INFLUENCE DE L HEREDITE
quelle en est la cause, comment il se produit et quelles sont les circonstances qui le modifient et le détruisent.
Plusieurs hypothèses se présentent à mon esprit désireux de pénétrer la cause de l'hérédité physiologique et pathologique. Est-ce une impression ijénérative subie par l'ovule, véritable résultante des impressions séminale et ovulaire combinées, ou bien est-ce quelque chose de spécifique comme un virus, un vice humoral, une disposition organique, un germe, quelque chose de matériel enfin ^ qui passe de la semence à l'ovule, ou qui se développe dans l'ovule lui-même? Il est difficile de comprendre la matérialisation d'un phénomène aussi extraordinaire que l'hérédité à longue échéance des maladies, et vouloir emboîter dans un germe amorphe un virus, un vice humoral ou une disposition organique quelconque, c'est pousser Fanatomie pathologique à l'absurde. Encore s'il n'y avait qu'une hérédité maternelle, pourrait-on croire que la femme viciée fournit un germe vicié à son empreinte; mais il y a une hérédité paternelle, et ici, en raison de la part minime et incompréhensible accordée à l'homme dans l'acte de la fécondation, il est absolument impossible de matérialiser son influence séminale, et de faire passer, de chez lui au germe ovarique, les virus et les vices organiques dont il est affecté. Il y a enfin l'hérédité des grands parents, et pour celle-là, il faut en convenir, la transmission directe de quelque chose de matériel au germe est encore plus impossible, puisqu'ils n'ont en rien participé à sa fécondation. D'autre part, l'hérédité n'a pas lieu seulement pour les maladies virulentes, humorales et organiques, on l'observe pour de simples vices de conformation, pour la structure intérieure ou extérieure des individus, et pour leurs dispositions morales. Or peut-on supposer la transmission de quelque chose de matériel à un ovule par le père, pour lui faire une hernie, une varicocèle, un sixième doigt, ou pour le façonner à sa ressemblance, et quelquefois à celle d'un aïeul? Assurément non, et, à force de vouloir prouver que toutes les maladies sont la conséquence d'altérations organiques appréciables ou non appréciables, on arrive au point où je viens de conduire cette doctrine, c'est-à-dire à l'absurde. Les maladies héréditaires, comme les différentes conformations physiques, ne sont pas le résultat de la transmission d'un germe, qui supposerait une matière transmise, et ces maladies ne sont pas primitivement des altérations delà texture du corps, et, si elles ne sont point d'abord une altération matérielle, elles ne peuvent être constituées que par un trouble dynamique, c'est-à-dire par une modification do la force qui préside au maintien et à la conservation du corps vivant. Ce sont des impressions transformées.
78 CAU>ES PRÉDISPOSANTES LMnviDt EI.IJvS.
Je reviens ainsi à la première hypothèse qne j'ai formée ponr l'explication des causes de l'hérédité. .\e pouvant^ à l'aide d'aucun procédé optique ou chimique, saisir à l'œuvre la prémorphose humaine et les altérations qu'elle peut subir par suite des vices d'organisation et de conformation des parents, je m'attache au fait expérimental dont l'existence ne peut m être contestée. Une double impression généra tive a lieu dans la fécondation ; à la suite de cette impression se développe un être bien ou mal conformé, fort ou faible, d'un sang pur ou vicié, atteint plus tard de goutte, de syphilis, de scrofules, de dartres, d'aliénation mentale, comme ses parents, et j'attribue à cette impulsion primitive l'origine de l'aptitude au développement ultérieur des maladies de famille. Entre cette impression et les aptitudes morbifiques le rapport est assez constant pour être transformé en loi; cela me suffit pour y voir une cause expérimentale formelle, dont il ne reste plus qu'à dédéterminer les conditions de manifestation à l'aide de l'expérience. De cette manière on est dispensé de recourir à l'invention d'êtres matériels imaginaires, dont il serait difficile de prouver l'existence et surtout le passage des parents à leurs enfants.
De Y impression générutive sort la vie et avec elle la prémorphose de la matière, distincte selon les races, les espèces, les variétés des êtres vivants, et chez l'homme selon ses variétés, son tempérament, ses vices organiques et ses diathèses. Cum nempe yenitura ab omnibus cor paris 'procédât, a sanis sana, a morbosis morbosa... dit Hippocrate. Elle produit chez les enfants, soit une maladie héréditaire, mortelle avant la naissance ou constatée à ce moment, et ailleurs des maladies héréditaires à longvie échéance qui ne doivent paraître qu'au bout de plusieurs jours, de plusieurs mois et même de plusieurs années. Il en est qui ne se montrent qu'à l'âge de cinquante ou soixante ans.
La syphilis héréditaire tue souvent les enfants dans le sein de leur mère et provoque l'avorte m en t.
La même syphilis héréditaire apparaît quinze jours, six mois, trois ans après la naissance.
La scrofule; se montre au boutde plusieurs mois et de plusieurs années.
C'est dans la période moyenne de la vie ([ue viennent les coliques néphrétiques, l'ahéualion merdale, la goutte, etc., etc.
A la vieillesse enfin appartient l'apoplexie céiébrale.
\J impression (jénérutive ^ envisagée comme cause prédisposante morbifique, prochiit donc au moins autant d'aptitudes moi'bides et d'idiosyncrasies ([ue de mahidies confirmées. En effet, ce qu'elle laisse au sein des êtres y peut somrneilh'r vingt, trenh; ou quarante ans, ne jamais éclore, si les circonshuices exléri(nires s'y opposent, et. pendant
1XFI1E>CE DE l'hérédité. 79
ce laps de temps, il n'y a évidemment qn'une aptitude morbide et point de maladie. Cet état diathésique, latent pendant de longues années, ajoute encore à ce qu'il y a de merveilleux dans la transmission héréditaire de la forme des organes et des maladies. Pourquoi un enfant n'arrive-t-il à ressembler à son père qu'à vingt ans, et pourquoi n'est-il aliéné comme sa mère qu'à trente? Ce sont autant de questions insolubles, et il faut se contenter d'établir le fait de l'aptitude héréditaire, préalable au développement des maladies de famille.
L'impression généra tive est d'autant plus certainement suivie d'effets morbides, que les parents sont plus avancés en âge, et les maladies héréditaires se développent souvent à la même époque de la vie que chez leurs auteurs.
Quelques personnes ont dit que les enfants n'héritaient point des maladies de leurs père et mère quand ils étaient conçus avant le développement de ces maladies chez leurs générateurs. Cela n'est pas exact en général. Ainsi j'ai vu des parents perdre leurs enfants et leurs petits-enfants de phthisie ou de maladies scrofuleuses, sans qu'on en soupçonnât l'origine héréditaire, lorsque tout à coup la mère, prise d'hémoptysie à soixante-cinq ans, mourut en quelques mois d'une maladie de poitrine. J'ai connu un colosse, le concierge de la Charité de Paris, haut de six pieds et lourd de plus de cent kilogrammes, qui a perdu ses deux fdles de phthisie pulmonaire à vingt-cinq et trente ans, et qui est mort après elles d'hémoptysie et de phthisie tuberculeuse. Je cite ces faits, qui me sont personnels, pour appuyer tous ceux qui sont dans la mémoire de chaque médecin. Les enfants ont plus de chances pour échapper aux maladies transmissibles par l'impression générative lorsqu'ils sont conçus avant le développement de la maladie chez leurs parents et qu'on peut considérer le mal comme accidentel et acquis par la débauche. Il est évident que le podagrisme acquis par les excès de table après la naissance d'un enfant ne peut influer sur sa santé, ni le prédisposer au développement de cette diathèse.
On a beaucoup discuté pour savoir laquelle des deux impressions génératives, paternelle ou maternelle, avait le plus de force pour donner l'impulsion régulière ou viciée à l'ovule; mais les théories exclusives sur ce point ne peuvent résister à l'autorité des observations particulières. La part du père et de la mère est sans doute variable, mais elle est également certaine; la proportion seule diffère et n'a pu encore être déterminée par aucun observateur.
Voici, d'après M. V, Lucas^ les règles que l'on pourrait établira cet égard :
Traite de ^hérédité dans les états de saule et de maladie.
80 CAUSES PRÉDISPOSA?sTES IMUVIDUELLES.
« 1*" Dans l'ordre régulier de transmission séminale, toutes les maladies exclusives au sexe mâle seront généralement propagées par les pères aux seuls produits mâles; toutes les maladies exclusives au sexe femelle seront généralement propagées par les mères aux seuls produits femelles.
« 2° Toutes les maladies communes aux deux sexes, mais qui, de leur nature, prédominent dans le sexe mâle ou dans le sexe femelle, seront généralement, dans le premier cas, plus fréquemment transmissibles aux mâles, et, dans le second, plus fréquemment transmissibles aux femelles.
« 5^ Les maladies communes et d'une fréquence égale entre les deux sexes seront également et indistinctement transmises aux produits des deux sexes, à moins peut-être que les pères ne transmettent de préférence aux mâles celles qui proviennent nativement des pères, et les mères aux femelles celles qui proviennent nativement des mères. »
h' impression (jénérative morbilique peut être directe et provenir du père ou de la mère; seulement c'est tantôt l'un et tantôt l'autre des parents qui prédomine dans le produit.
L'impression cjénérative est indirecte quand elle vient de l'aïeul, des grands-oncles, des oncles ou des cousins, et que le produit rappelle par sa forme ou ses maladies la constitution de la branche collatérale. Ainsi on observe souvent des ressemblances, des monstruosités et même des maladies entre des oncles et des neveux, des cousins, des cousines, etc. C'est aussi une impression (jénérative indirecte que celle qui traverse une génération à l'état d'aptitude, pour n'éclore qu'à la génération suivante, et ici les enfants ne ressemblent pas à leurs parents, mais à leurs grands parents. Je connais une jeune personne de vingt ans, qui est le portrait frapi)ant de son grand-père, et qui a eu comme lui im eczéma du dos delà main. Cette jeune personne ne ressemble en rien à son père et à sa mère. C'est cette condition, connue sous le nom d'atavisme^ qui ramène des enfants blancs chez des mulâtres, ou même chez des nègres qui ont des blancs dans leurs auteurs.
Je rapporte à l'impression générative directe les faits que M. Lucas range sous le titre particulier altéré dite par influence. On sait en effet, d'après d'anciennes observations contrôlées récemment par M. Harvey, qu'une jument, saillie par un zèbre, donne un mulet zébré et plus tard des j)roduits tenant encore du zèbre, bien (\\m la fécondalion soit opérée par un étalon vigoureux. Ainsi Dnreau de la Malle a vu en Angleterre une jumcnit, issue au sixième degré d'un étalon arabe, qui eut d'un couagga mâle im métis presque entièrement sendjlable à son père. La même jument fut ensuite unie deux fois en trois ans avec nn cheval
INFLUENCE DE l' HÉRÉDITÉ, 81
anglais; elle donna la première fois un métis rapproché du couagga, et, la seconde fois, le produit ressembla tellement au couagga, qu'il était impossible de l'en distinguer. Des chiennes, une fois accouplées avec des chiens de race étrangère, donnent, toutes les fois qu'on les accouple avec d'autres chiens, des produits parmi lesquels il s'en trouve un appartenant à la race du premier qui les a fécondées- Des femmes veuves, ayant eu un enfant, ont quelquefois dans un second mariage des enfants qui ressemblent à leur premier mari. Il faut voir dans ces faits la preuve de l'influence considérable exercée par la fécondation sur la constitution de la femme, et une sorte d'inoculation de la vitalité, du tempérament et de la manière d'être de l'homme. C'est peutêtre ainsi que se transmettent à la femme certaines diathèses, telles que le scrofulisme, le syphilisme, l'herpétisme, etc. Il n'est pas rare en effet de voir mourir de phthisie des femmes ayant été fécondées par un mari phthisique. Quoi qu'il en soit, si l'impression générative donne à un produit les caractères extérieurs, les aptitudes morbides et la maladie d'un premier conjoint qui n'existe plus , il faut que l'influence maternelle, déjà corrompue par une première fécondation, ait conservé ses propriétés délétères, preuve évidente de la contamination des femmes par les vices organiques de leurs maris. C'est une impression générative directe , et il n'y a pas là de motifs suffisants pour établir la classe des hérédités par influence.
La transmission héréditaire des aptitudes morbides et des maladies se fait donc d'une manière directe par les parents ou d'une manière i?idirecteipd.r les branches collatérales. Cette transmission n'est pas constante, et le fait, quoique certain, n'a rien d'absolu. Par cela même qu'elle résulte d'une double impression générative, qui est de nature semblable ou différente, son apparition peut être retardée ou modiiiée. Ainsi l'impression générative de deux phthisiques engendre le scrofulisme ou diathèse scrofuleuse et des accidents morbides rapidement suivis de mort. L'impression générative d'un homme pléthorique et d'une phthisique peut donner un produit qui tienne plus du père que de la mère, et un vice organique peut ainsi être modifié, amoindri par la bonne constitution de l'un des conjoints. C'est ainsi que peuvent quelquefois s'éteindre certaines prédispositions héréditaires.
Une foule de circonstances modifient l'impulsion première donnée à l'œuf humain par la fécondation, et peuvent aggraver, détruire ou modihcr les aptitudes morbides héréditaires; je veux parler des influences du temps, de la condition sociale, du climat, des lieux, de l'alimentation, etc. Or toutes ces influences sont isolément capables de modilier l'organisme et de produire des aptitudes nouvelles, avantageuses ou
li. — PATHOL. GÉN. 6
82 CAUSES PRÉDISPOSÂMES INDIVIDUELLES.
nuisibles. Elles aggravent celles que riiérédité a produites lorsqu'elles sont de même nature; elles les détruisent dans quelques cas, au contraire, lorsqu'elles sont d'une nature opposée. Si l'action d'un climat froid, de lieux humides, sombres, et d'une alimentation insuffisante vient s'ajouter au lymphatisme héréditaire, tout est perdu; mais, si, au contraire, on essaye de combattre cette aptitude i)ar le séjour dans les pays chauds, sur les lieux élevés et par une bonne alimentation , on aura quelques chances de la modifier ou peut-être même de la détruire. Que d'individus de nos climats, prédisposés par leur origine à la phthisie pulmonaire, ont ainsi échappé à la mort par l'émigration dans les régions chaudes du globe! J'en dirai autant de la disposition héréditaire au podagrisme , qui peut être de bonne heure modifiée et détruite par le régime végétal ou lacté ; de la pléthore héréditaire et d'une foule d'autres diathèses qu'une hygiène bien entendue arrive souvent à modilier de la manière la plus avantageuse.
L'impression générative n'est donc pas nécessairement et fatalement suivie du développement des diathèses observées chez les ascendants et les collatéraux. Sans cela, le monde finirait dans une corruption rapide et immédiate. Une foule d'intluences en contrarient le développement; ce sont: r l'alliance avec une personne saine ou d'une diathèse différente; 2° l'épuisement, après plusieurs générations, de l'activité des aptitudes et diathèses; nous en avons tous les jours des exemples dans l'affaiblissement des virus, vaccin et syphilitique, par leurs générations successives. On a été obligé de revenir au cow-pox, ce qu'il faudrait faire chaque année, et la syphilis est loin d'avoir dans notre climat l'activité qu'elle a eue à son origine; 3" l'inlluence de l'éducation physique et morale, de l'air, des lieux, du climat, du régime, de la condition sociale, des institutions politiques, etc.; 4° l'influence du grand nombre sur le petit nombre, principe (ï hérédité découvert par M. P. Lucas, très-vrai en ce qui touche à l'hérédité pJiysiologique, mais encore peu démontré pour riiérédité des maladies. En effet, toutes chances égales entre deux races croisées, quel que soit le se.xe qui les personnifie dans la génération, la lace représentée par le plus grand nombre doit dominer d'aboi'd et bientôt absoiber la race représentée parle plus petit nombre. A nombre éijul. (it sur le sol dont elle est le produit, toutes chances égales d'ailleurs, la race indigène linit pai' dominci' et bientôt absorlxM- la race venue d'un climat différent. Ainsi supposez des nègres, hommes on femmes, venant s'allier dans une nation blanche, ou des blancs, hommes ou femmes, venant s'allier dans une nation noire; au bont d'nn certain temps h)ntcs les traces ^\\\ nègre ou du blanc auront disparu. En est-il de même en pathologie, et le grand nombre des
CAUSES DÉTERMl.NAiNTES. 83
diatlièses d'un pays doit-il se généraliser en absorbant les diathèses différentes en petit nombre qui viennent s'y allier? Cela est possible. La science n'a rien entrepris pour la vérification de ce fait. Toutefois il faut dire que c'est peut-être là une des causes de la multiplicité de l'herpétisme, des scrofules, des hémorragies, dans certains climats, indépendamment de l'action endémique des agents du sol et des autres circonstances accessoires qui engendrent ces maladies.
5° Causes déterminamis.
Les causes prédisposantes générales et individuelles dont l'impression favorise le développement des maladies, par la création d'aptitudes particulières et de prédispositions spéciales, ne font souvent que préparer le sol où germent les semences morbides fécondées par des causes déterminantes ultérieures. En d'autres termes, la cause prédisposante morbifique prépare ce que les causes déterminantes font apparaître au dehors. Ces deux ordres de causes se confondent souvent l'un dans l'autre; il est très-souvent difficile de les distinguer; mais, dans la généralité des cas, lem^ existence séparée est très-réelle, et cette distinction d'éliologie extrêmement précieuse doit être maintenue.
Je donne le nom de causes déterminantes morbifiques à toutes celles dont l'action et rinq:)ression sur le corps provoquent le développenienl immédiat des maladies. On les appelle aussi causes occasionnelles, suffisantes ou efficientes. Elles sont très-nombreuses, et comprennent toutes les causes morales, mécaniques, traumatiques, chimiques; toutes les causes spéciales et spécifiques, })0isons, venins, miasmes, virus, qui agissent à l'extérieur et à l'intérieur du corps humain. Quelques-unes sont à la fois prédisposantes et déterminantes. Ainsi l'habitude de rester debout prédispose au développement des varices, mais mie station verticale troj) prolongée augmente leur volume et peut faire naître une phlébite. L'ivrognerie prédispose au delirium tremens, qu'une dernière débauche fait éclater, alors que, toute seule, elle n'eût pas siifti à produire ce résultat. Le froid est, en même temps, cause prédisposante et déterminante du rhumatisme, etc. Ordinairement les causes déterminantes ont un mode d'action spécial qui montre leur influence positivement occasionnelle. C'est là leur vrai caractère.
Il faut les diviser, d'après leur nature et leur manière d'agir, en plusieurs classes : les causes détermimtntes communes et les causes déterminantes spéciales et spécifiques, qui comprennent les poisons, les venins, les miasmes et les virus.
Les causes déterminantes sont celles qui peuvent produire indiffé-
84 CAUSES DÉTERMINAISTES.
remmeiit plusieurs états morbides sans les déterminer toujours en pareille circonstance. Ainsi le froid, qui produit une angine, ne la produira pas toujours, et peut aussi bien provoquer l'apparition d'une broncliite, d'une pleurésie, d'une péritonite ou d'une néphrite albumineuse. L'ivresse alcoolique produit aussi bien l'entérite que l'encéphalite ou la cirrhose du foie ; la frayeur amène aussi bien la syncope que des convulsions, ou la chlorose et la folie, hes causes déterminantes sont aussi nombreuses que variées. Ce sont, par exemple, les impressions morales, J^elles que la joie excessive, la terreur, les fortes contentions d'esprit, etc. J'ai connu un vieillard de quatre-vingts ans, prédisposé sans doute à l'hémorragie cérébrale, et qui, arrêté au seuil de sa porte, pour laisser passer devant lui le cercueil de sa femme, pour l'inhumation, fut tellement ému, qu'il tomba frappé d'apoplexie. J'ai vu, chez une jeune fille pléthorique, la chlorose la mieux caractérisée apparaître le lendemain de son mariage, par suite de la surprise des approches conjugales, etc. La fatigue excessive amenant la paralysie ; les efforts de la voix produisant une aphonie , la course en face du vent provoquant les accès d'asthme, sont des causes déterminantes. Il en est de même de la rétrocession des exanthèmes fébriles, ou chroniques, telles que les fièvres éruptives, les scrofulidcs cutanées, les maladies herpétiques, ou la suppression de vésicatoires longtemps conservés chez un malade; — de la suppression subite des sueurs, des règles, du lait; — des excès de régime et des abus d'alimentation; — de l'usage exagéré des alcooliques et des condiments ; — de la mauvaise qualité des aliments et des boissons ; — de l'impression de l'air très-chSud, de l'impression du froid extérieurement d'une manière générale, ou localement sur une partie circonscrite; — des brusques transitions de température; — de l'humidité et de l'immersion dans l'eau; — des contusions dans leurs rapj)orts avec les nosorganies cancéreuses externes, — de l'inflammation dans SCS rapports avec le tubercule; — de corps étrangers introduits dans les viscères, bronches, intestins et autres tissus; — des chutes, qui peuvent faire une contusion, luie fracture ou une luxalion : — des contusions et blessures faites par des instruments tranchants et contondants, etc., etc., etc. Je m'ariêtc ici dans cette énumératiqn, qui pouiiait m'entraincr trop loin, et qui sufht au but que je me suis juoposé : h\ démonstration de l'existence des causes déterminantes vulgaires.
Les causes déterminantes spéciales et spécifiques sont, au contraire, celles dont l'inqnession morbilique est presque toujours suivie du développement de maladies déterminées de même nature, avec leurs
DES IMPllESSlOiNS MORALES. 85
symptômes à peu près semblables. Tous les coups, toutes les contusions, les écorchures et les blessures, par instruments piquants, tranchants et contondants, sont autant de causes déterminantes spéciales d'ecchymose, d'abcès, d'adénite ou de blessures d'une nature et d'une forme absolument déterminées, en rapport avec la nature de la cause spéciale morbili que. La compression des jambes est une cause déterminante spéciale de varices ; il en est de même de l'absorption des gaz non respirables et des vapeurs toxiques éthérées; — de l'usage de certains aliments; — de l'action des caustiques; — de la présence des épizoaires, des entozoaires, des épiphytes et des entophytes; — de l'action des différents venins et poisons; — de l'impression des miasmes, des virus, etc.
Parmi ces causes, il en est un certain nombre dont la nature et le mode d'action méritent d'être étudiés avec soin. Ce sont les impressions morales, les impressions vénéneuses, venimeuses, miasmatiques et virulentes .
A. Des impressions morales.
Mens agitai molem.
Les impressions morales sont, à la fois, des causes déterminantes morbifiques spéciales et des causes prédisposantes générales de maladie. Leur nature et l'idiosyncrasie des individus déterminent la variété de leurs effets, car tantôt leur action est immédiatement suivie de la réaction morbide, et tantôt, au contraire, cette réaction est éloignée, variable et incertaine. D'autre part, cette réaction, en rapport avec la même impression morale, n'a rien de constant, puisqu'on voit se produire sous l'influence d'impressions du même genre, ici des accidents morbides du système nerveux, tels que des névroses, et ailleurs des accidents de nature différente dans le système circulatoire, la fièvre par exemple.
Sous le rapport de leur nature, les impressions morales peuvent être divisées en deux classes, qui correspondent assez bien à une double action, différente et opposée sur l'organisme. Ce sont les impressions morales agréables ou excitatrices, et les impressions morales tristes ou dépressives, qui représentent bien l'effet des passions dépressives et expansives dont elles sont la conséquence ordinaire. Celles-ci sont, beaucoup plus souvent que les autres, le point de départ des maladies, mais les unes et les anti'cs produisent des accidents primitifs et des accidents secondaires. Us ont pour cause la perturbation nerveuse et poui* siège tous les appareils organiques indistinctement, mais plus particulièrement le cerveau, le cœur, les poumons, les viscères de la digestion et les différents oi-ganes sécréteurs. Paitoul, et on ne saurait conqu'en-
80 CAUSES DÉTERMirsAlNTES .
dre qu'il en soit autrement, la modification nerveuse est primitive; mais instantanément, dans un espace de temps inappréciable, ou plus tardivement, arrivent les lésions organiques qui en sont la consé-. quence. De l'impression résulte donc, par une sorte de transformation spéciale, une maladie immédiate ou secondaire; c'est une impression morale produisant une impression organique ultérieurement transformée.
Dans certains cas, il n'y a point de temps intermédiaire entre la cause et l'effet, et le résultat suit de si près l'influence de l'impression morale, qu'il n'y a pas de doute sur l'origine des accidents morbides. Le système nerveux réagit sur l'impression qu'il a reçue, et on voit son ébranlement, localisé dans un des organes dont il coordonne les fonctions, se traduire ici sur le cœur par une syncope, ailleurs par une paralysie générale ou des secousses convulsives, par des sueurs froides, par la suspension du flux salivaire, etc., etc. Ces faits sont acceptés de tout le monde. Il n'en est pas tout à fait de même de ceux dans lesquels l'impression morale, longtemps prolongée, modifie lentement les fonctions et fait éclater, dans un appareil quelconque, une lésion organique plus ou moins grave. Comme alors le rapport de causalité est difficile à saisir, que l'observation grossière ne le montre pas d'une manière évidente, que des causes occasionnelles intercurrentes peuvent également être invoquées dans la production du mal, et qu'il faut avoir recours à la raison pour suivre les traces de l'impression morbifi({ue, quelques médecins nient ces faits et les relèguent dans la catégorie des faits imaginaires dont il ne faut pas s'occuper. C'est une grande erreur qu'il importe de détruire et qui a tous les jours les plus fâcheuses conséquences en médecine.
Les impressions morales subites et violentes exercent une influence immédiate, pertiu'batrice très-marquée sur les fonctions nerveuses, dont elles iiiterj^ompent totalement ou modifient l'exercice. On succombe réellement de frayeur ou de joie j)ar la suspension absolue de l'action nerveuse, et cela est souvent arrivé à des sujets très-robustes, sans que la nécropsie ait pernjis de constater la présence d'aucune lésion organique, (^est de joie (jue durent succomber Diagoras et Sophocle; : le premier en apprenant que ses trois flls avaient été vainqueurs aux jeux olympiques, et l'autre en y recevant la couronne, à laquelle son âge avancé ne devait plus hii laisser l'espérance de prétendre. — Toiih's les névi'oses, et pi'in('ii)alenient l'hystérie, la catalepsie, l'éclampsie, l'épilepsie et l'hychopliobie, se développent par la même inllnence. Les auteurs sont remplis de faits de ce genre, et, quand rnènie on en voudrait récuser un certain nombre, il en restera
DES BIPRESSIOINS MORALES. 87
toujours assez pour entraîner la conviction. La frayeur rend épileptique; J. Frank, Esquirol, Georget, Bonchet et Cazanvieilh, Beau, etc., ont apporté des faits à l'appui de cette assertion, établie sur une statistique récente du dernier de ces médecins, dans laquelle on voit F impression de la peur constatée 191 fois sur 381 cas d'épilepsie.
Une liydrophobie mortelle est souvent la suite d'une impression morale, onde l'impression de frayeur causée par la morsure d'un chien en bonne santé. On a cité partout le fait d'un homme mordu par un chien qu'il ne savait pas être enragé, et qui, sans préoccupation de cet accident, partit pour l'Amérique, où il resta vingt ans. A son retour, il apprit que le chien qui l'avait mordu était devenu enragé. Frappé de cette idée que le virus pouvait n'avoir pas perdu son action, il tomba malade et mourut bientôt avec tous les symptômes de la rage. A moins d'admettre que, dans ce cas, la maladie a eu une incubation de vingt années, ce qui est impossible, il faut croire qu'elle a été le résultat d'une simple perturbation nerveuse, ce qui n'est pas moins extraordinane. On rapporte également le fait curieux d'un domestique anglais qui, pour avoir lu dans un journal le récit d'une mort horrible causée par la moisure d'un chien enragé, se trouva immédiatement atteint luimême d'hydrophobie, et ne fut sauvé que par les soins les plus attentifs\
Certaines paralysies des membres, la suspension des mouvements de la langue, se montrent subitement sous l'influence de la peur, qui aiiéantit toute action nerveuse. Chacun sait que la terreur paralyse, que les membres refusent le service à qui veut fuir et que les cris d'alarme sont en quelque sorte impossibles. Cette paralysie est momentanée ou durable. J'ai vu en 1849, le 8 mai, à F Hôtel-Dieu, dans le service de M. Rostan, dont j'étais le chef de clinique, une petite lille de onze ans, nommée Louise Praquin, qu'une fray(|îur excessive, causée par une tentative de viol , avait rendue muette et paràlyti que des quatre membres. Cette enfant venait de la province. Pendant deux mois, tout avait été mis en œuvre par les médecins de la localité et des environs pour guér'ir cette maladie, mais tout était resté infructueux. Désespéré, le père voulut amener son enfant à Paris. Celle-ci, qui n'entendait parler de la gi'ande ville, de ses médecins et de l'Hôtel-Dieu, que dans les termes les plus pompeux, rendus plus saisissants pour elle en raison de son âge, qui grandit tout, arriva pleine de foi à FHôtel-Dieu y chercher sa guérison. Le soir, je la vis muette et paralytique, et elle était encore telle le lendemain matin à la visite de M. Rostan. Dans la journée, elle commença à parhîr. Le joui* d'api'ès, eJhî commençait à remuer les jambes, et, au troisième jour, elle marchait dans les salles,
* F<'iidit('rslcl)(ii, Hyçjiéiic ynoralc, \) 50.
complètement guérie. Sa foi l'avait sauvée. Une impressiqji morale vive, de nature différente, lui avait, à quelques mois de distance ^ enlevé et rendu l'usage des membres et de la langue.
A cette histoire je veux en joindre une autre non moins curieuse, et dans laquelle un simple effort d'imagination, l'espérance de guérir, a fait le miracle de la disparition subite d'une paralysie de la langue. Je l'emprunte au charmant petit livre du baron Feuchtersleben ^ : « Un médecin anglais donnait ses soins à un homme depuis longtemps atteint d'une paralysie à la langue et que nul traitement n'avait pu guérir. Il voulut essayer sur ce malade un instrument de son invention, dont il se promettait un excellent résultat. Avant de procéder à l'opération, il lui introduit dans la bouche un thermomètre de poche. Le malade s'imagine que c'est là l'instrument sauveur; au bout de quelques minutes, il s'écrie, plein de joie, qu'il peut remuer librement la langue. »
Les paralysies du sentiment, l'analgésie en particulier, sont le résultat de l'exaltation des idées, du fanatisme religieux ou politique et des fortes préoccupations de l'esprit. On sait qu'Archimède reçut le coup mortel sans se plaindre, préoccupé qu'il était par la solution d'un important problème de mathématiques.
Au reste, si les paralysies peuvent être la conséquence d'impressions morales subites et violentes, la cause qui les engendre leur sert quelquefois de remède. On cite des faits de paralytiques abandonnés chez eux au moment d'un incendie, et qui, dans leur terreur, ont trouvé tout à coup assez de force pour se lever et courir, dans le but d'échapper au danger qui les menaçait.
Dans le tremblement de terre de Lyon, en 1855, au moment de la secousse, une femme paralysée de la langue eut si peur, qu'elle appela son mari pour le faire venir à son secours. Pareille influence a été constatée par Pinel sur la marche d'une foule de maladies chroniques qui se sont trouvées guéries par l'impression des événements politiques de la première Révolution française. Bien des gens occupés à se soigner pour des affections chroniques qu'ils croyaient bien dangereuses, incurables peut-être, n'ont eu que la peine d'oubhcr leur mal en songeant à sauver leur tète.
La colère, l'effroi, le saisissement, la joie immodérée, les violents chagriîis, troublent non-seulement les fonctions nerveuses, mais encore produis(Mit dans l'organe encéphalique des désordres appréciables pour le scalpel. Ils déterminent innnédiatementles congestions cérébrales, les hémorragies (ki cerveau, la manie aiguë, la monomarrie et la dé-
* Ilygic)ie de Vûme, Paris, 18r)i, p.igeoS.
mence. J'ai connu, en 1848, une jeune femme, fiancée à un représentant du peuple, qui devint folle et mourut en dix jours de manie aiguë à la nouvelle de son mariage rompu et de l'alliance contractée par son futur avec une autre personne. On n'a qu'à voir l'état d'exaltation nocturne des jeunes enfants à qui l'on a montré dans le jour un grand spectacle, nouveau pour eux, et l'on aura l'idée des désordres qui peuvent résulter de la perturbation des impressions morales subites et un peu vives.
C'est probablement par l'intermédiaire du système nerveux et par un mécanisme certainement inconnu que le sang s'altère à la suite des impressions morales vives ou lentes et continues. Sa température augmente dans un accès de colère comme dans un accès de fièvre, et, d'après Borelli, qui a fait cette découverte, on a raison de dire que cette passion échauffe le sang. Une grande frayeur, une peine subite, produisent quelquefois instantanément l'hydrémie et l'aglobulie, c'est-ndire la chlorose, et, à de plus longues distances, le scorbut, le typhus, etc. « Que la colère vienne enflammer souvent des tempéraments bilieux et ardents, les voilà disposés, dit Galien\ à des fièvres aiguës, comme à la synoque putride. » Tout fe monde connaît F influence de la nostalgie et du chagrin sur la production de la fièvre typhoïde, et souvent, à Paris même, on a l'occasion de voir des faits de ce genre. C'est là, avec l'encombrement, une des causes les plus fréquentes de cette maladie.
Les impressions morales vives, quelle que soit leur nature, agissent immédiatement sur le cœur et sur les vaisseaux, par l'intermédiaire du système nerveux, en produisant la coloration rouge de la peau du visage, de violentes palpitations douloureuses, la syncope, la formation de caillots dans le cœur, la rupture du cœur ou de l'aorte, et la mort; mais cela est infiniment rare. Elles occasionnent aussi la rupture des vaisseaux artériels du cerveau, du poumon, de l'utérus, de la vessie, de la prostate^, et forment des hémorragies cérébrales, pulmonaires, utérines, vésicales et prostatiques. Quant aux effets, éloignés par l'hypertrophie et les lésions valvulaires du cœur, j'en parlerai plus loin à propos des accidents secondaires des impressions morales. Ici, qu'il me suffise de rapporter le fait suivant ^ : un homme souffrait beaucoup du caractère tyrannique et acariâtre de sa femme, et, quand il était en sa présence, il éprouvait une dyspnée semi-asphyxique ; le pouls était petit, les battements du cœur faibles, incomplets; cet
* De Sanitalc Inenda, en p. vi.
2 Ciihynis, lUipports dupUysùiîieetmoral de T/iOînme, p. 582,8° édit. Paris, 1844.
' Larivière, thèse 1855.
90 CAUSES DÉTEUMLNA.NTES.
organe, à demi paralysé, ne pouvait lutter contre la résistance de la colonne sanguine qui presse contre les valvules. L'arrivée d'un tiers dans ce tête-à-tête, en distrayant l'attention du mari, le soulageait, et peu à peu l'énergie du cœur reprenait le dessus. Au bout de quinze jours de cet état nerveux, qui apportait un si grand trouble à la circulation, cet homme mourut d'apopb^xic^ pulmonaire.
Les effets immédiats des impressions morales vives sur l'appareil digestif sont très-nombreux. La digestion s'interrompt quelquefois, et cela est en i\^pport avec la sécheresse de la muqueuse stomacale et la cessation de la sécrétion du suc gastrique, comme on peut s'en assurer dans les cas de lîstide stomacale sur l'homme et sur le chien, lorsqu'on les fait souffrir d'une manière (pielconque. L'estomac se contracte et il rejette les matières qu'il renferme dans son intérieur. Il y a indigestion. L'intestin se contracte également, et les follicules y jettent des mucosités en telle abondance, qu'il en résulte de la diarrhée. L'influence de la peur à cet égard est une chose proverbiale et vraie. C'est à ce point que, dans les dernières épidémies cholériques, quantité de personnes ont été sérieusement malades de la peur que leur donnaient quelques-uns des symptômes du choléra, ce que l'on pourrait appeler cholérophobie. Un médecin militaire de l'armée d'Orient a, dit-on, fort heureusement exploité celte idée. Voyant arriver à l'ambulance des cholériques qu'il ne croyait pas très-malades, il les souffleta en les accablant d'injures, en les traitant de lâches fuyant le danger, et il les renvoya au corps d'où ils venaient, conq)létement guéris, ajoute-t-on, par cethî violente impression morale.
J)aïis les glandes, les impressions morales vives produisent des effets immédiats non moins évidents et non moins constants.
Les urines se secTètenten tiès-grande (piantité (^t soUicitentpar d'impérieux besoins la nécessité de fréquerds épancliements.
La bile, devenue tout à cou]) plus abondante^, ne p(^ut couler assez vite dans l'intestin par un corHlni! toujours excessivement étroit, et, refoulée ou maintenue dans le foie, elle passe dans le sang et forme ces jaunisses ou ces ictères dont le développement rapide étonne toujours le médecin le plus (expérimenté.
Les glandes d(i la sueur inondeid la peau d'un rK[nide froid et visqueux.
Les glandes sali va ires cessent quehpiefois lem* ac'tion au moment de la frayeui', et il en résulte ime grande sécheressi^ de la bouche et im end)aiTas prononcé delà j)arole; au contiaire elles sécrèterd nue abondante quaidité de salive dans la colère ; on dit écumer de rage, et ce dicton est à demi coniirmé par l'expérience, (jui semble accorder à la salive d'un honnne irrité des propriétés virulerd(es analogiresà celles
•de la bave des animaux enragés. Le Cat dit avoir vu des accidents d'empoisonnement, suivis de mort, se développer chez un individu à la suite de la morsure d'un ho).imie en fureur. On sait que la mère de Malpighi devint hydropliobe ponr avoir été mordue par sa lille. Pouteau a rapporté une observation semblable; mais tous ces faits demandent confirmation.
Les glandes spermatiques sécrètent en abondance chez ceux qu'entraîne violemment l'amour ou qui se hvrentà la licence et à la débauche.
Les glandes mammaires sécrètent activement chez les femmes qu'inspire l'amour des enfants, et la sécrétion se tarit ou s'altère au point d'acquérir des qualités nuisibles à l'enfant chez les femmes en proie à une agitation morale violente. J'ai cité ailleurs^ l'observation d'une femme qui vit mourir son enfant, bien portant jusque-là, pour lui avoir donné à teter i)eu après avoir été émue du danger de son maii qu'un soldat avait menacé de son sabre.
La sécrétion du pus et du mucus, leur bonne composition, se modifient profondément. Souvent on a vérifié cette assertion de Brambilla^ que les émotions de la terreur aggravent le mauvais état des plaies et les disposent au sphacèle, tandis que l'espérance facilite leur cicatrisation. Cela dépend de l'altération du sang, qui amoindrit la force réparatrice des tissus, qui arrête le travad de cicatrisation des parties molles et de la consolidation des os. Les plaies dont on pouvait le mieux espérer la réunion par première intention pâlissent, leui's bords se décollent et les suppurations s'éternisent. Quelques chirurgiens disent même que les impressions morales sont de nature à produire l'infection purulente.
La sécrétion de la matière pigmentaiie des poils et de la peau peut être arrêtée par les violents chagrins et les grandes frayeurs. Que d'exemples, peut-être exagérés, de personnes dont les cheveux ont blanchi en quelques nuits! Un des plus curieux et des plus dramatiques est celui du chasseur de M. Descuret, que je vais reproduire ^
En 18o'J, trois frères qui vivaient de la chasse des nids d'aigles, en Sardaigne, ayant aperçu, dans les environs de Snii Jovianni et de Domus ^'ovas, un vaste nid d'aigle au fond du précipice, résolurent de s'en emparer et tirèrent au sort à qui irait le chercher. Le danger n'était pas seulement dans la possibilité d'une chute de plus de cent pieds, mais encore dans l'agression des oiseaux de proie que ])ouvait renfermer cet nbîme.
Celui des trois frères que le sort avait désigné pour une si [)éi'illeuse
* Trailé pralifjuc (les maladies des nouveaux-nés, page 78.
* Œuvres, L'iuitis, t. II, eh. m.
^ Médecine des passions, 1 vol. in-8.
92 CAUSES DÉTERMIINAÎNTES.
entreprise était un beau jeune homme d' environ vingt-deux ans, d'une force athlétique, et ne reculant jamais devant les diflicultés. Ayant donc Iiardiment mesuré des yeux la profondeur qu'il doit parcourir, il se ceint d'une corde à gros nœuds, que ses frères se chargent d'abaisser ou de hisser à volonté; puis, muni d'un sabre bien affdé, il descend dans le précipice, et arrive heureusement jusqu'à l'interstice qui recèle le nid, objet de tant de vœux. Ce nid contient quatre aiglons à plumage isabelle clair : c'est un trésor pour le jeune montagnard, et son cœ^ur palpite de joie à la vue d'un si riche butin; mais le plus difficile n'est pas accompli : il faut remonter avec cette proie, et c'est là surtout que se trouve le péril. Déjà la voix du chasseur a retenti joyeusement dans les cavités sonores du précipice, déjà la corde se meut dans un mouvement ascensiomiel, lorsque tout à coup il se voit assailli par deux aigles énormes qu'il reconnaît, à leur fureur, à leurs cris, pour le père et la mère des petits dont il s'est emparé. Alors s'engage une lutte épouvantable : le sabre dont il se sert avec une grande dextérité suffit à peine pour le garantir de leurs coups; pour comble de maux, la corde qui le soutient au-dessus des profondeurs de l'abîme est soudain ébranlée par un choc violent : le malheureux lève les yeux et s'aperçoit que, dans ses évolutions multipliées, le tranchant de son sabre a coupé une partie de cette corde; comprenant alors l'immensité de son danger, il demeure un instant immobile de frayeur, un frisson glacial parcourt tout son corps, et l'on conçoit à peine comment, en proie à une telle émotion, il eut la force de continuer à se défendre. Cependant la corde monte toujours, et des voix amies l'encouragent; mais il est hors d'état de leur répondre, et, quand il atteint le bord du précipice avec le nid d'aigle qu'il n'a pas abandonné, ses cheveux, auparavant d'un beau noir, sont devenus si blancs, qu'il en est méconnaissable.
Il y a des faits encore plus extraordinaires.
J'ai vu à la Société de biologie, en 1854, la photographie d'un nègre blanchi par la peur. Cet homme, âgé de seize ans, fut si effrayé par un chi(Mi qui sauta sur lui par derrière pour le mordre, que ses cheveux blanchirent en quelques jouis, puis successivement la peau du corps, de manière à ne laisser que de petites taches noires sur le visage au bout de deux ans.
Dans le coui's des maladies, les impressions morales dépressives ou excitatrices sont souvent fâcheuses. Elles ont pour résultat immédiat des phénomènes convulsifs ou des indigcistions, le redoublement de la lièvre et l'apparition des phénomènes ataxiques, qui entraînent la mort, ou, si le malade est en convalescence, des rechutes (pii prolongent et aggravent singidièrernent son mal.
DES IMPRESSIO^^S MORALES. 95
Dans l'état puerpéral, à l'époque delà menstruation, au moment du travail de la puberté chez les jeunes filles, à l'âge de la ménopause, les impressions morales ont une plus grande influence qu'aux autres époques de la vie des femmes, car elles troublent souvent le travail régulier de la nature, suppriment ou augmentent les sécrétions, altèrent les humeurs, frappent d'atonie les tissus, les organes, et favorisent la production d'un très-grand nombre de maladies. Elles sont souvent la cause des hémorragies utérines, de l'invasion des fièvres puerpérales, de la phlébite, de la manie puerpérale, de la chlorose et des accidents qui en résultent, etc., etc.
L'influence éloignée des impressions morales sur l'organisme est plus difticile à déterminer, car d'autres causes viennent souvent comphquer ce problème étiologique, et on ne peut toujours discerner ce qui est la conséquence du trouble moral de ce qui résulte des influences physiques. Néanmoins, sans procéder légèrement, sans faire d'hypothèses, en se laissant guider par les faits autant que par la raison, on arrive à des conclusions nettes et incontestables en faveur de l'influence morbifique éloignée des impressions morales.
Ici, ce sont les impressions morales dépressives qui sont surtout en cause; et le chagrin, la tristesse, la crainte, quelle qu'en soit l'origine, les impressions qui résultent de la jalousie, de la haine, de l'envie, de l'ambition déçue, etc., modifient trop profondément, aux yeux des plus ignorants, le caractère, les habitudes, les tempéraments, les fonctions, pour n'avoir pas d'action sur le développement des maladies. Par l'intermédiaire du système nerveux central ou du système nerveux des organes, elles modifient la digestion, la nutrition, et secondairement les fonctions du cerveau, des poumons, du cœur et de tous les principaux organes, comme je vais essayer de F établir à l'aide de quelques exemples.
Que d'individus, livrés à la débauche, redoutant les suites de leurs excès, et qui se gravent dans l'esprit l'image des maux dont ils se croient menacés, à ce point que leurs craintes finissent par les rendre malades! Leur nombre est considérable, et chaque jour, parmi ces hommes usés avant l'âge, on en voit qui viennent fatiguer le médecin de leurs doléances sur la consomption dorsale, sur des palpitations ou sur d'autres maux imaginaires. C'est chez eux qu'on observe l'état caractérisé par Weickard par le nom àaphthisie imaginaire^ triste mélange de terreurs morales et de maux physiques nés de ces terreurs mêmes ^
Chacun sait aussi que des étudiants en médecine, au début de leur carrière, en proie à la crainte des maladies du cœur, se sont donné
* Feuchlerslcbcii, Hygiène morale, loc. cit., p. 51.
9 4 CAUSES DÉTERMIINAINTES .
des palpitations très-violentes, avec dilatation des ventricules, et ont offert à Corvisart quelques-uns de ces exemples d'anévrismes actifs engendrés par des impressions morales. Produits de l'imagination égarée par la lecture des traités de médecine et par les leçons de la clinique, ces anévrismes disparaissent par le repos mojal, les toniques et une connaissance plus grande des éléments de la science.
Les impressions morales dépressives longtemps prolongées exercent leur action sur tous les appareils organiques et portent le trouble dans toutes leurs fonctions.
La respiration est moins complète, l'hématose moins active et modifiée dans sa nature. D'après Proust, l'exhalation carbonique par les voies respiratoires augmeide sous l'inlluence des impressions joyeuses et diminue par la tristesse, l'inquiétude et toutes les impressions des passions dépressives. C'est ainsi que le chagrin, l'envie, l'ambition déçue, etc., produisent la pâleur, l'amaigrissement, l'anémie, et tout ce qui résulte de l'altération du sang et des humeurs émanées du sang.
La transpiration cutanée augmente chez les individus longtemps soumis aux impressions excitatrices; elle diminue cliez fous ceux que dominent les impressions dépressives. Les hypocondjiacjiies et beaucoup d'aliénés ont la peau sèche et transpirent difficilement.
Les fonctions de l'estomac se dérangent, les fluides sécrétés parles follicules et par le foie perdent leurs qualités, n'aident plus à la digestion comme il convient delefahe, et, au bout de quelques jours, la nutrition s'altère, le mouvement de jécorporation est moins rapide, le sang s'appauvrit, et il en résulte un état de faiblesse et de langueur très-marqué, au milieu d'accidents nerveux les plus bizarres. La dyspepsie est le premiei' phénomène auquel succèdent la cacochymie et l'état chloroanémique, avec les tioubles de la circulation, les névralgies, les névroses, l'hypocondrie, la monomanie du suicide et la démence.
La sécrétion du foie, altérée dans sa compositiou, augmentée ou retenue dans ses réservoiis, modifie la nutrition de cet organe, favorise les obstructions des canaux biliaii'es, la formation des calculs, la colique hépatique, l'hypertrophie, l'induration cl les dégénéiescences des granulations hépati([ues.
A des degiés divers et sous des formes variables, les impressions ti'istes ou dépiessives longtem|)s continuées produiscTit ces mêmes résultats. Leui' enq)reinte reste sur le visage, principalement chez l'homme, et on la recomiaît à une certaine coloration jaunâtre de la face, à l'expressioîi des yeux, au sillon (pii les entoure, aux plis nasal et labial qui allongent les traits et pincent les commissures des lèvres. (Jue d'iudividus, d'artistes, de confières même, n'ai-
l^t^ LMPIŒSSIONS MOllAl.ES. 95
je pas vus dépérir et dessécher d'envie, de jalousie, de Jiaine, devant les succès et la vogue du talent d'aulrui ! Que ne puis-je dévoiler leurs noms comme un juste châtiment de tant de perversité î Chez tous ces individus, la faiblesse musculaire devient extrême, l'hématose est modifiée, la nutrition est imparfaite, la constipation permanente, la fièvre quotidienne, et. constannnent placés sur les limites de la santé, ils souffrent sans pouvoir localiser leur mal. Ils sont sous l'imminence d'affections générales graves, qu'une cause occasionnelle peut facilement faire éclater; c'est alors aussi que les vertiges, la folie, le cancer et le tubercule, se développent avec une extrême facilité.
Lorsque des passions dépressives ont . avec le temps , déterminé l'atonie des organes, avec ou sans faiblesse de la nutrition et alte''ration du sang, les tissus sont merveilleusement disposés au déveloi)pement des productions tuberculeuses et cancéreuses: c'est ainsi qu'il faut expliquer l'apparition de la phthisie pulmonaire ou du cancer de l'estomac, du foie, de l'utérus et des autres organes, chez les ])ersonnes qui se sont trouvées dans ces circonstances. (]e n'est pas le chagrin, comme le disent les esprits à courte })ortée, qui a développé le cancer, mais il a pi'oduit une atonie organique telle, que, la dyspepsie et Fhydrémie venant à se produire, elles engendrent la disposition générale au cancéi'isme, au scrofulisme, nécessaires an développement des productions morbides correspondantes.
Les troubles du système nerveux réagissent sur ['a])pareil circulatoire et digestif, dérangent la nutrition, rhématose, la calorifîcation et l'ensemble des fonctions vitales. C'est une porte ouverte à tous les maux, et, avec cette prédisposition générale, la moindre cause occasionnelle, les idiosyncrasies acquises ou héréditaires, certaines prédominances organiques viennent les fixei* dans un organe ou dans un tissu déterminé de préférence à un autre.
En résumé : les impressions morales jouent un grand rôle dans la production immédiate ou éloignée des maladies : mens agitât molem. Leur influence sur l'innervation, la circulation, l'hématose, les différentes sécrétions dans l'état normal, montie jusqu'où peut s'étendre leur puissance morbifique.
Les impressions morales ont une double iidhience sur l'économie, comme les passions dépressives et expansives, dont elles relèveid directement.
Touteis agissent par l'intermédiaire du système nerveux et pai* action réflexe sur le sang, les humeurs , les tissus et les différents ap[)areils dont les fonctions s(mt plus ou moins profondément troublées.
Aux impressions morales dépressives correspondent l'indigestion, la
96 CAUSES DÉÏEKMliN AMES.
dyspepsie, la chloro-anémie, l'Iiypocondric, la démence, les maladies du foie, le typliisme, le scrofulisme, le caricérisme, les maladies du cœur, etc., etc. Aux impressions morales expansives, les apoplexies, la syncope et la mort.
Aux impressions morales vives, quelle que soit leur nature, les paralysies, les convulsions, l'épilepsie, l'hydropliobie, la cholérophobie, les altérations du sang, l'hydrémie, lacholémie, l'aglobulie, etc., etc., etc.
B. Des impressions vénéneuses.
Les impressions vénéneuses sont causées par les poisons, et elles produisent des réactions variées, selon la nature et la quantité de la substance toxique.
Elles ont lieu par l'intermédiaire de la peau dénudée de son épiderme, par l'intermédiaire des muqueuses dans les organes digestifs ou dans les voies aériennes, dans le tissu cellulaire, partout enfin où le poison absorbé peut se mettre en contact avec le sang et le système nerveux. — Elles sont d'autant phis violentes, d'autant plus terribles dans leurs conséquences, que la quantité du poison absorbé est plus grande, et que sa nature est plus meurtrière. — Produites par des poisons à l'état solide, liquide ou gazeux, elles semblent quelquefois bornées à l'endroit touché par la substance toxique ; mais, en même temps, elles se généralisent toujours et réagissent sur des points très-éloignés, par l'intermédiaire de l'absorption. Leur nature est différente selon l'espèce de poison absorbé et selon qu'il appartient à l'une ou à l'autre des classes suivantes : 1° poisons irritants et corrosifs, dans lesquels on trouve les acides et les alcalis concentrés, le phosphore, le chlore, le brome, l'iode, etc., le beurre d'antimoine, le nitrate d'argent, l'alun, le sulfure de potassium, etc., les végétaux drastiques, tels que l'aloès, l'huile de croton, etc. ; 2° poisons hyposthénisants, l'arsenic, le calomel, le deutochlorure hydrargyrique, tous les sels de mercure, d'étain, de cuivre, etc. ; o° poisons narcotiques, tels que les préparations de plond), le gaz acide carbonique, l'oxyde de carbone, l'bydrogène carboné et sulfuré, le chloroforme, l'éther, l'opium et ses composés, le tabac, la belladone, le datura, la jusquiame, la ciguë, la digitale, les champignons vénéneux, etc. : 4° poisons névrosthéniques , tels que la noix vomique, la strychnine, la brucirie, l'acide prussique, le sulfate d(^ quinine, les cantharides, le camphre, l'alcool, etc., elc. En effet, les impressions vénéneuses irritniites, narcotiques, hyposthénisantes et névrosthéniques, ne se ressemblent pas, et nulle généralité ne leui' est applicable, à moins de faire l'histoire de l'empoisonnement pai' chacuru^ de ces catégories de substances toxiques.
DES IMPUESSIOINS VEMMEUSES. 97
Les impressions vénéneuses causées par les poisons irritants sont immédiates, tandis que celles des poisons narcotiques, hypostliénisants et névrosthéniques sont un peu plus tardives; elles ont lien dans un espace de temps qui varie de six secondes à plusieurs heures et à plusieurs mois. Cela dépend un peu de la solubilité du poison, de sa forme solide, liquide ou gazeuse, du tissu avec lequel il se trouve en contact, et des conditions accessoires propres à la personne soumise à l'influence toxique.
Ainsi les impressions vénéneuses sont favorisées par les émissions sanguines, par la vacuité de l'estomac et par l'état de maladie antérieure,' par l'état solide, liquide ou gazeux de la substance; de l'extrait d'opium, dissous et mis dans le tissu cellulaire de la cuisse, agit plus vite qu'une même dose à l'état solide; le chloroforme respiré est plus actif que le chloroforme ingéré, etc., etc. L'impression est d'autant plus rapide que le tissu où se trouve le poison est plus riche en vaisseaux, et le tissu cellulaire, de préférence à tout autre, est, sous ce rapport, le premier dont il faut tenir compte.
Un fait curieux dans l'histoire des impressions vénéneuses, c'est la spécialité de la réaction morbide consécutive. On voit, en effet, cliaque impression réagir sur un tissu ou sur un organe en particuliei^ de manière à démontrer l'existence d'un mode tout spécial de sensibilité, absolument indépendant des propriétés ordinaires du tissu. C'est une véritable action élective spécifique dont la puissance de la vie seule peut rendre compte. L'iode atrophie les glandes; le mercure active la sécrétion des glandes salivaires, et donne la chorée; le plomb tarit les sécrétions et paralyse les muscles extenseurs des doigts ; l'éther produit l'anesthésie ; la belladone sèche le pharynx et dilate les pupilles ; la digitale arrête le cœur; l'aloès congestionne le rectum; la noix vomique tétanise les muscles; les cantharides enflamment les reins et la vessie; l'opium paralyse le cerveau et resserre la papille, etc., etc., etc. Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, suffisent pour établir qu'il y a dans cette catégorie de causes une spécificité d'action que nous retrouvons presque partout, bien que nous ignorions sa nature. L'observation seule nous en démontre l'existence et nous permet d'en former autant de causes expérimentales bien assises et impossibles à contester.
Les impressions venimeuses sont celles qui résultent de l'action d(îs venins sur le coips. Elles [)i'oduisent des réactions différentes suivant la nature du venin, mais elles sont toujours les mêmes à la suite de l'impression du môme venin. Leur inlluence est spéciale comme l'effet
]{. — l'ATiioi.. (.r.\. 7
98 CAUSES DÉTEUMIINArsTES.
qu'elles déterminent. Avant de les étudier, je vais dire ce que c'est qu'un venin.
Les venins sont des produits de sécrétion physiologique propres à quelques espèces animales, et susceptibles de déterminer, par absorption, des accidents morbides plus ou moins graves. Ils sont élaborés par un appareil spécial, dont l'action est continuelle, comme celle de toutes les autres sécrétions. Ils sont composés d'eau, de matières animales et d'un principe actif isolé dans le venin de la vipère, sous le nom d'écliidnine. Leur activité variable est en rapport avec la nature de l'animal. En général, plus la quantité inoculée est considérable et plus la réaction est grave. Leur absorption est très-rapide, et se fait quelquefois en moins d'une minute; elle exige la présence d'une blessure des tissus, car elle n'a jamais lieu sur les parties recouvertes d'épithélium ou d'épiderme. Les venins épuisent leur action sur la personne exposée à leur contact, et ne se reproduisent pas dans les produits purulents de l'inflammation venimeuse, comme on le voit dans les cas d'impression virulente. On s'habitue aux venins comme aux virus, et quantité de personnes déjà inoculées restent insensibles aux piqûres d'abeilles, de cousins, de vipères et de serpents.
Les venins ne se ressemblent pas, si ce n'est ceux qui sont produits par des animaux de même espèce, appartenant aux mêmes familles zoologiques. Ils sont d'autant plus actifs que le pays d'où ils sortent est plus chaud , et que la saison où ils ont été recueillis est elle-même plus cli.Mide. Chose lemarquable ! ils sont tous produits par des animaux à sang froid, ophidiens ou batraciens; par des arachnides, des myriapodes ou des insectes.
Le venin des ophidiens venimeux est élaboré par un appareil sécréteur et excréteur, en tout semblable à celui de la vipère. Chez les spisthofilyphes^ les protéoglyphes^ les solénoghjphes , dernière classe comprenant les vipères, les crotales et les trigonocéphales, l'appareil est le mèuKî.
Dans les vi[)ères, le venin est neutre, sans saveur ni pro[)riétés irrilant(;s pour la langue. Il est jaunâtre, sans odeur, tombe au fond de l'eau i)l finit ])ai' s'y dissoudre. Il bout pai* la chaleur, se carbonise et s'erdlanune. Liquide, il se dissont dans les acides; desséché, il ne s'y dissout plus et se convertit en pâte liquide jamiatre. Il est formé d'ean, de matière coloiMnte jîunie, soluble dans l'alcool, de l'albumine ou du nnicns, d'une matière grasse, de sels, et erdin d'un principe venimeux paiticnlier désigné pnr le prince Louis Bonaparte^ sous le nom lïéchid-
' (iaxetta loarana délie scienze. 1845, p. lGî>.
DES LMPRESSIO>S VENIMEUSES. 99
nine^ de ixi^-j^a^ vipère, ou de vipérine. Ce principe seul jouil de propriétés venimeuses. Il se présente sous forme d'un vernis gommeux^ incolore, transparent, neutre, sans saveur ni odeur, soluble dans l'eau, même à froid, distinct de la gomme en ce que, par le refroidissement, après avoir été traité à chaud par l'acide azotique, il ne fournit pas d'acide mucique. L'échidnine ressemble, à ce qu'il parait, beaucoup à la ptyaline, principe de la salive des mannniféres, mais s'en distingue par quelques réactions chimiques.
Le venin de la vipère et l'échidnine, placés dans un vase avec du sang d'animal à sang chaud, pigeons, poules, cabiais, le noircissent et le rendent incoagulable. Il en est de même avec du sang de vipère et de grenouille, naturellement peu ])lastique. Avec le sang des cabiais, on ne voit pas surnager de sérum ; il en surnage, au contraire, beaucoup avec du sang de grenouille et de vipère.
Les crotales ou serpents à sonnettes et les trigonocéphales donnent un venin vert des plus actifs, et qui, mélangé à un extrait aqueux de liane appartenant aux strycimées, constitue, dit-on, le curare^ poison violent dont l'analyse a été faite par MM. Pelouze et Cl. Bernard, et dont l'action sur l'irritabilité nerveuse est la même que celle des venins.
Le venin des crapauds, sécrété par les glandes cutanées du dos, est lactescent, épais, nauséeux, amer, acide, non irritant pour la bouche, et conserve, desséché, toutes ses propriétés toxiques. Il est d'autant plus actif que le climat où on le recueille est plus chaud.
Le venin des salamandres, sécrété par les tubercules verruqueux du flanc, est blanc, laiteux, d'une odeur vireuse, spontanément coagulable au contact de l'air, et cause sur la langue une sensation de brûlure très-marquée.
Le venin des tarentules, des scorpions, des scolopendres du Sénégal, des abeilles, des guêpes, des bourdons, des moustiques, maringouins et cousins, n'a pas été analysé. Il n'est connu que par ses effets, que je dois indiquer un peu plus loin.
L'impression d(3s venins ne peut avoir lieu que par suite de leur absorption, et la réaction morbide qu'ils déterminent est locale ou générale^ d'après la quantité et l'activité du venin mis en contact avec les tissus. Un venin peu actif, comme celui d'un moustique ou d'un cousin, reste quelques instards dans la pc.'au, et, connue il n'est ni abondaid ni actif, l'absorption n'est pas suivie d'acciderds graves, la réaction h)cale a le temps de se faire, car h; venin agit principalemerd comme inilant local. S'il y a des accideids généraux, ce n'est ([u'un peu phis tai'd, et ce sont aloi'sdes acciderds sympatlii([ues. Au coiHraire, (hi venin deciapaud, de vij)èi*e, de crotale, du canire, inoculés, délerminent inslanlanémenl
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les accideiils les plus gra\cs, quelquefois la mort, et les accidents locaux n'ont pas le temps de se produire. En moins de quelques minutes la vie est anéantie: mais, si les accidents se prolongent, des phénomènes locaux, dus à l'irritation des tissus, se manifestent, etl'ouYoit, comme après la piqûre de la vipère, le gonflement et la rougeur du membre prendre des proportions inquiétantes.
L'impression des venins est, comme le dit Haller, transmise aux centres nerveux, comme celle de tous les poisons, par l'influence délétère du sang modifié dans sa nature, devenu venimeux et mortel, selon l'origine et la qualité du venin. Si l'empoisonnement du sang n'est pas considérable, il n'y a pas de phénomènes nerveux graves, et la réaction est limitée au tissu inoculé et quelquefois aux parties voisines. Quand j'inocule de la morphine à un malade et que je le stupéfie en quarante secondes, je ne vois les traces de ma pustule d'inoculation que vingtquatre ou quarante-huit heures après. Si on l'eût tué, aurait-on vu la réaction locale? Assurément non. Il en est de même des impressions venimeuses.
Les impressions venimeuses sont aussi rapides que l'absorption ellemême. Trente secondes, une ou deux minutes, suffisent pour frapper la vie d'un gros mammifère avec du venin de crotale ou avec le curare. Elles sont d'autant plus graves que la quantité de venin est plus considérable et que la surface d'absorption est plus grande. Elles varient suivant l'espèce des animaux mordus, lé mode d'inoculation et les conditions dans lesquelles se trouve l'animal venimeux.
Tous les animaux ne sont pas également impressionnés par les venhis. Les tortues, les sangsues, l'escargot, les serpents venimeux, etc. sont réfractaires à leur action. Les animaux à sang chaud, et principalement les oiseaux et l'homme, sont très-rapidement frappés. On dit cependant que rhoinine mordu par une vipère, et qui a échappé aux accidents de sa blessure, peut se faire mordre impunément. C'est ce qui serait à démontrer. J'ai vu à Fontainebleau des chasseurs de vipères qui exercent cette industrie pour vivre et qui se font piquer à la main, disent-ils, pour mieux s'en emparer.
Si quelque chose doit étonner (hms cette histoire médicale des venins, c'est l'ahsorplion par inoculation indispensable à leur action, tandis que l'ahsoiplion naturelle* sur la peau ou les muqueuses garnies de leur épiderrnc est chose impossible. Sans doule le fait a de quoi surprendre, mais rexpérienc(; a prononcé. J'ai vu M. Cl. Bernard donner une soupe assaisorniée de curare à un chien ayant une fistule stomacale, et l'animal digéreisans éprouver aucun mal. Il ne faut pas croire que ce soit le suc gastrique ou les réactions de l'estomac qui aient neutra-
lise le venin, car, si au bout d'une heure on retire par la fistule de l'estomac ce qui reste de soupe dans le viscère et qu'on veuille s'en servir pour inoculer une grenouille ou un oiseau, ces animaux meurent empoisonnés en deux minutes. Donc les venins ne s'absorbent pas par les voies naturelles de l'absorption et les impressions venimeuses réclament, pour condition de leur développement, l'absorption par des membranes privées d'épiderme ou F inoculation dans la profondeur des tissus. ,
Dans quelques cas, les impressions venimeuses se manifestent au dehors par la syncope et la mort immédiate au milieu de convulsions en quelques minutes. Cela dépend du venin. Le curare produit cet effet sur les petits mammifères. Avec des venins moins violents, ou bien l'animal s'affaisse, paraît fatigué, cherche à dormir, puis il se débat et succombe en quelques heures; ou bien, comme on le voit dans l'impression venimeuse de la vipère, les parties gonflent et rougissent; des phlycténes se montrent, la peau empâtée devient froide, livide, et se couvre de tâches gangreneuses; viennent les angoisses, la dyspnée, les sueurs froides, la petitesse du pouls, les vomissements, l'ictère, les défaillances, la syncope, et la mort au bout d'un temps indéterminé.
Les impressions venimeuses du crapaud, des arachnides, des scolopendres, des insectes, sont un peu différentes, parce qu'elles sont moins graves, surtout dans nos climats. Elles sont, comme je l'ai dit, locales, et ne déterminent qu'une réaction circonscrite aux parties blessées et envenimées. Les accidents généraux qui surviennent alors sont moins des phénomènes d'empoisonnement que des phénomènes sympathiques. Le venin de ces animaux n'est mortel que dans les climats chauds, et alors les accidents qu'ils produisent ressemblent à peu près entièrement à ceux que j'ai précédemment fait connaître.
Les impressions venimeuses qui résultent de l'absorption des venins actifs ont donc, d'après ce qui précède, une action soudaine sur les centres nerveux, dont elles paralysent l'action, et c'est ainsi qu'elles produisent une mort presque immédiate. Les nécropsies ne font découvrir aucune altération de la substance nerveuse; le sang est seul modifié dans son aspect: noir, tluide, incoagulable; d'après Fontana, Cl. Bernard, Brainard, il paraît que les globules rouges se déforment, augmentent d(i volume et prennent l'aspect framboise des globules blancs.
L'n phénomène (pi'on observe alors et qui est très-curieux, c'est l'influence des venins sur l'irritabilité musculaire et sur les mouvements rejlexes. Ces propriétés du système nerveux sont absolument détruites. En e(f(;t, aussitôt après la moit d'un ammal empoisonné par le curare
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OU le venin de crapaud, les muscles, mis à nu et irrités, ne se contractent pas, et les nerfs galvanisés ne déterminent plus de mouvements musculaires. Or on sait que, dans l'état ordinaire, après la mort, nerfs et muscles conservent longtemps la propriété de se contracter et de transmettre Tirritation qu'on leur communique. C'est là la seule alté- i
ration qu'on rencontre chez ceux qui succombent rapidement à l'action 1
d'un venin, et, comme on le voit, c'est une altération dynamique plutôt qu'une altération matérielle.
D. Des impressions miasmatiques.
Les impressions miasmatiques résultent de l'action des miasmes et des effluves sur l'organisation. Ce sont des impressions sans conscience, dont le danger est en rapport avec leur action mystérieuse et insensible. On se sent frappé quand le mal est fait, mais il est trop tard pour l'éviter. Ces impressions, dont on a quelquefois nié l'existence, parce qu'elles n'éveillent aucune sensation, ne sont appréciables que par leurs transformations en actes morbides. Je les diviserai en impressions effluvicpies et en impressions miasmatiques. Les premières sont engendrées par les efthvves et les matières végétales décomposées; les autres sont produites par les émanations de l'organisme vivant ou des matières aninial(»s en putréfaction. A la difféience de nature correspond une différence d'action très-marquée : aux unes appartiennent les maladies intermittentes avec hydrémie ou leucocythémie; aux autres, les lièvres, les typhus, les pestes et la putridité du sang ou septicémie.
Avant de parler des effets de V effluve et du miasme^ disons les caractères de l'un et de l'autre.
Effluves. — Les effluves sont, connue l'a ditLancisi, la vapeur et l'ensemble des particuh^s qui émanent des lieux couverts d'eaux stagnantes. Autant de marais et de terj'es argileuses mouillées, autant de sources d'eClluves et de maladies. Il y a encore en Fiance, malgré les immenses tiavaux d'assainissement et de dessèchement qui ont été faits, 4r)0,0()0 hectares de marais qui empoisonnent de leurs eflluves les populations envii'onnantcs.
Les eflhives recueillies dans les marais et analysées par l'optique et la chirïiie, n'ont encore jien laissé surprendre de leur nature s])éciale et spé(ifi([iie. Elles ont été considérées, sans preuve diiecte, du temps de Vari'on, de Columelle, de Vitruve, de Kiiker, de Lancisi, comme des vapeurs d'eau tenant en suspension des animalcules imperceptibles, entraînées par la lespiration dans la ])oilrine, pour produire leurs effets toxiques. Plus tard, ou u'v a vu que de la vapeur aqueuse tenant eu
DES DIPRESSIO.NS MIAS.MATIUlES. 105
dissolution ou eu suspension des gaz déterminés. Wollaslony a trouvé de riiydi'ogène proto-carboné mêlé à 15 centièmes d'azote, et une faible quantité d'acide carbonique et sulfliydrique. M. Paul Sani y a découvert de l'hydrogène carboné et de l'Iiydrogène sulfuré. Il est évident que ces gaz ne sont pas le poison des effluves morbifiques, et qu'ils sont le résultat de la décomposition des matières végétales tombées dans les eaux. Le principe actif de l'effluve doit être recherché ailleurs. C'est, dit-on, une matière organique spéciale, que Moscati, Brocchi, Rigaud de l'Isle et Yauquelin, ont isolée sous la forme d'une matière floconneuse albuminoïde surnageant les vapeurs condensées recueillies dans les lieux insalubres, au-dessus des marais. Dans cette matière végétale éminenmient putrescible, on a vu la cause des accidents fâcheux produits par les effluves. Cela n'est pas rigoureux, car c'est une assertion dont rien ne démontre la réalité. En admettant que les expériences de M. deGasparin, à l'aide de la vapeur condensée des effluves, en frictions et en boissons sur des moutons, aient été suivies d'hydrohémie, cela ne prouve qu'une chose, le fait des impressions effluviques sur l'intestin; mais cela ne démontre pas que l'agent toxique soit renfermé dans la matière végétale floconneuse albuminoide des effluves plutôt que dans tout autre principe de la vapeur marécageuse. Les effluves se développent sur les marais, dans tous les endroits où l'eau est stagnante, dans les rizières, dans les cours d'eau où s'opère le rouissage du chanvre, et dans les terres mouillées sur un fond d'argile. Elles se développent et s'élèvent à de grandes hauteurs sous l'influence des rayons solaires, mais elles se condensent le soir, et retombent la nuit sur la terre, d'où elles sont emportées par les vents. C'est aloi*s que l'homme soumis à leur inq3rcssion en éprouve les plus funestes atteintes. James Johnson rapporte qu'au Bengale des marins, étant employés à couper le bois, dans le jour, à l'ardeur du soleil, et avec une grande fatigue, ne furent point malades, tandis que, sur d'autres occupés à puiser de l'eau pendant la nuit, quatre eurent des flèvres intermittentes très-graves, suivies de mort sur trois d'entre eux.
Plus le climat est ardent et la saison chaude, plus la décomposition végétale est rapide, et plus, dans les marais, l'action des effluves est énergique. Aussi est-ce à la fin de l'été et au début de l'automne que se montrent les fièvres intermittentes.
Les effluves d'eau douce sont moins dangereuses que les effluves des marais mixtes, où l'eau douce se mélange à l'eau salée, sur les bords de l;i mti . j)ar exemj)le. lAhM. Fodéré et Méiier ont étnbh ce* fait d'une manière très-précise. Toul le luoTubî comiail l'histoire de hi vill(î Vin Pieggio, r;i('()Mlée j);ir (l;i(;laiio Ceorgiui; elle établit, sans l:i contester,
i04 CAUSES DÉTERMI>.V?JTES.
l'influence pernicieuse du mélange des eaux de la mer et des eaux d'un marais du littoral.
Les effluves, très-facilement emportées par les vents, portent quelquefois leur action à des distances fort éloignées du lieu de leur naissance. On a vu, dans les régions équatoriales, des marins éloignés de plus de 3,000 mètres de rivages marécageux qui ont été atteints de fièvre intermittente, et Lancisi raconte que, sur trente personnes qui se promenaient à rembouchm^e du Tibre, au moment d'un coup de vent venu dans la direction de marais infects, dont il apporta les effluves, vingt-neuf eurent la fièvre intermittente. En temps ordinaire, calme, les effluves s'étendent à 100 ou 200 mètres dans la direction horizontale, et à 5C0 mètres de hauteur environ. Elles s'accumulent dans les lieux bas, dans les plaines et dans les vallées, et il suffit d'une forêt, d'un bouquet d'arbres, d'une muraille, pour les arrêter dans leur marche. Les effluves existent quelquefois sur les liauteurs, mais c'est qu'il y a dans le voisinage des marais qui favorisent leur développement.
Inlhience des effluves. — Les impressions effluviques arrivent aux centres nerveux par l'intermédiaire de l'absorption sur la peau, dans le poumon, dont la surface muqueuse est continuellement mise en contact avec une nouvelle quantité d'air, et dans l'intestin par l'intermédiaire d'aliments solides et liquides imprégnés de la matière toxique, ^oim Sï
TTtvovcrt (TKAr^vaq u.ï-j a.ld j^/sya^ouç slvat v.rA t/epwj:A£vou- ^, dit HippOCratC CU parlant
de l'action des eaux stagnantes sur l'homme. Les expériences de M. de Gasparin sur les moutons devenus hydroliémiques, après avoir bu la matière végétale floconneuse recueillie dans les effluves confirment le fait de l'absorption par la muqueuse digestive, établi d'ailleurs par d'autres faits et par l'observation même de l'homme. Au mois de juillet 1834, le navire sarde TA/v/o, parti de Bone avec cent vingt militaires en santé, arrive au lazaret de Marseille : treize hommes sont morts dans cette courte traversée et ont été jetés à la mer; quatre-vingt dix-huit sont déposés à rhùpital du Lazaret, offrant les signes les moins équivoques de l'intoxication paludéenne sous toutes les formes, sous tous les types, et portés chez quelques-uns au plus liant degré de gravité. Tandis que ces militaires se montrent atteints de lièvre pernicieuse cholérique, épileptique, comateuse, tétanique et autres qui cèdent comme par enchantement au sulfate de quinine à haute dose, l'équipage du navire contraste d'une manière frappante par une santé intacte. Or quelle pouvait être la cause d'une pareille différence cbez des individus qui avaient, en apparence au moins, subi des iniluenccs identiques? (^estlà une ques-
' Des airs, des eaux et des lieux, édition de Liltiô, p. '20.