‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 54 sur 212 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

A la suite des impressions morbifiqiies, la réaction n'est pas tonjours immédiate et les maladies ne font pas aussitôt leur explosion. Tantôt subite, tantôt plus lente, cette réaction peut se faire attendre. Il se passe même quelquefois très-longtemps avant qu'aucun phénomène particulier trahisse le travail morbide intérieur qui se prépare. C'est en quelque sorte le temps de la germination et de Vbicubation des maladies. Rien n'est intéressant comme l'étude de cette période, dans laquelle une impression ou une semence morbiiîques préparent, à l'intérieur du corps, ces éléments de troubles qui, sans donner signe de leur présence, vont éclater tout à coup et peut-être déterminer la mort. Quel rapport matériel organique peut-on établir entre l'exercice heureux des fonctions et ces convulsions ou ce délire qui, une minute plus tard, vont ouviir la scène des plus graves dangers? Quelle différence y a-t-il entre cet organisme satisfait de vivre et celui qui, dans un instant, va être frappé si vivement, qu'il en sera méconnaissable? Ce ne peut être un simple changement organique subitement développé dans les tissus qui soit la cause de pareils accidents; les forces jouent là un rôle qu'on ne doit pas oubher, et leur trovdile est, à mes yeux, le point de départ des autres modiiications matérielles de la maladie. L'incubation et la germination morbides sont inconciliables avec les doctrines anatomiques qui placent dans les lésions somatiques le siège et la cause des maladies. Durant cette période s'accomplit la réaction des forces contre l'impression morbilique jusqu'au moment où la transformation opérée donnera lieu à l'invasion des accidents morbides.

Pendant ce temps, véritablement intermédiaire à la santé et à la maladie, lorsque déjà, sous l'influence morbilique, le mal n'est pas encore déclaré, les individus paraissent être généralement bien portants : ils n'éprouvent rien de particulier, ils n'accusent aucun malaise, aucune souffrance, et leur santé ne parait pas altérée.

Ailleurs, avant l'invasion des maladies, l'homme sent un changement se produire dans sa manière d'être ; sans être malade, il éprouve certains malaises, avant-coureurs des accidents qui vont se déclarer. C'est ce qu'on appelle les prodromes ou phénomènes prodromiques des maladies. Requin les a fait connaître dans une intéressante monographie.

^d'Î) i>^^ l'RODROMES DANS LES MALADIES.

Les prodromes, c'est-à-dire les troubles de la santé antérieurs à la maladie, ne se rencontrent pas chez tous les malades. Leur existence n'a rien de constant ni de fixe, et leur nature n'éclaire pas nécessairement le diagnostic du mal qui \a paraître. On les rencontre dans les fièvres graves, dans les phlegmasies, dans les névroses, dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques ; ainsi on observe souvent de la céphalalgie pendant quelques jours avant l'invasion de la fièvre typhoïde; la gastralgie annonce quelquefois la diarrhée; l'indioestion est le prodrome de beaucoup de lièvres éruptives et d'un certain nombre de maladies aiguës; l'insomnie et la morosité sont les prodromes de la folie; l'engourdissement d'une partie est quelquefois le prodrome d'un ramollissement cérébral ou d'une paralysie; les douleurs névralgiques des membres et la diarrhée ont été observées comme phénomènes prodromiques du choléra; la pléthore etl'éblouissement sont les prodromes d'une maladie aiguë intlammatoire; Tamaigrissement sans cause est. le prodrome de la phthisie pulmonaire, etc. L'étude attentive de la pathologie révèle l'existence des prodromes dans un assez grand nombre de maladies.

Comme l'a dit Fernel, les prodromes, ou phénomènes avant-coureurs, ou préludes morbides, sont, avant la maladie, ce que sont après elle les phénomènes de la convalescence. Phénomènes transitoires, ils indiquent le passage de l'état de santé à l'état de maladie et le retour de la maladie à la santé.

Les prodromes sont très-nombreux et de nature très-variée. — Ce sont : une sensation de bien-être et de force inaccoutumée, des lassitudes spontanées, T incertitude de la démarche, l'altération de la physionomie, la torpeur intellectuelle, la perte de la mémoire, l'abattement, les pressentiments et les songes sinistres, Tassoupissement, les douleurs de tète, les éblouissements, les tintements d'oreille, l'exagération de la sensibilité morale, la tristesse, le dégoût des aliments, la soif, les bâillements, les palpitations, le froid intérieur et la sensibilité au froid, la sécheresse de la peau, et une multitude d'autres phénomènes que l'étude particulière des maladies fera connaître.

Les prodromes sont des phénomènes dont la durée est variable. Ils peuvent dispaiaitre au bout de (juelques minutes et se reproduire à plusieurs reprises, ou, au contraire, se prolonger assez longtemps. — Ainsi reiigomdissement prodromiqne des paralysies par ramollissement cérébral dure phisieurs mois et même plusieurs années. — Il y a des prodromes dont l'intensité augmente progressivement et qui finissent par se confon(h"e avec les phénomènes d'invasion de la maladie. Ainsi la céphalalgie prodromiqne de quelques fièvres typhoïdes

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