DE LA THÉRAPEUTIQUE EN GÉNÉRAL
Si l'art ci'oil devoir toujours conduire la nature, sa présomption le rend visiblement dangereux ; s'il croit no devoir la conduire jamais, son inutilité le rend méprisable. (Voullonnk.) (1)
Là où la nature agit, la présomption est en sa faveur. (I»™.)
Je ne dirai pas comme Piiiel (2) : Une maladie étant donnée, déterminer sa place dans le cadre nosologiqv.e . Cette manière de considérer la médecine n'est bonne que pour les sceptiques et pour les gens en parfaite santé, qui veulent se distraire, ou bien pour des naturalistes qui étudient les maladies comme on ferait d'une plante ou d'un minéral. Si la médecine cesse de prétendre à la guérison des maux qui accablent l'humanité, pour se contenter d'en faire des études au moyen de la loupe, de la balance et du scalpel, elle cesse d'être la médecine ; ce n'est plus que de l'histoire naturelle, et elle ment à la belle devise qui fait sa gloire : « duérir quelquefois, soulager souvent, consoler toujours. »
Toutes les recherches étiologiques, anatomiques et diagnostiques du médecin doivent avoir pour but de fournir une base solide à l'application de moyens thérapeutiques rationnels ou empiriques. Les expériences et les observations qui ne conduisent pas à ce résultat, ou qui ne l'ont pas en vue, sont chose inutile.
Qu'est-ce donc que la thérapeutique ?
C'est Vart de soigner les maladies. On pourrait aussi la définir, avec Barthez, la science des indications curatives. En effet, le médecin cherche dans l'étude anatomique des malades et des phénomènes qu'ils lui présentent ou des circonstances extérieures, le motif raisonné de prescrire le régime ou le remède qui lui paraît applicable. Supprimez ce travail, et les soins à donner aux malades ne sont plus qu'un empirisme grossier qui abaisse la médecine au niveau d'une expérience de chimie ou de physique.
La thérapeutique est le but et la fin de toutes les connaissances médicales. La physique, la chimie, la botanique et la zoologie, l'anatomie normale et pathologique, la physiologie, la pathologie et la clinique, lui servent de base et lui fournissent tout ce dont elle a besoin pour son usage. Il s'en est peu fallu que les accessoires n'emportent le principal, mais les vrais médecins savent que ceux qui souffrent ne peuvent se contenter de spéculations chimériques de la fausse science, et malgré les railleries dont le scepticisme l'accable, la thérapeutique a repris depuis quelques années une faveur qui, je l'espère, ne cessera pas.
(1) Voullonne, Mémoire qui a remporté le prix de V Académie de Dijon sur celle question : Déterminer quelles sont les maladies dans lesquelles la médecine agissante est préférable à l'expeclanie. Avignon, 177G.
(2) Pinel, No.wgraphie philosophique. Paris, 1818, t, I, p. 7.
SECTION PREMIÈRE