ARTICLE III FORMES VARIÉES DE LA CONVALESCENCE
I. De la convalescence d'après la nature des maladies. — Dans les maladies chroniques, les phénomènes de la convalescence ne ressemblent pas à ceux des
DE LA CONVALESGENCli. — l'OKMtS VAUlKliS. 3Zl9
maladies aiguës. Cela se compraul. Elles n'exigent pas une absliiiciicc aussi rigoureuse que les maladies aiguës graves, ei par conséquent l'état de faiblesse qui leur succède ne saurait être le même ni entraîner des troubles fonctionnels semblables. Quand CCS maladies guérissent, c'est d'une manière lente, progressive, et il n'y a pas de convalescence évidente. Les fonctions reviennent graduellement a leur état normal, avec les forces et l'embonpoint. Le visage pâle reprend du teint, l'œil s'anime, et l'intelligence plus vive prend le dessus sur la mélancolie qui l'accablait. Cela dure une ou deux années, davantage chez quelques personnes, et il en est qui conservent toute leur vie l'empreinte du coup dont
elles ont été frappées.
11 est impossible de dire à quelle époque précise commence et finit la convalescence ; car les altérations somatiques qui la caractérisent se développent d'une manière insensible, et leur début échappe à toute appréciation rigoureuse. Par conséquent la durée de la convalescence est purement approximative. Elle est plus ou moins rapide, et quelquefois prolongée, suivant une foule de circonstances différentes, telles que l'âge et la constitution des individus, la nature du mal, le traitement qu'on lui a opposé, la température, le régime, etc.
Chaque espèce de maladie aiguë imprime à la convalescence un cachet spécial. Au milieu de la faiblesse générale et de la langueur des fonctions, l'organe qui a été le siège anatomique du mal se fait remarquer par une susceptibilité plus grande, qu'il conserve souvent pour toujours. C'est à cette circonstance qu'il faut attribuer la plupart des rechutes observées chez les malades. La bronchite laisse après elle une prédisposition à des bronchites nouvelles. La pleurésie se fait encore sentir par des douleurs vagues pendant la convalescence et longtemps après la guérisou. Toutes les maladies des centres nerveux offrent, dans leur convalescence, une exagération ou une diminution de la sensibilité, un affaissement variable des facultés intellectuelles, et quelquefois la perte de la mémoire. Il en est de même des autres organes, dont les maladies engendrent, pour eux, une sorte de prédisposition morbide. D'une manière générale, la convalescence a une forme différente, suivant que tels ou tels viscères, le cerveau, le cœur, les poumons, le foie, les intestins, ont été le siège de la manifestation morbide.
La durée de la convalescence, c'est-à-dire de la chloro -anémie consécutive aux maladies aiguës, est en rapport avec la longueur de la maladie, avec sa gravité, avec l'abstinence qu'elle a imposée au malade, et avec l'énergie spoliative du traitement mis en usage. Courte et facile dans les "maladies locales, longue et prolongée dans les maladies aiguës générales, elle est lente, insensible, si l'on peut s'exprimer ainsi, chronique elle-même dans les maladies chroniques.
Les fièvres éruptives, à l'exception de la variole, ont une convalescence rapide.
La fièvre typhoïde a une convalescence quelquefois très-prolongée et souvent irès-difficile.
Les fièvres intermittentes simples n'ont pas de convalescence ; tandis que les fièvres intermittentes réfractaires laissent après elles un état de convalescence très-prolongé.
350 PATHOLOGIE GÉNÉHALE.
Les névroses et les allcctions péiiodiqucs n'ont pas de convalescence.
Les hémorrhagies abondantes et courtes donnent lieu à une convalescence rapide, tandis que les hémorrhagies faibles, souvent répétées, engendrent après leur disparition un état prolongé de soullVance Irés-dilficile à guérir.
Los phlegniasies aiguës sont, entre toutes les maladies, celles qui donnent lieu aux convalescences les plus rapides et les plus heureuses.
IL Convalescence d'après l'âge. — La nature du mal n'est pas la seule influence qui imprime son cachet Ji la convalescence pour en allonger et pour en restreindre la durée; l'âge exerce aussi, sous ce rapport, une influence incontestable. — Dans la seconde enfance, le retour à la santé est en général très-rapide à cause de l'énergie des fonctions assimilatrices qui aident à la réparation des pertes faites durant la maladie. Chez les enfants du premier âge, au contraire, la convalescence est plus lente et quelquefois dangereuse, à cause de l'arrêt produit dans le développement des os, ce qui surajoute une complication rachitiquc à l'état morbide déjà existant. Dans la vieillesse, la convalescence est longue et les fonctions ont de la peine à reprendre leur régularité ordinaire.
Le retour à la santé est ordinairement rapide chez les jeunes gens vigoureux et chez les hommes doués d'une forte constitution et de tous les attributs du tempérament sanguin. Incapables de réaction suffisante, les sujets lymphatiques sont plus longtemps malades, et la convalescence est, chez eux, très-longue à se terminer.
m. Convalescence d'après le sexe. — Le sexe féminin rend les convalescences un peu plus prolongées qu'elles ne le sont chez l'homme. Cela s'explique aisément. La femme, assez ordinairement douée d'un tempérament lymphatique, très-impressionnable, plus exposée aux inconvénients des sensations agréables ou fâcheuses, a besoin de précautions très-grandes; de plus, soumise à la domination tyrannique de l'utérus, elle n'est réellement convalescente que lorsque cet organe a repris l'exercice de ses fonctions périodiques, si souvent 'interrompues par la maladie.
IV. Professions. — Les professions, dont l'influence est si grande sur le développement des maladies, ont aussi sur la convalescence une action correspondante facile à comprendre. Quelques-unes, nuisibles au maintien de la santé, doivent, on le conçoit, réagir plus puissamment encore sur la marche de la convalescence.
V. Localités, nourriture. — Le séjour dans des lieux bas et humides, dans les vallées sombres et marécageuses, dans les salles d'un hôpital, et la nourriture insuffisante ou insalubre, sont autant de causes qui empêchent la convalescence de se terminer rapidement.
VI. Climats, saisons, etc. — Il en est de même de l'influence des climats froids et humides; des saisons froides et pluvieuses de l'automne et de l'hiver. Dans les contrées chaudes, en effet, et comme chez nous, au printemps et dans l'été, les convalescences ne se prolongent pas trop, et se terminent assez vite par le retour à la santé.