‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 28 sur 212 · DES 1MI>11ESS10>S VIASMATIQIES · texte numérisé non relu

DES 1MI>11ESS10>S VIASMATIQIES

tion sur laquelle une enquête officielle, dont je reçus la direction, me procura les renseignements les plus complets. L'enquête démontra que, si les hommes de l'équipage avaient conservé la santé, ils le devaient à la pureté de l'eau qui constituait leurs provisions particulières, tandis que les militaires avaient été contraints de boire une eau puisée près de Bone dans un lieu marécageux, embarquée avec précipitation au moment du départ. Les militaires qui avaient échappé à cet empoisonnement étaient ceux qui, ayant quelques économies, avaient pu acheter de l'eau aux marins sardes. Parmi les malades, il en était qui avaient des lièvres continues à quinquina; l'enquête démontra que ces malades étaient précisément ceux qui paraissaient s'être le plus saturés d'eau stagnante ^

L'impression des effluves est quelquefois suivie d'une réaction immédiate, dans les pays chauds par exemple. Des voyageurs ont été comme foudroyés en traversant les marais du Sénégal. Elle se montre plus tardivement dans nos chmats. A part de légers malaises au moment de l'action et qui n'ont rien de constant, elle réagit intérieurement sans phénomènes de conscience, elle modifie les fonctions du système nerveux, altère la composition du sang, produit le gonflement delà rate et détermine enfin l'apparition de phénomènes morbides dont l'ensemble constitue une maladie. 11 se passe ordinairement plusieurs jours et quelquefois plusieurs mois avant qu'éclate la réaction morbide.

Les impressions effluviques produisent les fièvres intermittentes simples et pernicieuses, les lièvres rémittentes, certaines fièvres continues, quelques pestes, l'hydrémie et la cachexie, qui en sont la conséquence, ce que les Bressans appellent la traîne, et les nègres le 7nal d'estomac, etc. , etc. Leur action est endémique et bornée au lieu de naissance des effluves, c'est-à-dire autour des marais ou des terres remplies d'eaux stagnantes. Elle se traduit par des fièvres intermittentes qui viennent par bouffées à la lin des grandes chaleurs et par la teinte jaunâtre cacliectique des populations du pays, sur lesquelles frappe une mortalité considérable. Tantôt la fièvre, premier pliénomène morbide, est le point de départ des autres accidents; tantôt, au contraire, l'altération du sang, la cachexie paludéenne, estprimitive, et c'est à elle qu'il faut rapporter les hydropisies, les hémorragies et les maladies paludéennes si graves qu'on observe dans les contrées marécageuses.

Ailleurs, leur action est épidémi<iue. Après s'être développées dans un lieu, les effluves, emportées par les vents, viennent infecter l'air d'un pays éloigné et produire sur des populations entières des ravages considérables. C'(îst ainsi que l'on a vu des lièvres intermittentes ré-

• Boudin. Traité des fièvres in 1er mille nies et rémitloites, p. r»X, Taris, 1842.

106 CAUSES DÉTËRMIÎSAISTES.

gner épidémiquemeiil dans une localité saine, placée sous le vent dune contrée palustre, et il a sufii de planter un bois ou de combler une vallée sur le passage du vent, pour arrêter ces effluves et faire cesser Tépidémie. C'est ainsi que la peste, la fièvre jaune, le choléra, nés sur les bords du Nil, dans les marécages d'Amérique et sur les rives du Gange, et que l'on considère comme des affections palustres, courent à de grandes distances former ces foyers d'infection où tant d'individus trouvent la mort. En outre, comme ces maladies engendrent des miasmes qui, à leur tour, se répandent dans Fair, il en résulte une nouvelle cause d'infection, qui, jointe à la première, favorise le développement et la propagation de l'épidémie dans les pays les plus éloignés, aux distances les plus considérables.

Les impressions eftluviques sont d'autant plus facilement suivies d'effet que les individus sont plus jeunes et plus faibles. Les enfants et les femmes y résistent moins que les hommes, et surtout que les vieillards. Aussi, dans les contrées marécageuses, la mortahté est-elle fort considérable : la vie moyenne est réduite à dix-neuf, vingt et vingt- six ans; le nombre des décès l'emporte sur celui des naissances, et la dépopulation s'accomplirait au bout d'un certain temps si l'émigration n'amenait de nouveaux habitants dans ces malheureux pays.

Les animaux eux-mêmes subissent l'influence de l'impression des effluves, et ils offrent des phénomènes morbides intermittents, l'hydrémie, la cachexie et les épizooties palustres. Je rappelle ici les expériences précédemment citées de M. dn Gasparin sur les moutons, et j'ajouterai que Lancisi rapporte qu'en 1712, pendant la durée d'une épidémie de fièvres intermittentes, une épizootie enleva trente mille bœufs. En 1826, après le débordement de la rivière de la Mause, une épizootie, caractérisée par des phénomènes intermittents, vint se déclarer chez les chevaux, qui moururent en grand nombre. Un professeur de l'école d'Allbrt, M. Dupuy, a vu périr, avec des accidents tout à fait analogues aux phénomènes de la hèvre intermittente, un troupeau de bœufs qui avait pâturé dans un marais. On voit en outre l'hydroliémie se développei' chez les moutons en parcage dans les endroits marécageux.

Miasmes. — Les miasmes sont d'une nature différente de celle des effluves. Leur action n'est pas la même : formés par les émanations animales du corps vivant sain et malade ou des matières organiques putréiiées , ils doivent être séparés d'après leur origine en miasmes proprement dits et en émanations putrides .

Les miasmes sont des émanations aniinalisées particulières, impossibles à saisir, qui se mélangent à l'air de l'atmosphère et pé-

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liètrent partout avec lui en portant le trouble et la mort. Divisés au point d'être impondérables, ils n'existent peut-èlre pas comme corps, car on n'a pu les recueillir ni les voir, et ce ne sont peut-être que des modalités de la matière de l'atmospbère, tout comme l'ozone n'est qu'une modalité de l'oxygène. Leur existence est incontestable, si l'on en juge par ses terribles effets. J.eur nature seule échappe à l'analyse, et je doute même qu'on la découvre jamais. Pour celui qui ne voit dans les miasmes qu'une cause expérimentale dont les effets terribles ne peuvent être méconnus, le mot suffit, tant mieux si plus tard quelque savant découvre l'essence même de la chose.

11 ne faut pas confondre les miasmes avec l'air confiné, altération appréciable à l'analyse et qui constitue une atmosphère non respii*able. Ce n'est pas la même chose. Les miasmes sont des agents spécifiques, produisant des maladies spéciales et spécitiques dont la nature est toute différente des accidents produits par l'air confiné, lesquels ne sont que des accidents complets d'asphyxie. On sait que dans l'acte de la respiration l'homme absorbe l'oxygène de l'air, qui se combine avec le carbone de nos aUments et de nos tissus, et qu'il rejette dans l'expiration une certaine quantité d'acide carbonique, de vapeur d'eau et de matière animale, très-facilement putrescible. 11 y a ainsi trois ou quatre pour cent d'acide carbonique dans l'air inspiré au lieu de quelques dix-millièmes qui se trouvent dans l'air pur. Quand un grand nombre d'individus se trouvent (mtassés dans un même lieu, il en résulte une altération chimique de l'air, ce que l'on appelle l'^^r confiné, dont l'influence sur l'économie n'est pas sans dangers; mais il n'en résulte pas nécessairement un miasme morbifique. Si ce miasme se développe, c'est exceptionnellement et par le fait de circonstances accessoires. M. Leblanc, dans ses analyses d'air confiné, a trouvé dans une salle de la Pitié trois millièmes d'acide carbonique, c'est-à-dire cinq fois plus que dans l'air ordinaire, et l'oxygène s'était abaissé d'une façon propoi tionnelle. A la Salpêtrière, il a trouvé dans quelques salles six et huit dix-millièmes. Dans quelques salles d'asile, à la Chambre des députés, dans les différentes salles de théâtre, la proportion d'acide carbonique a toujours été de deux, trois et quatre dix-millièmes après quelques heures d'occupation. C'est à cette modification qu'il faut rapporter les malaises qu'on éprouve dans les grandes réunions et les accidents de mort par asphyxie chez les personnes entassées dans un lieu trop étroit; mais il y a loin de là à la production des différentes maladies infectieuses qui l'ésultent de l'encombrement. Celles-ci sont la conséquence du développement de principes nouveaux que l'on désigne sous le nom de miasmes.

Les miasmes sont des émanations animales, morbides ou putrides, unies à l'air de l'atmosphère, et fournies par l'expiration pulrnonaire et l'exhalation cutanée. Constitués la matière animale, soluble et putrescible, que l'on ramasse dans la vapeur qui s'échappe des voies aériennes et dans le liquide de la sueur, ils se révèlent souvent par une odeur particulière, variable selon l'âge, le sexe, le tempérament et les maladies : c'est l'odeur des dortoirs, des casernes, des hôpitaux, où se trouvent le typhus, la variole, etc.; mais dans une foule de circonstances les miasmes existent dans l'air sans que nulle odeur annonce leur présence. Ils naissent et se propagent avec une faciUté prodigieuse; mais l'encombrement des individus dans une grande salle, dans une habitation, dans un vaisseau, dans les camps, est la condition ordinaire de leur développement. Uniquement appréciables par leurs effets, ils déterminent toujours les mêmes maladies typhiques, éruptives et pestilentielles, spécifiques de la nature du miasme générateur. Après leur développement et dans leur action sur un individu, ils se reproduisent comme les graines sur la tige avec une rapidité inouïe et en vertu d'une action inconnue dans sa nature ^ qui présente quelque analogie avec la fermentation. Leur transmission s'accomplit de différentes manières : à courte distance, dans le lieu du développement primitif, soit une chambre, une maison, une localité; ou à des distances considérables, par l'intermédiaire des vents, de l'air, des vêtements d'un individu qui n'a point subi leur influence, etc., etc. Elle est favorisée par la chaleur, l'humidité, l'électricité de l'air; mais cette action est très-bornée et souvent démentie par l'observation. Un dernier fait relatif aux miasmes, et ce n'est pas le moins curieux, ils semblent disparaître ou du moins cessent tout à coup d'exercer leur action dans le lieu même où ils ont fait tant de ravages. Pourquoi 7 on l'ignore. Le dernier cas de maladie produit par leur influence reproduit le miasme au centuple, et il n'y a pas de raison pour que l'épidémie cesse. Les miasmes ont donc une activité variable qui augmente, qui diminue selon l'occasion, et qui s'épuise en quelque sorte par de nombreuses transmissions. C'est un des points les plus litigieux de leur histoire, et sous ce rappoi't ils ressemblent aux virus fixes.

Emanations putrides. — Les miasmes formés par les émanations putrides, tout à fait différents des miasmes vivants, qui sont des produits morbides spécifiques, sont dus à la déconq)()sition des matières animales, et ils moditient profondément la composition de l'atmosphère.

Le corps des animaux morts, les fragm(înts de leur dépouille, les

* A. Ik'crjucrc'l , Traité (T hygiène, p. 171.

DES IMPr.ESSlOiNS MIASMATIQUES. 109

matières animales, quelle que soit leur nature, abandonnés sur le sol ou clans la terre, se putréiient et se décomposent par le retour de leurs éléments au réservoir commun. Sous l'influence de l'oxygène de l'air et de la réaction des éléments de la matière animale, des gaz se dé\eloppent, l'ammoniaque libre ou combiné avec l'acide carbonique et sulfhydrique, l'oxyde de carbone, l'hydrogène carboné, se mêlent à l'air avec des émanations infectes dont la nature intime ne saurait être déterminée. 11 en résulte une atmosj^hère artificielle dont l'impression sur l'organisme est souvent dangereuse, et se traduit par les maladies les plus graves.

Influence des miasmes. — Les impressions miasmatiques résultent de l'action exercée sur le système nerveux par les miasmes qui ont pénétré la peau ou la muqueuse intestinale et pulmonaire. Elles sont très-variables dans la nature et dans l'intensité de leurs effets, selon la qualité et l'activité du miasme, l'âge, le sexe, le tempérament, l'idiosyncrasie et la situation de la personne qui a subi l'impression. Elles ont lieu avec une facilité très-grande dans le jeune âge; aussi l'enfance est-elle plus disposée que d'autres à contracter toutes les maladies épidémiques. J'ai vu très-souvent, à l'hôpital, des enfants affectés de bronchite ou de diarrhée, qui ont offert successivement la scarlatine, la coqueluche, la variole, la rougeole, et une gangrène de la bouche rapidement mortelle, le tout contracté dans les salles, sous l'inlluence d'impressions miasmatiques scarlatineuses, varioliques, etc.

Les impressions miasmatiques sont très-faciles, chez les femmes, à cause de leur faiblesse, et chez les sujets dont le tempérament est mou et la constitution faible. Il y a, en outre, des personnes prédisposées, dont l'idiosyncrasie est telle, qu'elles sul)issent très-facilement l'action de tous les miasmes répandus dans l'atmosphère, et elles sont victimes de toutes les épidémies ; il y en a d'autres, au contraire, qui sont réfractairesà cette influence, et elles jouissent d'une sorte d'immunité temporaire au milieu d'une situation périlleuse pour tout le monde en général.

La misère, la débauche, la nostalgie, le chagrin, la tristesse, disposent merveilleusement l'homme à la réceptivité de ces impressions; mais il n'est aucune influence qui, sous ce rapport, puisse être comparée à celle de l'encombrement. (lette influence a pour effet la dé|)ression des forces, la formation des miasmes, dont l'influence détermine le développement de maladies très-variées, quekpiefois différentes dans la forme, mais identicpies dans leur nature. Voulez-vous riMidre des enfants malades, réunissez-les en grand nombre dans le même heu ; les crèclies, les asiles, les classes où il y a trop d'enfants, sont remplis de miasmes délétères d'où sortent les ophthalmics, les rougeoles, les co-

110 CAUSES l)ÉTERMi:SAM ES.

queluclies, etc. . etc. Voyez ce qui se passe dans les hôpitaux d'accouchement, où, trop nombreuses, les femmes engendrent le miasme des fièvres puerpérales, de l'ophthalmie purulente, de l'érésipèle des nouveaux-nés, etc.; dans les hôpitaux delà ville, où l'encombrement produit la fièvre purulente et l'absorption du pus, la pourriture d'hôpital, les gangrènes, etc., etc.; dans les camps et dans les hôpitaux militaires, où le typhus et la diathèse typhique, qui aggrave toute maladie, font tant de victimes ! Partout l'encombrement produit le miasme et la prédisposition à l'absorption du miasme ; aussi l'impression miasmatique est-elle d'autant plus facile et dangereuse qu'il y a un plus grand nombre d'individus dans le même lieu, et qu'il y règne des maladies d'une spécificité et d'une virulence plus grandes.

L'impression miasmatique reproduit toujours, chez l'individu qui la subit, la maladie génératrice du miasme absorbé. Celle des miasmes ordinaires reproduit le typhus et les différentes formes typhoïdes qui, une fois développées, se transmettent par les miasmes qu'elles engendrent. L'impression des miasmes deladyssenterie, du typhus cérébrospinal, du typhus pulmonaire, de la fièvre typhoïde, de l'érésipèle, de la pourriture d'hôpital, des gangrènes, des fièvres éruptives, etc., reproduit lidèlement la dyssenterie, la méningite cérébro-spinale, la grippe, la fièvre typhoïde, l'érésipèle, la pourriture d hôpital, les gangrènes, les varioles, les scarlatines, les rougeoles, et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. Partout enfiu l'histoire de la médecine apprend qu'une maladie, en apparence spontanée, peut jeter dans l'atmosphère des miasmes dont l'impression sur des individus encombrés se trouve être le point de départ d'une épidémie plus ou moins violente et meurtrière. Ce nestpas à Paris qu'on voit bien ces choses, quoique j'aie pu les y apprendre, mais c'est en province, dans les cainps, à la suite des armées et dans les observations médicales faites chez tous les peuples en des lieux différents, qu'on peut suivre et saisir la spécificité morbide enfermée dans l'essence invisi])le des miasmes que Thomnie sain et malade jette à chaque instant dans l'atmosphère. La plupart des maladies ont leur miasme qui, dans l'occasion et par des circonstances hygiéniques fâcheuses, peut être le germe d'une foule de maladies semblables, en un mot, d'une véritable épidémie.

Inlluence des émanations putrides — Les impressions putrides ont un effet différent de celui des impressions miasmatiques vivantes. Elles ont la spécificité de moins, et ne produisent (lu'un aiïei^^ècidl putride. Tout le monde soumis à leurinlluence ne les subit pas nécessairement. Elles ont pour réaction morbide, : l'entérite simple, la colite ou dyssenterie, la fièvre typhoïde, et quelquefois la mortinnnédiale.En 177o, au mo-

ment d'une inhumation dans T église de Saint-Salurnin, le cercueil s'ouvrit en même temps que celui d'un homme enterré onze mois auparavant, et une odeur infecte répandue dans l'atmosphère chassa tous les assistants de l'église. De cent vingt enfants qu'on préparait en ce moment pour la première communion, cent quatorze tombèrent dangereusement malades, ainsi que le curé, le vicaire, les fossoyeurs, et plus de soixante-dix autres personnes, dont dix-huit succombèrent; dans ce nombre on compte les deux ecclésiastiques, qui périrent les premiers. Il est difticile de rencontrer un plus triste et plus mémorable exemple de l'intluence des émanations putrides. C'est un véritable empoisonnement par les matières septiques, devenues volatiles par le travail de la décomposition.

Les impressions putrides produites par l'inoculation ne sont pas suivies des mêmes effets; la réaction n'est d'abord pas générale, il en résulte des plaies de mauvaise nature, et c'est après coup que surviennent les désordres généraux dans l'économie. Les blessures se cicatrisent lentement; elles se compliquent souvent d'angioleucite, de phlébite, d'abcès dans le tissu cellulaire ou les ganglions voisins, de septicémie, de résorption purulente, et, dans ce cas, la mort en est la conséquence.

Que d'hommes, parmi nos confrères et les élèves, ont déjà été les victimes de ces émanations putrides absorbées par les voies respiratoires, ou inoculées par les blessures faites dans des travaux anatomiques; et qu'il est douloureux de penser que d'autres encore pourront trouver dans cet apprentissage de la science vuie fm si pénible et si malheureuse!

E. Des impressions virulentes.

Les impressions virulentes occupent le premier rang parmi les causes déterminantes spéciales des maladies. Elles produisent les affections dites virulentes, en raison de la propriété qu'elles ont de former un poison morbide appelé virus, qui est leur caractère essentiel. Autant de virus, autant d'impressions virulentes, et autant d'impressions viridentes, autant de maladies spécifiques particulières, n'ayant rien de commun les unes avec les autres que la virulence et un certain mode de développement. Voici d'abord ce qu'il faut entendre pai' virus : le mot virus a été employé dans les acceptions les plus différentes aux diverses époques de l'humanité; c'est un mot latin qui vient de vires (forces i; il a été employé par Virgile comme synonyme de* venin.

Ille inaluiri viius serpeiilibus addidit alris.

ViRGiLK, Géorgiqtiea.

11^2 CAUSES déter:mi>amës.

D'après Serviiis, le savant commentateur de Virgile, il signifie une odeur forte ou une puissance quelconque capable d'altérer une couleur, une saveui', ou enfin de produire une altération notable, comme le ferait un venin. Pour lui, il y a des bons et des mauvais viriis. Le même fait se retrouve aussi dans la langue grecque, car le mot ojaoaax.ov signifie bon et mauvais poison, c'est-à-dire poison et remède. « Venit autem a yrxco, nam et ïllï fdoyccy.o-j médium habent^ iil est, et boniim et mahim\ »

Columelle l'emploie pour désigner une odeur et une vapeur nuisibles : Nec paludem vicinam esse oportet œdificiis, quia caloribus noxium virus ernctat'. Ovide l'applique aux émanations qui se dégagent des pestiférés ou aux émanations qui produisent la peste : pestiferum virus. Pline désigne sous ce nom, et les venins, de morsii venenato, et les écoulements des parties génitales, virus, humor qui ex genitalibus lliiit.

Pour les médecins, le mot virus a été longtemps synonyme de poison; ils l'appliquaient, dit Roclioux. à tout délétère, quelle que fût sa nature; ce n'est que lentement qu'ils sont arrivés à s'en faire une idée plus exacte et plus conforme aux principes de l'observation.

D'après M3I. Hardy et Behier^ un virus est un élément morbide, inconnu dans sa nature, mais pouvant se transmettre par l'inoculation d'un liquide qui est fourni par Féconomie infectée, et qui parait en quelque sorte le produit d'une élaboration morbide particulière. Cette définition est une des plus complètes qui aient été données. Elle indique bien la nature morbide du liquide, ce qui est nécessaire; elle fait cormaitre son origine dans une économie infectée, ses résultats, qui dépendent d'un travail palliologique spécial, et enfin sa qualité essentielle de virus, la reproduction par inoculation.

J'adopte cette définilion, qui permet de limiter facilement le nombre des vrais virus et de rejeter sans contestati(m tous les liquides, autrefois regardés comme virulents, et qui ne juésentent pas les conditions que ie viens d'indiquer. 11 me suffira, je pense, de mentionner les vn^us dartreux, tricbomalique, psorique, scrofuleux, rachitique, arthritique, rhumatismal, cancéreux, scorbutique, créations d'une époque dont il ne nous reste plus grand'chose aujourd'hui. Ces prétendus virus ne sont que des agents morbides développés dans un ou plusieurs points de l'économie, et capables de l'infecter s'ils sont résorbés, mais non suscoi)lihles de se comnuuiiquer à distance ou

* Serviiis, Notes à VinjUc.

* Columolle, liv. I, caput v, de Ile rusdcd. '^Pathologie interne, t. 1.

DES BIPRESSIO>S VIRULENTES. 113

d'être inoculés. Il n'est pas d'observation qui démontre la communication du cancer à distance, et celles de Zacutus Lusitanus, de Tulpius, de Harris, de Lassus, ne sont pas de nature à dissiper les doutes que l'on peut concevoir à cet égard ^ . Tout le monde connaît les expériences de Dupuytren sur l'inoculation du pus cancéreux et sur les résultats de la digestion de chairs cancéreuses par des chiens. On sait qu'il en résulta des troubles semblables à ceux qu'aurait occasionnés l'inoculation ou la digestion de matières septiques, mais qu'il n'y eut point production de cancer -.

Rochoux '^ a cru pouvoir réduire et limiter le nombre des virus à dix, qui sont : T le virus rabique; 2' syphilitique; o° vaccin; 4*" variolique; r,° psorique; 6° morveux; 7"* de la pustule mahgne; 8^ de la pourriture d'hôpital; {)" de la rougeole; 10° de la scarlatine; mais toute numération à cet égard est un peu hasardée. La médecine expérimentale, qui seule pourrait servir de base à ce jugement, ne renferme pas encore assez de faits relatifs à la question pour qu'on puisse la décider d'une manière définitive. Les virus sont plus nombreux qu'on ne le croit généralement, et l'avenir nous fera peut-être malheureusement encore découvrir de nouvelles maladies virulentes. Il y aura, je n'en puis douter, des additions et des retranchements à faire à la liste donnée par Rochoux; dès à présent, l'on pourrait supprimer le virus psorique ou virus de la gale, maladie contagieuse développée par le transport d'épizoaires d'un individu sur un autre, et l'on pourrait au contraire y ajouter, si l'expérience ultérieure confirme ce triste pressentiment, de nouvelles affections originaires des animaux.

Dans l'état actuel de la science, il est presque impossible de limiter le nombre des virus. On arriverait sans doute à énumérer ceux dont l'inoculation est incontestable, mais il en est un grand nombre d'autres dont l'existence est douteuse, du moins pour le présent, et qu'il ne faut admettre qu'avec réserve, puisque les résultats de l'inoculation sont incertains à leur égard.

Les virus, c'est-à-dire les agents délétères inconnus dans leur nature qu'on désigne sous ce nom, peuvent se développer spontanément dans l'organisme : tels sont le principe contagieux de la variole chez l'homme; le principe contagieux de la rage dans les animaux, où, au contraire, ils ne se manifestent qu'après une infection locale suivie de

* Monneret et Flcury, Compendium de méd., art. Cancer.

* Vi«.'l-H;iutinesnil, Sur le cancer, thèses, 1807. ^ Rochoux, art, cité.

B, — PATiioi,. Q(:n. 8

114 CAUSES DÉTERMTNAINTES .

rintbction générale des individus. Ils prennent leur origine dans un organe spécial chargé d'une sécrétion physiologique qui s'altère : c'est le fait de la rage; ou bien ils sont fournis par la peau, les muqueuses ou les tissus que ravage la maladie spécifique. Ils sont ordinairement combinés aux solides ou aux liquides animaux; on les trouve mêlés à du pus, comme dans la variole, la syphilis, la morve, la clavelée, etc., à la sérosité des boutons de vaccine; à la salive, comme dans la rage (Hertwigî; au sang (Viborg), dans les affections charbonneuses, etc., et entin à ces divers liquides desséchés et réunis en forme de croûtes. Toutefois il ne faut pas se méprendre : les croûtes et les liquides qui renferment les poisons morbides ne sont pas ces poisons euxmêmes; car ces substances ne diffèrent pas, autant que nous en puissions juger, des mêmes produits privés de qualités virulentes.

Non-seulement les virus existent incorporés à des solides et à des liquides, mais ils se mélangent aux différentes yapeurs qui proviennent de la volatilisation des liquides, et aux gaz qui s'échappent du corps de manière à former des miasmes virulents.

Les matières qui renferment les virus sont donc de plusieurs espèces : solides, liquides et gazeuses; c'est ce qu'on exprime d'une autre manière, en disant qu'il y a des virus fixes et des virus volatils. Le virus variolique chez l'homme et le virus claveleux chez le mouton peuvent se recueiUir, concentrés ou renfermés, dans la croûte d'une pustule, dans le pus sécrété par cette pustule, comme ils peuvent se répandre dans l'atmosphère, et, avec elle, propager la maladie qui leur a donné naissance. Les uns sont toujours fixes : tels les virus de la rage, du cow-pox, de la vaccine, de la syphihs; les autres sont à la fois fixes et volatils : exemple : le virus variolique.

Les uns sont, dit-on, odorants, et les autres inodores ; ainsi le virus de la variole a, dit-on, une odeur sui (jeneris; celui de la scarlatine, une odeur de vieux hareng (Heim); celui de la rougeole, une odeur douceâtre, puis aigrelette, analogue à celle qui s'échappe des plumes récemment arrachées d'une oie; le virus rabique est inodore, de même que celui de la pustule maligne, etc.

Leurs propriétés chimiques sont nulles, ou du moins ce sont celles du véhicule où ils se trouvent. Peu importe la réaction acide ou alcaline (Uis liquides virulents, la nature des gaz qui s'en échappent, et que ce soit (hi gaz hydrogène sulfuré, de l'oxyde d'azote, etc., cela n'a point d'imporlance. Il nous est également difdcile d'accepter l'opinion (Ut )1. Dubois (d'Amiens), qui paraît croire à l'influence des sels ammoniacaux que renferme le vaccin sur les qualités spécifiques de ce h(piide. Les cristaux de chlorhydrate d'ammoniaque qui s'y

trouvent n'ont pas plus d'importance, je crois, que les animalcules trouvés par d'autres patliologistes dans les liquides virulents. Vidit illa in morbillis, Langius; in peste^ Kircherus; in sijphïlïtide, llauptmannus; in petechiis, Zinglerus; in variolis^ Lusitanus et Porcellus, vermindos in serpujhiïbus (dus morbls cutaneis hic etiam vidit ^.

Les travaux modernes n'ont pas été beaucoup plus fructueux. Un instant on avait cru qu'il existait dans le pus de la blennorragie syphilitique, chez la fenmae, des infusoires d'une nature particulière; mais ils ont été trouvés dans d'autres circonstances.

Toutefois il ne serait pas exact de dire que l'emploi du microscope est inutile dans l'étude des virus; ce serait même une grande erreur, car si, avec le secours de cet instrument, on ne peut reconnaître un virus, on peut du moins éviter les méprises. Sans son usage, la nature de la gale et du favus serait encore parfaitement ignorée.

Les virus viennent du dehors ou se développent spontanément dans l'organisme. Ces derniers sont de beaucoup les moins nombreux , et les phénomènes morbides qu'ils font naître sont ai-ssi moins complexes; alors on ne rencontre jamais les accidents locaux, primitifs en quelque sorte, qui se rencontrent dans des circonstances opposées. Bien que ce fait soit contestable, et qu'on puisse, avec quelque apparence de raison, refuser d'admettre l'apparition spontanée d'une maladie virulente, il faut cependant s'incliner devant les résultats de l'observation. A ce propos, je rapporterai le fait bien curieux d'une femme autrefois vaccinée, et qui, sans être malade de la variole, sans avoir communiqué avec des personnes atteintes de cette maladie, a cependant mis au monde un enfant atteint de variole ^ :

Observation. — Une femme a été grosse deux fois : la première grossesse s'est terminée au troisième mois, et la seconde au sixième. Une troisième grossesse s'est déclarée en octobre dernier; elle est venue à terme. L'accouchement vient de se faire à la fin de juin. La femme paraissait d'une santé parfaite ; elle a mis au monde un enfant couvert de pustules varioliques confluentes : les pieds, les mains, les jambes, les cuisses, tout était envahi. La mère a été vaccinée; elle a passé tout le temps de sa tioisièmo grossesse sur une chaise longue; elle n'a pas eu de communication avec le dehors. La variole n'a pas paru dans le voisinage, cependant la variole de l'enfant était j)aifaitement caractérisée. Elle était au onzième ou douzième jour de l'irruption. Comment concilier ce fait avec les idées de la contagion -?

Les impressions virulentes ne sont généralement pas suivies d'effets immédiats, et leur réaction se fait plus on moins longtemps attendre.

* Liimée, In amœnil., Acad., t. V, Exanlhemata viva, et t. VII, Mimdus indivisibilis.

"^ Gaulle médicale, 1832, séances de l'Académie; communicntion faite par M. Dcneux.

\\{j CAUSES DÉTERMINAINTES .

Entre le moment de l'impression des virus variolique, morveux, claveleux, etc., insérés par un atome imperceptible sous l'épiderme, et le jour où une maladie spécilique les reproduit largement et dans des quantités hors de toute proportion, il s'écoule un temps plus ou moins long, variable, suivant la nature des virus. C'est là, comme on l'a dit par métaplioi e, une sorte de germination.

3131. Béliier, Hardy, Sestier et Piorry considèrent cette reproduction comme le caractère principal des virus.

Ils pénètrent dans l'organisme par les diverses voies de l'absorption, tantôt par les solutions de continuité du tégument externe, tantôt par suite du simple contact sur les muqueuses, tantôt enfin à dislance, et par un procédé que nous ne pouvons analyser. Il en est, comme je l'ai déjà dit, qui ne peuvent s'introduire chez l'homme que d'une manière, et à ce sujet j'ai cité la rage, qui succède toujours à l'inoculation, n'ignorant pas d'ailleurs le fait de Palmerius, qui vit un homme enragé transmettre la maladie à ses enfants rien que pour les avoir embrassés. (Énaux et Chaussier.) Le plus grand nombre se reproduit de toutes les manières : par inoculation artificielle ou naturelle, par contact direct des muqueuses (syphilis), ou enfin par infection à distance (variole, rougeole, etc.).

L'impression virulente se fait au moyen de l'absorption par les lymphatiques et les radicules veineuses, surtout dans les cas de solution de continuité; et, quand on pense à la rapidité avec laquelle certaines substances pénètrent dans le sang, on doit être surpris de voir tant de personnes s'exposer journellement à la contagion sans être aussitôt atteintes par l'action spéciale des virus. On se demande comment la période d'incubation de certaines maladies peut se prolonger si longtemps, et, sans que l'on puisse s'en rendre compte, il faut dire avec 31. Sestier : ^c Entre le virus variolique et la variole il y a lintermédiaire de l'économie vivante. »

La réaction qui suit l'impression virulente est plus ou moins rapide selon les virus : il en est qui modifient assez promptement l'organisme, et témoignent de leur présence au bout d'un temps déterminé, trois à quatre jours pour le vaccin (Guersant); une ou deux scptaines pour la variole; d'un à six jours pour la pustule maligne, etc.; d'autres, au contraire, séjournent quelquefois bien longtemps dans l'économie avant de révéler leur existence. Ainsi la période d'incubation du virus de la rage a été estimée de trois semaines à un an par 31. 3IénièreV Tous les médecins sont à peu près d'accord à ce sujet. On croit que le virus scyourne dans la partie inocidée, où il peut y être

* Archiv., l. XVIIL

DES IMPRESSIONS VmULE VIES. H 7

détruit par la cautérisation. Le fait est avéré, moins pour ce qui concerne la syphilis *.

Les effets des \irus varient suivant une foule de circonstances qu'il est utile de connaître, et qui sont relatives, les unes au poison morbide lui-môme, les autres à l individu soumis à l'infection. Ainsi, d'après M. le professeur Piorry, bien que les virus en se reproduisant un grand nombre de fois restent à peu prés les mêmes, il y a une sorte d'affaiblissement et d'amoindrissement dans l'énergie des accidents produits par la cause virulente. C'est, ajoute cet auteur, ce qu'on croit avoir observé pour la syphilis et pour la vaccine. Je dirai, de plus, c'est ce que l'on constate cliaque jour dans la pathologie comparée lors de l'inoculation du claveau pratiquée sur les moutons pour les préserver de la clavelée. C'est enfin ce qui a été démontré parBreschet, lorsqu'd a vu le virus rabique du chien, inoculé à des moutons, occasionner la rage chez ces animaux et perdre ensuite sa puissance vers la quinzième ou vingtième génération au point de ne plus déterminer d'accidents. Toutefois l'affaiblissement des virus par suite de générations successives ne doit pas être accepté d'une manière absolue, car il est fort possible que chez les animaux, comme chez l'homme, on puisse voir des affections virulentes bénignes donner naissance aux affections virulentes les plus graves.

Les virus sont d'autant plus actifs qu'ils sont recueillis à une époque plus voisine de l'invasion de la maladie, fait constaté par les syphihographes (Hunter), notes de M. Ricord. Ce médecin nous apprend là que le pus d'un chancre en voie de réparation cesse d'être contagieux.

Pour quelques médecins, l'activité du virus est en rapport avec la quantité de matière virulente absorbée^. Cela n'est pas absolument exact, mais c'est vrai dans quelques circonstances; ainsi veut-on modifier une variole qui commence, ce n'est pas par une seule inoculation de cow-pox qu'on y pourra réussir, quelle que soit la quantité de virus laissée dans la plaie; c'est par un grand nombre de piqûres, et avec un peu de virus déposé dans chacune, s'il peut être absorbé. La multiplicité des piqûres favorise évidemment l'absorption. On sait d'ailleurs que sur ce fait roule l'argumentation de ceux qui combatt(!nt l'inoculation de la syphilis. Ils al'tirment qu'en inoculant le pus d'un chancre primitif à un homme déjà infecté, il en

* Thèse (le Seslier.

* KiclicMii, Gaz. méd., 1835.

I Ig CAL SES DETEimiiNAM'ES.

résulte quelquefois des accidents qui n'auraient pas eu lieu sans cette circonstance. C'est une question que je ne me permets pas de résoudre.

Il Y a des virus d'une grande fixité qui gardent longtemps leurs propriétés virulentes. Les uns se conservent imprégnés sur des corps denses et solides, les métaux et le verre, et d'autres dans des étoffes et des linges. J'ai lu quelque part qu'un enfant ayant mis dans sa bouche un couteau taché depuis longtemps par le sang d'un animal enragé, s'était ainsi communiqué la rage. Le virus variolique est un de ceux qui s'altèrent le moins facilement, la mort des sujets ne lui fait rien perdre de son activité. Ozanam et M. Guérard^ rapportent des faits qui tendent à prouver que la dépouille d'individus morts de variole depuis vingt ou trente ans est encore susceptible de propager la maladie. Le virus-vaccin, au contraire, meurt avec les individus^.

La neutralisation de certains virus les uns par les autres est un fait assez rare et fort curieux. Ainsi on a rapporté plusieurs exemples de variole modifiée par la vaccine, ou de vaccine modifiée par la variole. 11 est évident pour moi, comme pour ceux qui ont vu les faits de ce genre, que ces deux maladies ont une influence abortive marquée l'une sur l'autre, et que les deux éruptions sont très -sensiblement modifiées. Il en est peut-être aussi de môme pour la rougeole et la variole; mais ici le problème n'est pas entièrement résolu, et nous trouvons quelques dissidences entre des auteurs d'une imposante autorité. Ainsi Ilunter, Hosti, Bergius, Cruikslianks et Hildenbrandt ne croient pas que ces maladies éruptives puissent se développer ensemble, et ils affirment que l'éruption variolique succède toujours à l'éruption morbilleuse. M. Rayer, au contraire, a publié des faits qui prouvent que les choses ne se passent pas toujours d'une manière aussi constante, et que, quelquefois au moins, la variole se développe sur une éru|)tion morbilleuse encore assez vive. Après tout, ce n'est pas de cela qu'il s'agit en ce moment : nous voulons savoir si , dans les cas où plusieurs fièvres éruptives apparaissent simultanément, ou se succèdent chez un même individu, il y a une influence abortive d'une de ces maladies sur l'autre. C'est ce qui paraît probable, et ce que M. Villemin a essayé de démontrer' dans le travail qu'il a pid)lié à ce sujet, et où se trouvent un gi^and nombre d'obser'vations concluantes.

Quant à l'annihilatiorr des virus par le venin de la vipère, par le

- ()/;ui;in), IlisLoire des épidémies. — Guérard, Des vihumations et des exhuma- Lions. Paris, I.S.'iS,

- MM. (jiicrsaiit cl lil.iclic, Dicl. (le wédecbie, aii. Vaccine.

DES IMriŒSSIOISS VIRULENTES. 119

SUC gastrique (Renault), parle chlorure de soude (Valli, Hildenbrandt), ce sont des faits qui rentrent dans le domaine de la thérapeutique, et j'en parlerai plus loin.

Nous ne connaissons que d'une manière bien imparfaite l'influence des prédispositions individuelles sur l'absorption des virus, et, jusqu'à ce que la science soit plus avancée à cet égard, il sera difficile d'expliquer la cause de l'immunité dont jouissent certains individus qui s'exposent et se sont exposés sans inconvénient à l'absorption des différentes matières virulentes.

Les enfants sont plus exposés que les adultes et les vieillards à l'impression des virus morbilleux etvariolique. Les hommes faibles, épuisés par les excès, par les privations de la faim, par des évacuations considérables, par l'oppression morale delà tristesse ou de la frayeur, sont, dit-on, plus exposés que d'autres à subir l'influence des matières virulentes ; on en voit un exemple dans la rage. Disons d'une manière générale qu'il y a à cet égard des idiosyncrasics naturelles €t primitives semblables à celles qu'on détermine artificiellement par l'inoculation dans certains virus. On sait, en effet, que plusieurs d'entre eux ne peuvent pénétrer qu'une seule fois dans l'organisme, et le protègent a l'avenir contre une infection de même nature.

De l'influence des impressions virulentes. — Les impressions virulentes provoquées par l'absorption d'un atome imperceptible de virus se transforment en maladies générales désignées sous le nom de maladies virulentes.

Ce sont des maladies spécifiques, et la présence du virus forme leur caractère essentiel.

Il en est un grand nombre dans lesquelles l'existence de ce poison morbide est incontestable et peut être démontrée par l'inoculation. Ce sont les maladies essentiellement virulentes.

Il en est d'autres, au contraire, qui, en raison de leurs symptômes, de leur marche, de leur développement et de diverses circonstances particulières, semblent devoir être également attribuées à la présence d'un virus dans réconomie; mais les recherches faites dans le but de recueillir ce virus et de l'inoculer sont restées incertaines : leur nature virulente reste indécise.

Ily a enfin celles dont l'action est bornée à un tissu, et qu'on pourrait croire locales : ce sont les maladies pseudo-virulentes. Les virus s'éteignent dans le lieu de leur action, sans produire d'accidents gêné raux; ils sont aux vrais virus ce que les faibles venins sont aux venins mortels.

i\ul doute (|ue l'observation ultérieure ne puisse fournir de nou-

120 CAUSES DÉTERMINAINTES.

veaux faits capables de dissiper l'incertitude que nous signalons en ce moment; mais jusque-là il faudra conserver cette subdivision de la classe des maladies virulentes.

Les MALADIES ESSENTIELLEMENT VIRULENTES sout détcrminécs par la présence d'un virus dans l'économie, et elles peuvent, à un instant donné de leur développement, se reproduire ailleurs par l'inoculation.

Si l'on jette un coup d'œil rapide sur le tableau des maladies viridentes, on voit qu'un certain nombre d'entre ellec s'observent à la fois chez l'homme et chez les animaux, et que d'autres, au contraire, sont l'exclusif et triste apanage de l'espèce humaine. L'histoire de la médecine révèle les diverses phases de cette communauté d'affections morbides, et, avec le secours delà pathologie comparée, dont l'intervention a été si heureuse pour la médecine, l'on est remonte à l'origine de plusieurs de ces maladies. 11 est à peu près impossible de bien connaître les affections virulentes de l'homme si on ne les étudie d'une manière comparative avec les maladies identiques observées chez les animaux. C'est en effet, je crois, le meilleur moyen de saisir les analogies ou de faire ressortir les différences qui existent entre elles. C'est le seul, s'il s'agit de constater les modifications imprimées à l'activité des \irus par leur transmission à des espèces animales différentes, témoin le virus rabique, qui perd successivement ses propriétés contagieuses lorsqu'on le transmet aux herbivores.

Qu'il me soit donc permis, en raison même de l'utilité de ces recherches, de faire entrer dans mon tableau de classification les maladies contagieuses virulentes des animaux. Pour la description, j'y mettrai un peu plus de réserve, et je ne ferai d'emprunts à la pathologie comparée que pour jeter sur des faits incertains les lumières de la médecine expérimentale.

Chez l'homme, les maladies virulentes, c'est-à-dire toujours inoculables, tirent leur origine, les unes de l'espèce elle-même, comme la variole, la syphilis, la rougeole, etc.; les autres des animaux, comme la vaccine, la rage, la morve, etc.; d'autres enfin se sont montrées d'une manière primitive chez l'homme et chez les animaux : telles sont les affections charbonneuses. De là trois ordres de maladies virulentes : 1° originaires de l'homme; ^" originaires des animaux; ô" communes, c'est-à-dire originaires à la fois des animaux et del'liomme. (Chacun de ces ordres est divisible en plusieurs genres, d'après un caractère important, celui de la transmissibilité ou de la non-transmissibilité j)ai' inoculation à des es})èces différentes. Ainsi la vai'iole oiiginaire de l'homme est Iransmissible à l'espèce bovine (Sun-

derland, Naiimann); la syphilis, également originaire de l'homme, peut être communiquée aux animaux. Les expériences de M. Auzias-ïurenne ont, je crois, décidé cette question d'une manière très-positive. On ne peut appeler syphilis les écoulements des organes génitaux provoqués par l'inoculation d'un pus virulent, et jamais, dans ces cas, on n'a vu les accidents constitutionnels caractéristiques de l'infection vénérienne, c'est-à-dire du passage du virus sypliiHtique dans l'économie. — Parmi les maladies virulentes originaires des animaux, il y en a de transmissibles à d'autres espèces, comme la rage, qui du chien se communique au loup et au renard; il y en a de transmissibles à l'homme : le cowpox, la morve, la rage, etc.; il y en a entin qui ne sont pas transmissibles à l'homme . telles sont la clavelée chez les moutons, le piétin et le typhus du gros bétail.

Je place ici le tableau de cette division, qui aura peut-être l'avantage de représenter ma pensée d'une manière plus nette et plus claire que je n'ai pu le faire dans ma description.

1" MALADIES ESSEiNTlELLEMENT VIRULENTES.

Tiaiisraissibles à certains ( y^^j^i^^ syphilis.

A. Maladies virulentes oripinaires de l'homme.

animaux.

Non transmissibles aux j Rougeole, scarlatine , pourriammaux. | t^^g dliôpital, etc.

Transmissibles à d'autres j r ^^^^^.^^^-^ aphteuse, etc. espèces. ( ^

B. Maladies virulentes originaires des animaux.

C. Maladies virulentes communes, c'est à-dire originaires de Vhomme ou des animaux.

Transmissibles à Thomme.

Non transmissibles à rhomme.

Cow-pox, rage, morve, farcin, pustule maligne, eaux aux jambes.

Clavelée, typhus du gros bétail, maladie aphteuse.

Maladies charbonneuses.

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