc gastrique, la perforation de la cornée par l'inanition, etc., etc.
Le ramollissement s'observe à tous les âges, et principalement aux deux extrémités de la vie. Le ramollissement des os est une maladie de l'enfance, et la cérébro-malaxie se rencontre surtout chez les vieillards.
L'inflammation est souvent une cause du ramoUisse ment des organes. Les tissus sont d'abord le siège d'une rougeur intense, duc à l'hypérhémie d'une infdtration séro-tibrineuse, et quelquefois de pus. Ce sont des blessures, des contusions, des substances toxiques irritantes qui ont amené ces phénomènes, car on les observe à la suite des contusions du cerveau, des plaies du poumon, des poisons intro-
602 DES AIAI.ADIES EN GÉNÉRAL.
duits dans Festomac, etc. S'il pouvait y avoir doute sur la nature inflammatoire de ces ramollissements, on pourrait encore invoquer les symptômes observés pendant la vie, qui sont en général ceux de l'état phlegmasique.
La gangrène extérieure, due à un obstacle au cours du sang dans les artères, incrustation cartilagineuse, ligature ou autre, entraîne toujours le ramollissement plus ou moins prononcé des tissus, suivant qu'il se fait une gangrène sèche ou une gangrène humide. Le ramollissement des parties molles sphacélées à la suite d'une ligature d'artère ou dans la gangrène sénile, le ramollissement blanc du cerveau chez les vieillards, dont les artérioles cérébrales sont incrustées da cartilage, en sont la preuve.
Les nosohémies si variables que l'on connaît produisent le ramollissement, tantôt dans un seul tissu, tantôt dans un tissu ou dans un organe différent, selon la nature des modifications de composition du sang. L'altération du sang de la fièvre typhoïde et des fièvres graves occasionne toujours le ramollissement de la rate, moins dans sa trame fibreuse que dans les glandules spl-éniques qui s'y trouvent attachées. Cela est très-marqué dans la fièvre intermittente pernicieuse. Le typhus produit quelquefois le ramollissement du système musculaire, et 31. Gaultier de Claubry a rapporté, dans les Archives de médecine, l'observation d'un jeune élève de l'école polytechnique malade depuis quelques heures, mort avec un ramollissement de tous les muscles dont le tissu se trouvait réduit à Fétat de pulpe rougeâtre et diffluente.
L'altération du sang des scorbutiques produit le ramoUissement des gencives et le ramollissement de la peau, qui se couvre d'ulcérations d'un aspect particuher.
L'altération du sang produite par l'inanition détermine le ramollissement de la cornée, et l'altération du sang chez les rachitiques est le point de départ du ramollissement des os.
Une espèce de ramollissement qui a longtemps été considérée comme la conséquence d'un état morbide, bien qu'on doive l'attribuer à d'autres causes, c'est le ramollissement de l'estomac et des intestins. Jœger, en 1815, et M. Cruveilhier, en 1821 \ ont, les premiers, fait connaître cette altération, en la considérant comme le résultat d'une inflammation spéciale. De nouvelles recherches, et des expériences faciles à vérifier, ont fait voir qu'il n'en était rien et que l'infiammation n'était pas néc(;ssairement la cause de ce ramollissement, que d'autres inlluenccs pouvaient produire. En effet, le ramollissement de-
* Médecine éclairée par Vanaiomic ci la pliysiolo(jic, y. ÔO.
DES :sOSORGAMES. 605
la muqueuse gastrique et intestinale observé dans les nécropsies est souvent le résultat d'une digestion artificielle des membranes opérée sur le cadavre par le suc gastrique et intestinal. Pour cela, il faut que des aliments aient été pris un peu avant la mort.
Les faits d' A dams et de Spallanzani comme les expériences de Camerer en Allemagne, de Carswell et de Carliste en Angleterre, ne laissent aucun doute à cet égard. Ainsi Camerer tue un animal en pleine digestion, et, quelques heures après, l'estomac est ramolli dans le point déclive qui est en contact avec les aliments imprégnés de suc gastrique; ses parois sont molles ou perforées. Carswell et Carliste obtinrent des résultats identiques. Chez nous, M. Andral a signalé le môme phénomène chez des suppliciés de la guillotine, qui sont presque toujours frappés en état de digestion. On le voit journellement dans l'estomac des phthisiques, qui s'éteignent lentement, et quelquefois , comme on sait, au moment où ils viennent de manger.
Camerer a varié ses expériences. Ayant pris dans l'estomac de deux enfants ayant succombé à un ramoUissement gélatiniforme le liquide qui s'y trouvait renfermé, il le porta dans l'estomac d'un homme récemment mort, et, au bout de douze heures, les membranes de l'estomac, ramollies, étaient digérées jusqu'au péritoine. Une autre portion du même liquide fut introduite dans l'estomac de lapins vivants, qu'on tua pour les examiner aussitôt après la mort, et ce viscère n'offrit aucune altération. Porté dans l'estomac d'un lapin mort, il en résulta quelque temps après un ramollissement pultacé considérable.
Il n'y a pas de doute à élever sur la signification des expériences qui précèdent. Le ramollissement et la perforation de l'estomac trouvés dans les nécropsies sont les résultats de la digestion artificielle opérée par le suc gastrique. Telle a été, dans beaucoup de cas, la nature de ramollissements d'estomac, considérés comme des maladies primitives , et, en particulier, du ramollissement pultacé de l'estomac chez les phthisiques, si longuement étudié par M. Louise
Il y a enfin des ramollissements organiques qui sont le résultat de circonstances particulières toutes physiologiques. Ainsi, au temps de la grossesse, pour les besoins de la parturilion, il y a une sorte de ramollissement du cartilage interpubien et des symphyses sacro-iliaques dû à l'iniiltration de sérosité dans ces parties. Ce ramoUissement temporaire cesse dès que les circonstances (jui lui ont donné lieu ont disparu. M rinflammation ni l'action chimique n'interviennent dans sa production. C'est un ramollissement qu'on pourrait appeler physiologique.
* De la phthUie pulmonaire, Paris, 1845, \). 50.
(]04 DES MALADIES E>^ GÉiNÉRAL.
Il en est à peu près de môme du ramollissement de certains organes dans le jeune âge. Le foie, la rate, les os, le cerveau, sont infiniment plus mous chez les enfants que chez l'adulte. On sait combien est grande la flexibilité du tissu osseux dans la première année de la vie, et alors le cerveau est si mou, comparativement à ce qu'il doit être, que, si on le trouvait en cet état chez l'adulte, on le considérerait comme véritablement ramolli.
Une dernière cause de ramollissement est la cessation de l'influx nerveux. On sait que la section de la cinquième paire amène promptement le ramollissement de la cornée et la perte de l'œil.
M. Andral distingue, avec raison, trois degrés dans le ramollissement :
r Le tissu ramolli conserve un apparence presque normale; il est friable et cède à la pression des doigts.
2*" Le tissu, ramolli est devenu méconnaisable, pulpeux et demiliquide. On en voit un exemple dans la membrane muqueuse de l'estomac, et quelquefois dans le cerveau.
o° Le tissu, ayant entièrement perdu toute consistance, se détruit et disparaît pour laisser, à la place qu'occupait l'organe ou le tissu, une cavité comme dans le cerveau ramolli, ou les parties subjacentes dans l'estomac, dont les membranes sont détruites jusqu'au péritoine.
Tous les tissus, tous les organes, sans exception, quel que soit leur degré naturel de cohésion, de vascularité, sont susceptibles de se ramollir. Les membranes muqueuses, la peau, les séreuses, la tunique moyenne des artères, perdent leur consistance dès qu'ils sont enflammés. Tous les parenchymes, particulièrement le cerveau et la rate les os, les cartilages, la cornée transparente, le cœur, les muscles, etc., etc., ont été signalés comme pouvant être le siège d'un ramollissement plus ou moins considérable.
Les ramollissements ont une étendue très-variable, suivant la cause et le degré de résistance des tissus. En général, les organes vasculaires sont beaucoup plus rapidement détruits que les autres. Quand un tissu est ramolli, il peut se faire qu'il soit rempli d'une grande quantité de sang, ce qui lui donne une coloration rouge plus ou moins intense, exemples : l'estomac, le cerveau, la rate, etc.; c'est le ramollissement rouge. Ailleurs, la coloration reste naturelle; mais, quand il y a dans les parties ramollies moins de sang que d'habitude, on a sous les yeux une bouillie blanche, jaune ou verdatre, ce qu'on appelle un ramollissement blanc. La cérébro-malaxie et le ramollissement piiltacé de l'estomac fournissent des excunples de cette altération anatomique.
Les tissus ramollis perdent cm partie leur structure, et le micros-
DES KOSORGAISIES. 605
cope y fait découvrir, au milieu des éléments normaux du tissu, d'autres éléments déchirés, des libres éparses, avec des globules de sang, de pus, de graisse, des granulations moléculaires, des cristaux et de la matière amorphe en quantité variable. Au reste, ces modifications intimes changent suivant l'espèce de ramollissement qu'on étudie. Elles ne sont pas les mômes dans le ramollissement blanc du cerveau que dans le ramollissement d'un muscle ou dans l'ostéomalaxie, et on peut les indiquer d'une manière générale.
Le ramollissement s'accompagne de symptômes variables, en rapport avec l'organe affecté. Dans le cerveau, ce sont des hémiplégies ou des contractures; dans le cœur, c'est la mort par rupture de l'organe; dans les os, c'est l'impossibilité de se mouvoir et la déformation du squelette, etc., etc. Il suffit de mentionner ces faits pour faire comprendre l'impossibilité de pénétrer plus avant dans l'histoire de cette nosorganie, qui, pour chaque appareil, forme la matière d'un chapitre de pathologie spéciale.
5" DE l'ulcératiok.
L'ulcération est un trouble de nutrition qui produit ou entretient des plaies sans tendance à la cicatrisation, par suite de la destruction lente et progressive des molécules organiques d'un tissu.
C'est une mortification moléculaire de la surface et des bords d'une solution de continuité.
L'ulcération se montre souvent dans les plaies simples faites sur des chairs dont la vitalité est mauvaise, ou à la suite d'une inflammation qui se développe au milieu des tissus affaiblis, dont la nutrition est profondément altérée; en d'autres termes, l'ulcération est toujours l'effet d'un trouble de la vitalité générale ou locale des tissus.
On sait, après les belles expériences de Magendie, qu'il suffit de nourrir exclusivement des chiens avec de la gélatine pour les faire périr d'inanition, et, sous l'influence de l'alimentation insuftisante, ces animaux ont, avant de mourir, des ulcérations de la cornée qui n'offrent pas trace d'inllainmation.
Toutes les dia thèses et les maladies virulentes diathésiques amènent aisément des ulcérations spontanées, ou transforment loute plaie en ulcération. Ainsi le scorbutisme engendre les ulcères des gencives et des jambes; d'un abcès le scrofulisme forme un ulcère; la syphilis, la morve et le farcin font de même; et, quant aux troubles de la vitalité locale susceptibles de former des ulcérations, il faut citer les ulcènîs variqueux, indépendants de tout état diathésique et pro(hiils par la présence dans la peau (riiii réseau capillaire veineux assez cou-
6(16 DES MALADIES EN GÉTs'ÉRAL.
sidérable pour troubler la nutrition moléculaire, les ulcères entretenus par des corps étrangers, par une répétition d'irritation, etc., etc.
L'ulcération a pour siège la peau et les membranes muqueuses. Elle est superficielle ou profonde, et, quand elle pénètre dans les tissus par un trajet sinueux plus ou moins étendu, on lui donne le nom d'ulcération listuleuse. Les abcès de la marge de l'anus, les abcès symptomatiques d'une maladie des os, les infiltrations d'urine, donnent lieu à des ulcérations de ce genre.
A la peau l'inflammation simple, celle de l'érysipèle, par exemple, ne produit pas d'ulcération; mais, s'il existe une cause générale spécifique qui modifie la crase des bumeurs, des ulcérations spéciales peuvent prendre naissance. Le scrot'ulisme, le sypliilisme, l'iierpètisme, le cancérisme, le scorbut, y déterminent l'apparition de pustules, de tumeurs et d'abcès dont l'ouverture est ordinairement suivie de plaies qui suppurent sans offrir de tendance à la cicatrisation. On y observe quelquefois des ulcères variqueux produits par le trouble persistant de la circulation veineuse et de la nutrition, des ulcères atoniques produits par une grande faiblesse de constitution. J'ai vu plusieurs fois à l'hôpital, cliez des enfants lymphatiques, affaiblis par de longues maladies, les piqûres de sangsues donner lieu à des ulcères que l'on avait infiniment de peine à guérir.
Les muqueuses sont souvent ulcérées à la surface des cavités dont elles tapissent les parois.
Quelques-unes de ces ulcérations sont spécifiques. On en trouve avec ce caractère dans la bouche, sur les amygdales et dans le pharynx : elles dépendent de la scrofule, de la morve chronique ou de la syphilis. 11 y en a d'autres qui se rattachent à la diphthérie ou à l'irritation permanente des gencives, par de mauvaises dents ou par la sortie de dents nouvelles, surtout si les enfants sont à f hôpital sous l'influence des miasmes qui modifient si rapidement la crase des humeurs, exemples : les aphthes et la stomatite ulcéreuse de l'enfance.
Les ulcérations des membranes muqueuses sont plus ou moins fréquentes dans les (hfférentes parties recouvertes par ces membranes, et elles ont des caractères particuliers, suivant la cause qui leur a donné naissance.
Dans l'estomac, les ulcérations sont rares après la gastrite aiguë; elles sont alors petites, arrondies, très-superficielles, tandis que dans les maladies chronicjues elles sont infiniment plus communes. (]'cst ce qu'on voit dans l'ulcère chronique simple de l'estomac, i)arfaitement décrit pour la première fois par M. Cruveilhier, dans l'épithelioma gastri(jne et dans le cancer du pyloi'e.
DES iNOSORGAMES. 007
Les ulcérations de l'intestin sont également le résultat de maladies aiguës ou chroniques. Rares comme maladie primitive, elles sont plus ordinairement l'effet de l'entérite folliculeuse de la fièvre typhoïde, de l'entérite tuberculeuse, des cancers de l'intestin, de la dysenterie, etc., etc.; celles qu'on trouve dans l'intestin grôle occupent, soit les follicules isolés, soit les follicules agminés, comme dans la fièvre typhoïde, ou bien elles reposent sur des tubercules miliaires sousmuqueux et sur des masses cancéreuses. Dans tous ces cas elles ont une forme et une apparence particulières qu'il est facile de distinguer.
Dans le gros intestin, elles ont également les follicules pour siège et pour point de départ, mais elles peuvent s'étendre beaucoup en largeur et en profondeur. Les ulcérations de la dysenterie ont souvent vingt à trente centimètres, et occupent toute la longueur du colon. Sauf les ulcérations cancéreuses et tuberculeuses, les autres peuvent se cicatriser, mais elles font courir aux malades les dangers d'une perforation et d'une péritonite aiguë mortelle. Cela se comprend. Comme les parois de l'intestin ne sont pas très-épaisses, si les ulcérations sont profondes, elles atteignent le péritoine extérieur et le déchirent facilement s'il n'a pas contracté d'adhérence avec les parties voisines.
La muqueuse des voies respiratoires peut être le siège de nombreuses ulcérations situées dans les différentes parties de son étendue. Dans la muqueuse des fosses nasales, il y a des ulcères scrofuleux, syphiUtiques et morveux : il en est de môme dans le pharynx et dans le larynx; mais ici les ulcérations inflammatoires simples sont rares, et on les observe principalement dans les maladies chroniques, dans le cours des laryngites chroniques simples, comme l'ont démontré MM. Trousseau etBelloc*, dans la laryngite chronique qui accompagne la phthisie pulmonaire tuberculeuse. Ordinairement elles dépendent d'un vice humoral, et surtout de celui qui existe dans la diathèse scrofuleuse ou syphilitique.
Dans la trachée et dans les bronches, les ulcérations simples, idiopathiques,sont aussi rares que dans le larynx. La thèse de M. Fauveren renferme un exemple fort curieux; mais ordinairement ces ulcérations existent en même temps que les tubercules du poumon, suiiout lorsqu'il y a des cavernes et que le muco-pus sécrété irrite constamment la muqueuse bronchique. Ces ulcérations se rattachent évidemment au scrofulisme qui engendre les tubercules.
Dans la muqueuse qui revêt l'intérieur de la vessie, et dans la mu-
* Traité de la phthisie laryngée, Paris, 1837, p. 28. - Thèse sur la bronchite capillaire, |t. 20.
queuse des uretères ou des reins, on a constaté des ulcérations inflammatoires simples, produites naturellement ou par des corps étrangers, et des ulcérations déterminées par des fongus, des cancers, etc.
La muqueuse de Furètre, chez l'homme, celle du vagin et de l'utérus, sont également le siège d'ulcérations inflammatoires ou spécifiques, dans lesquelles la scrofule, et surtout la syphilis, jouent le principal rôle.
L'ulcération peut occuper d'autres membranes que la peau et les muqueuses. On l'observe quelquefois dans les séreuses. Hunter a vu une vive inflammation du péritoine produire l'ulcération de cette membrane ^ C'est par fulcèration de la plèvre que certains empyèmes se vident à l'extérieur en traversant la paroi thoracique, et c'est ainsi que se produisent un certain nombre de perforations de la plèvre pulmonaire, du péritoine hépatique, de la tunique vaginale, etc. On a signalé des ulcérations de l'endocarde, de la membrane interne des artères; mais celles-ci sont rarement primitives et elles dépendent ordinairement d'altérations subjacentes , et principalement de l'ouverture faite par les plaques calcaires et les dépôts athéromateux renfermés dans l'épaisseur des tuniques artérielles.
Les os et les organes parencliymateux eux-mêmes s'ulcèrent comme les surfaces membraneuses. Le poumon creusé par un abcès ouvert à l'extérieur ou dans les bronches, par des hydatides, par des tubercules, parla gangrène, renferme des ulcères plus ou moins étendus d'une cicatrisation lente et difficile. Il en est de même du foie ulcéré par les abcès et les liydatides ouverts à la peau. Le rein s'ulcère assez souvent à la suite de la pyélite, et il se détruit en entier, ne laissant rien autre chose de sa substance que la membrane fibreuse qui l'enveloppe. Dans les os, la carie représente le travail de l'ulcération dans les parties molles. C'est une morlilication moléculaire lente qui détruit le tissu sans lui permettre de se réparer. Partout domine l'influence des causes générales, car ici encore c'est à l'affection scrofuleuse et syphilitique qu'il faut attribuer l'apparition de ces accidents.
Les ulcères ont un aspect, une forme et une étendue variables, suivant leur siège, la nature et l'activité de leur cause première. Chaque diatlièse imprime un cachet spécial aux ulcérations qu'elle engendre, et il est souvent possible de pénétrer d'un seul coup d'œil la cause d'un mal qu'on ne pourra peut-être jamais détruire. Certains ulcères sont acconq)agnés de phénomènes inflammatoires évidents, tels que chaleur, hypérhémie et douleur; mais ordinairement leur surface est
* OEuvres coviplélcs, trad. i>!ir G. Uiclielol, Paris, 1815, t. III, ]). 550.
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indolente et blafarde, grisâtre, leur vitalité est faible et la plaie ne fait aucun progrès, soit en bien, soit en mal. C'est ce qu'on appelle des ulcères atoniques. Au contraire, quelques ulcérations ont une tendance marquée à s'étendre, à creuser d'une façon irrégulière, avec ou sans douleur, et leur surface inégale, bourgeonnée, livide et grisâtre, jette une suppuration de mauvaise nature plus ou moins abondante. On les désigne sous le nom (ïulcères rongeants.
La surface des ulcères jette du séro-pus, de la sanie purulente et du pus de mauvaise qualité, avec ou sans odeur. Elle est en général couverte de granulations charnues, rougeàtres, grises, quelquefois tapissées d'une espèce de fausse membrane plus ou moins épaisse, générale ou partielle. On y trouve des végétations cryptogamiques irrégulières. Elle repose sur des parties saines, ou plus ordinairement sur des tissus blanchâtres indurés, ou sur des productions accidentelles, cancéreuses ou autres. Leurs bords sont tantôt saillants, épais, durs, taillés à pic, d'un rouge noirâtre, et tantôt minces, assez régulièrement arrondis, d'une couleur semblable à celle du fond de l'ulcère. Ce sont là des choses essentiellement variables et qu'on ne peut que signaler d'une manière générale, sans faire d'application particulière.
Selon leur nature et l'état général des individus affectés, ces ulcères restent en permanence sans faire beaucoup de progrès, et ils peuvent exister indéliniment. Mais, lorsque le vice constitutionnel et les causes d'irritation locale qui entretiennent la suppuration ont disparu, la réparation des tissus commence et la cicatrisation s'accomplit. Les granulations charnues s'affaissent, perdent leur vascularité et acquièrent une densité plus grande ; elles séparent moins de liquide de la masse du sang ; elles forment moins de pus et se couvrent d'un épithélium plus ou moins résistant, qui, du centre à la circonférence, finit par couvrir la surface ulcérée. Alors le tissu au milieu duquel s'est faite l'ulcération se reproduit lentement sous cette membrane protectrice; des séreuses delà peau, une membrane muqueuse, se reproduisent. Il n'en est pas de môme dans les ulcérations des parenchymes, là où l'excavation produite se comble par rapprochement des parois du foyer, en laissant au centre un noyau cellulo-fibreuxplusou moins considérable, exemple : la cicatrisation des abcès du poumon. Dans les os, le mode de réparation participe des deux autres. Lorsque la carie est arrêtée, et que par l'ulcération listuleuse les derniers débris de l'os dissocié ont été rejetés au dehors, un os nouveau, formé à l'entourdu premier aux dépens du périoste, s'organise ï)his complètement et remplace celui que la mortilication moléculaire avait détruit.