‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 65 sur 212 · DE LA TERMINAISON PAR UNE AUTRE MALADIE : DES MÉTASTASES · texte numérisé non relu

DE LA TERMINAISON PAR UNE AUTRE MALADIE : DES MÉTASTASES

vue de riiumorisme : le transport des humeurs morijifiques d'une partie où elles étaient fixées sur une autre partie où elles se déposent.

Les premiers spectateurs des phénomènes extraordinaires de la terminaison des maladies par métastase ne se sont guère occupés d'en expliquer le mécanisme, et ils n'ont pris d'autre soin que celui d'enregistrer le résultat de leurs observations. Après avoir vu des maladies disparaître subitement pour être remplacées par des maladies semblables ou de nature différente, tombant sur des tissus analogues et aussi sur des organes divers, ils ont signalé le fait à l'attention et au contrôle de leurs successeurs. — Ce n'est que plus tard, une fois la vérification faite, qu'on a voulu approfondir le mécanisme de ces phénomènes pour en faire la théorie.

Les uns, attribuant les maladies à la présence d'une humeur pernicieuse fixée sur un organe, professaient que la métastase était due à l'absorption de cette humeur, qui allait, au moyen des voies de la circulation, se déposer sur une autre partie du corps. Les autres, considérant les maladies comme l'effet d'une lésion particulière des propriétés vitales, attribuaient leur déplacement à la mobilité de l'irritation, qui, changeant de place, appelait ailleurs les forces de la nature. Quelques-uns enfin créèrent une opinion mixte et firent de l'absorption des immeurs et du déplacement de l'irritation la condition essentielle de toute métastase. Je ne veux pas trop m'appesantir sur ces théories, dépourvues de tout moyen de démonstration. Qu'il me suffise de les signaler, en appelant l'attention sur les faits qui leur servent de base.

Malgré leurs terminaisons souvent funestes, les métastases sont une ressource de la nature pour la guérison des maladies. Aussi, abandonnés à eux-mêmes, les organes malades se suffisent, dans bien des cas, pour se débarrasser d'une altération profonde, à cause de la sympathie qu'ils ont les uns pour les autres. Les métastases ont lieu dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques. Elles sont elles-mêmes aUjuës, subites o\i chroniques, complètes ou incomplètes, et se font au dedans ou au dehors.

ïl est peu de maladies aiguës ou chroniques qui ne puissent dépendre de la métastase. La méningite, l'otite, la pleurésie, la pneumonie, la parotide, la gastro entérite, l'orchite, la péritonite, le catarrhe, etc., sont assez souvent la conséquence d'une aflection de la peau, d'un oreillon, d'un typhus, d'une fièvre éruptive, de fièvre puerpérale*, de la goutte, etc. Quelquefois ces maladies peuvent être tour à tour métastatiques et se terminer par métastase. Ainsi j'ai vu un épanche-

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ment pleurétique goutteux disparaître et faire place à des accidentscomateux dus à un épanchement cérébral. Beaucoup plus souvent les métastases produisent des maladies chroniques dont il importe beaucoup de pénétrer la nature., si on veut arriver à les guérir; ce sont celles qui résultent du rhumatisme , de la scrofule , des dartres, etc., etc.

Souvent la métastase a lieu par le développement d'une maladie de môme nature et de siège anatomique analogue à la maladie qu'elle remplace. L'hémoptysie ou l'hématémèse se montrent quelquefois chez des sujets qui ont eu un flux hémorrhoïdal supprimé ; un catarrhe des bronches ou de la conjonctive peut être remplacé par un catarrhe de l'intestin; ce sont là comme on voit, des troubles fonctionnels particuliers à une muqueuse, remplacés par des troubles semblables sur une muqueuse différente. Il en est de môme de certaines inflammations des séreuses de la plèvre, du péricarde, des méninges, qui succèdent les unes aux autres après la disparition d'une arthrite goutteuse. Ainsi j'ai vu mourir un goutteux qui, dans les quatre derniers jours de sa vie, eut le singuher déplacement de sérosité qui suit : d'abord, un hydrothorax à droite, disparaissant au bout de vingt-quatre heures pour faire place à un épanchement cérébral, caractérisé par le coma le plus profond ; puis, retour de l'intelligence au bout de vingt-quatre heures, apparition d'un hydrothorax à gauche, et enfm, nouveau collapsus cérébral, disparition de l'inteUigence et des mouvements, suivie de la mort.

Ailleurs la maladie nouvelle, métastatique, est de môme nature que celle qui disparait, mais ne siège plus sur un tissu semblable. Elle se développe dans un organe différent. Ainsi une affection chronique de la peau disparait et elle est remplacée par une ascite ou par une maladie chronique des voies digestives. On enlève une tumeur cancéreuse, épithèliale ou fibro-plastique de la peau ou d'une glande superficielle, et une maladie semblable se reproduit très-rapidement dans le foie ou dans les poumons. Elle s'y développe évidemment plus vite que si l'on n'avait pas enlevé la maladie première. Un érysipèle de la face amène quelquefois une encéphalite, et cela sans qu'il soit possible de faire cheminer la maladie par les vaisseaux de l'orbite ou des os du crâne, connne on a essayé de le faire. Un asthme succède quelquefois à une névralgie de la tète ou des mendjres trop subitement disparue, etc., etc.

La suppression d'un travail de sécrétion physiologique produit quelquefois des accidents justement considérés comme métastatiques. Ainsi, bien que la chose ne soit pas constante et inévitable, le travail

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fie sécrétion physiologique de la sueur, brusquement arrêté sur le corps et sur les pieds chez des individus placés dans des conditions spéciales, donne lieu à des néphrites albumineuses, des pleurésies, des pneumonies, des angines, etc., etc. Cela n'empêche pas que, d'une manière méthodique, on n'arrive, en hydrothérapie, à couvrir d'eau froide le corps inondé de sueur, parce qu'après on fait un travail de réaction particulier. La suppression de la sécrétion du lait par une émotion vive ou par le froid produit tantôt une folie particulière qui guérit ordinairement, tantôt des phlegmasics séreuses accompagnées d'une exsudation plastique blanchâtre spéciale, d'apparence caséeuse, et en partie formée de caséine, c'est-à-dire d'un des éléments du lait en circulation. Ce dernier caractère, qu'on observe dans toutes les fièvres puerpérales, prouve que l'on a eu tort de considérer les maladies laiteuses admises par les anciens médecins comme quelque chose de chimérique, car il nous faut revenir à leurs idées vérifiées par la science moderne. Ce n'est pas le lait en nature qui pénètre alors dans le sang, mais c'est, comme l'a démontré M. N. Guillot, un des éléments du lait, ce qui est la môme chose au point de vue de l'influence pathogénique spéciale à réhabiliter. — Les métastases laiteuses sont donc incontestables.

Il en est quelquefois de môme de la métastase des sécrétions morbides naturellement ou accidentellement établies, quoique le fait soit plus difficile à démontrer. Ainsi la blennorrhagie peut être remplacée subitement par une arthrite du genou ou de l'épaule, ou par une ophthalmie; une plaie récente se sèche, et du pus se forme dans le foie ou dans les poumons. Cela se voit à chaque instant après les opérations chirurgicales, et c'est ce qu'on appelle résorption purulente. C'est une métastase, c'est-à-dire un transport d'une humeur morbitique d'une partie où elle était formée sur une autre où elle se dépose. Certains eczémas de la tête, chez les enfants, sont remplacés par des ophthalmies, et quelquefois par une méningite; de vieux ulcères, chez l'adulte, se ferment, et des phénomènes d'apoplexie se déclarent, etc., etc.

Tels sont les phénomènes morbides qui prouvent, contrairement à l'opinion des anatomo-pathologistes exclusifs, la réalité des métastases, c'est-à-dire de la terminaison d'une maladie par une autre de môme nature ou de nature différente, ayant un siège nouveau et une forme nouvelle. C'est une véritable transformation morbide qui atteste la puissance de l'unité vitale et des efforts de la nature vers un but déterminé. Prédisposition, hérédité, diathèse, idiosyncrasie, réaction morbide spéciale, guérison naturelle, crises, métastases, tous ces phénomènes indiquent, pour la matière organisée vivante, des qualités

particulières qui ne sont pas de l'ordre physique, qualités spéciales qui ne relèvent que d'elles-mêmes et dont la connaissance approfondie lait le véritable médecin.

Le diagnostic des métastases n'est pas toujours facile. Elles peuvent être confondues avec certaines complications des maladies ou avec la manifestation nécessaire d'accidents particuliers des diathèses ou des maladies générales.

Les escarres ou les hémorrhagies intestinales de la fièvre typhoïde ne sont pas le résultat d'une métastase; il en est de même de l'œdème, d'une maladie du cœur; le mécanisme de ces accidents est connu. De même lorsqu'une pneumonie se développe d'emblée chez un individu dont levésicatoire sèche consécutivement, ou chez une femme récem-^ ment accouchée dont les lochies se suppriment après coup, il ne faut pas se tromper et appeler la maladie une métastase. Non, dans ce cas,, la suppression des lochies et de la suppuration sur l'exutoire est le résultat du travail inflammatoire énergique développé dans les poumons, et elle ne peut avoir eu aucune influence pathogénique. Les maladies virulentes, comme la syphilis, et qui déterminent plusieurs poussées successives de manifestations spéciales, secondaires, ne donnent pas lieu à de véritables métastases. Ce sont des symptômes obligés d'une même cause générale qui montre ses effets partout sans se déplacer d'un lieu à l'autre.

Avant de considérer une maladie comme la conséquence d'une métastase, il faut être bien sûr qu'elle n'est pas une de ces complications faciles à expliquer par les actions physiques, chimiques ou mécaniques, qui jouent un si grand rôle dans la production des maladies, ou une maladie née d'une impression morbifique spéciale et primitive, ou (Milin le résultat d'une maladie générale virulente qui se montre sur divers points de l'économie à la fois ou d'une manière successive.

h^ Des crises et des jours critiques.

Dans le cours des maladies, avant leur guérison ou aux approches de la mort, on observe fréquemment des phénomènes morbides qui coïncident tanlôt avec une issue favorable, tantôt, au contraire, avec une terminaison fâcheuse. (Considérés par l'ancienne médecine comme des actes importants di; l'évolution morbide, ces phénomènes constituaient ce que l'on désignait autnîfois sous le nom de crïsCy de y.rÀTt;, judkatio, jugement, par opposition au terme de Ivai;, Jysis, qui voulait dire terminaison par décroissement successif des symptômes Un ajoutait une importance considérable à leur découverte, et les mé-

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