DES SIGNES FOURNIS PAR L EXAMEN DE LA LANGUE
fièvre. Les altérations des sécrétions de la langue sont des phénoinènes^ réflexes surajoutés à la maladie principale, dont ils éclairent la marche en annonçant son début, son accroissement et son déclin.
L'examen de la langue, dans l'état de maladie, doit porter sur sa sécheresse et son humidité, sur l'enduit qui la recouvre et sur la nature de cet enduit, ou plutôt sur les rapports de cet enduit avec les maladies; sur la coloration del'organe, sur son volume, et enfin sur ses mouvements.
§ I. De la sécheresse et de l'humidUé de la langue.
La sécheresse de la langue offre des variétés : l'organe peut être seulement sec ou poisseux, sec et âpre; il peut enfin être en outre le siège de gerçures et de crevasses.
En général, dans les phlegmasies aiguës des parenchymes et même des principaux viscères, la langue est sèche et rude; dans les maladies ataxiques et adynamiques, elle est sèche et noire, couverte de croûtes noirâtres qui lui donnent une apparence cornée semblable à la langue du perroquet. Elle peut être également poisseuse. Un peu plus tard, elle est gercée.
Quand la sécheresse est extrême, les papilles sont saillantes et forment des aspérités à sa surface.
Cette sécheresse de la langue, avec proéminence des papilles, est d'un mauvais augure dans les maladies inflammatoires. Elle annonce souvent le délire et les convulsions. Dans la fièvre typhoïde, bénigne au début, elle est un des signes qui indiquent la transformation de cette maladie en une forme plus grave, la forme ataxique habituellement.
Les gerçures et les crevasses de la langue ne se produisent que lorsque celle-ci est déjà très-sèche; mais une des conditions les plus indispensables de leur existence, c'est l'état adynamique. On voit alors s'écouler par ces gerçures du sang et de la sérosité. On les observe dans la dysenterie grave, dans la variole, dans la fièvre typhoïde. Ces gerçures constituent, dans ces maladies, un signe dangereux.
La langue reste humide dans un grand nombre de maladies chroniques, dans les névroses et dans toutes les affections apyrétiques.
§ 11. De l'enduit qui se forme sur la langue et des qualités de cet enduit.
La langue, qui, dans l'état de santé , est assez uniformément humectée et ne présente que quelques mucosités blanchâtres à sa base, se couvre, dans l'état de maladie, d'un enduit plus ou moins épais, de couleur blanche, jaune ou brune et noire. Dans les maladies inflammatoires légères des organes de la respiration, dans le rimmatisme articulaire aigu, dans la fièvre éphémère, etc., etc., cet enduit est blanchâtre et pâteux.
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Il est souvent limité à la base de la langue, la pointe et la surface du tiers antérieur offrant leur coloration naturelle. Beaucoup plus épais le matin, à jeun, au moment du réveil, il disparaît en partie sous l'influence des boissons et de l'alimentation. Sa surface est uniformément blanche chezl'adulte; mais, chez les jeunes sujets, il est semé de points rouges, formés par les papilles en érection qui le traversent et font saillie au dehors.
Il y a des personnes qui, en état de santé, offrent sur la base de la langue un enduit blanchâtre assez épais, surtout au moment du réveil; cela dépend chez elles d'une irritation chronique des intestins.
Quand, dans une phlegmasie, comme la pneumonie par exemple, la langue, d'abord nette et sèche, se couvre d'un enduit blanchâtre, et surtout si cet enduit s'accompagne d'un nuage dans les urines, on peut prévoir l'issue favorable et prochaine de la maladie.
Parfois l'enduit ne recouvre que les espaces qui séparent les papilles, et celles-ci restent nettes et lisses. C'est là ce qu'on nomme la langue villeuse. On la rencontre fréquemment chez les personnes qui font des écarts de régime, ou qui ont eu un léger mouvement fébrile. Elle s'observe également dans un certain nombre de maladies dans lesquelles il y a un notable affaiblissement des forces, comme dans les affections chroniques des viscères abdominaux, avec ou sans engorgement, dans les maladies vermineuses, dans la scrofule des enfants, dans l'hypocondrie, dans cette forme de la goutte qu'on a appelée la goutte atonique.
La langue villeuse accompagne la plupart des fièvres intermittentes qui se terminent par l'hydropisie et par l'engorgement chronique de la rate ou du foie. Sa présence se rattache presque toujours à la chronicité et à l'affaiblissement des forces.
L'enduit qui recouvre la langue est quelquefois épais, opaque et comme poisseux, surtout dans les fièvres de mauvais caractère épidémique, comme dans la fièvre typlioïde, dans la peste, dans la pourriture d'hôpital, dans la variole, etc. C'est un phénomène de mauvais augure; il paraît lié à l'état d'adynamie et de malignité des maladies. Il indique d'autant plus sûrement une terminaison funeste qu'il est plus adhérent.
Quand l'enduit de la langue tend à disparaître, et que, d'ailleurs, il ne se manifeste aucun symptôme insolite, l'on peut espérer une terminaison heureuse et prochaine; ainsi c'est ce qu'on observe dans la forme bénigne de la fièvre typhoïde, dans l'embarras gastrique, dans la dysenterie légère, dans l'entérite et dans toutes les maladies aiguës. Dans la pneumonie, ce retour de la langue à l'état normul est presque
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toujours accompagné d'un nuage dans l'urine. Ces deux signes réunis indiquent le retour à la santé; d'ailleurs, les signes stéthoscopiques viennent confirmer ce fait clinique, en démontrant une amélioration sensible dans la lésion du poumon.
Cet enduit, ordinairement neutre, offre une réaction alcaline quand la salive le couvre en abondance ; il devient acide dans quelques circonstances particulières, à la fm des maladies chroniques; mais alors la langue est rouge, lisse, brûlante, et elle ne tarde pas à se couvrir de productions blanchâtres à' oïdium albicans, cryptogame dont la présence caractérise le muguet.
f.es enduits de la langue sont formés de mucus mélangé avec de la bile, du sang et un grand nombre de cellules d'épithélium pavimenteux mêlées à des algues microscopiques, d'une nature particulière toujours la même, décrites par Ch. Robin dans son travail sur les végétaux parasites.
La couleur de la langue, ordinairement rosée, change aisément par les enduits qui s'y déposent et par le sang qu'elle renferme. Blanchâtre à la surface dans l'état fébrile, quelquefois villeuse, elle peut être blanche à la base et rosée à la pointe, ou bien elle est jaune, verdâtre, brune et noire, selon la nature et le degré de sécheresse de l'enduit qui la couvre. Une langue rouge, sèche, effdée, annonçait, au temps de la médecine physiologique deBroussais, une gastrite aiguë. C'est là une grande erreur dont le temps et l'expérience ont fait justice.
Une langue séc/i^, noire, fendillée, annonce un état adynamique très-grave.
La langue jaune à la face inférieure et sans enduit est le signe du passage de la matière colorante de la bile dans le sang. On l'observe dans l'ictère.
La langue cijanosée, violette, indique un obstacle à la circulation veineuse ou à l'hématose. C'est un symptôme de choléra et de maladie organique du cœur ou des gros vaisseaux.
La langue pâle^ décolorée, s'observe dans la chlorose et dans l'anémie des maladies chroniques et des cachexies.
La laugue est quelquefois rouge, chaude, lisse^ non douloureuse^ toute dépouillée d'enduit muqueux, semée de papilles; c'est une disposition qu'on n'observe que dans la scarlatine.
La température de la langue est en rapport avec la température du corps : elle s'élève dans l'état fébrile et s'abaisse dans les maladies algides; ainsi, dans le frisson de la fièvre intermittente et dans le choléra, la température tombe à '■20 et 25 degi'és centigrades.
La langue est quelquefois le siège d'une liypertrophie totale consi-
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dérable ; mais cela est rare. J'en ai vu un exemple à T Hôtel-Dieu sur une femme presque idiote qui avait en même temps une hypertrophie des lèvres et de la face. L'hypertrophie partielle avec épithéhoma d'un des côtés de l'organe est chose infiniment plus commune. On l'observe aussi autour des cancers de la langue.
Des ulcérations peuvent exister sous la langue auprès du frein, dans la coqueluche. Elles ont été signalées par Braun, Bruck, Zitterland. J'en ai vu un très-grand nombre. Petites, ovalaires, transversales, à fond grisâtre, elles sont la conséquence du frottement et du déchirement des parties sur l'arcade dentaire inférieure pendant les secousses de la toux. Il n'y en a ordinairement qu'une seule; mais, dans un cas de coqueluche chez un enfant qui avait perdu les deux incisives médianes, j'ai vu à la face inférieure de la langue deux ulcérations, une de chaque côté du frein, produites par le frottement sur les incisives latérales inférieures.
La sensibilité de la langue peut être modifiée. Le goût se trouve alors perverti, et la bouche est pâteusp, fade ou amère; mais ces phénomènes n'ont pas de signification importante.
Les mouvements de la langue sont souvent modifiés dans les maladies. L'enduit sec, noirâtre, des maladies adynamiques, et principalement de la fièvre typhoïde, enveloppe la langue commiC le ferait un lange, et l'empêche de se mouvoir au point de rendre la parole impossible.
Ailleurs, il y a une altération réelle de la motilité de l'organe. Dans les maladies ataxiques, les mouvements delà langue sont incertains, mal coordonnés, et cet organe tremble dans la bouche des malades, ce qui est toujours un signe de très-mauvais augure.
La langue peut être complètement ou incomplètement paralysée, et l'embarras de ses mouvements ou de la parole est de la plus haute importance à bien connaître. Il indique toujours une maladie grave du cerveau ou de ses membranes.
Chez un sujet adulte, en apparence bien portant, l'embarras de la langue et riièsitation de la parole doivent faire craindre la prochaine invasion d'un accès de folie paralytique, autrement dite paralysie générale des aliénés.
Chez les vieillards, cet état annonce la démence sénile.
La paralysie subite et complète de la langue est toujours liée à la paralysie des membres causée par une grande hémorrhagie cérébrale, de la protubérance ou des deux ventricules latéraux.
La paralysie incomplète de la langue, sous forme d'hémiplégie, se produit en même temps que riiémi[)légie des membres par une petite hémonhagie cérébrale ou un ramollissement partiel du cerveau. Alors
la langue atteinte d'hémiplégie peut encore sortir de la bouche; mais elle est déviée du côté paralysé, à cause de l'action des génio-glosses opposés qui la poussent sans résistance.
Art. IV. — Des signes fournis par l\ faim.
La faim est une sensation qui nous sollicite à prendre des aliments.
Dans Tétat de santé, elle indique le besoin qu'éprouve le corps de réparer les pertes qui résultent de la décomposition des tissus par le mouvement vital.
Il n'y a rien d'étonnant qu'une sensation si intimement liée à l'état de santé soit modifiée dans l'état morbide.
Landré-Beauvais, dans son Traité de séméiotique^ a parfaitement étudié les modifications morbides de la faim, et nous suivrons les divisions qu'il a adoptées. 1*^ La faim peut être diminuée; ^'^elle peut être suspendue ou abolie; 3^ elle peut être notablement augmentée; 4^^ elle peut être pervertie.
§ I. Diminution de la faim.
La diminution de la faim s'observe au début, pendant les prodromes et la durée de presque toutes les maladies aiguës; dans la plupart des maladies chroniques en général ; dans la chloio-anémie et dans toutes les affections qui ralentissent le mouvement vital.
Les personnes sédentaires, les hommes de cabinet, les femmes nerveuses, celles qui se livrent à des lectures susceptibles de surexciter encore cette disposition fâcheuse, voient assez piomptement survenir une diminution de la faim.
Le régime a une grande influence sur la vivacité de cette sensation : les hommes adonnés à l'usage des boissons alcooliques, de la bière en particuUer, voient s'émousser chez eux la sensation de la faim. Il en est de même des gens qui prennent entre les repas des boissons tièdes et relâchantes en assez grande quantité. Ceux qui font usage habituel d'opium, ceux qui fument avec excès au point de provoquer une ivresse momentanée et peu à peu une gaslrorrhée très-rebelle, sont dans le même cas.
Comme on le voit, la diminution de la faim est tantôt un phénomène morbide, tantôt un simple phénomène qui ne tient qu'à l'absence de soins hygiéniques convenables.
§ II. Défaut de faim, ou anorexie.
L'anorexie existe à peu près constamment au début de toutes les maladies aiguës. C'est, on peut le dire, un phénomène ordinaire dans ces circonstances; aussi, à l'invasion et pendant la période d'état de ces
maladies, ce signe ne présenle-t-il rien de fâcheux; mais, quand il se prolonge trop longtemps, ou quand, après avoir cessé, il se reproduit, il est d'un mauvais augure; il indique une convalescence pénible, ou même il peut faire présumer l'imminence d'une rechute.
Il est rare d'observer l'anorexie absolue dans les maladies chroniques. C'est alors une chose fâcheuse : ou bien les forces sont notablement altérées, ou bien il existe, à titre de complication, un état saburral de la muqueuse gastrique, ce qu'on appelle aussi un embarras des premières voies.
« Lorsqu'au commencement d'une maladie on mange avec appétit sans en tirer aucun avantage, dit Landré-Beauvais, l'anorexie est presque inévitable dans la suite de cette maladie ; au contraire, quand, après avoir longtemps fait diète, on sent de l'appétit, on guérit plus facilement. »
§ III. Augmentation de la faim, ou boulimie.
Il faut éviter de confondre l'augmentation physiologique de la faim avec l'augmentation que produit l'état morbide. L'exercice, l'impression d'un froid modéré, quelques boissons spiritueuses prises en petite quantité, excitent la faim. Ici, l'action de l'estomac est sympathiquement augmentée. Ce sont des phénomènes purement physiologiques.
Mais la faim peut être excessive dans quelques maladies; elle constitue alors la faim canine et la boulimie. Ces deux états constituent des symptômes quelque peu différents dans leur manière d'être. Dans la faim canine, l'on mange avec une extraordinaire avidité, au point de voir l'estomac se vider en partie comme par régurgitation. (Jette évacuation faite, la faim recommence, et ainsi de suite. L'on observe cette faim canine chez des idiots, chez des maniaques. Il ne faut pas la confondre avec cet étrange appétit qu'on trouve chez quelques individus qui mangent et qui digèrent parfaitement une quantité d'aliments cinq ou six fois plus considérable que celle qui est habituellement suffisante au commun des hommes.
Dans la boulimie, la faim est presque insatiable; mais cette sensation n'est pas de longue durée. Quelquefois, si la sensation n'est pas satisfaite, il peut survenir une syncope.
Certaines femmes grosses, certains convalescents, et peut-être particulièrement ceux qui sont en voie de guérison d'une fièvre typhoïde, mangent avec avidité; mais cela ne dure pas très-longtemps et ne doit j)as inquiéter.
On a vu la faim être augmentée avant l'invasion des maladies aiguës, et encore aussi pendant l'accès de plusieurs maladies chroniques, l'hystérie, la manie, etc.
On a cité avec raison T augmentation de la faim comme un phénomène encore assez fréquent dans l'embarras gastrique. Une fois cette sensation satisfaite, les malades souffrent beaucoup d'un sentiment de pesanteur à l'épigastre. Cette faim exagérée est d'ailleurs remplacée bientôt par l'anorexie.
Le vulgaire croit généralement que la présence des vers intestinaux augmente l'appétit; c'est une erreur, si l'on accepte cette proposition d'une manière trop absolue. La présence des vers lombrics entraîne au contraire très-souvent la diminution de la faim, plus souvent que l'augmentation.
Le tœnia, s'il n'a pas encore séjourné longtemps dans le tube digestif, provoque plutôt la faim exagérée.
Les puissances digestives, après les maladies de longue durée, peuvent ne pas être en rapport avec l'augmentation d'appétit qui existe. C'est un mauvais signe, surtout si, prenant une moins grande quantité d'aliments, on ne voit pas la digestion se faire mieux, l'individu reprendre ses forces. « Dans les maladies de long cours, dit Landré- Beauvais, il est bon que les malades conservent l'appétit ; mais il faut prendre garde de confondre l'appétit morbide avec celui qui est naturel. Il arrive quelquefois que des malades, sur le point de mourir, ont une faim dévorante, et se remplissent l'estomac d'aliments. »
On aurait tort de prendre cela pour un signe favorable. On n'y sera pas trompé si on fait attention aux signes qui ont précédé ou qui accompagnent ce phénomène. Lorsque chez un sujet très-faible, et qui n'a éprouvé aucune crise, dit encore Landré-Beauvais, cet appétit succède subitement à une longue anorexie, soit dans une maladie aiguë, soit dans une maladie chronique, il est d'un mauvais présage.
§ IV. Perversion delà faim.
(le phénomène est toujours lié à un état morbide: il ne se rencontre jamais chez les individus qui sont en état de santé.
Cette perversion se présente sous deux formes qui portent des noms différents.
Dans l'une, les malades désirent manger des substances qui ne sont pas nutritives, dont on ne se sert pas habituellement, comme de la terre, de la craie, du charbon, etc. Cette espèce de dépravation de la faim porte le nom de pica^ de xio-o-a, pie, parce que cet oiseau avale souvent des substances terreuses.
Dans l'autre, les malades désirent ardemment manger des aliments de mauvaise qualité ou qu'ils savent leur être nuisibles, uniquement dans le but de satisfaire un penchant déraisonnable. C'est le malacia ou la malade j de /^a>ay.ta, mollities, effeminatio.
"982 DE LA SÉMÉIOLOGIE.
La perversion de la faim s'observe surtout chez les aliénés; chez les filles chlorotiques, surtout à l'époque de la puberté; chez les hystéri- ([ues; chez les femmes grosses, etc. Plus tard, vers l'âge critique même, l'on voit parfois cette perversion de l'appétit accompagner l'aménorrhée.
Dans la chlorose, dans l'hystérie, dans la grossesse, cette sensation pervertie n'est pas par elle-même un signe fâcheux ; seulement, si elle se prolonge, elle peut avoir un mauvais résultat, en raison de la quantité et de la nature des substances qui ont été portées dans l'estomac.
Ar.T. V. — Des signes fournis par la soif. Dans les maladies, la soif peut offrir trois espèces de modifications : elle peut-être augmentée, diminuée, abolie. Examinons chacun de ces trois états.
§ I. Auiïnientation de la soif.
La soif exagérée accompagne généralement le mouvement fébrile ; c'est un de ses éléments. Elle existe au début de presque toutes les maladies aiguës , souvent même elle se prolonge pendant la période d'état des maladies, jusqu'au moment de la convalescence. La diminution de la soif est alors un signe de bon augure.
Il est toujours heureux de ne pas voir dans une maladie un symptôme l'emporter en violence sur les autres, car ce défaut d'harmonie entre les éléments de la maladie constitue dès lors l'ataxie. Eh bien, quand, dans une maladie aiguë, la soif est en rapport d'intensité avec les autres symptômes, il n'y a rien là qui doive étonner et faire concevoir des craintes. Les anciens auteurs regardaient même cette soif comme utile; parce qu'elle fait prendre une grande quantité de boissons, ce qui était propre, suivant eux, à avancer la coction.
« Cette soif favorable, dit Landré-Beauvais, se reconnaît quand, les forces étant suffisantes, elle augmente dans.les exacerbations, se peut apaiser avec une quantité médiocre de boisson, et se termine par l'humidité de la peau et un sommeil tranquille. »
Quand la soif est extrême et que les boissons prises ne la font pas diminuer durant l'intervalle des redoublements fébriles, surtout si toute la muqueuse buccale est sèche; si l'urine, limpide et non nuageuse, est pale ou rouge et rare, elle constitue alors un très-mauvais signe. C'est souvent par cette façon d'être de la soif qu'on reconnaît l'imminence des phlegmasies intercurrentes d'un organe important, €omme le poumon et le cerveau, dans la fièvre typhoïde.
Si la soif continue après le déclin des maladies, surtout s'il existe des frissons fréquents suivis de chaleur vive, mordicante, à la peau, il y a lieu de craindre l'apparition de quelque nouvel état morbide : ainsi le développement d'abcès après la variole, etc.
Dans certaines circonstances, la soif exagérée est accompagnée d'un spasme du pharynx qui rend impossible la déglutition. Ce symptôme, très-fâcheux à la période d'état des maladies aiguës, n'offre pas toujours une semblable gravité dans les névroses. Cependant, chez les aliénés, c'est un fort mauvais signe.
On voit quelquefois l'horreur des boissons, une sorte d' hydrophobie, se réunir à l'augmentation de la soif. Cette sorte d'ataxie dans la sensation de la soif est presque toujours suivie de la mort, à moins cependant que la maladie dans laquelle on l'observe ne soit l'hypocondrie. La raison et une volonté ferme peuvent quelquefois triomplier de ce symptôme.
Il n'est pas rare de voir la soif exagérée accompagner l'inflammation chronique d'un viscère du ventre. C'est ainsi que, dans l'ictère, dans l'entérite et dans l'hydropisie, quand la soif augmente notablement, il y a lieu de craindre une accroissement d'inflammation plus ou moins aiguë du foie, des reins, de la matrice, des intestins, des ovaires, etc.
Dans l'hypocondrie et dans l'hystérie, l'augmentation de la soif existe en général pendant la durée des accès, quelquefois plus longtemps ; mais enlin la soif ne les caractérise pas essentiellement.
Dans l'hydropisie, au contraire, une soif qu'on ne peut parvenir à satisfaire est souvent un phénomène durable d'une grande valeur.
Dans la polydipsie ou diabète non sucré, la soif est très- augmentée et impossible à satisfaire; les malades boivent jusqu'à vingt litres par jour, ils avalent tout ce qu'ils peuvent saisir, les eaux les plus sales, leur uiine, etc. Dans le diabète, elle n'est pas très-intense et parait être en proportion avec la sécrétion des urines.
§ II. Diminution de la soif.
Quand, dans les maladies aiguës, la soif n'est pas en rapport avec les autres symptômes, il y a danger. En général, dans ces circonstances, on voit la chaleur de la peau très-forte, la langue et la bouche sèches.
Il est bon de noter que certaines personnes, en état de santé, ne boivent presque pas, il leur suffit de quelques cuillerées de boisson à chaque repas. La plupart de ces individus sont tourmentés par une gastralgie; ils sont habituellement constipés.
§ Ul. Cessation de la soif.
Cette adipsie est un phénomène très-grave, de mauvais augure. On l'observe surtout dans la forme ataxique de la fièvre typhoïde, et en général dans un assez grand nombre de maladies aiguës qui se compliquent de délire.
984 DE LA SÉMÉIOLOGIE.
Dans toute maladie, quand la soif cesse subitement, les autres symptômes continuant d'être à leur période d'état, c'est un signe du plus fâcheux augure. Quand, au contraire, on observe le retour de la soif à son état ordinaire, les autres symptômes s'étant d'ailleurs amendés, la convalescence est prochaine.
Art. VI. — Des signes fournis par le dégoût.
Le dégoût est une sensation distincte de l'anorexie. Celle-ci est la perte de l'appétit, tandis que le dégoût est une aversion pour les aliments, souvent accompagnée de nausées. Il peut y avoir anorexie sans dégoût.
Le dégoût se montre surtout pendant les prodromes ou pendant la première période des maladies aiguës. Ce signe n'a rien de fâcheux. Hippocrate l'avait déjà remarqué. « Il est bon, dit-il, d'avoir de l'aversion pour les aliments au commencement d'une maladie, et de désirer manger lorsqu'elle est terminée.»
Dans les névroses, comme l'hystérie, l'hypocondrie et dans la grossesse, l'on observe fréquemment un dégoût marqué pour les aliments. Cela n'a rien d'inquiétant, si toutefois la durée n'en est pas trop longue. Le dégoût, avec sentiment de plénitude de l'estomac, douleur épigastrique même, céphalalgie sus-orbitaire et amertume de la bouche, en général avec absence de lièvre, annonce le besoin de vomir, et par suite l'embarras gastrique. Le dégoût est un signe de mauvais augure et indique une rechute quand il continue malgré le déclin de la maladie. Un dégoût prolongé pour les aliments, dans les maladies aiguës ou chroniques, si le malade est arrivé à un état de débilité très-sensible, est toujours fort grave. Il indique presque toujours alors quelque grave complication du côté des organes de la digestion.
Art. Ml. — Des signes fournis par la salive.
La science moderne, en s'occupant des propriétés physiques et de la composition chimique delà plupart des liquides de l'économie, dans l'état de santé comme dans l'état de maladie, a rendu un grand service à la séméiotique. Elle y a trouvé un grand nombre d'altérations dont la présence constitue autant désignes importants pour le diagnostic et la prognose.
Aujourd'hui Ton connaît beaucoup mieux qu'autrefois les modifications de la salive dans l'état pathologique. On doit cet heureux résultat à M. Cl. Bernard.
La salive peut être altérée dans ses propriétés physiques et dans ses propriétés chimiques. Nous ne parlons iri que de la salive en général,
OU plutôt de la salive mixte ou buccale, car, jusqu'ici, on ne possède encore aucun document positif sur les altérations pathologiques des salives parotidienne, sous-maxillaire et sublinguale *.
La salive peut être instantanément augmentée de quantité, à l'occasion d'une émotion morale vive.
Le flux salivaire est un phénomène des angines, de la stomatite, des parotides, de la variole, etc.
Certaines substances portées dans la bouche ou même dans l'estomac, quelquefois seulement confiées à l'absorption cutanée, produisent un llux salivaire considérable : ainsi la racine de pyrèthre, le tabac, l'acide acétique, le piment, et principalement le mercure. Dans ce dernier cas, la salivation constitue l'un des phénomènes de l'une des formes de l'intoxication mercurielle.
Nous avons dit qu'une émotion morale pouvait amener aussitôt une surexcitation dans la sécrétion salivaire; il est beaucoup plus commun de voir, au contraire, la bouche devenir sèche. L'on rencontre également ce phénomène dans certains états nerveux.
La salive est diminuée de quantité dans le diabète, dans la polyurie, dans la polydipsie, dans les sueurs abondantes, dans les diarrhées excessives, etc.
Pendant l'agonie, la sécrétion salivaire est presque abolie; elle est alors très-visqueuse, et elle retient les lèvres collées l'une à l'autre, au moins vers les commissures.
Plus la salive est abondante, moins sa densité est considérable, et le chiffre qui l'exprime dans l'état normal, 1 ,005 à 1,008, tombe à 1,002 ou 1,004.
Quant à l'alcalinité ou à Tacidité de la salive mixte, il ne faut pas en tenir compte, car, normalement sécrétée alcaline, la salive devient très-rapidement acide dans la bouche, par son mélange avec le mucus, et cela dans l'état de santé aussi bien que dans l'état pathologique. Ainsi l'on a remarqué qu'elle devient immédiatement acide quand elle n'a pas coulé depuis longtemps, comme lorsque Ton est à jeun, ou lorsque l'on a parlé beaucoup. Suivant M. Cl. Bernard, et son opinion paraît la plus probable, cette acidité résulterait de l'altération des matières organiques qui, placées sur la muqueuse buccale, éprouveraient, sous l'influence du contact de l'air, une fermentation acide, lactique ou autre, favorisée par la présence d'aliments sur la langue et entre les dents.
* On sait que M. Cl. Bernard distingue ces quatre espèces de salives, fort différentes les unes des autres dansTétat physiologique. [Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine, Paris, 185G, t. II, page 44 et suiv.)
ialivalion
Chlorose.
Maladie
l'hlegmasies.
ercurielle.
de Bright.
Moyenne de six analyses.
Dans les caries dentaires, dans les diverses espèces de stomatites, et surtout dans la stomatite mercurielle, dans le scorbut, dans quelques angines, et particulièrement dans l'angine pseudo-membraneuse, dans l'embarras gastrique, la salive a une odeur très-fétide.
De même que la densité, la consistance de la salive est en raison inverse de son abondance. *
La salive n'est guère altérée dans sa coloration que par le pus ou par le sang. Ces liquides s'y reconnaissent aisément.
Dans certaines maladies, la salive est altérée dans sa composition chimique. Voici le résumé d'expériences comparatives faites par M. Lhéritier*.
Etat
Eiiu 98,65
Matière organique. . 1,26 Matière inorganique. 0,09
Ainsi, dans la salivation naturelle, diminution de l'eau et des sels, et augmentation de la matière organique.
Dans la chlorose, augmentation de l'eau et diminution de la matière organique et des sels.
Dans la maladie de Bright, la salive reste à peu près à l'état normal.
Dans les phlegmasies, les modifications sont très-sensibles : il y a diminution de l'eau, augmentation très-grande des matières organiques et légère augmentation des matières salines.
Art. VIII. — Des signes fournis par la déglutition.
Les mouvements de la déglutition peuvent être lésés, dans certaines maladies, tantôt par une mauvaise conformation, congéniale ou accidentelle, des organes qui servent à l'accomplir, tantôt sympa^ tliiquement, d'une façon réflexe.
On a vu la déglutition être accélérée dans certaines maladies nerveuses. 11 y a alors une sorte de convulsion des muscles de la déglutition. Ce phénomène n'est jamais isolé et s'observe avec d'autres symptômes plus importants que lui; aussi n'a-t-il aucune valeur caractéristique. Quand, au contraire, il y a difficulté d'avaler, ce qui est plus commun, c'est la dyspkcKjie. Dans les angines, dans le coryza, dans le
* Becquerel et Rodier, Traité de chimie pathologique.
catarrhe pulmonaire, la déglutition est souvent douloureuse et difticile.
Elle est encore plus empêchée, et parfois impossible, dans les formes adynamique et ataxique de la fièvre typhoïde; dans l'amygdalite; dans l'angine pharyngée; dans l'hystérie; dans l'apoplexie; dans la paralysie; dans la phthisie pulmonaire quand il y a des ulcérations dans r arrière-gorge ; dans l'adénite cervicale scrofuleuse considéra* ble; dans les rétrécissements de l'œsophage; dans le goitre; dans le cancer de l'orifice cardiaque de l'estomac.
L'épaississement de la langue chez les crétins, les idiots, rend la déglutition très-difticile. Une partie des aliments portés dans la bouche est rejetée au dehors, une fois la mastication achevée.
Le même résultat arrive quand la langue est gonflée par l'inflammation; elle ne peut ramasser le bol alimentaire pour le porter dans le gosier. C'est ce qu'on observe dans la salivation mercurielle.
Le pronostic qu'on peut tirer de la difficulté ou de l'impossibilité de la déglutition est variable suivant la nature des maladies dans lesquelles on l'observe.
Dans les aphthes de la bouche et du gosier, dans le coryza, dans la bronchite, dans l'hystérie, cette difficulté d'avaler les aliments n'offre rien de fâcheux. Elle cesse quand ces phlegmasies arrivent à résolution ou quand l'accès hystérique se termine.
11 en est de même pour l'amygdalite et pour l'angine pharyngée. La difficulté de la déglutition n'est, dans ces circonstances, que momentanée.
La suspension de la déglutition est d'un fort mauvais augure dans la fièvre typhoïde et dans l'apoplexie.
Quand les boissons portées de la bouche à l'estomac font entendre en traversant l'œsophage le bruit d'un corps liquide qui tombe en vertu de son propre poids, comme dans un réservoir inerte, il y a paralysie des muscles qui servent à accomplir la déglutition. Ce phénomène constitue un signe très-fâcheux.
Dans la rage, l'impossibilité d'avaler les liquides est un des principaux caractères de la maladie.
Souvent la déglutition se fait, mais d'une manière imparfaite ; elle est en quelque sorte dépravée. C'est ce qui arrive dans les vices de conformation congénitaux ou accidentels du voile du palais et de l' arrière-gorge.
Quand la luette reste hypertrophiée après des inflammations successives, le sujet est sans cesse sollicité à avaler de la même façon que s'il y avait des aliments à l'isthme du gosier.
988 DE LA SÉMÉIOLOGIE.
Dans les divisions du voile du palais et de la voûte palatine, les aliments refluent vers les arrière-narines, parce qu'ils sont pressés par la langue, et aussi parce que la colonne d'air chassé par l'expiration contribue à amener ce résultat.
Quand la luette est détruite, comme cela arrive parfois dans la syphilis, quand le pharynx est paralysé, les boissons tendent à passer dans le larynx, d'où résultent une toux violente et quelquefois de la suffocation.
La difficulté d'avaler dans l'apoplexie est d'autant plus grave que le foyer est plus étendu. Si les liquides passent dans les bronches, c'est qu'il y a paralysie complète du pharynx. En général, dans ces cas, la mort est imminente.
Art. IX. — Des signes fournis par les nausées.
On appelle nausées la sensation et quelquefois l'effort inutile qui précèdent le besoin de vomir.
La nausée s'accomplit par la contraction, en quelque sorte spasmodique, des muscles du gosier, de l'œsophage, de l'estomac, des intestins et des muscles abdominaux.
Les nausées s'observent dans l'embarras gastrique. Elles n'annoncent ici rien de fâcheux; elles cessent avec l'embarras gastrique, et, en général, dès que le malade a vomi spontanément ou dès qu'un vomitif a été administré.
On voit les nausées dans l'hypocondrie, dans l'hystérie, avant et après les accès d'épilepsie. Elles n'ont pas une grande valeur au point de vue du pronostic. Elles sont la conséquence des troubles du système nerveux.
On rencontre parfois les nausées dans le cours de la fièvre typhoïde. Elles sont en général d'un mauvais augure ; elles annoncent l'ataxie.
Les nausées existent concurremment avec les vomissements dans la gastrite, dans la gastralgie, dans la péritonite, dans la néphrite, dans la métritc, etc.
Les nausées sont un des premiers signes de la grossesse. Elles peuvent persister quelque temps dans ces circonstances ; cependant elles cessent habituellement vers le quatrième mois.
Art. X. — Des signes fournis par le vomissement.
Le vomissement est le rejet par la bouche des matières contenues dans l'estomac. C'est un phénomène morbide rétlexe produit par un très-grand nombre de maladies différentes.