‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 125 sur 212 · DES 3SÉ0PLASMES MORBIDES · texte numérisé non relu

DES 3SÉ0PLASMES MORBIDES

Les phénomènes de la nutrition moléculaire d:ms les tissus organiques sont soumis à une série de troubles dont Fliypertropliie, l'atrophie, l'ulcération, etc., ne sont en quelque sorte que le premier degré. En outre de l'accroissement, de la diminution et de l'anéantissement du mouvement nutritif, il y a d'autres perturbations du pouvoir trophique qui ont pour effet la génération des tissus nouveaux, de néoplasmes ou tissus homéœmorphes ^ o\x hétéromorphes'^ ^ dont la présence anomale au sein de l'organisme entraîne une foule d'accidents morbides particuliers.

Ces altérations de la nutrition sont très-nombreuses, et elles semblent indiquer dans les organes une spécialité de réaction contre les impressions morbides infmiment digne d'intérêt. Ce ne sont pas en effet de simples propriétés de tissus qui sont la cause de ces générations morbides toujours liées à une modification de la manière de sentir des individus et susceptibles d'une extension ou d'une généralisation telles que tout l'organisme en peut être infecté, comme dans les diathèses virulentes ordinaires.

Les néoplasmes des différentes nosorganies sont formés d'éléments nouveaux inorganiques ou organiques^ les uns composés de matières salines, les autres de matières organiques toutes séparées du sang.

A. Des néoplasmes inorganiques.

Les néoplasmes inorganiques dépendent du trouble survenu dans les phénomènes chimiques de la nutrition ; le sang et les liquides

* Tissus homœomorphes. On appelle ainsi des tissus dont les éléments ont une forme semblable à ceux qui existent nonnalcmcnt dans la situation du corps. — Kx. : une tumeur libreuse ou une tumeur épithéliale sont des tumeurs homœomorpbes, parce que la production anomale est composée du tissu fibreux ou épithélial sendjlable au tissu fibreux oïdiniiire.

* Tissus hc'tcromorphes. C()mi)osés d'élémenls dont la forme est nouvelle et inconnue dans les éléments or<janiqu('S ordinaires. — Ex. : le tubercule.

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ciiiariés du sang, iiiodifiés dans leur composition, contiemienl une grande quantité de matières salines qui se déposent dans la Iranne des organes ou au milieu d'anciens néoplasmes organiques. 11 en résnlte des concrétions aussi nombreuses que variées dans leur nature.

On sait, d'après les reclierclies de Collard de 3iartigny, deRegnauld et Reiset, que la respiration des vieillards est moins active et qu'il y a moins de carbone brûlé que chez l'adulte; le carbone reste dans l'organisme et il se dépose dans les tissus, principalement dans les poumons, où il forme cette matière noire disséminée ou ces masses de charbon qu'on observe chez les personnes avancées en âge et dont M. iNatalis Guillot a fait connaître la nature. Ce carbone se sépare dans un état de division excessive, et sa présence amène, avec l'oblitération des vaisseaux voisins, une diminution d'étendue dans la circulation capillaire et dans la surface des voies respiratoires. De semblables dépôts peuvent avoir lieu avant la vieillesse, dans certains cas de maladies des poumons et principalement dans la phthisie tuberculeuse.

Dans la diathèse urique qui caractérise la goutte, le sang et les sueurs, renferment d'après Berzélius, une quantité insolite de matières salines, et c'est là ce qui explique la formation des néoplasmes calcaires ou topJms qu'on rencontre souvent autour des articulations, dans les bgaments et sur les cartilages chez les goutteux. Ces néoplasmes calcaires sont formés d'urate de chaux, d'urate de soude et de phosphate de chaux mêlés à une quantité plus ou moins grande de matière animale.

Dans les liquides émanés du sang, tels que le mucus, l'urine, la bile, la salive, etc., des sels sécrétés en quantité trop grande peuvent se déposer et produire des concrétions qui deviennent souvent le point de départ d'accidents morbides. 11 en est de môme lorsque, dans ces liquides, la proportion de sels étant la môme que dans l'état normal, c'est la quantité d'eau qui est sécrétée en moindre abondance ou lorsque l'eau est résorbée dans un liquide de séciétion trop longtemps inclus dans son réservoir naturel. Ainsi se forment les calculs des reins, remarquables par leurs aspérités en rapport avec la disposition des calices, les calculs de la vessie, des uretères de la prostate et du canal de Warthon, les concrétions du foie et de la vésicule biliaire, etc.

Les concrétions se forment dans la trame de tous les tissus.

On trouve souvent dans le poumon, ordinairement chez les tuberculeux, des masses calcaires blanchâtres, dures, résistantes, ayant pour origine nn tubercule (jui s'est transformé en phosphnte de chaux. Ces concrétions sont plus ou moins volumineuses, et j'en ai vn qui avaient jusqu'à nn centimètre et demi de diamètre

Dans la plèvre, des plaques calcaires se développent quelquefois à la suite d'anciennes pleurésies; M. Parise a rassemblé un grand nombre de ces faits, et j'en ai observé un exemple sur la plèvre costale sousmammaire d'une femme ayant jadis subi l'amputation du sein. On en trouve dans les cartilages du larynx, dans les parois artérielles, dans les tendons, dans les ligaments chez les vieillards, dans le corps de l'utérus, au milieu d'anciens corps fibreux, etc. Les faits de ce genre sont très-nombreux, et j'en ai publié un dans lequel la concrétion calcaire utérine n'avait pas moins de 20 sur 15 centimètres de diamètre.

Les néoplasmes inorganiques se rapprochent beaucoup de certains néoplasmes organiques, avec lesquels il est facile de les confondre. Les dépots de carbone du poumon ressemblent un peu aux dépôts de mélanose, et les concrétions calcaires se rapprochent jusqu'à un certain point des ossitications accidentelles, avec lesquelles on les a confondues jusqu'à ce jour, bien qu'il soit assez facile de les distinguer les unes des autres.

La nature de ces concrétions est très-variable suivant leur origine. Ce sont toujours des sels unis à une plus ou moins grande proportion de matière organique; et, dans les concrétions d'un même réservoir fonnées aux dépens du môme liquide, la composition est encore souvent très-différente. Ainsi, d'après Yauquelin, il y a soixante-douze espèces de calculs urinaires ; ceux que forme la bile sont également très-variés, et il en est de môme des calculs salivaires.

Les concrétions calcaires sont plus ou moins dures, quelquefois très-poreuses et presque toujours formées de substance organique, de graisse, de cristaux, de cholestérine et des phosphates terreux. On n'y trouve point de coipuscules ni de canalicules osseux. Ce sont des pétrifications accidentelles.

B. Des néoplasmes organiques.

Exclusivement composés de matières organiques revotant des formes différent(^s, suivant la structure des tissus et la nature de l'impression inorbilique, les néoplasmes organiques résultent soit de la coagulation de la fibrine du sang hors des vaisseaux, soit d'un trouble de la nutrition moléculaire. Ils se présentent sans forme définie, comme la graisse dans l'obésité, le tissu libro-plastique dans les indurations, répithélium dans l'iclithyose, etc., ou au contraire à l'état de masses circonscrites plus ou moins saillantes formant alors les tumeurs (ju'on voit dans le lipome, le cancroïde, etc. Constitués par des éléments snicblables à ceux qui entrent dans la structure normale du corps, connue ré[)illiélium, le lissu fibreux, etc., ou au contraire d'élé-

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ments de forme différente, comme ceux de la matière tuberculeuse, ils méritent d'être distingués sous ce rapport, et, avecVogel, Andral, Forster, Ch. Robin, Lebcrt, etc., il faut admettre des néoplasmes homœomorphes, et des néoplasmes héléromorphes. C'est une division importante sous le rapport anatomique, et elle doit être conservée, bien qu'elle n'ait pas une grande utilité clinique.

Les néoplasmes organiques vivent de la vie des organes où ils se trouvent, par un échange de matériaux résultant de l'imbibition, ou par leur vascularilé, et par l'organisation dont ils peuvent devenir le siège. Ils changent d'état dans le cours de leur existence, et passent de l'état solide à l'état liquide, ou, plus ordinairement, de l'état liquide à l'état solide tibro-celluleux, et de celui-ci à l'état cartilagineux, osseux ou calcaire. C'est ce qu'on appelle des transformations et des dégénérescences morbides, expression que condamne M. Cruveilhier\ et que les micrologues veulent remplacer par le mot de substitulion morbide. Il est certain qu'en regardant les choses sous la lentille du microscope l'élément calcaire ou osseux d'une tumeur a remplacé l'élément fibreux , et celui-ci l'élément celluleux du blastème, ou liquide primitivement infiltré dans un tissu; il y a donc en réalité substitution d'un élément à un autre ; mais, aux yeux de la raison, c'est la tumeur primitive qui s'est métamorphosée ou transformée par le changement de ses éléments, et le mot de transformation morbide a autant ses raisons d'être que celui qu'on lui oppose.

La formation des néoplasmes organiques offre des phénomènes analogues à ceux de la production des tissus normaux, tels que Schlciden, Schwann, Henle, J. MùUer, Vogel, etc., les ont fait connaître.

Au sein d'une matière liquide, qui n'est ni le sang, ni la lymphe ordinaire, mais un fluide émané du sang, connu sous le nom de blastème (de S/aoTTô;, germe) ou de lymphe plastique, se développent tous les nouveaux tissus morbides. Dans ce blastème il v a de la fibrine, matière spontanément coagulable, susceptible d'organisation rapide, de l'albumine et des sels en quantité variable. Sa nature n'est pas constamment la même, et l'analyse est insuflisante à nous en faire connaître les différences; il est évident qu'au-dessous de l'inlluence diathésique qui préside à sa formation une foice locale inhérente à l'orgnne où le plasma le dépose imprime à ses métamorphoses une direction impossible à nier, puis([ue dans un muscle, dans un nerf, sur les muqueuses et dans la peau divisés, le plasma

* Anatomie pathologique, avec planches, t. I, in-folio, 5" et 0" livraisons.

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s'organise en forme de tissu musculaire, de tissu nerveux et de tissu muqueux ou dermoïde.

Dans le blastème va se développer une cellule ou cytoblaste. Il se développe des granulations, des granules jouissant d'une certaine mobilité naturelle et qui se réunissent pour constituer des corps plus volumineux, arrondis, connus sous le nom de nucléoles et de noyaux, ayant 1/2Ô0'' ou 1/4 "30^ de ligne de diamètre. Quand les noyaux sont formés, ils restent libres et nus, ou bien ils s'entourent d'une membrane qui leur est d'abord immédiatement appliquée, puis s'en éloigne, laissant entre elle et le noyau \m espace rempli de liquide. Alors la cellule est constituée. Elle a 1/lOG'' à l/oOO^ de ligne de diamètre, elle renferme un ou plusieurs noyaux garnis de nucléoles et de granules moléculaires. Spbérique, polygonale, ou irrégulière, selon les tissus qu'elle doit former, elle varie même sous les yeux de l'observateur. Elle éclate quelquefois par suite de segmentation du novau, et il se reforme d'autres novaux et de nouvelles cellules. L'acide acétique lui donne plus de transparence et la dissout, mais n'attaque pas les noyaux. L'ammoniaque et la potasse dissolvent tout à la fois noyaux et cellules. D'après Schwann, c'est cette cellule même dont la transformation ultérieure engendre tous les tissus indistinctement. Un instant cette genèse organique, connue sous le nom de théorie cellulaire, a été considérée comme exacte et applicable au développement de toutes les productions normales et pathologiques; mais, aujourd'hui que de nombreuses exceptions lui sont opposées, il n'est plus possible de l'admettre comme idée absolue. La théorie cellulaire, vraie dans le plus grand nombre de cas, ne les explique pas tous, et, par conséquent, ne saurait être admise.

a. NÉOPLASMES lIOMŒOMOliPIIES.

Presque tous les tissus normaux de l'oiganisme peuvent se produire accidentellement sous l'inlluence pathologi(|ue, mais cette génération n'a lieu que d'aj)rès certaines lois formulées par Vogel et par Lombard.

Ainsi les productions morbides empruntent au tissu d'où elles émanent une partie de sa structure et de ses propriétés, exemples : entre les deux bouts d'un os fracturé, le blastème donne naissance à un tissu osseux cicatriciel; la peau ulcérée sécrète un blastème qui reproduit de la peau, etc.

Les tissus morbides nouveaux (MTipruntent quelquefois leur structure de celle des organes voisins, bien qu'il n'y ait pas entre eux de contiguïté immédiate. Les tissus libreux, cartilagineux et osseux, se

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développent ordinairement dans le tissn muscnlaire ou tibrenx. Le tissu hétéradéniique, décrit par Ch. Robin, se produit au voisinage des glandes isolées; et la mélanose se produit souvent près de l'œil ou dans les poumons, qui renferment normalement de la mélanose. La nature du produit est toujours en rapport avec la nature de la cause qui a engendré le blastème. Ainsi des surfaces qui frottent les unes sur les autres produisent des blastènies appelés à donner naissance au lissu cellulaire à forme séreuse. Un os luxé détermine, là où il se trouve, la formation d'une fausse articulation tapissée d'une membrane séreuse et entourée de tissus iîbreux. Un organe malade rejette au dehors, par un trajet fistuleux, des matières putrides qui sont une cause d'irritation pour les tissus qu'elles traversent, et une pseudo-muqueuse comparable à celle de tous les conduits excréteurs se forme sur les parois de la iistule.

1" De la produclion du tissu cellulaire.

La génération du tissu cellulaire ou conjonctif est très-fréquente, et se fait aux dépens de la fibrine des blaslèmes, car elle n'a pas lieu dans les exsudais séreux qui ne renferment pas de fibrine.

On y trouve des libres de tissu cellulaire proprement dit, des libres élastiques, des éléments fibro-plastiques, des vaisseaux capillaires, ce qui lui permet d'être le siège de l'inflammation, de l'iiémorrhagie et de la gangrène. U se présente sous différentes foinies et à divers degrés de développement parfait ou imparfait, selon la vitalité des tissus au milieu desquels il prend naissance. Son développement est assez rapide. Dans les quatre ou cinq premiers jours, ce sont des cellules et des granulations moléculaires, et il faut attendre un peu plus longtemps pour que les fibres y soient apparentes et bien développées.

Le tissu cellulaire se rencontre dans tous les tissus qui ont été le siège d'une solution de continuité; dans les solides affectés d'atrophie; dans les parties où un frottement a lieu; dans les fausses articulations; dans les parties affectées d'agénésie, dans quelques parties où un liquide épancliè doit être absorbé, exemples : les hémorrhagies du cerveau, à la surface interne des kystes; à la surface des organes couverts de fausses membranes, etc., etc.

'2° De la produclion du tissu adipeux et de la graisse.

Le tissu adipeux se produit dans un grand nombre de circonstances particulières, soit comme hypertrophie du tissu adipeux normal, soit

()|(3 DES MALADIES EN GÉINÉllAL.

à l'état d'intiltratioli dans certains organes qui en sont liabituellemenl

privés.

La f^raisse se dépose en quantité plus ou moins considérable dans le foie chez les plitliisiques, et constitue l'état gras du foie ; on en rencontre également dans les reins affectés de la maladie connue sous le nom de néphrite albumineuse, dans les muscles atropliiés à la suite de paralysies anciennes, dans le cœur et dans la plupart des tissus pathologiques, surtout dans les anciens tubercules. C'est principalement dans le tissu cellulaire sous-cutané, viscéral et intermusculaire, qu'on la voit apparaître, et c'est à sa présence que se rattache V obésité.

Le tissu adipeux se présente aussi à l'état de tumeurs isolées, connues sous le nom de lipomes^ de sleatomes et de cholesteatomes.

IjesUpômes sont arrondis, mobiles et de consistance assez molle ; ils sont formés de graisse jaune, séparée par des interstices celluleux formant de petits lobes et renfermée dans des vésicules transparentes ou cellules adipeuses, que l'éther dissout complètement [fig. 21) et 21).

Les sîéatoines sont plus résistants , bosselés , renfermés dans une capsule cellulo-fdjrcuselardacée, et formés de graisse dure, blanchâtre, semblable à du suif. Les cholesteatomes, enfin, sont également durs , résistants, bosselés ; mais leur intérieur blanc, nacré, brillant, est rempli de graisse mélangée à une énorme quantité de cristaux de cholestérine.

5° De la production du tissu vasculairc.

Il se développe très-souvent des vaisseaux sanguins de nouvelle formation, en même temps que de nouveaux tissus pathologiques, dont ils deviennent j)artic intégrante. On en rencontre dans les blastèmes inflammatoires, dans les fausses mend)ranes, dans les cancers, dans les tumeurs érectiles, etc., etc. Ce sont des capillaires et de véritables vaisseaux veineux et artériels, qui commencent à paiaitre au bout de quatre à cinq jours, et se développent complètement; ou, au conli;iir(\ disparaissent au bout d'un certain temps ])ar l'ohlitération.

F if/. "20. Vcsicules adipeuses isolées avec clos crislaux de margarine îi la surfaire.

Deux d'onlre elles renterincnl du liquide entre la paroi et le contour graisseux.

Flff. 21. Vésicules ailipeuses polyédriques en raison de leur pression réciproque.

(TODD et BOWMAN.I

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Les plus curieux sont ceux qu'on observe dans le cancer encéplialoïde, et dans les fausses membranes de la plèvre ou du péritoine. Ces derniers ont surtout quelque chose de remarquable : attachés, d'une part, aux viscères, et, de l'autre, à la paroi des cavités splanchniques, ils forment des brides vasculaires, dans lesquelles on peut faire circuler le sang par la pression du doigt. J'ai même \u dans le péritoine, entre le foie et l'intestin, des vaisseaux de nouvelle formation qui n'avaient pas moins de quinze centimètres de longueur, et dans lesquels je faisais ainsi cheminer le sang avec le manche de mon scalpel.

On ne connaît pas encore d'une manière bien certaine le mécanisme de la formation de ces vaisseaux, ni le procédé à l'aide duquel ils entrent en communication avec les vaisseaux de la circulation ordinaire ; mais ce dont on ne pourrait douter, c'est l'échange du sang qu'ils renferment avec le sang des artères du corps. Les injections qui pénètrent dans tous ces vaisseaux en sont la preuve.

Les vaisseaux de formation nouvelle ne sont pas susceptibles de constituer à eux seuls les tumeurs érectiles; il faut en même temps qu'dy ait dilatation des vaisseaux ordinaires de la partie affectée. J. L. Petit les a appelées tumeurs variqueuses, et John Bell tumeurs par anastomose. Ces tumeurs, ordinairement congéniales, peuvent rester stationnaires ou se développer par suite d'une ddatation considérable de leurs vaisseaux artériels, ou veineux; ce qui donne lieu à des différences de couleur et de nature fort importantes. Les unes forment des tumeurs érectiles veineuses^ et les autres des tumeurs érectiles artérielles.

On les observe dans le foie, le poumon, le cerveau, dans les os , et, de préférence, dans la peau. Aplaties ou globuleuses, elles sont molles, demi-lluctuantes, rouges; quelquefois pulsatiles, si elles renferment beaucoup de capillaires artériels; et noirâtres, au contraire, quand elles sont formées de capillaires veineux. La moindre écorchure les fait saigner abondamment, et elles peuvent s'accroître au point de compromettre les jours des malades. Souvent elles restent stationnaires, ou disparaissent par suite de l'oblitération spontanée de leurs vaisseaux. Elles se transforment en tissu fdjro-celluleux plus ou moins compacte.

4" De la i)ro(Juclion du lissu iiiufjucux.

On voit souvent, dit-on, le tissu muqueux se produire, pour remplacer une membrane muqueuse détruite pin l'ulcération, ou dans la surface de parties molles baignées par h; pus, dans les abcès anciens et sur les })arois des conduits fistuleu.x, pa^- exemple. Cepeiidaut le

fait a été nié ; et l'on a dit que les tissus produits dans ces conditions n'avaient point les caractères du tissu muqueux ; qu'ils n'avaient ni follicules ni villosités; et que, enfin, c'était du tissu fi bro -cellulaire recouvert d'une couche mince d'épitliélium. C'est une question à décider par des recherches ultérieures.

Le nouveau tissu muqueux a les caractères extérieurs des membranes muqueuses; il est recouvert d'épithélium qui se renouvelle constamment; il suppure; et, quand on examine longtemps, après guérison, la cicatrice d'ulcères de l'intestin produits par la fièvre typhoïde, sauf une certaine coloration brunâtre qui indique la cicatrice, on ne voit pas de différence entre cette partie et les parties voisines. Ce tissu, très-vasculaire, s'entlamme comme les membranes muqueuses elles-mêmes ; il est alors le siège d'un travail particulier qui a même des adhérences avec les parties voisines, et on utilise cette propriété pour déterminer le rapprochement des parois d'un foyer purulent ou d'un trajet fistuleux.

5° De la production du lissu musculaire.

On ne peut mettre en doute la production accidentelle du tissu musculaire. Ainsi, dans l'hypertrophie des muscles et dans l'hypertrophie du cœur, il est évident que le nombre des fibres musculaires de l'organe est considérablement augmenté, et il est impossible de distinguer celles qui sont de date récente. Toutes sont striées, comme dans les faisceaux des muscles de la vie de relation.

Il s'en produit également dans les muscles divisés pour remplacer les faisceaux musculaires détruits; mais, dans ce cas, la cicatrice est ordinairement constituée par du tissu fibreux.

Des fibres musculaires striées ont été quelquefois observées dans les tumeurs fibreuses, mais cela est rare ; et, dans tous les cas, ces fibres sont peu nombreuses.

Au contraire, le tissu musculaire organicpie, dont les fibres sont dépourvues de stries transversales , se produit avec grande facilité dans les hypertro[)hies des muscles de la vie organique, et dans les tumeurs fibreuses, libro-plastiques et cancéreuses, développées à la surface ou dans la profondeur des organes.

G" De la proiluclion accidenlcUe du lissu nerveux.

On ignore presque complètement les conditions favorables à la reproduction du tissu nerveux. Selon toute apparence, sa formation est assez rare. Toutefois, après la destruction de la substance cérébrale

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veuse, il se fait des cicatrices dans lesquelles du tissu nerveux se reet nerproduit, en petite quantité, avec ses principaux caractères.

Les nerfs divisés se réunissent par du tissu nerveux de nouvelle formation, et quelquefois la fonction se rétal)lit. Il en est de même, mais d'une façon moins évidente, sur la moelle épinière d'animaux mis en expérience. Ainsi j'ai \u, à la Société de biologie, M. Brown- Séquard présenter des pigeons sur lesquels on avait, trois mois avant, pratiqué la section complète de la moelle épinière, et chez lesquels la paralysie avait en partie disparu. Les animaux étant sacrifiés, on a pu voir, au milieu d'une cicatrice fibreuse, des tubes nerveux de nouvelle formation mettre en rapport la partie inférieure de la moelle avec sa portion céphalique.

Dans le cerveau et dans les ganglions, cette reproduction de la substance nerveuse est plus rare; et je crois même qu'elle n'a encore jamais été observée.

1° De la pro'luclion du tissu cutano.

Il en est du tissu cutané comme du tissu muqueux. Sa production est rare, incomplète, et sujette à contestation. {Cependant, au milieu des parois de certains kystes, bien décrits par M. Lebert, on trouve des endroits où il existe un chorion fibreux, de l'épiderme, des follicules pileux avec leurs poils, des glandes sébacées et même des glandes sudoripares, des vaisseaux, mais pas de nerfs. I/épiderme est formé d'épithélium pavimenteux, les poils sont petits, glabres, minces, ou très-longs et très-colorés, assez nombreux pour que, séparés du bulbe, ils puissent former ces masses pileuses qu'on rencontre quelquefois dans les tumeurs.

Le tissu cutané se produit pour remplacer une portion de peau détruite, pourvu que la perte de substance n'aille pas jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané. Toutefois, si la solution de continuité intéresse l'épaisseur de la peau, la réparation se fait par une cicatrice fibreuse solide recouverte par une couche mince d'épithélium pavimenteux, mais ce nouveau tissu n'a aucun autre des caractères du tissu cutané.

On a dit que les memliranes muqueuses exposées à l'air se transformaient en tissu cutané. Cela n'est pas exact. Elles durcissent et deviennent plus foncées en couleur; leur épithélium s'épaissit et prend quelques-uns des caractères de l'épiderme, mais il ne se fait pas d'autre transformation.

Certains éléments du derme se développent dans des parties où il n'y en a pas liabituelleinent; ainsi, outre les poils contenus dans les

kystes de nouvelle formation, on rencontre aussi, mais très-rarement, des poils sortant de leur follicule, dans l'estomac, dans l'intestin, à la surface de la conjonctive et dans la \essie. Dans ce dernier organe, ils ont été l'objet d'un très-intéressant travail par M. Uayer.

L'épitliélium pavimenteux se produit très-souvent sous forme de tumeurs ; à la surface intérieure de la membrane fibreuse des kystes à contenu liquide ou solide ; sur les fausses membranes développées dans les séreuses, etc.

Des dents se produisent aussi d'une façon accidentelle, loin de leur siège ordinaire, au milieu de certains kystes particuliers, avec des poils, de la matière grasse dure comme le suif et des fragments osseux plus ou moins considérables. Le nombre de ces dents varie de 1 à 10 et même davantage; on en a trouvé une fois jusqu'à oOl). Ces productions dépendent ordinairement de monstruosités par inclusions; mais, dans quelques cas, elles sont le résultat d'une aberration du mouvement nutritif, ce que M. Lebert a caractérisé par l'èpitbète d'hétérotopie plastique.

8° De la jjioduclion du lissu épiderniique.

L'épiderme et répithélium se produisent avec la plus grande facilité à la suiface des néoplasmes organiques, comme membrane de protection, ou à la surface et dans l'épaisseur des tissus, sous forme de granulations et de tumeurs plus ou moins considérables.

Cette production nouvelle peut être quelquefois la cause d'accidents très-graves et moitels dont la découverte toute récente est due à M. Lebert '.

L'épiderme ([ui se produit en quantité surabondante à la surface de la peau, sur toute l'étendue du corps, lui donne un aspect écailleux, noirâtre, que l'on a comparé à une peau de poisson et qui a reçu le nom (ïichtinjose. Sur un point circonscrit, qui est le siège d'un frottement babitucl, son accumulation donne lieu à des durillons et à des cors ; il s'en dépose aussi à la surface de la cornée, au sommet de certaines verrues, et le développement peut être assez considérable pour former soit des tumeurs, soit des productions étranges semblables à des cornes d'animaux, que l'on observe de temps à autre sur la tète ou sur la peau du corps.

L'épitliélium se produit dans l'intérieur, à la surface de toutes les solutions de continuité recouvertes d'une membrane fibro-cclluleuse,

* Traité (Vanatomic pathologique gcncrale et $.péciah\ l^aris 185G, t. I, infolio.

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sur les parois des kystes et à la surface de toutes les cicatrices muqueuses.

Mais ce qu'il y a de plus curieux dans la génération nouvelle de l'épithélium et de l'épiderme, c'est la forme sous laquelle elle se présente à l'état de granulations et de tumeurs superficielles ou profondes, viscérales ou cutanées, avec ou sans ulcération de la peau.

Un grand nombre de tumeurs cutanées sont formées de matière fibro-celluleuse infdtrée d'une quantité considérable de cellules épidermiques entassées les unes sur les autres, et dont la présence donne à ces productions des caractères particuliers. Souvent confondues

Fif/. 22. éléments dune liimeur épidcrniique de la face dans les couches profondes du derme; «, globes épidermiqucs grossis cinquante fois; b, globes épideiini(iues grossis trois cents l'ois. iLEDEr.ï. )

avec les tumeurs vraiment cancéreuses, elles méritent d'en être séparées, et M. Lebert, qui a fait connaître leur différence anatomique, a consacré leur séparation en leur donnant le nom de tumeurs épitJié- Uales ou de cancroules. On les désigne également sous le nom à'epithélwmas.

D'après M. Lebert, les cancroïdes et les épitliéliomas offrent plusieurs variétés : l^'le cancroïde papillaire, verruqueux, ayant pour oiigine les papilles de la peau; T le cancroïde diffus, souvent ulcéré, produit par l'infiltration épidermique dilfuse des mailles du derme; 7)" le cancroïde folliculaire débutant dans les glandules de la peau et des muqueuses; 4° le cancroïde hétérotopique né dans une partie où il n'y a ni épiderme ni épitliélium, comme dans les os.

Les cancroïdes se présentent à l'état de granulation, de tumeur avec

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OU sans ulcération de la peau. Tantôt les cellules épidermiques sont accumulées superficiellement à la surface des papilles, notablement hypertrophiées, tantôt elles pénètrent profondément à leur base jusque dans les couches profondes du derme et forment des masses dun jaune pâle, granuleux, infiltrées d'une substance blanche opaque non miscible à l'eau comme le pus ou le suc cancéreux. On y trouve souvent de la graisse Ubre, des cellules épidermiques infiltrées de graisse et des corps particuliers, ovoïdes ou sphériques de 1/20 à 1/10 de millimètre formés par un tassement 'concentrique de cellules d'épiderme et qui sont connus sous le nom de globes épidermiques (fig. 20). Cette infiltration s'étend plus ou moins loin autour des parties malades, de sorte qu'après les opérations la récidive sur place est trèsfacile lorsqu'on n'a pas enlevé tout le mal.

Lorsque les cancroïdes sont ulcérés, leur surface est quelquefois recouverte de croûtes, formées d'un mélange d'épiderme, de pus et de matière sébacée, ayant plus ou moins l'apparence de cornes Ordinairement cette surface, couverte d'un détritus de pus et d'épiderme, est couverte d'une couche grisâtre pseudo-membraneuse. M. Lebert y a plusieurs fois observé des vibrions de différentes espèces.

Le cancroïde a généralement pour siège primitif la peau ou les muqueuses ifig. 22, 25 et 24), mais il peut s'étendre aux muscles et aux os situés au-dessous.

On le rencontre aussi dans les glandes lymphatiques voisines, et quelquefois d'une façon exceptionnelle dans les viscères, le poumon, le foie, etc.; pour cela, il faut que la maladie soit devenue infectieuse et diathésique. D'une partie de la peau elle s'est étendue aux ganglions voisins, comme cela s'observe dans les affections virulentes ou putrides, et, delà, portée dans l'organisme, elle détermine çà et là dans les viscères des impressions morbifiques suivies de la génération nouvelle du tissu épithélial. Virchow, Paget, Velpeau, etc., ont publié un certain nombre de faits de ce genre.

Le cancroïde cutané débute souvent sur des verrues qui s'hypertrophient, ou au-dessus de fissures delà surface du derme. D'abord légèrement globuleux, il s'étend en largeur, devient inégal, résistant, et finit |)ar s'ulcérer en donnant lieu à des solutions de continuité caractéristiques, (le sont des ulcères douloureux, longeants ou serj)igincux à base indurée.

Il se développe à peu piès aussi fréquemment chez l'homme que chez la femme, mais il est plus commun à l'âge adulte qu'aux deux extrémités de la vie. On l'observe à la face, sur les lèvres, à la verge, à l'anus, et quelquefois à la surface des membres.

DES ]NOSORGAMES. 623

Bien que cette nosorganie puisse borner ses ravages à un tissu sans envahir les organes voisins ni les viscères, c'est une maladie diathésique qui ne se développe pas sans une prédisposition spéciale. Son

Fi(j. 23. Klémenls d'une tumeur épidermique delà face. — Lamelles épideriniques vues deciiamp resseiiiblanl à des libres ou à des fuseaux libro-plasliques.

Fia. 24. Élémenls d'une tumeur épidermique de la face. — Cellules épidermiques isolées vues de face ou de profil.

apparition est favorisée par un certain nombre de causes occasionnelles irritantes, telles que le frottement, les violences extérieures, l'irritation permanente des tissus, etc.

Les cancroïdes ou épithéliomas s'observent également sur les membranes muqueuses. M. Lebert a fait connaître ceux du col de l'utérus, qui se présentent tantôt sous forme de granulations végétantes grenues plus ou moins volumineuses, ayant quelquefois l'apparence de choux-fleurs et amenant un écoulement sanieux ou deshémorrhagies, comme le cancer, et tantôt sous forme d'infdtration épithéliale diffuse du col utérin. Il a également signalé ceux de la langue (fuj. 25 et 26), des fosses nasales et de l'œsophage, etc. MM. Bauchet et Dufour en ont vu dans le larynx. J'en ai observé dans la muqueuse de l'estomac simulant le cancer gastrique. Il en existe à la surface de l'arachnoïde, de la plèvre, du péritoine, etc., et ce que l'on prend journellement dans la méningite ou dans la pleurésie pour des tubercules des séreuses n'est souvent pas autre chose qu'un petit amas de cellules éj)ithéliales.

Il y a enfin un épitiiélioina viscéral primitif ou secondaire, (encore peu connu, et qui détermine des accidents très-graves. A parties gra-

(324 i^ES MAU\DIES E>; GÉ>T1UL.

nulations et les tumeurs épithéliales qui succèdent à des cancroïdes cutanés suivis d'infection générale, on observe des cancroïdes intérieins primitifs, sous forme de granulations multipliées, éparses dans

Fig. 25. Cellules épithéliales, d'une infiltration épidermique de la langue. (Lebert.)

les viscères et à la surface des membranes séreuses et sous forme de végétations des muqueuses.

Les poumons sont quelquefois remplis de granulations miliaires,

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