OFLUENCE DU SEXE. OO
chroniques, un sujet a eu, dans son enfance, des eczémas du cuir ciie- \elu; il a à la puberté des migraines, remplacées dans l'âge mur par des hémorroïdes ; à l'âge de retour, ses hémorroïdes cessent d'être fluentes, et il survient des douleurs rhumatismales remplacées dans la vieillesse par un eczéma sur la cuisse, etc. C'est un même état morbide dont les accidents sont régularisés dans leur évolution successive, dans leur durée et dans leur disparition par l'influence des âges. « De même, ajoute 31. Gendrin, qu'à la succession physiologique des âges se rattachent le développement, l'état et le déclin de certains organes, de certaines fonctions, de conditions physiologiques particulières de tout l'organisme; de même il faut y rapporter le développement, l'état et le déclin de maladies déterminées, et d'états morbides composés de plusieurs actes pathologiques, tantôt de même nature et différant seidement par leur siège et leur intensité, tantôt de nature différente et n'ayant de commun que leur connexion réciproque et leur dépendance de rinlluence des âges. »
En résumé, les âges, par la vitalité spéciale qu'ils impriment à l'organisation, ont des rapports essentiels avec la production de maladies déterminées, et ils règlent d'avance leur évolution, leur marche, leur durée, leurs terminaisons, et même jusqu'à leur traitement. Ils ne déterminent pas les maladies, mais ils constituent la prédisposition fatale de leur développement. Ce sont des causes déterminantes spéciales qui achèvent ce que le travail physiologique des âges a préparé.
B. Influence du sexe.
L'influence sexuelle sur le développement des maladies est considérée par un certain nombre de médecins, et même par M. Chomel, comme fort douteuse ^ Ne pouvant la nier, chacun l'attribue à la manière de vivre différente de l'homme et de la femme plutôt qu'à une constitution vitale et organique particulière.
Cette influence se révèle à chaque instant par l'observation comparative des maladies de l'homme, de la femme, et même de la jeune fdle, par la présence de maladies spéciales à chaque sexe, indépendamment de celles qui ont les organes génitaux pour siège, par la durée et les complications différentes de ces maladies, par leur gravité et la mortalité qui en résulte, enfin par le traitement qu'elles réclament. Ce n'est pas sans raison qu'Hippocrate '^ avertit de ne pas soigner les maladies des femmes comme celles des hommes, afin d'é-
* Chomel, Pallt. gêner., p. 6.
«^ Uif)pocr;ile. OEuvics : des ]\Inladies des femmes, tonio VIII, pages 7 et suiv. et tome IV, Aphorismes, 28-65.
B. PATIIOL. CÉN. 3
o4 CAUSES PRÉDISPOSANTES IINDIVIDUELLES.
TÎter les méprises et les graves accidents qui en résultent. L'expérience a prononcé en sa faveur.
Tout, dans l'organisation humaine et dans la séparation des sexes, nous montre le résultat de forces préconçues et préexistantes qui opèrent à longue échéance, aux dépens et à l'aide de la vitalité des êtres, le développement et la disparition de certains organes et de fonctions nouvelles ou différentes. La séparation des sexes et leur répartition presque égale n'est pas plus un liasard de la loi des races qu'elle n'est un caprice de la matière du corps. Elle est la conséquence d'une vitalité particulière, d'une organisation spéciale, qui fait la vie et la susceptibilité morbide de la femme différente de celle de l'homme. En veut-on la preuve? Voyez la différence extérieure, indépendamment de la présence des organes génitaux ! Voyez l'intelligence et l'excitabilité nerveuse des femmes, le volume et le poids de leur cerveau plus considérable que chez l'homme comparativement au poids de la masse du corps. (Sœmmerring, Ackermann, Burdach^ Parchappe^.) Voyez chez elles la différence des phénomènes chimiques de la respiration découverte par MM. Andral et Gavarret, et caractérisée par la combustion d'une moins grande quantité de carbone. Voyez enfin le volume moindre de leur cœur (Bizot), la quantité plus grande de l'eau du sang (Becquerel et Rodier), et le chiffre moindre des globules, de l'albumine et de sels de ce liquide. Tant de différences entre les sexes, sans parler de celles que nous ignorons encore et de l'action sympathique des fonctions génitales, démontrent la présence d'une force spéciale indépendante de la force commune à l'espèce, et la pathologie fournit une nonvelle preuve de son existence.
L'influence du sexe est pour l'homme r.ne prédisposition au développement du rhumatisme, de la goutte, du typhus, de la pneumonie, de la pleurite, de l'endocardite, de la néphrite albumineuse, de l'entérite, du phlegmon de la fosse iliaque droite, de la péritonite, du croup, de l'hémorragie cérébrale (Ealret, 2, '297 cas en 29 ans, 1,670 hommes et 027 femmes), de l'angine de poitrine (Forbes, 80 hommes et 8 femmes\ de l'hypocondrie, des lichens, etc., etc. Chez les femmes, au contiîiire, le sexe les dispose de préférence à la chorée (79 hommes, \i)\ femmes, Dufossé, Thèse IHôt)); à l'épilepsie (Esqnirol) ; à l'hystérie, qui leur est absolument spéciale ; à la scrofule ; à la phthisie pulmonaire (Benoiston de Chàteaun(;uf, Papavoiiie) ; à la chlorose ; à la gastralgie; à la migraine; à l'inqiétigo (Aliberl) ; à l'icthyose (Alibert), au cancer etc., etc. Qu'on ajoute à présent les maladies
* Biirdach, Traité de physiolo(iie.
- Parchappc, Uerherclies sur L'encéphale. Paris, IS7>(i.
LNFLUENCE DU SEXE. 55
Spéciales des organes génitaux dans l'un et l'autre sexe, et on verra par de nouveaux faits l'immense différence qui sépare la pathologie de la femme de celle de l'homme. Ici, les catarrhes de vessie, les calculs vésicaux, les maladies de l'urètre et du rectum; là, au contraire, plus de maladies de vessie ni de calculs : les troubles de l'utérus, qui, primitivement ou secondairement, jouent un si grand rôle dans les maladies des femmes, la menstruation et son influence sympathique, l'accouchement et ses conséquences circonscrites ou généralisées , les maladies de la mamelle, etc., etc.
L'influence du sexe sur le développement des maladies n'est pas la même à toutes les époques de l'existence. Chez les femmes, c'est principalement pendant la période que je désignerai sous le nom de vie utérine, c'est-à-dire de la menstruation à la ménopause, qu'elle est surtout évidente. Lorsqu'à la puberté l'utérus et les ovaires se développent et deviennent le siège de l'ovulation périodique, mensuelle, il se fait une hémorragie mensuelle également qui continue jusqu'à l'âge de retour, et il en resuite pour les femmes une aptitude particuUère aux hémorragies de l'utérus. Avant la puberté comme après l'âge critique, qui est celui du repos de cet organe, il n'y a plus d'hémorragies utérines, si ce n'est celles qui accompagnent les dégénérescences organiques. C'est à l'âge critique que paraissent souvent les flux hémorroïdaux destinés à remplacer les hémorragies dont l'utérus était le siège, et qui résultent de la pléthore produite par la suspension d'une hémorragie habituelle.
L'influence du sexe s'étend plus loin encore que la simple prédisposition au développement des maladies dans les grands appareils de la vie animale et dans les organes spéciaux de chaque sexe; mais elle modifie en quelques circonstances la nature et la gravité des maladies. Elle ajoute aux différents états morbides de la femme l'élément nerveux et chlorotique si commun chez elles; au moment de la gestation, de la délivrance et de l'allaitement, les éléments puerpéral et lactifère; à l'époque du retour d'âge, l'élément pléthorique qui résulte de la ménopause, éléments morbitiques qu'il faut savoir apprécier et dont il faut tenir compte en thérapeutique si, comme le dit Hippocrate, on ne veut s'exposer à de cruelles déceptions. D'une manière générale, l'influence du sexe ajoute à la gravité des maladies, puisque la mortalité qui en résulte n'est pas la même chez l'homme que chez la femme. Si cette difiércnce de mortaUté n'est pas due au nombre total différent des maladies dans l'un et dans l'autre sexe, il est dû à leur gravité intrinsèque. Or il meurt proportionnellement moins de filles (pie de garçons, ce qui permet de croire que dans leur ensem-
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ble les maladies ont une gravité un peu moindre chez les femmes que chez l'homme.