DE LA CONVALESCENCE
épidémiques et contagieuses. Cela se voit surtout dans les asiles de l'enfance. Là, un enfant arrive avec une pneumonie franche dont il guérit; mais, dans la convalescence, il prend la fièvre typhoïde, puis une ophthalmie, puis la diarrhée, la rougeole, et une nouvelle pneumonie dont il meurt. Rien de tout cela ne serait arrivé si, au moment de sa convalescence, l'enfant eût été transporté dans sa famille ou dans un asile particulier.
La circulation, d'abord ralentie après la disparition de la fièvre, reste pendant quelques jours languissante. Elle s'accélère sous l'influence des moindres causes, d'un mouvement ou d'une impression morale, et les palpitations sont très-fréquentes chez les convalescents. Quelquefois il arrive que le pouls, après quelques jours de calme, reprend une assez grande fréquence , qui cesse bientôt sous l'influence de l'alimentation et de la réparation des forces. Chez les individus nerveux, et en particulier chez les femmes, cette fréquence du pouls peut aussi persister longtemps après la guérison. Quelle que soit la fréquence du pouls, s'il n'y a pas d'augmentation de la température du corps, cette fréquence se rattache à l'état nerveux, et non pas à l'état fébrile. Le sang est toujours plus ou moins altéré dans sa coir.position; il y a diminution du nombre des globules et de l'albumine du sérum, mais à des degrés différents dans chaque espèce de maladie, et selon le traitement employé pour la combattre. C'est à cette double altération du sang qu'il faut attribuer les bruits de souffle cardiaques et carotidiens signalés par M. Bouillaud sur quelques convalescents, et la bouffissure avec œdème des membres aux malléoles observée sur d'autres par M. Becquerel.
La chaleur* animale et la calorification, qui résultent de l'action complexe de la respiration et de l'alimentation, sont très-amoindries dans la convalescence. C'est le résultat de l'abstinence. La sensibilité au froid est très-grande, et les extrémités sont toujours le siège d'un refroidissement considérable.
La respiration se fait librement, avec calme, sans gène et sans précipitation, mais s'accélère sous l'influence de la marche, de l'effort et de l'action de monter. La voix est faible, et, si les malades parlent trop longtemps, la respii'ation leur manque et ils s'arrêtent essoufflés pour reprendre haleine. Il n'y a de trouble persistant de la respiration que dans les convalescences des maladies aiguës de poitrine; j'ai vu dans ces cas la lespiration être assez longtemps courte, fréquente, laborieuse, quehpiefois douloureuse, empêchée ou accompagnée d'une petite toux sèche et quinteuse.
Les sécrétions, d'abord peu abondantes, augmentent peu à peu jus-
DE LA CONVALESCENCE. olO*
qu'à ce qu'elles aient repris leur mode habituel, et deviennent quelquefois trop abondantes. Ainsila peau, souvent sèche faute de transpiration, s'humecte graduellement, et chez quelques malades se couvre de sueurs abondantes. La bile paraît être sécrétée en moins grande abondance, ce qui explique la paresse du ventre et quelquefois la coloration grisâtre des matières chez certains convalescents. L'abondance du sperme donne lieu à des pollutions et à de violents désirs vénériens. D'une manière générale, la matière des excrétions est moins abondante que dans l'état de santé, et leur quantité n'est plus proportionnelle à celle des matières ingérées. Les excrétions alvines sont peu abondantes et les urines sont d'abord rares, troubles, fortement colorées et sédimenteuses. Ce n'est que plus tard qu'elles redeviennent abondantes. La miction en est souvent pénible, surtout chez les enfants, à cause de la faiblesse de la vessie et des sels qui s'y trouvent en suspension. Ce sont des faits qui s'expliquent merveilleusement par l'activité très-grande de l'absorption qui enlève la partie liquide de ces matières excrémentitielles. Quelquefois les urines renferment alors de l'albumine coagulable parla chaleur, mais ce fait est rare.
Il y a enfm dans les convalescences des maladies graves une profonde altération de la sécrétion épidermique, de la sécrétion épithéliale et de la sécrétion des cheveux. L'épiderme se renouvelle et tombe par écailles furfuracées; il en est de même de l'épithélium de la bouche et des bronches, ce qui amène souvent l'apparition de la phthisie tuberculeuse. Pour les cheveux, chacun sait qu'ils tombent presque toujours après les grandes maladies et en particulier les fièvres éruptives et typhoïdes.
La convalescence est assez souvent l'origine d'une excitation trèsmarquée des fonctions génitales, très-peu en rapport avec le délabrement de tous les organes. Tous les auteurs citent, d'après Averroës et Zacchias, des exemples d'une faculté prolifique évidente retrouvée par des adultes impuissants et par des vieillards que le temps avait usés. Sans s'arrêter à ces faits extraordinaires, on peut accepter comme vrai que, chez l'homme adulte, la convalescence est signalée par des désirs^ vénériens, des rêves erotiques et des pollutions nocturnes fatigantes. Cela me paraît être le résidtat de la faiblesse plutôt que de la force, et l'effet d'une giande excitation du système nerveux plutôt que d'un impérieux et réel Ijcsoin de la nature. La preuve, c'est qu'avec le temps ces érections et ces pollutions cessent d'avoir lieu, et que les malades^ qui cèdent i)i'ématurémenl à la tentation vénérienne s'exposent à des accidents graves. Tissot rapporte plusieurs exemples de paralysie, d'idiotisme et de mort chez des individus que leur état convalescent