‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 111 sur 439 · DU PRONOSTIC INDIVIDUEL · texte numérisé non relu

DU PRONOSTIC INDIVIDUEL

). Dans les maladies aiguës, la langue blanche et humide annonce une solution

favorable. ,

0 Une langue sèche, dure, noire et tremblante, indique un otat adynamique

très-grave. • . , . i

» La langue rouge, dépouillée, brûlante, dans les maladies chroniques et de

cachexies, est le signe du muguet et de la mort.

.) Chez un enfant atteint de coqucluclic, une ulcération du frein de la langue en voie de guérisoa indique une guérison prochaine.

» Dans les maladies aiguës ou chroniques, la déglutition bruyante des liquides dans l'œsophage annonce une mort prochaine.

» L'impossibilité d'avaler, dans les maladies aiguës, est un phénomène grave.

» Quoi qu'on fasse contre elle, l'hydrophobie rabique est toujours suivie de mort.

» Des nausées et des vomissements opiniâtres dans une maladie aiguë annoncent un grand danger.

0 Quelquefois une régurgitation continue remplace les vomissements des maladies aiguës ; c'est un signe de mort.

» Le vomissement de matières stercorales annonce un grand danger, et même la mort, si la nature ou l'art ne rétabht pas le cours des matières fécales.

» Le vomissement noir chez les cachectiques est un signe de mort.

» Le hoquut, à la fin des maladies aiguës graves, est un signe précurseur de la mort.

n Une constipation prolongée amène la dyspepsie par catarrhe chronique des intestms.

» A la diarrhée chronique succèdent l'anémie, la dyspepsie, l'hypochondrie et la mort.

') Le mélcEua annonce un grand danger.

» Des urines claires, tenant un nuage en suspension et succédant à des urines sédimenteuses, indiquent une guérison prochaine.

» Dans les maladies aiguës, la rétention d'urine est un phénomène très-grave, souvent suivi delà mort.

» Des urines très-rares ou entièrement supprimées annoncent un grand danger.

» Les urines claires, extrêmement abondantes, avec une soif excessive, doivent faire craindre la mort.

» L'urine albumineuse, accompagnée d'anasarque fébrile, sans autre maladie, annonce une mort prochaine.

» Lorsque, dans le choléra, l'urine cesse d'être albumineuse, la guérison est proche.

» L'urine sirupeuse est généralement une cause de consomption, de phthisie tuberculeuse et de mort.

» La sueur froide de la tête, de la poitrine et des bras dans une maladie aiguë, est un signe de mort,

» Dans les maladies aiguës et dans les fièvres, le ballonnement du ventre est le signe presque certain d'une mort prochaine.

36/| PATHÙT.OCIE GÉNÉUALE.

» Le ballonnement du ventre, dans les maladies clironùnies, indique un obstacle au cours des matières.

» Un sommeil profond et prolongé, dans les maladies fébriles, est toujours

grave.

« La somnolence, le coma et le carus, devenus permanents après quelques jours de délire et de convulsions, sont des phénomènes qui indiquent la mort.

» Au début des maladies, le délire est beaucoup moins dangereux que celui qui se montre au milieu de leur évolution.

,) Chez les vieillards le délire est toujours beaucoup plus grave que chez les enfants.

.. La douleur intermittente, périodique, régulière, indique toujours la possi- • bilité d'une guérison rapide par le quinquina.

» De fortes douleurs dans la profondeur des membres, au conmiencemeiu : d'une maladie aiguë fébrile, indiquent toujours un état de malignité et d'ataxie ■ fort grave.

» L'espérance et la gaieté, dans les maladies aiguës, sont des signes favorables. » L'abattement, la tristesse, le chagrin, la nostalgie et les passions dépressives • compliquent toujours les maladies d'une manière très- fâcheuse. »

Je pourrais multiplier à l'infini ces aphorismes, si je faisais un traité du pronostic; mais je n'ai eu ici d'autre intention que de montrer l'importance de quelques symptômes spéciaux pour le pronostic individuel, sans prétendre hnuter le nombre de ces propositions, ni faire une énumération complète de tous i les symptômes pronostiques. Solitaires ou réunis par groupes de deux ou trois, . les symptômes pronostiques donnent lieu à des combinaisons variées d'où res- ■ sortent autant de conséquences spéciales. C'est au médecin de suivre avec • ardeur cette voie si largement frayée par Hippocrate, pour l'orner de quelque ' proposition nouvelle si l'observation lui permet de le faire.

Quand une maladie débute avec une violence extrême ou avec de grandes ? irrégularités d'évolution, c'est qu'elle doit être très-grave et peut-être même > mortelle. La variole qui commence par un grand appareil fébrile, de vives doa- leurs rénales, du délire, des vomissements et une grande agitation, sera tresgrave, si elle ne fait pas périr l'individu. Il en est de même pour les autres fièvres éruptives, et particulièrement pour la fièvre typhoïde. J'en dirai autant de la péritonite suraiguë accompagnée de douleurs atroces, de la pneumonie qui débute par un violent délire, et d'un certain nombre d'autres phlegmasies. Ln général, lorsque chez l'adulte il n'y a pas de transition entre la santé et c es accidents morbides très-intenses, il faut considérer le fait comme une irregu arité de développement qui ajoute à la gravité du pronostic. Dans 1 enfance, it choses n'ont plus la même signification. Par l'excitabilité du système nerveux et la violence de la réaction fébrile, les enfanta sortent assez souvent de la santt sous l'inHuence de causes légères, et offrent tout à coup des phénomènes asse redoutables, qui seraient de nature à inspirer les plus vives ,n<iu.etudes s. 1 on n'était prévenu par expérience de ce qui doit arriver. Une incbgesi.on, une au-

DU PUONOSTir; r.ÈNftKAL.

.r,ne une maladie aiguë inllainmatoire on ériiplivc, produisfMit soiivenl, cliez les eiifants des convnlsions initiales fébriles, nnc lièvre des plus violentes, de ,1c- la suiïoc'alion subite; puis, au bout de quelques heures, les accidents se calment et la maladie suit son cours sansoiïrir d'irrégularités.

Une fois le mal déclaré, la régularité ou V irrégularité de ses symptômes f ,it "énéraloment prévoir son issue. L'irrégularité est principalement une c.rcons'lance dont il faut tenir compte, et elle a mille fois plus d'importance pronostique que l'évolution régulière des accidents morbides. Quand une fièvre énipiive tarde très-longtemps à se manifester sur la peau, il y a tout à craindre pour sa terminaison malheureuse. J'ai vu ainsi périr bon nombre de variolcnx Cl de personnes atteintes de rougeole ou de scarlatine. Il en est de même lorsque les phases de l "éruption variolique ne sont pas régulières, et lorsque la suppuralion n'est pas complète ou ne vient pas à son époque habituelle. De même encore dans la pneumonie, dans la pleurésie, dans les phlegmasies des organes ou (les séreuses, dans la goutte articulaire et viscérale, dans le rhumatisme, etc. — Toutes les maladies anomales ou irrégulières, fébriles ou inflammatoires, diathésiques ou autres, sont, toutes choses égales d'ailleurs, infiniment plus compromettantes pour la vie que les maladies dont l'évolution ressemble à ce que l'on a coutume d'observer.

§ 8. — Pronoslic général.

Le pronostic général d'une maladie est, comme je l'ai fait pressentir, le résultat des connaissances théoriques acquises sur ses causes et sur ce qu'on appelle sa nature. Il a pour base la nosographie et le diagnostic.

Chaque espèce morbide offre, relativement à son produit pathologique, un pronostic général inhérent à sa nature, différent du pronostic individuel, qui résulte des circonstances propres à l'individu. Les maladies inflammatoires ont plus de chances de guérison que les maladies gangréneuses ou que les transformations du tissu des organes en graisse, tissu fibro-plasfique, tubercule, etc. Le cancer rend le pronostic général très-grave, indépendamment de toute observation faite sur le malade, et il en est de même de tous les produits morbides.

Le siège d'une maladie inflammatoire à l'extérieur, sur la peau, ou dans un organe peu important, comme l'amygdale, rend le pronostic infiniment moins grave que si la lésion s'établit dans le cerveau, les poumons, ou un viscère intérieur. C'est pour ce motif que l'exanthème d'une fièvre éruplive, celui de la rougeole par exemple, niest rien et n'entraîne pas d'accident, si, du même coup, il n'occupe la muqueuse de la trachée ou des petites bronches.

I. Age. — Les maladies sont généralement plus graves aux périodes extrêmes de la vie, dans le premier âge ou dans la vieillesse avancée, que dans les â-^es intermédiaires; ainsi l'érysipèle des nouveau-nés est presque toujours suivi de la mort, tandis qu'il n'en est pas ainsi chez l'adulte. — Dans la pneumonie des vieillards, la mort est en quelque sorte la règle, et la guérison un fait exceptionnel. C'est tout le contraire chez l'adulte. Le sclérème, l'entérite, le coryza,

366 PATHOLOGIE GÉNÉRALK:

la bronchite capillaire ou catarrhe sulîocant, la boncho-pnciiinonie, etc., sont très-graves chez les nouveau-nés et chez les enfants à la mamelle, tandis ([u'au contraire leur danger est infiniment moindre chez l'homme dans la vigueur de

rage.

D'une manière générale, les enfants résistent moins aux actions morbiliques; ils offrent une réaction fébrile quelquefois trés-vive, qui les abat, les fatiguu et , les épuise d'une manière notable. Leur corps en voie de développement s'allaiblit par l'effet de la fièvre et de l'abstinence. Les complications s'ajoutent à la maladie principale, et la mortalité chez eux est très-grande.

Chez le vieillard, les maladies ont une acuité moins grande et offrent une réaction moindre que dans le premier âge. Sauf de rares exceptions, elles ont une tendance manifeste à l'adynamie et à la chronicité. Les fonctions des organes, troublées par le mal, se rétablissent bien plus lentement, quand il y a lieu, qu'à tonte autre époque de la vie, à cause de la lenteur du mouvement de composition et de décomposition des tissus. — Les convalescences sont bien plus longues, infiniment plus pénibles, et souvent traversées par des accidents qui empêchent la guérison définitive.

IL Sexe. — Le sexe ne modifie pas le pronostic général des maladies ; cependant il y a des cas où son inQuence, sous ce rapport, est incontestable. — Les hémoptysies chez les femmes sont moins graves que chez l'homme, car elles résultent quelquefois d'une déviation de l'hémorrhagie menstruelle. La dyspepsie, la gastrorrhée, les contractyres, le spasme et les convulsions de la jeune fille n'ont généralement rien de dangereux et doivent être traités comme de simples névroses. — La plupart des femmes, surtout dans les grandes yilles, offrent un état latent ou apparent de chlorose, qui modifie la marche et le développement de leurs maladies, et il serait très-imprudent de leur appliquer le traitement énergique qu'on pourrait employer chez l'homme.

Chez les femmes, la marche des maladies aiguës n'est pas sensiblement infiuencée par l'apparition des règles. Si, dans quelques circonstances, leur arrivée emporte des incommodités passagères, ordinairement elle ne produit aucun effet. Cette bémorrhagie se montre, tantôt à son époque ordinaire, ou bien elle la devance; plus rarement eUe retarde son apparition de quelques jours. Le sang a tous ses caractères ordinaires, mais il s'échappe en moins grande abondance. ■ Les maladies chroniques n'ont d'abord aucun effet sur la menstruation ; mais, à une époque avancée de leur développement, elles diminuent la quantité du sang, amènent des retards, des irrégularités, et enfin une suppression dont l'effet, généralement fâcheux, s'ajoute aux accidents principaux et précipite la

mort des malades. . ,

Au contraire, si, dans le cours d'une maladie chronique, les règles supprimées reparaissent avec régularité, il y a tout lieu de croire à une amélioration momentanée et à une guérison prochaine. On ne saurait trouver de signe pronos-

tique plus favorable.

La grossesse est un état qui change tellement la santé de quelques Icmincs, soit en mal, soit en bien, qu'il donne lieu à des erreurs de pronostic très-

DU PRONOSTIf; GÉNÉRAL. 367

fâcheuses. J'ai vu des Icnimcs, atteintes do dyspepsie chloroticiue, n'avoir de santé que dans la grossesse et pendant railaitemont. On sait d'ailleurs (pie, chez un certain nombre de fcuuiies, la conception arrûte la marche de la plithisie pulmonaire, diminue la toux et l'expectoration, ramène l'embonpoint jusqu'au jour de 'la délivrance, où les accidents reparaissent de nouveau pour eniraîiior la mort. J'ai vu, an contraire, dos lemuios, douées d'une excellenle constitution, tomber malades dès qu'elles devenaient enceintes, et ollVir des accidents nerveux ou gastriques qui auraient pu laire supposer des désordres matériels graves dans l'estomac ou le cerveau, tandis que ce n'étaient que des phénomènes sympathiques.

Les maladies aiguës qui se développent dans le cours de la grossesse sont généralement plus graves (jue dans l'état de vacuité. Si elles sont intenses, elles déterminent toujours l'expulsion prématurée du fœtus, sa mort et quelquefois aussi celle de la mère.

Dans l'état puerpéral, toute phlegmasie devient très-grave, surtout s'il règne une épidémie sur les femmes en couches. Elle a pour résultat de produire une suppuration très-rapide dans les organes affectés, et produit quelquefois, dans l'organisme, un empoisonnement par le pus, ou une fièvre purulente qui occasionne la mort. C'est une diathèse accidentelle, généralement fort grave, engendrée par la plaie utérine qui résulte de l'accouchement. Parmi ces maladies puerpérales, toutes n'ont pas le même danger, et il en est même quelques-unes dont la terminaison est moins fâcheuse que lorsqu'elles se développent en d'autres circonstances. Ainsi la manie puerpérale aiguë est infiniment moins grave que la manie aiguë ordinaire; c'est une espèce de folie dont on guérit complètement, tandis que l'autre est à peu près incurable

Je pourrais multiplier les exemples : qu'il me suffise de dire que le sexe n'a d'influence sur le pronostic que par les changements qu'il imprime à la nature des maladies par la différence du support, c'est-à-dire de l'organisme. L'état chlorotique et la diathèse nerveuse existent chez un très-grand nombre de femmes de façon à modifier la marche des maladies ; les alternatives de grossesse, d'allaitement, l'état puerpéral et la ménopause changent profondément la crase du sang ; comment les ferments morbifiques <j[ui produisent les fièvres pourraient-ils lever sur un sol aussi différent et rester toujours semblables à eux-mêmes dans leur développement et dans les effets qu'ils produisent? Non, cela n'est pas possible à priori, et l'expérience démontre la justesse des pressendments de l'esprit.

IIL Constitution et tempérament. — Le pronostic général d'une maladie dépend quelquefois de la constitution et du tempérament de celui chez qui elle se développe. Il est généralement plus incertain et plus fâcheux chez les sujets faibles, débiles, et offrant les attributs du tempérament lymphatique, que chez les personnes fortes, sanguines et nerveuses. J'en dirai autant du pronostic (les maladies aiguës qui s'attaquent h des constitutions délabrées par des évacuations excessives, telles que l'allaitement prolongé, la polyurie, la sperniatorrhée ; par des excès déplaisir, ou une fatigue surhumaine ; par des veilles

pathologie GÉNÉUALE,

continues, consacrées aux plaisirs et aux travaux de r esprit; par de longs et de sérieux chagrins, par Y alimentation insuffisante et la disette; par V intempérance, et en particulier par l'abus de boissons alcooliques ou ferraentées. Dans ce cas, les maladies aiguës sont quelquefois compliquées de folie ébrieuse ou d'accidents adynamiques et ataxiques mortels. La pneumonie des buveurs se termine quelquefois très-rapidement parla mort ; j'en ai vu des exemples, prin- . cioaiement chez les hommes forts et vigoureux. Une seule saignée les avait jetés dans un état de prostration dont il fut impossible de les tirer.

La plupart des médecins accordent également au mauvais état habituel de la mnté une influence sur le pronostic des maladies. Cela est vrai. Cependant un professeur de la Faculté de Paris, P. E. Fouquier, qui admettait ce principe, s'est cru eu droit de faire valoir des exceptions à cette règle, et il a publié une dissertation fort curieuse sur les avantages d'une santé délicate (1). Gela veut dire que beaucoup d'êtres cacochymes soignent leur personne pour échapper aux n)aladies, de façon à vivre plus longtemps que beaucoup d'hommes bien constitués qui ne se ménagent guère, et chez lesquels la lutte contre les semences morbifiqucs est très-violente et en rapport avec la force de leur santé.

IV. //erëc/?Y6?, —Parmi les causes qui modifient le pronostic général des maladies et qui ^aggra^ent singulièrement, il faut mentionner l'hérédité. De l'impression génératrice dépendent la forme et la constitution du corps, ses aptitudes physiques et morales, ses prédispositions morbifiques. Comme je l'ai établi, l'hérédité joue un rôle très-important dans la production d'un grand nombre de maladies. H enestpeuqui, de près ou de loin, ne tiennent à son influence. Une maladie héréditaire est toujours très-rebelle à la thérapeutique, .le connais une famille dans laquelle existe, depuis quatre générations au moins, et peut-être davantage, un eczéma de la peau compliqué de blépharite ciliaire chronique très-intense. Que peut la médecine contre une pareille diathèse! Rien. Le croisement seul avec une race de sang pur pourra, après une ou deux générations, faire disparaître cette infirmité.

L'aliénation mentale, le podagrisme, le scrofulisme, l'hémoraphilie, le cancérisme et toutes les diathèses, sont, d'après leur nature plus ou moins redoutable, autant de circonstances qui, à priori, ajoutent à la gravité du pronostic des maladies. Quand l'impression génératrice morbilique, au lieu d'être une est double et provient par exemple d'un père et d'une mère atteints de scrofulisme, il est rare que l'enfant vive bien longtemps, et qu'il n'éprouve pas de très-bonne heure des accidents de la même nature et infiniment plus graves nue ceux de ses parents. Des faits de ce genre se présentent journellement a l'hôpital et en ville sur des enfants confiés à mes soins. Si la maladie a ctc mortelle chez les parents, il en sera inévitablement de même chez les enfants.

Y Qii^at —Les maladies sont comme certaines plantes, plus fortes, plus actives et plus terribles dans leurs effets, selon les climats où elles se développent. Les lésions sont les mêmes ou à peu près, mais leur nature n'est certaine-

(1) Fouquier, Avantages d'une constiMion faible, thèse. Paris, 1802, n" 103.

Du rr.o.NOSTK; cÉNtiiAi,. 3(i9

menl pas la iiièine. il n'est pas iiidifl'éreiit d'avoir la dyseriieric, la syphilis, la lir.vre iiilcrmittcnlc, une hépatite ou des tubercules pulmonaires, au centre de l'Asie, de l'Afrique, ou dans les parties septentrionales de l'Europe. Les ulcérations du côlon atteint de dysenterie, le chancre syphilitique, l'inflammation du foie et la matière tuberculeuse se ressemblent partout; cependant, selon qu'elles apparaissent sur l'homme des pays intertropicaux ou sur l'habitant des pays froids, leur pronostic est essentiellement différent. L'hématurie, l'hépatite, la syphilis, la fièvre intermittente et la dysenterie des pays chauds, sont des maladies très-graves, ordinairement mortelles, tandis que, dans les climats froids ou tempérés, ces différentes maladies guérissent bien plus souvent qu'elles ne font mourir. Au contraire, les tubercules pulmonaires, très-rares dans les pays chauds, n'entraînent pas toujours après eux les accidents de consomption et de phthisie qu'on observe si souvent dans les pays du Nord.

La température élevée des contrées intertropicales, le régime qu'elles imposent, modifient la constitution de l'homme à tel poiut, qu'il en résulte des aptitudes morbifiques particulières, et que les maladies s'y présentent avec une gravitéexceptionncile qui ne s'observe pas ailleurs. Chose curieuse, à mesure qu'on s'élève \ers les pôles, ces maladies perdent une partie de leur intensité et de leur danger ; elles s'atténuent en même temps que se modifie la constitution de l'homme par la température et par l'alimentation nouvelle à laqueileil est soumis. En revanche, il prend les maladies du climat nouveau où il arrive, et il les subit d'une manière plus fâcheuse que les indigènes. Il n'était pas exposé à la phthisie pulmonaire, et, pendant son acclimatement, c'est la maladie dont il est le plus fortement menacé.

Réciproquement, les maladies de l'homme du Noi d qui ont pour siège les voies respiratoires deviennent de moins en moins graves à mesure qu'on approche de l'équateur, et le meilleur moyen d'arrêter les maladies chroniques du larynx, du poumon et des bronches, lorsqu'elles ne sont pas encore trop avancées, c'est de les porter dans un climat chaud, là où elles peuvent guérir.

Ainsi le pronostic général d'une maladie n'a rien d'absolu, et il varie tellement du quinzième au soixantième degré de latitude, qu'il n'est plus le même. Fort grave, et mortel même, dans la première région du globe, il est presque insignifiant dans l'autre; c'est un résultat qui atteste une fois de plus encore que la n)aladie est moins un état organopathique qu'une réaction de l'organisme, en tant qu'individu, contre une impression morbifique variable, selon les temps les lieux et les climats. '

VL Saisons. — Ce que je viens de dire des variétés du pronostic général des maladies par l'influence des climats s'applique à l'influence des saisons. Si le fait n'est pas évident pour chacun, en ce qui touche les saisons, il n'en est pas moins certain, à mes yeux; et, pour ne citer qu'un exemple, je dirai que le pronostic de la bronchite aiguë, de la pneumonie et du rhumatisme, sont plus graves hiver qu'en été, chez quelques persomies âgées ou déjà atteit)tes de rhumatisnif. chronique et d'une affectiou chronique des bronches. Non-seulement alor-- I maladie nouvelle est plus grave que dans toute autre circonstance, parce nue sa

B. — PATHOL. GÉN. *

PATUOLOClli GÉNÉRALE,

durée sera plus lougue, mais elle est plus grave parce ([u'elle est de nature à

occasionner la mort.

YII. Localités. Les localités, dans un même climat, donnent à plusieurs

maladies dites endémiques une gravité exceptionnelle. La lièvre intermittente de l'a Bresse, de la Sologne ou des marais l'ontins, la pellagre de la Lombardic et des Landes, l'hématurie de l'île de France, la calvitie des îles de l' Archipel, le , scorbut de certaines localités, etc., sont plus difficiles à guérir dans ces pays ([ue dans une localité dilVérenie. Cela se comprend; car, tant que les malades restent dans le milieu où ils ont subi et où ils subissent encore l'impression morbilique qui a détruit leui' santé, la thérapeutique ne peut rien en leur faveur. Une maladie endémique doit être traitée par le changement d'air et de heu. Sa gravité, toute locale, est extérieure à l'individu. Supprimez les conditions extérieures, et souvent la guérison s'accomplit sans aucune intervention pharmaceutique.

VIII Épidémies. — Les constitutions médicales et l'intluence éindemique ne sont que des endémies temporaires^ qui donnent temporairement une physionomie spéciale et aussi une gravité particulière aux maladies développées sous leur influence. Sans que personne puisse préciser en quoi l'impression saison, nière ou épidémique modilie la marche et la terminaison des maladies, le fait est incontestable, parce qu'il est séculaire et attesté par tous les bons observateurs, depuis les temps les plus reculés de la médecine. Qu'est-ce que le geme epidemidue ? Une influence occulte désignée par un mot heureux qm sert a exprimer l'idée inscrite dans toutes les relations d'épidémie, et qui montre ce que chaque maladie épidémique a ollert de particulier dans son origine dans sa forme dans sa marche, dans ses fluctuations et dans ses termmaisons dillerenles. C'est par ce mot que, sans périphrase, on exprime les innombrables variétés qu'on observe dans les épidémies de même nature. Il exprime le lait en nous laissant toute liberté pour en découvrir les lois.

Certaines constitutions médicales donnent aux maladies une physionomie particulière caractérisée par la présence de phénomènes névralgiques muqueux, bilieux, etc., et, selon Sydenham, par une aptitude spéciale pour subir 1 influence avantageuse d'un médicament ou d'une médication de préférence a une autre Si ce dernier point n'est pas suffisamment étabh, le premier est incontestable' La même influence qui donne le cachet aux maladies du moment donime leur marche, leur durée, leur terminaison et leur mortahté On a remarqué, après chaque grande épidémie, une diminution réelle du nombre des ma adç.. de l'intensité des maladies et de la mortalité dans la population. En lbo4, 1851 et 1856, après les trois grandes épidémies de choléra qm ont ravage la capitale, les hôpitaux ont reçu moins de malades, et la mortalité est descendu bien auldessous de la moyenne ordinaire. C'est un fait que chacun peut ufier Ainsi se comblent rapidement, et par une sorte de compensation, les vides faits dans la société par la mort sous rinfluence d'une épidémie.

C'est principalement au milieu des véritables épidémies qu on peut armer a notion curieuse de ce fait, qu'une maladie épidémique étant donnée, son pronostic général varie, moins en raison de ses elfels anatomiques, ou de 1 âge

DU PUONOSTIG GÉNlillAl.. 371

et de la conslilution tics individus, que d'une influence exlérieure aussi inconnue que la cause épid^mique elle-même, influence heureuse ou terrible qui épar>nie les uns ou i'rappe les autres sans aucune résistance possible.

Pourquoi le choléra de 1832 a-t-il lait périr tout le monde dans les vingt premiers jours de sou invasion à Paris? Pourquoi ensuite a-t-on obtenu des guérisons dans la proportion de moitié? Pourquoi enfin a-l-on réussi à guérir la plupart des malades au déchu de l'épidémie? Il est aussi impossible de le dire ([ue de révéler la cause du choléra. Ce qui s'est passé en 1832 s'est montré sous une autre forme en 1 849. Nous étions au 10 du mois de juin, et j'étais médecin à l'Hôtel-Dieu. Un choléra assez faible régnait depuis plusieurs mois. La chaleur était excessive et un orage venait d'éclater sur Paris. En divers .points, dans les jardins publics, quelques personnes furent frappées de choléra et apportées à l'hôpital dans un tel état, que toutes avaient succombé dans la nuit. Pendant deux jours, autant de personnes atteintes, autant de décès, puis la maladie s'alïiiiblit, et elle ne se manifesta plus que par des attaques moins terribles.

Dans les épidémies de fièvre typhoïde, de rougeoie, de scarlatine, etc. , que nous avons chaque jour occasion d'observer, les choses se passent de même. Certaines années, toutes les fièvres typhoïdes que l'on traite se terminent bien, malgré des apparences redoutables ; on a des séries de vingt ou trente malades guéris les uns après les autres, et, l'année suivante, ou plus tard, Vinfluence ou le génie épidémique a changé ; la forme du typhus est différente, il est plus souvent mortel. J'ai vu des épidémies de rougeole réguhère, sans complication thoracique, et tous les enfants guérissaient, tandis que, dans d'autres circonstances, la pneumonie venait compliquer l'éruption et faire périr les malades. On en pourrait dire autant de la scarlatine et de ses complications. Il n'est pas une épidémie dans laquelle on n'ait occasion une fois ou une autre de constater l'influence de la cause inconnue du mal sur sa malignité, sur ses complications et sur la mortalité qui en est la conséquence.

IX. Encombrement. — A l'endémie temporaire qui constitue la grande épidémie, je réunirai cette autre endémie née de V encombrement qui fait éclore dans les prisons, dans les collèges, dans les camps, la fièvre typhoïde, le typhus, le scorbut, etc., qui donne à ces maladies un pronostic général qui n'est pas le même que celui de l'épidémie précédente, ou des épidémies de même nature observées dans des lieux différents. Telle de ces épidémies est très-grave et fait périr un grand nombre de personnes, tandis qu'une autre laisse guérir la plupart de ceux qu'elle atteint.

Si l'encombrement peut agir sur les agglomérations humaines d'une manière assez forte pour y déterminer des épidémies, ce qui n'a pas toujours lieu, elle a aussi pour effet d'aggraver les maladies de toute nature chez ceux qui sofit réunis dans le même endroit, dans un hôpital, par exemple.

11 arrive souvent que l'administration des hôpitaux de Paris, dans le but de secourir plus d'indigents, augmente le nombre des lits d'une salle, malgré les avis de la science et l'opposition des médecins. Aussitôt la mortalité augmente

372 PATHOLOCII': C.liNfeHALR,

par suite de l'aggravation des cas particuliers. Les malades sont plus disposés a contracter les maladies du voisin, et des varioles, des lièvres éruptives, des érysipèlcs, des fièvres typhoïdes, ou des diarrhées, prennent naissance. Dans les hôpitaux des enfants, le fait est bien pins évident. Rien n'est commun, après la coqueluche, la pneumonie ou le typhus, comme la rougeole, la scarlatine, la diarrhée, les ophtlialmics, les stçmatites ulcéro-membraneuses, les gangrènes de la bouche ou des parties génitales, et la mort. Si l'on ne renvoie pas très-vite chez ses parents l'enfant qui vient d'Ctre guéri d'une maladie aiguë, sans attendre la lin de sa convalescence, il prend dans les salles quelqu'une des maladies que je viens d'indiquer; faible encore, cette nouvelle maladie l'accable et trop souvent le fait périr. Le pronostic d'une maladie aiguë chez un enfant d'hôpital est, toutes choses égales d'ailleurs, infmiment plus grave chez lui que chez un enfant de la ville h cause de V encombrement et de l'influence méphitique de Y air nosocomial. L'enfant est à ce point susceptible de contracter les maladies d'autrui et de subir leur influence d'une manière générale, au point de vue de la mortalité, qu'il faudrait avoir pour l'enfance des hôpitaux formés de petites salles isolées destinées aux maladies contagieuses, et n'ayant chacune qu'un très -petit nombre de lits. Là où l'on met quarante lits d'adultes, il ne faudrait mettre que vingt lits d'enfants.

Ce qui arrive par le fait de l'encombrement des salles de médecme arrive également dans les salles de chirurgie. Si le nombre des malades s'élève trop, les opérations ne réussissent plus, elles se compliquent d'érysipèle ou d'infection purulente ; on tente des réunions immédiates qui ne peuvent s'accomplir, les plaies se couvrent de pourriture d'hôpital, et la plupart des opérés succombent. Plusieurs fois ce fait s'est produit à Paris, dans nos discordes civiles, lorsque, par suite des émeutes, un grand nombre de blessés se sont trouvés réunisà Saint- Louis et h l'Hôtel-Dieu. Il s'est produit, en 1855, à Constantmople, au grand " hôpital de cette ville encombré par les valeureux soldats blessés au siège de Sébastopol. La population de l'hôpital fut doublée. Aussitôt, là où l'on voyait toutes les opérations chirurgicales réussir à merveille, où les réunions immédiates étaient nombreuses, et l'infection purulente très-rare, chaque coup de bistouri était suivi d'érysipèle ; il n'y avait plus de réunions immédiates, la nourriture d'hôpital couvrait les plaies, et des résorptions purulentes faisaient périr la plupart des opérés. Voilà l'effet de l'encombrement sur le pronostic général des maladies et sur le succès des opérations.

DF. LA THl'RAPKUTIQUF. EN OftNfcnAL.

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