DE LA CONVALESCENCE
aurait dû tenir éloignés des jouissances de l'amour, au moins encore pour quelque temps.
Chez les femmes, le retour des règles interrompues n'a souvent lieu que plusieurs mois après la cessation de la maladie.
Pendant les premiers jours de la convalescence, ce qu'on observe d'une manière constante, c'est la faiblesse musculaire, intellectuelle, et la faiblesse des organes des sens.
L'imagination, la mémoire, le jugement, sont incapables d'un exercice prolongé; une attention longtemps soutenue sur un objet est impossible; les convalescents sont maussades, irritables, mais bientôt, à mesure que reviennent les forces, l'intelligence reprend son empire et jouit avec une plénitude inaccoutumée du bonheur de revivre et de se trouver au milieu de la nature: et entourée d'amis dévoués.
La faiblesse musculaire est surtout marquée dans les organes du mouvement actif; les muscles, pâles, flasques, amaigris, sont incapables d'un exercice un peu prolongé; les mouvements sont aussitôt suivis de la fatigue; les jambes sont incapables de supporter longtemps le poids du corps, et la démarche est incertaine, vacillante, à ce point qu'il faut une main amie pour soutenir les premiers pas de l'homme convalescent.
Dans les maladies chroniques, les phénomènes de la convalescence ne ressemblent pas à ceux des maladies aiguës. Cela se comprend. Elles n'exigent pas une abstinence aussi rigoureuse que les maladies aiguës graves, et par conséquent l'état de faiblesse qui leur succède ne saul'ait être le môme ni entramer des troubles fonctionnels semblables, Ouand ces maladies guérissent, c'est d'une manière lente, progressive, et il n'y pas de convalescence évidente. Les fonctions reviennent graduellement à leur état normal, avec les forces et l'embonpoint. Le visage pale reprend du teint, l'œil s'anime, et l'inteUigence plus vive prend le dessus sur la mélancolie qui l'accablait. Cela dure une ou deux années, davantage chez quelques personnes, et il en est qui conservent toute l(iur vie l'enq^rcinte du coup dont elles ont été frappées. Il est impossible de dire à quelle époque précise commence et Ihiil la convalescence ; car les altérations somaliques qui la caractérisent tsc développent d'une manière insensible, et leur début échappe à toute appréciation rigoureuse. Par conséquent la durée de la convalescence est ])in'ement approximative. Elle est plus ou moins rapide, et quelquefois prolongée, suivant une foule de circonstances différcnt(îs, telles <[ne l'âge et la constitution des individus, la nature du mal, le traitcinent qu'on lui a opposé, la température, le régime, etc., etc.
Chacpie espèce de maladie aiguë imprime à la convalescence un ca-
Di: LA CO>VALESCE]NXE. 321
chet spécial. Au milieu de la faiblesse générale et de la langueur des fonctions, l'organe qui a été le siège anatoinique du mal se fait remarquer par une susceptibilité plus grande, qu'il conserve souvent pour toujours. C'est à cette circonstance qu'il faut attribuer la plupart des rechutes observées chez les malades. La bronchite laisse après elle une prédisposition à des bronchites nouvelles. La pleurésie se fait encore sentir par des douleurs vagues pendant la convalescence et longtemps après la guérison. Toutes les maladies des centres nerveux offrent, dans leur convalescence, une exagération ou une diminution de la sensibilité, un affaissement variable des facultés intellectuelles, et quelquefois la perte de la mémoire. Il en est de même des autres organes, dont les maladies engendrent, pour eux, une sorte de prédisposition morbide. D'une manière générale, la convalescence a une forme différente, suivant que tels ou tels viscères, le cerveau, le cœur, les poumons, le foie, les intestins, ont été le siège de la manifestation morbide.
La durée delà convalescence, c'est-à-dire de la chloro-anémie consécutive aux maladies aiguës, est en rapport avec la longueur de la maladie, avec sa gravité, avec l'abstinence qu'elle a imposée au malade et avec l'énergie spoHative du traitement mis en usage. Courte et facile dans les maladies locales, longue et prolongée dans les maladies aiguës générales, elle est lente, insensible, si on peut s'exprimer ainsi, <!hronique elle-même dans les maladies chroniques.
Les lièvres éruptives, à l'exception de la variole, ont une convalescence rapide.
La fièvre typhoïde a une convalescence prolongée, souvent difficile.
Les fièvres intermittentes simples n'ont pas de convalescence; tandis que les fièvres intermittentes réfractaires laissent après elles un état de convalescence très-prolongé .
Les névroses et les affections périodiques n'ont pas de convales cence.
Les hémorrhagies abondantes et courtes donnent lieu à une convalescence rapide, tandis que les hémorrhagies faibles, souvent répétées, engendrent après leur disparition un état prolongé de souffrance très -difficile à guérir.
Les phlegmasies aiguës sont, entre toutes les maladies, celles qui donnent lieu à des convalescences rapides et heureuses.
La nature du mal n'est pas la seule influence qui imprime son cachet à la convalescence pour en allonger et pour en restreindre la du- Irée ; l'ûgc exerce aussi, sous ce rapport, une influence incontestable. — 1 B. — PATIIOI. GkN. 21
o22 DE LA CONVALESCEiSCE.
Dans la seconde enfance, le retour à la santé est en général très-rapide, à cause de l'énergie des fonctions assimilatrices qui aident à la réparation des pertes faites durant la maladie. Chez les enfants du premier âge, au contraire, la convalescence est plus lenle et quelquefois dangereuse , à cause de l'arrêt produit dans le développement des os, ce qui surajoute une complication rachitique à l'état morbide déjà existant. Dans la vieillesse, la convalescence est longue et les fonctions ont de la peine à reprendre leur régularité ordinaire.
Le retour à la santé est ordinairement rapide chez les jeunes gens vigoureux et chez les hommes doués d'une forte constitution et de tous les attributs du tempérament sanguin. Incapables de réaction suffisante, les sujets lymphatiques sont plus longtemps malades, et la convalescence est, chez eux, très-longue à se terminer.
Le sexe féminin rend les convalescences un peu plus prolongées qu'elles ne le sont chez l'homme. Cela s'exphque aisément. La femme, assez ordinairement douée d'un tempérament lymphatique, très-impressionnable, plus exposée aux sensations agréables ou fâcheuses, a besoin de précautions très-grandes; de plus, soumise à la domination tyrannique de l'utérus, elle n'est réellement convalescente que lorsque cet organe a repris l'exercice de ses fonctions périodiques, si souvent interrompues par la maladie.
Les professions, dont l'influence est si grande sur le développement des maladies, ont aussi sur la convalescence une action correspondante facile à comprendre. Quelques-unes, nuisibles au maintien de la santé, doivent, on le conçoit, réagir plus puissamment encore sur la marche delà convalescence.
Le séjour dans des lieux bas et humides, dans les vallées sombres et marécageuses, dans les salles d'un hôpital, et la nourriture insufiisantc ou insalubre, sont autant de causes qui empêchent la convalescence de se terminer rapidement. Il en est de môme de l'influence des climats froids et humides, des saisons froides et pluvieuses, de l'automne et de l'hiver. Dans les contrées chaudes, en effet, et comme chez nous, au printemps et dans l'été, les convalescences ne se prolongent pas trop, et se leiminent assez vite par le retour à la santé.
La convalescence n'exige d'autres soins que l'observance rigoureuse des lois de l'hygiène, l'usage d'une bonne nourriture, chaque jour un peu plus substantielle et un peu plus abondante, mélangée de légumes; l'usage (lu vin en petite quantité, le séjour dans un endroit chaud, sec, exposé au soleil, la vie à la campagne et l'action d'un exercice corporel modéré. Dans les cas exceptionnels, lorsque la cldoro-anémie