CHAPITRE X
DES IVÉYROSES.
Le système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire dirige, règle et coordonne les momements organiques pour assurer et perpétuer la forme et l'intégrité des tissus. C'est quelque chose de comparable à la puissance de ressort qui règle les mouvements d'un automate, une force surajoutée dont les désordres entraînent ceux de la machine.
Chacune des parties du système nerveux est un centre impressionnable qui réagit avec ou sans participation des autres parties du système, de sorte que chaque tissu reçoit, par ses filets nerveux ganglionnaires, cérébraux et rachidiens, des impressions ou sensations auxquelles il répond par des actes organiques naturels ou morbides. Un agent impondérable et subtil, la force nerveuse, dont la nature inconnue est analogue à celle du fluide électrique, le parcourt en tout sens, réagit sur place, sans l'intermédiaire de la conscience, porte de la périphérie au centre et du centre à la circonférence les mystérieuses impressions d'où résultent les mouvements moléculaires delà vie et de la santé. Dans cette force, rendue évidente par des effets pliysiques incontestables, connus seulement depuis les admirables expériences de Matteucci, de Mueller, de Dubois-Raymond, se trouve la raison de beaucoup de phénomènes morbides jadis attribués au trouble des esprits animaux^ et, de nos jours, considérés comme le résultat d'une lésion du système nerveux. C'est à elle et à ses altérations subites et inexpliquées qu'il faut rapporter les différents troubles observés dans l'intelligence et dans la sensibilité des tissus, dans le mouvement musculaire et dans la nutrition interstitielle, dans les sécrétions, etc. Elle produit les névroses et ce qu'on appelle les maladies nerveuses.
Les maladies nerveuses, jadis séparées des autres maladies par leur nature, attribuée au trouble des esprits animaux, ont été appelées du nom de névroses par Cullen, et le mot est resté dans la science. « Je propose de comprendre sous le titre de névroses, dit cet auteur, toutes les alfections contre nature du sentiment et du mouvement où la pyrexic ne constitue pas une maladie primitive, et toutes celles qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais d'une affec-
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tion plus générale du système d'où dépendent plus spécialement le mouvement et le sentiment. » J. P. Frank appelle ainsi toutes les maladies nerveuses avec altération des nerfs ou sans lésion de structure apparente. Pinel accepte et développe cette manière de voir, et aujourd'hui tous les auteurs de pathologie décrivent, sous ce nom de névroses, une classe disthicte de maladies offrant des caractères généraux suffisants pour justifier cette division.
Les névroses sont des maladies caractérisées par des troubles de l'inteUigence, du sentiment et du mouvement, sans altération matérielle de la substance organique ou nerveuse.
Ce sont des maladies très-communes dont on a souvent contesté l'existence comme classe morbide. On n'a voulu voir en elles que des symptômes d'une irritation inflammatoire ou d'une véritable inflammation des tissus et des filets nerveux et on en a fait des maladies organiques ou des phlegmasies. Broussais a été le chef de cette doctrine un instant très-répandue; mais tout ce qu'il a écrit dans ce sens n'a eu qu'un retentissement momentané.
Les névroses existent donc, et, jusqu'à ce qu'on ait dissipé les profondes ténèbres qui nous cachent le mécanisme des fonctions du système nerveux à l'état normal, il sera difficile de ne pas admettre des troubles nerveux fonctionnels indépendants des altérations de la substance nerveuse.
Les névroses et les maladies nerveuses sont des choses synonymes, qu'il ne faut pas confondre avec les maladies des nerfs ou du système nerveux, caractérisées par l'inflammation ou la dégénérescence de la substance nerveuse et accompagnées de troubles secondaires semblables à ceux qu'on observe dans les névroses. Ici l'inflammation ou la dégénérescence du tissu cérébro-nerveux sont les éléments primitifs delà maladie, et il y a un rapport certain entre les uns et les autres. Au contraire, dans les névroses, le trouble est simplement fonctionnel, sans lésion de structure, et, lorsqu'il existe une lésion de cette espèce, elle est indépendante de la maladie.
Le véritable caractère des névroses est l'absence de lésions anatoniiques suffisantes pour expliquer les troubles fonctionnels graves observés chez un malade.
Les névroses sont très-peu connues dans leur nature intime. Impossibles à expliquer par les altérations somatiques, puisqu'il n'en existe pas d'appréciables, on ne peut s'en rendre compte ([ue par l'hypothèse du désoidre survenu dans la ([ualité, dans îa violence, dans la
direction et dans les mouvements de la force nerveuse et des courants nerveux qui parcourent les nerfs. Mais qui oserait, dans l'état actuel de la science, aller au delà de cette supposition? Quelle est la nature de cette force, et quelle modification subit-elle pour produire des désordres qui se révèlent à l'extérieur par des phénomènes morbides aussi variés, c'est ce qu'il est impossible de dire. On arrive à constater ce que n'est pas une névrose, et on la sépare des autres classes morbides; mais il y a loin de ce résultat à la connaissance de sa nature, aujourd'hui très-ignorée .
Les névroses ont pour siège la plupart des tissus et des organes pourvus de conduits nerveux du système ganglionnaire et cérébrospinal. Partout où il existe la faculté de percevoir, de sentir et de se mouvoir, un trouble fonctionnel, indépendant d'une lésion organique appréciable, peut s'établir. Comme l'ont très-bien indiqué Pinel et Bricheteau dans leur classification, Piostan, Monneret, etc., les névroses occupent l'encéphale, les nerfs et les organes des sens, les organes de la digestion, de la respiration, de la circulation, les organes génitaux, etc., et se divisent ensuite d'après leur nature en affections comateuses , spasmodiques etconvulsives, douloureuses, vésanies; et affections nerveuses des voies digestives. — Pour la première fois depuis Cullen, on comprend avec raison dans les névroses certains troubles fonctionnels de l'appareil digestif qui doivent être placés dans cette classe morbide.
A l'exemple de Pinel, je divise les névroses en cinq classes, un peu <lifférentes de celles qu'il a établies, mais comprenant également les troubles fonctionnels de tous les organes des sens, de la vie de relation et de nuti'ition ; ce sont : T les névroses mentales (manie, délire, folie, etc.); 2° les névroses douloureuses (névralgies, douleurs vagues, douleurs viscérales, etc.); o" les névroses parcdijtiqiies: 4" les névroses co?îi'i(/sii'e5; tVet les névroses spasmodiques, œsophagisme, palpitations, asthme de la glotte, coqueluche, etc.
Les névroses mentales sont très-nombreuses et comprennent toutes les mala(hes caractérisées par l'exaltation, la dépression ou la perversion des facultés intellectuelles et morales, qu'on ne peut, dans l'état actuel de la science, rapportera une altération du cerveau, évidente ponr tout le monde. Telles sont certaines formes de délire traumati(pie et pner[)éral, la manie aiguë, les hallucinations, l'extase, la monomaiiie homicide, religieuse, erotique, incendiaire, l'imbécillité, la démence, l'hypocondi'ie, la nostalgie, etc., etc. Elles ont été dé-
crites par Ciillen, J. P. Frank, Pinel et un grand nombre d' auteurs, sous le nom de vésaines.
Les névroses douloureuses comprennent les névralgies dites essentielles de tous les conduits nerveux de la surface et de la profondcui* du corps. La céphalée, les névralgies de la cinquième paire et de ses rameaux, de l'orbite, des dents, du crâne et de l'oreille; les névralgies ccrvico-brachiales, sciatique et lombaire, les névralgies intercostales, les névralgies testiculaires, celles de l'utérus, du foie, de l'estomac, du gros intestin, le pica , l'hypersthésie cutanée, l'hépatalgie, la gastralgie, le satyriasis, la nympliomanie, etc.
Les névroses paralytiques comprennent les paralysies myogéniques, les paraplégies hystériques, certaines hémiplégies, la surdité nerveuse, certaines amauroses, la nyctalopie, l'héméralopie, l'aphonie, la rétention d'urine des fièvres, certaines constipations, la syncope; l'anesthésie, l'analgésie, lacopliose, etc., etc.
Les névroses convulsives comprennent l'éclampsie puerpérale et i'éclampsie de l'enfance , la chorée, la contracture, les crampes, le tétanos, l'hystérie, le hoquet, le vomissement, le mal de mer, la catalepsie, l'épilepsie, l'iléus.
Les névroses spasmodiques sont celles qui affectent les organes de la vie organique et donnent lieu à des spasmes variés. On les observe dans tous les appareils garnis de libres contractiles et de tissu musculaire non soumis à l'empire de la volonté. Il y a des névroses spasmodiques du cœur et des artères, du diaphragme, de l'œsophage, de l'intestin, de Futérus, etc. Dans cette catégorie se trouvent la coqueluche, l'asthme, les palpitations, les battements nerveux des artères, la lièvre nerveuse, le phréno-giottisme ou spasme de la glotte, l'œsophagisme, la toux nerveuse convulsive, la laryngite striduleuse, etc.
Toutes ces névroses peuvent être, d'après Georget, actives ou passives, selon qu'elles résultent d'un excès ou de la diminution des facultés intellectuelles, sensitives ou motrices. Elles sont générales, lorsque, d'après M. Sandras, elles s'étendent à tous le système nerveux; partielles, au contraire, lorsqu'elles n'en occupent qu'une partie dans un tissu ou dans un organe isolé. Ces divisions n'ont qu'une médiocre importance.
Il serait heureux qu'on pût localiser les névroses dans un ordre de nerfs plutôt que dans un autre; mais cela n'est pas toujours facile, et il y a beaucoup de malades chez lesquels cette localisation est impossible en raison de l'extension de la névrose à tout le système cérébronerveux. Mérat a proposé une division de ce genre qui n'a pas réussi. 11 admettait (les névroses des nerfs cérébraux, spinaux et «^auuliou-
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naires. Dans cette manière de Yoir on ne sait où placer les névroses des organes des sens et les névroses mentales; cela rend cette classilication inutile.
Les causes des névroses sont généralement obscures, et par cela même difficiles à déterminer.
Les unes sont prédisposantes et les autres occasionnelles. Parmi les causes prédisposantes, le jeune âge, le sexe féminin, le tempérament nerveux, la constitution délicate et l'influence héréditaire occupent le premier rang. Je mentionnerai principalement Timpression générative comme favorisant davantage l'apparition de ces maladies. La surdité, la myopie, l'hystérie, l'épilepsie, la folie, les convulsions, les névralgies, etc., sont manifestement transmissibles par hérédité.
L'éducation molle, efféminée, qui soustrait le corps aux influences physiques extérieures capables de le fortifier, en même temps, qu'elle affaiblit l'intelligence par la superstition, la crainte, les fictions ridicules, une analyse énervante des passions, etc., détermine presque toujours un état d'affaiblissement et de surexcitation nerveuse qui aboutit aux névroses. C'est la cause qui favorise leur développement chez les femmes.
Un grand nombre de névroses ne doivent leur origine qu'au genre de vie et à la profession de ceux qui en sont affectés. « On sait généralement, dit Pinel, que la vie contemplative, la solitude, les absti^ nences, les macérations, sont très-propres à engendrer ces maladies^ ainsi que le prouvent les détails historiques sur les brahmanes, les disciples de Zoroastre, les sectateurs de Mahomet, les anachorètes de la Thébaïde, et c'est dans les extases qui surviennent à la suite de longues abstinences, où le cerveau est vide, comme le dit le vulgaire, qu'on voit ou qu'on entend des choses miraculeuses, qu'on converse avec des anges, qu'on participe aux jouissances célestes dans le monde des invisibles.
« Les travaux littéraires longs et opiniâtres, qui tiennent l'esprit contiimellement tendu, exaltent et fatiguent l'imagination par des veilles presque continues et souvent prolongées outre mesure, par l'usage innnodéré du café, doivent être considérés comme l'une des sources les i)lus funestes d'un grand nombre de maladies du système nerveux. » Il en est de même des grandes passions humaines inises^ en mouvement par l'intérêt du gain, l'amjjition, les crises politiques et les révolutions sociales, i)ar l'iiabitation dans les grandes villes, le
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luxe et la vie agitée qu'on y mène, les plaisirs du monde, la fatigue des veilles et du théâtre, etc.
Toutes ces influences épuisent la force nerveuse et lui enlèvent sa toute-puissance de. coordination sur le jeu des appareils organiques. Que de folies engendrées par l'ambition politique, d'hystéries provoquées par la lecture des romans et par le dangereux tableau des passions frelatées du théâtre moderne ! Que de gastralgies, de palpitations nées de la fatigue et de l'épuisement moral ou intellectuel, etc., etc.
A l'influence de l'imitation se rapportent certaines épidémies de mutilation volontaire chez des soldats, de monomanie du suicide, de clîorémanie, de convulsions, etc., dont j'ai parlé à propos des impressions névrosiques. J'ai vu, dans un atelier de quatre cents femmes, une syncope hystérique suivie d'un grand nombre d'autres syncopes chez des ouvrières placées dans le môme local, et trois jours de suite ces accidents se reproduisirent. Je lis renvoyer de l'atelier ces convulsionnaires. La peur de se trouver sans ouvrage et sans pain suffit pour arrêter l'épidémie. Née d'une impression morale, une autre impression la fit disparaître.
Certaines substances, prises à l'intérieur, portent un trouble profond dans les fonctions du système nerveux, sans qu'on puisse dire quelle est la cause anatomique des troubles fonctionnels. L'opium, la strychnine etlabrucine, la ciguë terrestre et aquatique, la jusquiame, l'aconit, la belladone, le datura, la quinine, la graine de raphanum, le haschisch, etc., produisent le sommeil, des convulsions et des contractures, des hallucinations, du délire et une folie momentanée, l'amaurose, la surdité, et une foule de phénomènes nerveux, en tout semblables à ceux des névroses. Ils ont cela de particulier, qu'ils disparaissent lorsque la dose des médicaments n'a pas été trop considérable et que son action a pu s'épuiser sans faire périr les individus.
Les altérations des fluides sont très-souvent la cause prédisposante de névroses douloureuses etconvulsives. Ainsi l'anhémie, l'hydrohémie et la chlorose, qui sont, comme on sait, accompagnées d'aglobulie, occasionnent souvent des gastralgies, des migraines, des névralgies faciales, intercostales et utérines très-violentes; des spasmes du larynx, des bronches et du cœur; des contractures, des attaques convulsives, etc. Il en est de même de certaines diathcses très-prononcées, du scrofulisme et du syphilisme, qui amènent des altérations spécifiques du sang, jointes à l'hydrohémie, et dans lesquelles on rencontre quelquefois des névroses mentales, des névroses paralytiques, et des névroses douloureuses. On rencontre assez souvent des paralysies et des dyspepsies qui n'ont pas d'autres causes que la syphilis et qui
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disparaissent assez \ite sous l'influence du mercure et de l'iodure de potassium.
Les causes déterminantes sont ordinairement des impressions morales vives et subites, telles que la frayeur, l'indignation, le dégoût, rimilation, etc. Il en résulte des névroses mentales, convulsives et paralytiques. Un violent désespoir, causé par la mort d'une personne aimée, par la jalousie, par la perte de toute une fortune, peuvent tuer subitement par syncope, ou détruire instantanément et à jamais l'usage des facultés intellectuelles. J'ai raconté précédemment l'histoire d'une enfant de neuf ans, guérie, à l'Hôtel-Dieu, d'un mutisme et d'une paralysie des quatre membres inopinément déclarés à la suite d'une tentative de viol. J'ai vu, cette année, dans mon service de l'hôpital Sainte-Eugénie, deux jeunes lilles devenues subitement choréiques, l'une pour avoir été poursuivie et embrassée par un homme dans un corridor obscur, et l'autre pour avoir été renversée, sans autre dommage, par l'éclat de la foudre tombée dans un champ où elle fanait.
Fitz Patrick^ a vu deux jeunes fdles atteintes de rougeole, qui, au moment de sa première visite et lorsqu'il leur touchait le pouls, furent ■prises de convulsions qui durèrent une heure et ne revinrent plus, etc. Le nombre de ces faits est très-considérable, et il n'y a plus moyen de contester l'mfluence des troubles de l'âme et des impressions névrosiques sur le développement des maladies nerveuses.
Parmi les causes déterminantes, il faut ranger certaines phlegmasies aiguës, qui provoquent sympathiquement le délire, exemples : la pneumonie, la fièvre typhoïde, certaines blessures des membres dans leurs rapports avec le tétanos, le travail de la dentition, qui occasionne l'éclampsie, la contracture, la toux nerveuse, comme j'en ai vu un exemple; la névralgie dite aura, qui précède l'épilepsic; certaines phlegmasics chroniques de l'appareil digestif, qui amènent l'hypocondrie et la monomanie suicide; le taenia, qui produit l'amaurose, la contracture et l'épilepsie, et toutes les maladies aiguës ou chroniques dont l'action sympathique sur l'appareil cérébro-nerveux peut le troubler dans ses fonctions sans altérer sa texture d'une façon appréciable.
Les névroses ont des caractères qui ne permettent pas de les mé- ^'onnaître; ce sont des troubles nerveux fonctionnels, apyrétiques, qui
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ne dépendent pas d'une altération appréciable de l'organe où elles sont fixées.
L'absence de fièvre est un de leurs principaux symptômes ; en effet, il est rare que la fièvre existe avec une névrose, à moins de complication par une lésion organique apparente ou latente.
Les unes, primitives, essentielles^ constituent la maladie tout entière et sont l'effet réflexe d'une cause restée inconnue, exemple : le somnambulisme, Téclampsie, la nyctalopie, etc. ; les autres, srjmpathiques, résultent de l'impression produite sur l'appareil cérébronerveux ou ganglionnaire par un corps étranger, par un helminthe, par une inflammation aiguë, par une fièvre grave, par une ancienne phlegmasie, etc., occupant un point du corps, exemple : l'asthme, l'hypocondrie, le délire, le tétanos, etc. ; les autres enfin, improprement appelées symptomatiqiies, sont des maladies du système nerveux et doivent être rayées du nombre des névroses. Ce sont les paralysies, suite d'hémorrhagie cérébrale ou de tumeur du cerveau; les névralgies, suite d'une maladie des nerfs; la dyspepsie, causée par un cancer de l'estomac ; la paraplégie dans les maladies de la moelle; et enfin tous les troubles nerveux fonctionnels qui résultent de la compression, de la présence de corps étrangers et d'une altération matérielle de l'appareil cérébro-nerveux ou ganglionnaire.
Les névroses font ordinairement leur apparition d'une manière brusque et complète sans passer par les divers degrés d'accroissement qu'on observe dans les autres maladies. Elles pourront devenir plus intenses, plus graves, mais elles se présentent d'emblée avec les caractères qu'elles offriront un peu plus tard, exemple : l'éclampsie, le tétanos, l'asthme, les névralgies, la gastralgie, l'héméralopie, la paralysie, etc. C'est même là un caractère qui permet souvent de les distinguer des maladies du système nerveux accompagnées de troubles nerveux fonctionnels croissant chaque jour avec la maladie ; on en voit un exemple dans les phénomènes précurseurs de l'hémiplégie causée par le ramollissement du cerveau chez les vieillards.
Ce sont des maladies dont les symptômes frappent les gens les moins exercés. La folie, la paralysie, les convulsions, la douleur, la faiblesse d'un tissu ou d'un organe qui représentent ce que chaque ordre de névroses présente de spécial sont en général faciles à reconnaître. Dans les névroses mentales, le désordre survenu dans la perception des objets, dans le jugement, dans la mémoire, dans l'imagination et dans les facultés affectives est évident. Quelques malades sont tristes ou emportés sans raison ; ils se livrent à des actes inaccoutumés, déraisonnables ; ils ont des hallucinations et se croient poursuivis tantôt
par une voix qui les excite, tantôt par un ennemi qui s'attaque à leur fortune, à leur honneur et à leur repos ; ils se transforment au gré de leur ambition en prince, en roi, en Dieu; mais, au milieu de tout cela, sauf des cas exceptionnels et des complications imprévues, il n'y a pas de fièvre. Dans les névroses paralytiques, un organe ou une partie cesse de remplir ses fonctions accoutumées. La vision et l'ouïe se perdent, la peau ne sent plus les objets qui la touchent et les muscles sont dans l'impossibilité de se mouvoir. D'après la répartition de la paralysie, générale ou circonscrite, il y a des paralysies partielles, des hémiplégies, des paralysies générales et des paraplégies. Comme les premières, ces névroses ne sont pas accompagnées de fièvre.
Les névroses convulsives présentent des mouvements convulsifs toniques avec roideur des membres, ou doiiiques lorsqu'il y a des secousses musculaires dans la partie affectée. On les observe dans les doigts des mains et des pieds, à l'état de contracture générale, comme dans le tétanos; de convulsion enfin, comme dans l'épilepsie et l'éclampsie. Jamais, à moins de complication, la fièvre n'accompagne cet ordre de névroses.
Les névroses douloureuses ont pour caractère la douleur, ordinairement répandue sur le trajet des nerfs affectés et au point d'émergence des filets nerveux cutanés. Ainsi la douleur de la névralgie faciale se montre principalement au trou mentonnier, sous-orbitaire, sur le filet frontal et temporal, etc. Dans la névralgie intercostale, il n'y a de douleur que dans la gouttière vertébrale, sur la partie moyenne du nerf et en avant près du sternum, là où se trouvent des filets nerveux sous-cutanés. Cet ordre de névroses existe ordinairement sans lièvre.
Les névroses spasmodiques sont beaucoup plus difficiles à reconnaître en ce sens qu'on ne peut savoir exactement si les mouvements spasmodiques des organes sont des troubles fonctionnels primitifs, ou, au contraire, un effet d'altérations profondes de leur texture. Les palpitations, l'asthme, les étouffements, les battements artériels, la laryngite stridulcuse, l'œsophagisme, les spasmes de la glotte, etc., etc., peuvent être le résultat de causes très-variées, de sorte que la nature du mal ne peut être établie que par un examen sérieux et approfondi. Ce n'est que par l'observation prolongée du malade et après s'être convaincu par tous les moyens d'exploration qu'il n'existe pas d'altération matérielle des organes affectés de spasme qu'on peut considérer cestroubles fonctionnels comme le résultat d'une névrose.
Les névroses sont rarement a'njuës, cependant l'hydrophobie, le tétanos, présentent ce caractère ; ordinairement elles sont chroniques et
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durent des mois et des années, toujours sans fièvre, à l'état continu, comme la folie ou les névroses paralytiques, beaucoup plus souvent sous forme rémittente et intermittente. Les névroses, en effet, reviennent généralement par attaques régulières ou irrégulières, quelquefois périodiques, à des intervalles plus ou moins éloignés, quotidiens, mensuels ou annuels. L'hystérie, l'épilepsie, certaines folies, les névralgies, riîéméralopie, la contracture, l'asthme, l'hypocondrie, la gastralgie, l'aphonie, etc., sont des névroses intermittentes. Elles se prolongent indéfiniment, pourvu que l'état général ne change pas et que l'estomac conserve l'intégrité de ses fonctions.
Leur durée est quelquefois illimitée, exemples : l'épilepsie, la folie, certaines paralysies, etc. ; mais il y a des sujets chez lesquels le mal se termine nécessairement au bout d'un temps variable, quelquefois bien défini. On voit l'héméralopie cesser avec le lever du soleil, et la coqueluche ne dure guère plus de quatre ou cinq mois dans les cas les plus malheureux .
Elles sont très-difficiles à guérir, et il y en a beaucoup qui sont complètement incurables, exemples : le tic douloureux, certaines amauroses, quelques paralysies, l'épilepsie, etc., etc. Celles qu'on croit avoir guéries parce qu'elles ont cessé de paraître pendant longtemps récidivent avec la plus grande facilité, tantôt sous la même forme, tantôt avec un caractère différent. La folie, la chorée, la toux nerveuse, les névralgies, les convulsions, ont des récidives fréquentes, l'hypocondrie se reproduit facilement, mais quelquefois elle revient sous forme de monomanie ou de folie, etc. Après guérison, elles laissent toujours chez les malades une susceptibilité nerveuse très-grande.
Les névroses exercent une action bien réelle sur la composition des solides et liquides de l'économie. Bien qu'on observe souvent des personnes atteintes de névroses avec tous les attributs extérieurs de la santé, il y a des cas où l'on voit la nutrition languir, le corps perdre son embonpoint et la peau pâlir; c'est lorsqu'il existe une névrose de l'estomac et des intestins. Sous son influence les sécrétions gastriques se modifient, la digestion se fait mal, et le viscère lui-même peut s'altérer dans sa texture.
Le sang peut être altéré dans sa composition, et toujours alors on y rencontre, d'après MM. Andral, Gavarret et Marchand, de Yaglobulie. C'est l'altération observée dans certains cas de névroses douloureuses et paralytiques. On la trouve également dans les névroses mentales, mais cela n'est pas constant. Dans quelques analyses, trop peu nombreuses, de M. Micliéa, on voit, au contraire, que dans quelques vésanies le nombre des globules est augmenté.
Les liquides qui subissent le plus complètement l'influence des névroses sont les liquides des sécrétions. Les névroses douloureuses excitent quelquefois la sueur; celle de la cinquième paire fait couler les larmes du côté malade; la gastralgie provoque la sécrétion d'eaux acides qui remontent jusque dans la bouche; l'agitation nerveuse fait rendre des urines claires et fréquentes; la peur donne de la diarrhée; les hypocondriaques et les hystériques offrent subitement des pneumatoses gastro-intestinales fort graves, etc., etc.
Les névroses troublent profondément le moral de ceux qu'elles affectent, en les réduisant à un état de tristesse, d'abattement, qui conduit souvent au désespoir et à la mort. De l'état paralytique, douloureux ou convulsif, elles passent à l'état de névrose asthénique et de névrose mentale. Les malades sont le jouet d'illusions sensoriales; ils éprouvent quelquefois des sensations de picotements, de froid et de chaleur insupportables sur divers points du corps; ils s'imaginent qu'un vent ou un gaz parcourt l'épaisseur des membres ou remonte de la poitrine au cerveau pour les étouffer. Cependant la raison est conservée, et ces malades, quelquefois d'un esprit fort distingué, passent ainsi toute leur existence à souffrir profondément sans donner aucune trace d'aliénation mentale. Chez quelques-uns, après ces fausses sensations viennent de véritables hallucinations, et chez d'autres la folie se montre avec toutes ses conséquences.
Les névroses, quel que soit l'ordre auquel elles appartiennent, sont toujours des maladies graves, car, inconnues dans leur nature intime, il est impossible de déterminer a priori combien de temps elles doivent durer et quelle doit être leur terminaison. Il est des névroses qui font périr très-rapidement les malades, exemples : la syncope, l'éclampsie, l'angine de poitrine, l'hydrophobie, le tétanos, etc.; il en est d'autres qui durent quelques semaines ou quelques mois, et qui disparaissent en partie ou en totalité; le plus grand nombre persiste très-longtemps sans pouvoir guérir, et constitue des maladies incurables.
Les névroses ne conservent pas toujours le même caractère pendant toute la durée de leur évolution. Elles se transforment et se métamorphosent souvent : de convulsives elles deviennent paralytiques, ou douloureuses, et elles constituent des névroses mixtes. Une névralgie peut être remplacée par de l'épilcpsie, un peu plus tard suivie de démence. Il y a souvent chez le môme sujet des névroses douloureuses qui sont en même temps convulsives et paralytiques. L'anesthésie cutanée coïncide souvent avec l'étal névralgique de l'iiystérie, etc.
YIl
Les malades qui succombent à une névrose ou dans le cours des névroses ne présentent aucune altération somatiqucqui rende compte des phénomènes nerveux observés pendant la vie. C'est là le caractère des névroses et ce qui les sépare des autres classes morbides. Est-ce à dire, cependant, qu'il n'existe jamais chez ces malades d'altération matérielle du système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire, ou des autres appareils organiques? Non, assurément. On rencontre quelquefois avec les névroses des lésions organiques importantes, qui onl leur part dans le développement des accidents nerveux; mais, comme ces lésions ne sont pas toujours suivies des mêmes effets réflexes, et que la névrose peut exister sans elles, il est évident qu'elles n'ont rien de spécial et que leur présence n'est pas la cause immédiate des aberrations de la force nerveuse.
Les névroses existent donc sans altération organique appréciable de la substance nerveuse, ou de la composition des liquides et des solides du corps. C'est là un fait nosologique capital. Une syncope qui produit la mort en quelques minutes ne laisse après elle aucune trace de son passage. On ignore quelles sont les altérations de l'œil dans l'héméralopie, celles du larynx dans l'aphonie engendrée par la terreur, des nerfs dans le tétanos, etc., etc.
En dehors de ces faits négatifs, il y a des névroses accompagnées de rougeur, d'hypertrophie ou de tumeur des nerfs, des plexus ganglionnaires, du cerveau et de ses enveloppes. L'épilepsie, par exemple, qui existe souvent sans aucune altération somatique, est quelquefois accompagnée ici d'une plaque osseuse des méninges, là d'une tumeur cancéreuse ou fibro-plastique du cerveau, ailleurs d'un helmintlie cérébral. Cependant elle n'est pas la conséquence immédiate de ces altérations. La preuve, c'est qu'elle peut exister sans elles, et, secondement, c'est que ces altérations s'observent souvent chez des personnes qui n'ont point d'attaques épileptiques. En outre, comme ces altérations sont permanentes, elles devraient produire des troubles permanents s'il y avait un rapport entre leur présence et les phénomènes nerveux; or c'est précisément ce qur n'a pas lieu, car l'épilepsie est toujours une maladie intermittente. Il en est de même des autres névroses qu'on veut rattacher d'une manière intime aux altérations du système nerveux, par une localisation prématurée.
Il y a des névroses qui existent concurremment avec certaines altérations organiques des viscères. Ce sont des névroses sympa ihiques. La folie succède souvent aux maladies chroniques des voies digestives.
Les convulsions accompagnent le travail de l'évolution dentaire , ou un ver de l'intestin ; les névralgies rénales sont produites par un calcul du rein ; l'asthme et l'angine de poitrine succèdent aux maladies du cœur et à l'ossification des artères coronaires, etc. Dans ces cas, la névrose, qui ne peut être envisagée comme le résultat immédiat de la maladie organique, ne s'y rattache que d'une manière éloignée, la lésion matérielle jouant à son égard le rôle de cause prédisposante. En effet, il s'agit encore ici de lésions permanentes à côté d'effets nerveux temporaires.
On peut en dire autant des altérations de composition du sang, et principalement de Ihydrohémie, considérées comme causes de névralgie douloureuse, mentale, paralytique et convulsive. Cette dyscrasie n'agit que d'une manière éloignée comme cause prédisposante. En effet, partout où elle existe, il ne s'établit pas nécessairement de névroses, et celles qu'on lui attribue peuvent se développer sans son intervention.
Il resterait enfin à démontrer le mécanisme des névroses; car, après avoir établi qu'elles ne sont point le résultat d'une maladie du sang, ni d'une altération des organes, ni d'une lésion du système nerveux, cérébral ou ganghonnaire, il faudrait pouvoir indiquer la cause de leur développement. Sur ce point tout n'est qu'hypothèse, et il n'y a, dans la science, rien de bien satisfaisant à signaler. D'après Pomme, les maladies nerveuses dépendent de l'éréthisme, de la rigidité et du racornissement des nerfs^ et pour Barthez elles résultent d'un affaiblissement du système entier des forces vitales^. Les uns y voient une asthénie du système nerveux, et les autres, au contraire, une hypersthénie de cet appareil organique. Tout cela peut être vrai, mais ce sont là des suppositions qui attendent leur preuve. Elles ne valent pas mieux que mon hypothèse, qui consiste à rattacher les névroses au désordre des coui'ants nerveux, trop lents, trop rapides ou déviés de leur direction naturelle. Cette théorie a au moins l'avantage d'être en rapport avec les découvertes modernes sur la physiologie du système nerveux. 11 est aujourd'hui certain que des courants analogues aux courants électriques parcourent les tubes nerveux, ramènent au centre les impressions et les sensations extérieures, pour rapporter à la circonférence l'excitement nécessaire à la nutrition moléculaire, aux sécrétions, aux mouvements instinctifs et volontaires. Le trouble de cet état naturel engendre le désordre des sensations, des perceptions, des sécrétions et des mouvements instinctifs et volontaires, d'où résultent les différentes névroses.
* Traité des affections vaporeuses, Paris, an VII, 5 \ol, iii-8. - Science de lliomme, l'aiis, 1800, t. II, p. 175.