DE LA CONVALESCENCE. — DE SES EFFETS. 3M
Un eiïet remarquable de la convalescence pour quelques maladies aiguës, plus ordinairement observé dans la fièvre typhoïde, c'est un amaigrissement rapide de tout le corps et surtout de la face, qui devient tout h coup très-pàle. Les expériences de Chossat (1) ont montré que les tissus qui supportaient spécialement la perte étaient les tissus musculaire et adipeux. — La plupart des auteurs ont expliqué cet amaigrissement et cette pâleur de la même façon que Chomel. Ils ont dit que ces phénomènes étaient le résultat de la diminution du mouvement fébrile et de la chaleur, dont la conséquence est de produire la dilatation dos tissus vivants ; mais je doute fort qu'il en soit ainsi. S'il me fallait donner la cause de cet amaigrissement, je dirais que l'absorption, un instant modifiée comme les autres fonctions par la maladie, et reprenant son activité au moment de sa guérison, aide aux besoins de la nutrition en consommant toute la graisse disponible dans les tissus. Ce fait n'est d'ailleurs pas aussi fréquent qu'on l'a dit, et il y a beaucoup de malades chez lesquels il ne se produit pas.
Les fonctions digestives se raniment, la langue se nettoie par degrés, l'appétit revient, faible d'abord, impérieux ensuite, et, si l'on écoutait les malades en leur donnant la quantité d'ahments qu'ils désirent, on déterminerait chez eux, ce qui arrive quelquefois, des indigestions fort graves et de la diarrhée. Il importe de ne pas donner trop tôt une grande masse d'aliments; car l'estomac, dont les sécrétions ne sont pas encore très-actives, n'a pas assez de sucs dissolvants pour les digérer. Néanmoins quelques individus peuvent exceptionnellement s'affranchir de ces règles, et Hildenbrand en a vu qui, dans le typhus, ont pu, aussitôt la cessation de la fièvre, faire de copieux repas. On doit bien augurer de la cessation de la convalescence quand le malade revient avec plaisir aux aliments qu'il préférait en bonne santé, et lorsque avec l'alimentation reviennent les forces et l'embonpoint. Quand, au contraire, dans la convalescence, le corps ne profite pas, malgré une abondante nourriture, il y a tout à craindre
pour une rechute. (Tù àppwnzîriz EÙat teOti, ixri^ïv SKiSiSô-j<x( to (JWfxa, lxo-j(Q-npov] (2).
La sécheresse de la muqueuse intestinale, par l'absence de sucs muqueux, aussi bien que la diminution du calibre de l'intestin causée par une longue abstinence, sont la cause de la'jiaresse du ventre et de la constipation des convalescents. La couleur grisâtre des matières et leur rareté semblent quelquefois indiquer l'absence de la bile dans l'intestin. Souvent la constipation alterne avec une diarrhée légère, lorsque la quantité d'aliments est trop considérable pour ' l'état du malade. Il en résulte après le repas une petite accélération du pouls, avec pesanteur du ventre et lassitude générale. La diarrhée qui survient alors n'a pas de gravité, pourvu que le malade comprenne l'avertissement qui lui est donné par la nature.
L'absorption intestinale et les autres absorptions deviennent peu à peu plus
(1) Chossat^ Becherches expcrimenlalcs sur rinanilion. Paris, 1843.
(2) llippocrale, Aphor.secÀ. n, 31 (ŒMwes, trad. par Littré, t. IV).
aclivos. Celle do rintcslin s'annonce par le retour do l enibonpoint. Colles de la peau et des br onches se signalent par des eiïels moins avantageux et par la susceptibililé qu'ont les convalescents à subir l'innuenco des edluves, des miasmes putrides et des causes épidômiques. En effet, dans les hôpitaux où les convalescents restent au milieu des malades, ils contractent très-facilement toutes les maladies èpidémiques et contagieuses. Cela se voit surtout tbns les asiles de l'enfance. Là, un enfant arrive avec une pneumonie franche dont il guérit; mais, dans la'convalescence, il prend la fièvre typhoïde, puis une ophihalmie, puis la diarrhée, la rougeole, et une nouvelle pneumonie dont il meurt. Rien de tout cela ne serait arrivé si, au moment de sa convalescence, l'enfant eût été transporté dans sa famille ou dans un asile particulier.
La circulation, d'abord ralentie après la disparition de la fièvre, reste pendant quelques jours languissante. Elle s'accélère sous l'influence des moindres causes, d'un mouvement ou d'une impression morale, et les palpitations sont très-fréquentes chez les convalescents. Quelquefois il arrive que le pouls, après quelques jours de calme, reprend une assez grande fréquence, qui cesse bientôt sous l'influence de l'alimentation et de la réparation des forces. Chez les individus nerveux, et en particulier chez les femmes, cette fréquence du pouls peut aussi persister longtemps après la guérison. Quelle que soit la fréquence du nouls s'il n'y a pas d'augmentation de la température du corps, cette fréquence se rat'tache k l'état nerveux, et non pas à l'état fébrile. - Le sang est toujours plus ou moins altéré dans sa composition; il y a diminution du nombre des globules et de l'albumine du sérum, mais à des degrés différents dans chaque espèce de maladie, et selon le traitement employé pour la combattre. C'est à cette double altération du sang qu'il faut attribuer les bruits de souffle cardiaques à la base du cœur, et les souffles carotidiens signalés par M. Bouillaud (1) sur que ques convalescents, ainsi que la bouffissure avec œdème des membres aux malléoles observée sur d'autres par Alfred Becquerel.
La chaleur animale et la calorification, qui résultent de l action complexe de la respiration et de l'alimentation, sont très-amoindries dans la convalescence. C'est le résultat de l'abstinence. La sensibilité au froid est très-grande, et les extrémités sont toujours le siège d'un refroidissement considérable.
La respiration se fait librement, avec calme, sans gêne et sans précipitation, mais s'accélère sous l'influence de la marche, de l'effort et de 1 action de monter. La voix est faible, et, si les malades parlent trop longtemps, la respn-at.o leur manque et ils s'arrêtent essoufflés pour reprendre haleine. 11 n j a de ble persistant de la respiration que dans les convalesceuces des maladies guës d poitrine ; j'ai vu dans ces cas la respiration être assez longtemps court J^équente laborieuse, quelquefois douloureuse, empêchée ou accompagnée d'une petite toux sèche et quinteuse. . .
Les sécrétions, d'abord peu abondantes, augmentent peu k peu usq" k ^ qu'elles aient repris leur mode habituel, et deviennent quelquefois tiop abon
(1) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur. Paris, 1841.