CHAPITRE VIII
Un a signalé dans les temps anciens de la médecine ce que nous appelons aujourd'hui dos pnenmatoses. Mais on ne s'est pas arrêté à
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les décrire. Hippocrate indique çà et là des accidents qui résultent des gaz développés par les aliments ; il parle du météorisme, de l'emphysème ; mais de ces vagues notions à la théorie et à la connaissance des maladies occasionnées par le développement et la rétention des gaz, la distance est immense. Quelques indications, tout aussi insuffisantes, se trouvent dans Galien, dans Paul d'Égine ; et il faut arriver jusqu'à une époque voisine de la nôtre, à la moitié du dix-septième siècle, pour rencontrer des recherches plus approfondies sur la production des gaz dans l'économie. En 1678, Faber, et plus tard Littré, Combalusier ^, essayèrent de démontrer la part que prend le développement des gaz à la production de certains phénomènes morbides. Combalusier est le premier qui ait écrit spécialement sur la matière ; il divise les flatulences en celles qui font irruption au dehors et celles qui sont retenues. Il décrit le météorisme avec soin, et, sauf les théories hasardées de l'auteur, son livre peut être très-utite à consulter. Depuis lors, J. P. Frank, Halle, Nysten, Portai, Piorry, Baumes, Andral, Monneret et Fleury, ont ajouté à ce qu'on savait ; mais personne n'a encore pu fournir à la science ce qui lui manque et ce qu'il serait si important de savoir sur la composition des gaz retenus dans le corps, et sur leurs conditions pathologiques d'origine et de développement.
Les pneumatoses sont des productions anomales ou des rétentions de gaz dans les différentes parties du corps.
Quelques-unes d'entre elles ont été appelées flatulences^ flatuosités ; on en parle sous le nom de maladies venteuses, mais la dénomination de pneumatoses^ plus générale et plus scientifique, est aujourd'hui acceptée.
Ce qui se passe à la peau et sur les muqueuses dans l'état physiologique, sous le rapport de l'exhalation des gaz, montre qu'il y a une perspiration gazeuse normale, dont l'exercice est indispensable au maintien de la vie.
La peau et les muqueuses exhalent des gaz de différentes natures, en quantité variable et inconnue. Il en sort, d'après MM. Gaspard, .lurine, CoUard deMartigny, Cl. Bernard, de l'azote et de l'acide carbonique, dont les proportions varient avec la température et l'alimcnta-
' Pneumalo-pfilholof)ie, 1 7 ïl .
tion: c'est une fonction dont le trouble peut amener la maladie. Dans ses expériences, M. CoUard de Martigny a démontré qu'il sortait plus d'acide carbonique de la peau dans les températures élevées et plus d'azote sous F influence d'une alimentation animale abondante, en même temps qu'il s'échappait moins d'acide carbonique. Au contraire, avec une nourriture moins animale et peu abondante, il s'exhale moins d'azote et plus d'acide carbonique.
La muqueuse aérienne est également le siège d'une exhalation de gaz azote et d'acide carbonique, variable selon la température, l'alimentation, l'âge, le sexe, la maladie, etc. Les expériences de M. Edwards, les analyses dé MM. Regnault et Reiset, celles de M. Coindet, de Genève, de M. Andral, sont très-explicites et fournissent sur quelques points des notions très-intéressantes.
M. Andral a établi que la quantité d'acide carbonique exhalée des voies respiratoires, dans un temps donné, variait suivant l'âge, le sexe, la constitution, etc.
La quantité d'acide carbonique expiré va croissant de l'enfance à trente ans, et en décroissant de cette époque à la fin de la vie; de sorte qu'à quatre-vingts ans, un vieillard n'exhale guère plus d'acide carbonique qu'un enfant de dix ans.
L'homme exhale un peu plus d'acide carbonique que la femme, surtout pendant sa vie menstruelle. Mais, après la ménopause chez la femme, la quantité d'acide carbonique exhalée augmente d'une manière très-notable.
Les hommes de forte constitution exhalent plus d'acide carbonique que les sujets faibles et débiles. Cette quantité augmente aussi dans une proportion notable à la suite de la nourriture très-animalisée, à la suite de l'exercice musculaire, dans l'état de veille comparé au sommeil. Elle est plus forte dans la fièvre et elle diminue au contraire dans la glycosurie, dans le choléra et dans les maladies de l'appareil respiratoire, etc., etc.
Dans les voies digestives, la quantité des gaz qui s'y trouvent est éuorme : l'analyse y découvre de l'air, de l'azote, de l'acide carbonique, de l'hydrogène et de l'hydrogène sulfuré, qui viennent du dehors ou se dégagent des aliments, ou enfin sortent des parois de la mu- (jucuse. — Tout le monde connaît la belle expérience de Girardin*, dans laquelle une anse intestinale, sortie du ventre, comprimée, liée à quehpies centimètres de distance et remise dans l'abdomen, fut i)ieutùt après trouvée distendue parles gaz. C'était le medleur moyen
* lierhcrchcs pliysiol()(ii(ines }iur Ica (lazintestinaua, l^l^t.
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de démontrer l'existence de la perspiration des gaz par les muqueuses.
Le sang lui-même est rempli de gaz en dissolution, et les recherches de Magnus ont démontré qu'il y existe normalement de l'oxygène, de l'azote et de l'acide carbonique, qu'on peut séparer au moyen de procédés particuliers. Ce fait est de la plus haute importance, car il fait pressentir l'origine de certaines pneumatoses, dont on ne peut se rendre compte que par la mise en liberté de ces gaz dans les vaisseaux ou par leur perspiration dans une cavité intérieure sous l'inlluence de causes inconnues. Morgagni, Nysten, Ollivier, ont publié des faits de pneumatose vasculaire ou pneumocardie qui n'ont pas d'autre origine, et il en est de môme des pneumatoses intestinales de l'hystérie.
Puisque dans l'état de santé des gaz dissous dans le sang circulent enfermés dans les vaisseaux et s'échappent, d'après certaines lois physiologiques, par les différentes surfaces muqueuses ou cutanées, on comprend que ce travail puisse être modifié par les impressions morbiUques. La perspiration normale des gaz explique leur perspiration anomale, et la connaissance de l'une sert de base à l'histoire de l'autre.
La pénétration, l'accumulation et la rétention des gaz dans le corps est tantôt le résultat d'une altération de texture des tissus où se trouve le gaz, et tantôt le résultat d'une sorte de fermentation gazeuse de substances solides ou liquides, alimentaires ou autres, introduites dans le corps. Dans quelques circonstances, aucune matière étrangère, aucune altération de texture, n'existent, et la perspiration des gaz est le résultat d'un simple trouble fonctionnel; elle s'accompUt sous l'influence de l'action nerveuse, car c'est principalement chez les hystériques, les hypocondriaques, qu'on rencontre ces pneumatoses.
Il y a des pneumatoses essentielles, qui résultent d'un simple trouble fonctionnel des tissus d'où s'échappent les gaz, exemples : la pneumatose stomacale, la pneumatose de l'intestin, la pneumatose utérine, la pneumatose du sang, etc.; et il y a des pneumatoses sijmptomatiques déterminées par une cause matérielle, appréciable, étrangère ou inhérente à l'organisme. Ces dernières, distinguées d'après la nature de leur cause productrice, sont traumatiques, mécaniques , inllammatoives^ septicémiqnes et fennentiques.
Les pneumatoses traumatiques sont formées par la pénéli'atiou de l'air extérieur dans les tissus, au moyen de plaies ou de ru])ture d'or-
'•aiies remplis de gaz, exemples : Femphysèmc du tissu cellulaire, par blessure de la peau ; le pneumothorax, à la suite d'une plaie pénétrante du poumon; la tympanite péritonéale, par rupture de l'intestin, etc.
Les jmeumatoses inflammatoires sont déterminées par la phlegmasie des parois de certains organes, sans rupture ni perforation des tissus, exemples : le météorisme de l'inflammation du péritoine, de l'entérite, de la dysenterie, etc.
Les pneumatoses septicémiqties sont dues à une altération toxique, miasmatique ou virulente du sang, exemples : le météorisme des fièvres sans ulcération de l'intestin, l'emphysème des maladies pestilentielles et charbonneuses, l'emphysème de la piqûre des insectes et des reptiles venimeux, etc.
Il y a des pneumatoses mécaniques déterminées par obstacle à la circulation ou à la sortie des gaz normalement formés dans le corps, exemples : l'emphysème du tissu cellulaire des nouvelles accouchées, la tympanite par invagination intestinale, l'emphysème pulmonaire, etc.
Il y a enfin des pneumatoses fermentiques causées par la fermentation de certains aliments usuels ou de matières animales en décomposilion, exemples : la pneumatose produite par les haricots, les carottes, l'herbe mouillée chez les ruminants, etc., etc., la physométrie produite par des caillots ou des débris d'un fœtus enfermés dans la cavité utérine, etc.
Les causes de la production et de l'accumulation des gaz sont dynamiques ou mécaniques^ et souvent il y a dans une pneumatose alliance des unes et des autres.
Lors(iue chez les maniaques, les hystériques, les hypocondriaques et dans les lièvres graves, il se fait une pneumatose intestinale ou un emphysème du tissu cellulaire, ce n'est pas le tissu où se trouvent les gaz qui est m.ilade, c'est le système nerveux modifié qui les met en liberté en les faisant sortir du sang où ils sont dissous.
Une hystérique, dans une attaque, est prise de pneumatose intestinale ; son ventre se météorise dans des proportions considérables, et en un instant tout disparaît sans sortie des gaz au dehors. Qu'ya-t-il de plus essentiellement dynamique que ce phénomène? Il faut reconnaître au système nerveux une immense influence sur la direction et la régularité des phénomènes chimiques de la nutrition interstitielle, et là où, sans altération apparente, il est troublé, les fonctions s'altèrent plus ou moins rapidement. Il est difficile de ne pas voir un effet de son intervention dans cette production instantanée de gaz intérieurs
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qui disparaissent brusquement, peu après, par absorption. C^est là un effet dynamique incontestable.
Il en est de même des cas où la pneumatose est le résultat d'une altération du sang ou de la présence d'aliments gazéifiques, car 1er apport de ces conditions différentes à la perspiration gazeuse n'a pas encore été déterminé. Le développement d'emphysème par altération du sang est une lésion vitale profonde liée à un trouble dynamique analogue à celui qui fait subitement descendre le chiffre des globules, ou amène le ramollissement graduel de la fibrine. C'est le résultat d'une disposition morbide générale ; et la preuve, c'est qu'elle règne à l'état d'épidémie. En 1772 et 1189, on a vu, en Italie et en Allemagne, des lièvres épidémiques très-fréquemment accompagnées d'emphysème. Au dire de J. P. Frank, pareil accident se montre dans la dysenterie épidémique des bœufs. Il accompagne souvent la morsure des animaux venimeux, et particulièrement celle du serpent à sonnettes.
La pneumatose du sang, c'est-à-dire la production de gaz dans les vaisseaux, se rattache évidemment à la même influence générale.
Les flatulences causées par les aliments ne sont pas de simples phénomènes chimiques, car elles ne se produisent pas constamment et chez tous les individus; elles n'ont lieu que chez certaines personnes et dans certains cas de phlegmasie intestinale chronique, de sorte que si la nature de l'aliment est pour quelque chose dans le développement des gaz, il y a lieu de croire qu'il est aidé par une influence dynamique. Les choux, les haricots, les pois, certains légumes verts tels que les radis, la salade, produisent souvent la pneumatose intestinale. Le fourrage vert, humide, a le même effet chez les ruminants, et ce phénomène est quelquefois si prononcé, qu'il amènerait la rupture de l'intestin si on ne donnait issue à l'air par la ponction. Cette opération est souvent pratiquée par les vétérinaires.
Beaucoup plus souvent les causes de la pneumatose sont d'un ordre différent, et leur intervention est presque entièrement mécanique.
Certaines altérations de texture de la peau par une fracture comminutive, par des plaies, font pénétrer l'air dans le tissu cellulaire, car, la contraction musculaire aidant et faisant office de pompe aspirante, l'air atmosphérique s'étend à une plus ou moins grande étendue de la surface du corps. Les plaies du voisinage de l'aisselle présentent souvent cette complication, à cause du mouvement des muscles pectoral et trapèze.
Les ulcérations du larynx, de la trachée et du poumon, en conununication avec les parois thoraciques, celles de l'intestin et des cavités
naturellement remplies de gaz, déterminent souvent le passage de l'air inclus dans le tissu cellulaire voisin. J'ai \u l'emphysème de la poitrine produit par une caverne ouverte sous la peau de la poitrine. On cite des emphysèmes du cou produits par l'ulcération du larynx. La rupture de la plèvre est l'origine du pneumo-thorax, comme celle de l'intestin cause la tympanitc peritonéale, etc.
De violents efforts de toux chez des petits enfants, chez des personnes atteintes de coqueluche, l'effort provoqué par une constipation opiniâtre, par le travail de l'accouchement, etc., déterminent la rupture du poumon dans le voisinage des grosses bronches, l'emphysème du tissu cellulaire qui les entoure, et de là l'air s'élance au dehors dans une étendue variable de la surface du corps. Des obstacles dans les voies digestives, un corps étranger, une invagination, la hernie, peuvent produire le météorisme et la rupture des tuniques intestinales. L'inflammation du péritoine paralyse les libres musculaires de l'intestin et les jette dans un état d'inertie qui les met hors d'état de chasser les gaz inclus, de sorte que le viscère se distend moins par augmentation de sa perspiration gazeuse que par son atonie.
Certains mouvements chez les femmes qui ont eu des enfants font entrer de l'air dans le vagin, et il s'en échappe avec bruit lorsque la personne prend une position différente. C'est ce qu'on appelle le rot vaginal^ phénomène essentiellement mécanique.
Des matières animales, des débris de placenta ou de fœtus enfermés dans l'utéi us, du sang dans l'intestin, du pus dans la plèvre ou dans un foyer profond, peuvent être le siège d'une fermentation putride, dont les produits gazeux accumulés dans les cavités du corps donnent lieu aux symptômes de la pneumatose. 11 faut pour cela que par une voie ouverte ou cachée l'air, en si petite quantité que ce soit, ait pu arriver dans le foyer et servir de point de départ à la décomposition des matières ou du liquide qui s'y trouvait. Ainsi se développent certaines })hysométries, quelques tympanites ou pneumo-thorax, dont la cause toute naturelle est quelquefois bien dilïicile à découvrir.
Sous rinfluencc de ces causes, des gaz pénètrent, se développent et s'accumulent dans les cavités séreuses ou muqueuses, et dans le tissu cellulaire. H en résulte, selon le siège du mal, des pneumatoses toutes différentes les unes des autres, tant par leurs caractères physiques que par leurs sytnptùmes.
L'accurnulalion des gaz dans les voies digestives forme la pnenma-
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tose gastro-intestinale , également connue sous le nom de météorisme ou delympanite. Ily aaussi lajjndwmafos^ Jitérine, ou tympanite utérine, ou pliysornétrie ; ]^ pneumatose vaginale ; la pneumatose péritonéale , justement contestée parla plupart des auteurs; le pneumo-ihorax, ou pneumatose de la plèvre; la pneumatose du péricarde et de V arachnoïde, maladies excessivement rares; la pneumatose du poumon, plus connue sous le nom d'emphysème vésiculaire et intervésiculaire; la pneumatose du lissu cellulaire sous-cutané, qui est la plus anciennement décrite et qu'on désigne simplement sous le nom d' emjdujsème ; la pneumatose de l'appareil circulatoire, ou pneumocardie, lorsque l'air entre dans le cœur par les veines dans les opérations ou se développe spontanément dans les vaisseaux; la pneumatose du scrotum ou pneumatoièle^ etc.
Ces maladies sont tellement différentes par leur siège et par les troubles qu'elles font naître dans l'organisme, d'après l'importance de la fonction lésée, qu'il est impossible d'en faire une description générale. Cependant je vais indiquer leurs phénomènes communs, en signalant quelques particularités relatives à chacune d'elles.
Les phénomènes communs à toutes les pneumatoses sont locaux et dépendent des modifications apportées aux organes et aux tissus par la présence des gaz.
S'ils sont accumulés dans des cavités closes, les tissus et les cavités distendues sont gonflés et tuméfiés, dans des proportions variables, exemples : le ventre météorisé peut acquérir le volume de la plus forte hydropisie; l'utérus rempli d'air simule la grossesse; le poumon emphysémateux sort de la poitrine au-dessus des clavicules; l'emphysème du tissu cellulaire ressemble à un anasarque, etc. Tantôt le gontlement est uniforme, et tantôt, au contraire, il se présente sous forme de tumeurs rénitentes, sonores à la percussion comme un tambour, d'où le nom de tympanite qui leur a été donné. La tumeur n'existe guère que dans l'utérus, l'intestin et le tissu cellulaire.
M. Ozanam a signalé le cas fort curieux d'un jeune enfant atteint d'emphysème pulmonaire, et chez lequel la rupture d'une cellule du poumon a permis à l'air de se ghsser dans la gaine celluleuse des bronches et de remonter le long de la trachée jusqu'au cou derrière le larynx, le pharynx et dans les cavités maxillo-zygomatiques, pour former sur chaque joue une tumeur lisse, arrondie, transparente, pouvant s'affaisser et reparaître alternativement.
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Il y a souvent de la douleur. Les gaz renfermés dans l'intestin occasionnent des coliques très-\iolentes, et la pression les augmente beaucoup. 11 en est de même dans la physométrie, dans l'emphysème du tissu cellulaire, etc.
La palpation et la percussion fournissent les signes les plus importants au diagnostic des pneumatoses. Le premier de ces moyens d'exploration est, dans l'emphysème du tissu cellulaire sous-cutané, la source d'un phénomène caractéristique qui ne trompe jamais. 11 produit une crépitation line, plus ou moins multipliée, due au déplacement de l'air sous la peau comprimée par la main. L'autre, pour des cas différents, fournit des signes non moins évidents et non moins certains. Qu'il y ait tumeur, gonflement des parties, ou que l'accumulation des gaz se fasse dans une cavité presque inextensible, comme le thorax, la percussion fait entendre une résonnance toute spéciale, dite tijmpanique , avec ou sans addition de bruit argentin ou de bruit dépôt fêlé. S'il y a des liquides mélangés au gaz, la percussion produit un son différent, désigné par M. Piorry sous le nom de bruit humoriqiie^ et dans ces cas la palpation et la succussion déterminent le gargouillement et le clapotement, phénomènes qu'on observe dans Thydro-pneumothorax et dans la pneumatose gastro-intestinale.
Si les gaz sont formés et accumulés dans des cavités communiquant à l'extérieur, il se joint aux phénomènes précédents un signe particulier, qui est l'expulsion spontanée ou provoquée plus ou moins bruyante des gaz. Un foyer purulent rempli d'air donne passage à du pus mêlé de bulles d'air qui éclatent à l'orilice cutané. L'hydrothorax ouvert à l'extérieur en fait autant. Les gaz de l'intestin et de l'estomac s'écliappent bruyamment par la bouche et par l'anus, ceux du vagin el de l'utérus par la vulve, etc.
VIÏI
L'effet des pneumatoses est de distendre les tissus et les organes affectés au point de les troubler dans leurs fonctions, et d'amener leur rupture ou de nuire aux fonctions des organes voisins. La pneumatose gastro-intestinale distend l'intestin outrer mesure et le fait rompre. Elle refoule le diaphragme jusque sous la quatrième côte et occasionne l'asphyxie, fait assez comnnm dans les lièvres typhoïdes adynamiques. Le pneumothorax comprime le poumon, la pneumocardie déteimine dans le cœur un état de dilatation tel, que le sang n'y peut arriver, ou, s'il y entre, c'est pour se mêler au gaz, faire de l'écume cl arrêter la circulation et la vie Ce sont là des effets mécani-
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ques qui deviennent causes à leur tour et déterminent les plus graves accidents.
L'influence de la pneumatose gastro-intestinale sur la ruptiuT des parois de l'intestin est si commune et si connue, que chez les animaux il est d'usage de prévenir l'accident par une ponction de l'abdomen.
Les phénomènes généraux des pneumatoses ne sont pas trés-marqués et n'offrent rien qui soit susceptible de généralisation, car ils dépendent du fait particulier de la cause du mal et de son siège anatomique. La réaction de l'organisme contre ce désordre est essentiellement variable; elle appartient plus à la maladie principalequ'à l'accumulation gazeuse. Ainsi la fièvre n'accompagne les pneumatoses que dans les cas où elles résultent de maladies organiques, pestilentielles, charbonneuses ou épidémiques; mais, dans les pneumatoses traumatiques, simples, il n'y a pas d'état fébrile. Il y a souvent des malaises, de la douleur, mais qui dépendent de fétat local plus que du retentissement de la pneumatose sur fétat général de l'organisme. Il en est de même des défaillances et des syncopes de la pneumocardie, def adynamie et de f ataxie, qui accompagnent les pneumatoses septicémiques des fièvres, de la peste, du charbon, etc.
Rien n'est variable comme la composition chimique des gaz des pneumatoses. Dans beaucoup de cas il n'y a que de l'air atmosphérique, exemples : la pneumatose vaginale; f emphysème du tissu cellulaire produit par la rupture du poumon dans l'effort; l'emphysème traumatique des plaies.
Ces gaz offrent souvent quelque chose de particulier. Tantôt inodores, tantôt fétides, ils brûlent quelquefois à f approche d'une bougie allumée. Formés d'hydrogène, d'azote, d'oxygène et d'acide carbonique en quantité variable, ils renferment quelquefois de l'hydrogène carboné intlamniable, de l'hydrogène sulfuré facile à distinguer par l'odeur, ou d'autres gaz indéterminés dont l'origine est cependant impossible à méconnaître. Chacun sait que lorsqu'on a respiré assez longtemps le mauvais air des salles de dissection les gaz qui s'échappent de l'intestin ont une odeur cadavérique d'une fétidité particulière.
La composition de ces gaz varie très-évidemment dans chaque espèce de pneumatose, et, pour une pneumatose en particuh(!r, elle
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dilfère encore selon les indhidus et selon la nature du mal. L'emphysème du tissu cellulaire et les pneumatoses gastro-intestinales sont les seules dans lesquelles on ait fait quelques recherches particulières précises sur la composition des gaz accumulés. C'est à MM. Chevreulet Quevenne qu'on doit ces analyses. Dans la pneumatose gastro-intestinale, d'après M. Chevreul, l'estomac renferme de l'oxygène, de l'acide carbonique, de l'hydrogène et de l'azote. L'intestin grêle et le gros intestin ne renferment jamais d'oxygène, et ils ne contiennent que de l'azote, de l'hydrogène et de l'acide carbonique en proportion variable. On trouve avec eux, dans le gros intestin, une petite quantité d'hydrogène carboné et d'hydrogène sulfuré.
Dans un cas d'emphysème du tissu cellulaire, provoqué par une maladie charbonneuse, MM. Quevenne et Gubler ont isolé de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné facilement inflammable . Cette analyse est la seule que je connaisse; mais il est probable que, dans les cas analogues, lorsque le gaz accumulé a pu être allumé à la flamme d'une bougie, sa composition était identique. Toute cette question est à reprendre, et je souhaite qu'elle rencontre un observateur instruit, capable de donner à la science ce qui lui manque sur ce point.
Le développement des pneumatoses n'a rien de régulier; tantôt rapide et accompagné de phénomènes graves, tantôt, au contraire, lent à parcourir ses périodes, il varie un peu suivant la cause et le siège de l'accumulation des gaz. Il y a des pneumatoses mortelles, foudroyantes; ainsi j'ai vu un homme se suicider d'un coup de couteau donné au hasard dans le golfe de la veine jugulaire, parce que l'air s'était introduit dans les veines et avait développé une pneumocardie. Ces faits s'observent assez souvent dans le cours des opérations pratiquées au cou, lorsque le chirurgien a le malheur de blesser une des grosses veines de cette région. Ils se produisent même tout naturellement, car l'on a vu des cas de mort subite par suite de pneumocardie spontanée, dont la cause est inconnue. Pœchlin, Ruysch, Morgagni, Nysten et 011i\ier d'Angers en ont rapporté des exemples, qui heureusement sont excessivement rares.
D'autres pneumatoses, moins graves, se développent subitement et disparaissent de même, exemples: la tympanitede l'hystérie, qui dure à peine le temps de l'attaque convulsivc; la tympanite des hypocondriaques, celle des animaux ruminants qui ont mangé des fourrages mouillés; quelques-unes se dévelo])pent très-vite, mais se prolongent
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au lieu de disparaître ; témoin remphysème des morsures de serpent ou des reptiles venimeux, l'emphysème du tissu cellulaire qui succède à une rupture du poumon, etc.
Ailleurs les pneumatoses se font d'une manière lente et successive. C'est par degrés que s'effectue l'accumulation des gaz de l'intestin, après un obstacle au cours des matières, ou pendant une fièvre typhoïde adynamique, et c'est par degrés aussi que s'établit la physométrie. Au reste, les rétentions gazeuses ont cela de particulier, quand elles se prolongent, qu'elles offrent de fréquentes alternatives d'augmentation ou de diminution dans leur volume. Souvent même elles offrent une rémittence très-marquée.
Les pneumatoses durent plus ou moins longtemps, suivant la cause qui les provoque ou qui les entretient. Les unes, presque instantanées, ont une marche aiguë et disparaissent promptement, soit qu'elles déterminent la mort, soit, au contraire, qu'elles guérissent en se terminant par l'évacuation ou l'absorption des gaz exhalés. Les autres ont une durée plus longue et une marche chronique, elles se terminent également par la mort, si elles compriment des organes importants ou si elles provoquent leur rupture; mais ordinairement les gaz accumulés finissent par disparaître, absorbés à l'intérieur ou évacués au dehors par des ouvertures naturelles et accidentelles.
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On reconnaît aisément les accumulations de gaz dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses. A l'exception de la pneumatose du cœur et des vaisseaux, qui n'a d'autres signes que ceux de la mort subite, les pneumatoses ne peuvent être méconnues. La percussion, la palpation et la succussion les font reconnaître partout où elles existent. La créintation de la peau, la résonnance tijmpanïque d'une partie, le daiioiement à'àxi^ la profondeur des tissus, sont des signes certains et infaillibles des pneumatoses, à quelque région que ce soit, lorsqu'elles sont simples ou associées à une suffusion séreuse abondante.
La seule difficulté que présente le diagnostic des pneumatoses est la connaissance des causes qui peuvent leur donner naissance. Reconnaître qu'une accumulation gazeuse est le résultat de la présence d'aliments flatidents, de la fermentation de substances putrides, de la pénétration de l'air extérieur au dedans, phitùt que la conséquence d'un trouble vital de la perspiration gazeuse des membranes , voilà le point embarrassant du diagnostic; si, dans quelques circonstances, cela
«st possible pour l'emphysème qui se développe dans le charbon, après la morsure d'un serpent, dans la tympanite d'un accès de névrose convulsive, il n'en est pas de même pour la tympanite des fièvres typhoïdes, pour quelques emphysèmes de la peau dont la nature reste inconnue, pour la physométrie non puerpérale, etc. Dans ces cas la cause première du phénomène échappe, et il est impossible, sans recourir à des hypothèses dangereuses, de remonter au delà de la lésion matérielle.
Malgré ces difficultés, on ne saurait apporter trop de soin dans la découverte des causes physiques qui peuvent occasionner les pneumatoses. Enlever un obstacle au cours des matières stercorales, faire disparaître des saburres gastriques ou un débris de fœtus, tels sont les résultats d'un diagnostic exact, et il suffit de mentionner ces faits pour en faire comprendre l'importance.
Le traitement des pneumatoses repose sur la double considération de la nature du mal et de ses effets. Il faut essayer d'obtenir l'absorption des gaz intiltrés ou accumulés par des applications froides, des toniques et la compression quand il est possible de la mettre en usage; mais dans la plupart des cas ces moyens sont insuffisants et ne remédient à rien. L'intervention du médecin doit être plus active, et il doit ^voir pour but de favoriser l'évacuation des gaz accumulés par des •canules mises par les ouvertures naturelles ou par des ponctions pratiquées selon les règles de l'art. Cela n'est pas toujours possible. Les pneumatoses spontanées du tissu cellulaire, dues à une altération réplique du sang, sont généralement inguérissables, car la cause est, dans la plupart des cas, impossible à neutraliser; mais, dans les ac- •cumulations de gaz engendrées par une cause mécanique ou traumalique, l'emphysème du tissu cellulaire, par exemple, des mouchetures laites à la peau et suivies de la succion parla bouche ou d'une applii:alion de ventouses guérissent quelquefois les malades. De jeunes enfants, atteints d'emphysème général consécutif à la rupture d'un 'emphysème pulmonaire, ont été guéris de cette manière. Il en est de même des rétentions gazeuses de la plèvre qui compriment le poumon 'Ct que peut guéiii* la thoracentèse.
Dans les tynq)anites produites par des aliments llatulents, par des matièiessaburialesoii par des obstacles, tels qu'un amas de matières <)u un étiangiement, les vomitifs et les purgatifs, l'opération nécessitée pai' rol)sla(le (|ui élrani^le l'intestin, sont les conditions indispen-
DES NOSORGANIES. TlSo
sables de la guérison. Celles qui résultent, au contraire, d'une atonie de l'intestin peuvent, en cas de danger, être traitées d'une manière différente, et l'introduction dans le côlon d'une grosse sonde flexible de cinquante ou soixante centimètres favorise souvent l'évacuation des gaz intestinaux qui forment le météorisme et disposent à l'asphyxie. En cas d'insuccès, si la mort parait imminente, il n'y a pas à hésiter, il faut faire la ponction de l'abdomen, avec un trocart étroit, plongé dans la partie où l'on voit l'intestin faire saillie au-dessous de la paroi abdominale. Cette opération, si commune en vétérinaire, a été plusieurs fois pratiquée avec succès chez l'homme.
Certaines pneumatoses résultent de la présence de matières animales fermentescibles; c'est ce qu'on voit dans l'utérus après l'accouchement, lorsque du sang ou un débris de placenta s'y trouve renfermé. Le meilleur moyen de faire disparaître le gaz est évidemment d'enlever la cause de son développement, et il faut entreprendre le curage de l'utérus. Comme on le voit, de tous les moyens a opposer aux pneumatoses graves qui, par degrés, peuvent devenir le point de départ de désordres sérieux, les moyens mécaniques chirurgicaux sont les plus efticaces, et c'est à eux qu'il faut avoir recours.