‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 66 sur 212 · DES CRISES ET DES JOURS CRITIQUES · texte numérisé non relu

DES CRISES ET DES JOURS CRITIQUES

decins les enregistraient jour par jour avec un soin extraordinaire et une précision toute mathématique. C'étaient des phénomènes critiques. Signalés par Uippocrate, qui, en divers endroits de ses ouvrages, en fait connaître un certain nombre, non comme des choses nouvelles, mais, au contraire, comme des choses vulgaires à son époque, c'est Galien qui les a rassemblés pour constituer cette doctrine célèbre par les contestations auxquelles elle a donné lieu, et qui est enfin arrivée jusqu'à nous. Pour bien comprendre la doctrine des crises, il faut se rappeler qu'Hippocrate et ses disciples ont toujours considéré les maladies comme le résultat dune humeur prédominante fixée dans une partie du corps, d'où elle devait disparaître par suite d'une élaboration particulière ana'ogue à celle de la digestion des aliments dans les voies digestives. D'abord, à Y état de crudité ^ ces agents morbifiques étaient attéiiués.et détruits par une sorte de coction pathologique nécessaire à faciliter leur élimination. La crise venait ensuite, et elle consistait dans l'évacuation, par un point quelconque du corps, des humeurs arrivées à maturation. Les codions indiquent la promptitude de la crise et la certitude du salut. La crudité, la coction ou maturation, et les crises, répondaient aux trois principales périodes de l'état morbide; l'accroissement, fétat et le déclin. Ce sont des expressions presque entièrement abandonnées, comme les idées qu'elles représentent.

Les crises et les phénomènes critiques ont été signalés par Hippocrate dans les livres qui lui sont justement attribués, et dans le traité apocryphe des Crises et des Jours critiques, où l'on ne retrouve que des remarques isolées sans aucune dogmatisation. Pour lui, c'est une exacerbation ou un affaiblissement des symptômes, une autre affection ou la hn des maladies. Les modernes se font du mot crise l'idée de quelque chose de violent observé dans le cours des maladies. C'est une erreur; pour l'antiquité et ses adeptes, crise est synonyme de jugement, et, à ce titre, il y a des crises dans la plupart des maladies. Judicatio est suinta in morbo vel ad sanitatem vel ad mortem mutfitio\ dit Galien : le jugement est une mulation subite des maladies amenant la santé ou la mort. On admettait de bonnes et de mauvaises crises, mais en général on n'employait ce mot que pour les terminaisons heureuses.

D'après Uippocrate, la crise arrivait lorsque les humeurs dont h désordre avait produit la maladie étaient revenues à leur état normal, après avoir fait subir une coction suflisanle à la matière morl)ili(pie.

• Galeni In aphor. Comvientarùts sccundus, t. IV, npli. xiii, scd. ii, p. 500.

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Une fois ce travail accompli, il devait s'opérer une séparation des humeurs cuites, et, en cas de retard, Fart pouvait intervenir pour activer la séparation et pour empêcher l'apparition de quelque trouble fâcheux dans l'économie. Avant ce moment, la matière était à l'état de crudité; toute intervention était considérée comme inutile et môme nuisible, d'où le précepte de ne pas employer de médication active à l'origine des maladies aiguës bien déterminées. L'expérience n'a pas sanctionné cette manière de voir, qui n'est vraie que pour les fièvres éruptives, et encore la question est-elle aujourd'hui fort contestable.

Les phénomènes critiques signalés par Hippocrate sont des évacuations de matières morbides, des perles de sang, des épistaxis, des flux d'hémorrhoïdes, des matières muqueuses ou purulentes, séparées par la muqueuse de la bouche, exemple : le ptyalisme; par la muqueuse des fosses nasales, par les selles, par les urines, par les sueurs, etc. C'étaient aussi des abcès, des éruptions cutanées, etc. D'une manière générale, on disait que, dans ce cas, les humeurs ténues devenaient épaisses, les transparentes un peu troubles, et les aqueuses tout à fait purulentes.

Hippocrate a aussi parlé de phénomènes non critiques qui précédaient les crises, et pouvaient faire prévoir le lieu de leur apparition, d'où une application extraordinaire pour découvrir ces phénomènes, qui devaient servir de guide à la thérapeutique. Qiio uatura vergity eo dncendum. Malheureusement ces phénomènes ne sont pas très-claire- Tuent indiqués dans les livres hippocratiques, et il est difticile de savoir à quoi s'en tenir à cet égard.

Les crises existaient surtout dans les maladies aiguës, car elles n'avaient pas lieu dans les maladies chroniques, où elles étaient difficiles à découvrir.

Elles avaient lieu les jours pairs elles jours impairs, mais ces derniers étaient regardés comme les plus favorables aux bonnes crises; de là l'importance du septième, du quinzième et du vingt-unième jour, où se montraient les crises les plus favorables.

Hippoci'ate a aussi indiqué quelques faits relatifs aux jours criti- (jucs, faits repris par Galien ou ses successeurs, et dont je reparlerai plus loin.

Telle est la paît d'IIippocrate dans la doctrine des crises, qui est l'a'uvre ultérieure deCalien. Elle a consisté, comme on voit, à indiquer, dans les maladies, l'apparition fréquente de phénomènes mor- J)ides, venant (|U(;l(iue(bis à une époque déterminée, et coïncidant avec leur guéi'ison, leur transfoiiiiation et leur lin. Sans généraliser ses observations ni celles de ses devanciers, Hippocrate a indiqué la route

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OÙ de plus aventureux se sont perdus, par une exagération manifeste et par une systématisation prématurée.

Jl V a des crises dans les maladies, cela est incontestable, si l'on conserve au mot de crise son ancienne signification, qui est celle d'un changement ou d'une addition de symptômes, coïncidant avec une amélioration, ou, au contraire, avec une aggravation des accidents morbides. A cet égard, tout le monde doit être d'accord. Reste à savoir si ces changements ou crises ont l'importance qu'on leur a voulu accorder, si elles sont véritablement la cause de l'amélioration et de l'aggravation observées, ou si, au contraire, elles ne sont qu'un effet de l'évolution morbide; c'est ce que je discuterai plus loin.

Laissant un instant de côté l'explication, pour ne m'occuper que du fait, je vais, dans une étude rétrospective, faire connaître les crises et l'époque de leur apparition, d'après la tradition de Galien, deBaillou, deFernel, de Baglivi, de Sydenham, de Stahl, de Boerhaave, de Bordeu, de Landré-Beauvais, etc., etc., et de ceux qui nous ont transmis cette doctrine, aujourd'hui tombée dans le plus complet discrédit.

Une crise est le changement qui signale l'issue de la maladie.

Il y a des crises salutaires et des crises défavorables; mais, quand on emploie le mot crise tout seul, il signifie terminaison heureuse. C'est du moins ainsi qu'il est généralement employé par Galien et par les auteurs qui l'ont suivi.

Presque toujours les crises sont accompagnées d'une évacuation morbide particulière, qui est la condition du changement qui va s'opérer.

Les crises sont complètes et parfaites lorsque l'amélioration qui les suit est immédiate; elles sont au contraire imparfaites ou incomplètes, lorsque après leur apparition la maladie reste longtemps sans se terminer.

Toutes les maladies ne présentent pas de crises ni de phénomènes critiques appréciables. Ainsi il n'y en a pas dans les maladies chroniques, ou du moins elles s'y font mal, et on ne les observe que dans les maladies aiguës dont la marclie est rapide, et qui surviennent chez des individus vigoureux. Elles sont difficiles dans les maladies irréguliéres et chez les personnes délicates.

Les crises enfin sont plus manifestes et plus fréquentes dans les pays chauds ([ue dans les ])ays froids ou tempérés, et c'est à cette circonstance sans (lout(i qu'il faut attiibuer le désaccord existant à leur égîu'd entre les médecins des diverses contrées du globe.

D'une autie part, les crises ne peuvent être appréciées dans leur ensembhi et dans leur régularité que chez des siij(îts dont la maladie

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