ARTICLE II DES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE CLASSIFICATION
Les principales méthodes de diviser les maladies sont assez nombreuses, mais tontes n'offrent pas le même intérêt, et il en est même quelques-unes qui lie méritent pas d'être citées, soit à cause de leur peu d'importance, soit parce (in'elles n'oiïrent rien de scientifique et digne de l'école. Ces méthodes particulières sont : — la méthode alphabétique, — la méthode synoptique ou dichotomique, ~ la méthode étiologique, — la méthode symptomatique, la méthode mmtomo-topographique, — la méthode analomo-physiologiqiie, — la méthode organique, — et la méthode màVe ou syncrétique. — A mon avis, dans l'état actuel de la science et quelle que soit l'importance de la méthode organique, qui deviendra peut-être un peu la méthode de tous les nosographes, c'est la méthode ^^ijncrétique qui me paraît devoir être préférée.
Dans la nosographie spéciale d'un organe ou d'un tissu, les classifications sont aussi utiles que dans la grande nosologie pour coordonner des matériaux que l'étude minutieuse des spécialités multiplie toujours à l'infini. Toutefois ces classifications changent un peu de caractère et se rétrécissent comme le champ de leur observation. Elles ont moins de difficultés à vaincre pour rassembler en groupes les états morbides de leur compétence, puisque déjà ces états morbides sont réunis dans un même tissu, comme la peau, ou dans un même appareil cekn de la vision, par exemple. Il paraît cependant que la tâche n'est pas facile' car elles se multiplient avec une sorte d'acharnement. Chaque spécialiste veut avou- la sienne. Toutes ces classifications ont pour base les mêmes principes que ceux de la nosologie générale. Le spécialiste fait sur un embranchement de la médecine la même œuvre que le nosographe sur l'ensemble des connaissances médicales. "••i.c»
§ — Méthodo nliiiinbéti
«Iiio.
Des niédecins nombreux et recommandables ont adopté l'ordre alphabétique idans la description de nos différentes maladies. La Polyalthée de Th. Bonet (i).
'Scnptor,bus congestus. f.enevœ, 1G90, 3 vol. in-fol.
f^r^f^ PATHOLOGIE GÉNÉRALF.,
h. diction.K,ire (le llob. Jamos (1), les diverses encyclopédies les répertoii-es, les coiTincndiums, les dictionnaires de médecine (2) et de thérapeutique (3), ont consacré cette manière, très-vivement critiquée par quelques nosographes par cette raison que la disposition alphabétique n'est pas une méthode. Ln eflet la disposition que rèfjle la lettre initiale d'un mot n'a rien qu. se rapproche dos , principes élevés qui doivent servir de base au. systèmes et aux méthodes de nosologie. C'est un rapprochement extraordinaire, théor.quement parlant, que e lui de l'apoplexie et de l'ascite, du choléra et de la chlorose, de la ménmg.te et de la ménorrhagie; et cette manière est bien, en effet, comme on 1 a d. t la é^ation de toute classilication méthodique. Mais les médecn^s qui adopten o^dœ alphabétique n'ont jamais prétendu que ce fût Ih une m thode; c es pour eux un ordre de classification dépourvue de toute idée théorique ou vst manque. Il est- évident qu'on ne peut se faire d'illusions a cet égard et. u nd on prend pour ordre de description la lettre initiale du nom des maladies, c q"' peut varier selon les médecins, d'après les nomenclatures et jusque dans le r 'on observe, on décline tacitement le périlleux honneur d'un succès de S^a isTtion. Ce t peut-être une manière de dire qu'il vaut mieux n avoir t ïe S denosologique que d'en avoir une qui soit incomplète ou mau- Ta sf ^ don" les conditions soient une gêne plutôt qu'un secoui. utde C lout d^. maladies qu'on range, mais qu'on ne se charge pas de classer et de catégoriser.
§ iS. — Métlioae synontlqiic.
A l'époque Où la médecine était encore incertaine dans sa marche et trèsoauveTedétails; lorsqu'on s'occupait plus de l'étiolog.e, de a nature et d es
E ::::: t:il.':szr;^it^i:^:
(1) James, Diciiomaire universel de médecine, irad. par Diderot, etc. Par.s..
6 \ol. iri-fol. , . ,„e,j;,;-„ narLittfé et Robin. Paris,
(2) Dictionnaire de médecine el de '^^^^^•^'S^''''^]^^^^^^ 18Gi-69. ■1865. - Nouveau Diciionnaire de médecine et do clururg^e P « 7;;,^ .^m-
(3) Bouchut et Després, i^iConnau. '''-«''-^'^^ '"^'ï^'; les accou-
le résumé de la médecine cl ^'^'^''^r'^^^^^^ e.. chemenls, l'oculisHque, Vodonleohnie, la matière médicale, les Paris, 18G7, 1 vol. gr. in-8 avec 614 figures.
MÉTHODE ÉTIOLOGIQUE. 4r)5
SOUS le nom de synoptique ou dicliotomiquc, par Requin. Elle me paraît êiro aujourd'hui sans application. Elle a pu rendre quelques services au début de la Bcienco, mais en aucun cas elle ne doit à elle seule servir de base à uno classification nosologique.
Comment, en elTet, pouvoir séparer en deux classes les maladies, selon qu'elles se présentent ii l'état aigu ou h l'état chronique, caractère qu'une même aiïection peut offrir successivement ? Une pneumonie aiguë ou chroni([ue n'en est pas moins une pneumonie, et ce serait un véritable non-sens aujourd'hui que de placer dans deux classes différentes ces deux formes de la phlegmasie pulmonaire. 11 n'est d'ailleurs pas toujours facile de déterminer le moment pfécis où une affection aiguë se change en maladie chronique, et comme les préceptes d'Hippocrate sur la détermination des maladies aiguës n'ont plus cours à présent, ce principe de la durée des maladies a perdu toute importance nosologique.
§ 3. — PlIclllOtIC ôtiologiquc.
Le principe de la méthode étiologique, adopté en nosologie, est peut-être le plus séduisant et le plus élevé de tous les principes connus de classification médicale. Il est malheureusement d'une application embarrassante. Il obhge à rassembler et à grouper dans la même classe les maladies, d'après la nature de leurs causes premières, ce qui est toujours impossible à savoir, ou de leurs causes dites secondaires, dont il est déjà fort diflîcile de préciser l'influence. Les causes des maladies sont des choses sur lesquelles on discutera éternellement sans jamais s'entendre ; c'est la voie de l'hypothèse et le chemin des plus extravagants systèmes. Quelques nosographcs n'ont pas reculé devant les difficultés et les dangers de cette tâche, et soit audace ou illusion de leur esprit, la recherche des causes et la classification des maladies d'après cette considération est restée l'objet constant de leur élude. Puisse le succès couronner leurs efforts ! Rien ne serait plus heureux pour la médecine que la réalisation de cet admirable problème, et si loin que nous puissions être de sa solution, je puis dire que le jour où il sera résolu d'une manière satisfaisante, notre science ne laissera plus rien à désirer.
Dans les premiers temps de la médecine, quand on ne songeait guère à classer les affections morbides, et qu'on se bornait à établir de simples divisions entre elles, pour l'intelligence générale de la pathogénie, les circonstances étiologiques avaient la plus grande importance. Hippocrate, sans avoir fait nulle part de classement régulier des maladies, laisse cependant entrevoir la division qu'il y établirait d'après la nature humorale de leurs causes premières. Pour Ini le sang, la pituite, la bile et l'a trabile forment quatre humeurs dont le méninge exact et le parfait équilibre constituaient la santé. Ces humeurs pouvaient circuler dans toutes les parties du corps, communiquant les unes avec les autres comme les auréoles d'uu tissu celluleux. Les maladies étaient le résultat des luodificaiions de nature et de distribution de ces humeurs. Quand l'équilibre ou le mélange cessait, et qu'une d'entre elles venait à se porter sur un tissu ou
/,5fl PATIlOLOGIli GÉNÉRALE.
sur un organe, il en résultait une maladie que la coction et la crise devaient entraîner d'après des lois toutes particulières el dans un espace de temps déterminé. La première idée de la méthode de nosographie éliologique me semble donc devoir cire raijportéc au père de la médecine. C'est une théorie et un système plus qu'une méthode, mais c'est déjà une tendance de classification qu'il est nécessaire d'indiquer. Cette méthode, d'ailleurs, fnt, à peu de chose près, celle de Galien.
Longtemps après Ilippocrate parut à Rome Asclépiade, fondateur du mélliodisme et de la dichotomie éliologique des maladies, que Thémisonde Laodicee, son disciple, a mise au jour après Tavoir développée autant qu'elle était susceptible de l'être. Dans ce système, il y avait deux classes de maladies : les unes engendrées par une modification particulière de la propriété contractile des solides du corps vivant, par un resserrement des tissus, ou stnctum • les autres par un relâchement de ces mêmes tissus, ou laxum ; quant a la classe tout exceptionnelle due au mélange de ces deux états combinés ou succédant l'un à l'autre, on la désignait alors par le nom de mixium. Themison fit de grands efforts pour trouver des signes capables de séparer ces divers étals les uns des autres, mais il n'y réussit que fort mal, comme ceux qui, depuis lors, ont renouvelé ce système avec plus ou moins d'éclat et de biuit, en 1 affublant d'un nom différent mieux en rapport avec les idées régnantes.
Ce système fut celui de Baglivi; un peu plus tard celui de F. Hoffmann qui l'aiusta aux idées de son temps et inventa le mot de spasme, afin de Apposer à l'ancien mot d'atonie; de Brown, qui fanatisa une époque en divisant toutes les maladies en sthéniques et asthéniques; de ïommasim; de Broussais (1) ei.fm, qui, attribuant toute maladie h Vaction organique augmentée ou dimiiiuée, créa le mot d'irritation pour les affections de la première classe, et (Tualifia d'asthénie celles de la seconde. Je n'ai pas besoin de rappeler l immense succès obtenu par cette doctrine, aujourd'hui presque entièrement
"'^Avrc des idées différentes, mais sous l'influence du même principe, qui tend à rassembler les maladies d'après la nature de leurs causes productrices, nous voyons les paracelsistes admettre des maladies sulfureuses, salines, terreuses, mercurielles et astrales, en raison de l'influence hypothétique accordée de ce temps au soufre, à la terre, au sel, au mercure et à l'influence des astres.
Tachenius admettait des maladies acides, alcalines et neutres, en raison de l'hypothèse nosologique qu'il avait créée, pour expliquer les phénomènes morbides par l'excès ou la prédominance d'acides et d'alcalis dans les humeurs
L^célèbre sauvages (2), auquel on doit cette "«sogi.p ie sympl.r. nqu dont ie parlerai plus loin, a aussi essayé de faire une classification ondée su l'éddogfe et qu'U a mise à la fin de son grand ouvrage comme une chose qn \Ze!l l'ombre, crainte d'avoir à en rougir. Cette classification comprend
(1) Broussais, De Virritalion cl de la folie. Paris, 1839.
(2) SauvagoR, Nosologie méthodique. Paris, 1771.
MÉTTTODE ftTlOLOr.lQUi;. #
vin"t-cinq classes : les malndies vénéneuses, virulcnles, exanlliémateuses, inùtiistaticrncs, fébriles, niiasmaliqiios, plilogistiques, sanguines, bilieuses, saburrales piluiteuses, catanhalcs, laclécs, séreuses, flatuienles, purulentes, acrimonieuses, organiques, traumaliques, emphracliques, vermineuses, calcu- Icuses, spasmodiques, aloniques et morales.
Selle (1) donne une iconographie curieuse des dilîérentes maladies, dont la base est presque uniquement éliologiquc. Il les rapporte à dix-huit classes : r les inflammations; 2° les putrides; 3" les bilieuses; 4° les pituiteuses; 5° les vermineuses; 6° les laiteuses; 7° les nerveuses; 8" les périodiques; 9" les emphractiqucs ou maladies d'obstructions; 10» les arthritiques; 11" les rachitiques; 12" les scrofuleuses ; 13° les cancéreuses; IW les vénériennes; 15" les psoriques; 1G° les scorbutiques; 17» les vénéneuses, et 18" les organiques.
Vers la même époque, en 1793, parut une autre classification qui fit plus de bruit qu'elle n'eut de succès.
Entraîné par le désir d'éclairer la nature intime des maladies, non moins que par sa brillante imagination, Darwin, disciple de Brown, emprunte à ce maître une partie de son système pour le combiner à ses propres idées. Considérant les maladies comme le résultat du trouble survenu dans les quatre phénomènes suivants de l'organisme : l'irritation, la sensation, la volition et l'association, il établit sa classification, comprenant quatre classes principales, onze ordres dichotomiquement formés selon le système de Brown, et quarante et un genres distribués en espèces.
Première classe. — Maladies d'irritation (3 ordres, 13 genres).
l^' ordre. "—Irritation avec augmentation d'action : 1" du système sanguin, 2» du système sécrétoire; 3" du système absorbant; li° des viscères et des membranes; 6» des sens.
2* ordre. — Irritation avec diminution d'action ; 1" du système sanguin; 2" du système sécrétoire; 3» du système absorbant; 4° des viscères et des membranes; 5» des sens.
3° ordre. — Irritation avec mouvements rétrogrades : 1° dans le canal alimentaire ; 2° dans le système absorbant ; 3° dans le système sanguin.
Deuxième classe. — Maladies de sensation (3 ordres, 12 genres).
l»' ordre, — Augmentation de sensation: 1» avec accroissement d'action musculaire; 2» avec fièvre et formation de vaisseaux pour les membranes internes ou les glandes ; 3» idem par les membranes externes ou les glandes; à" idem, mais sans fièvre, par les membranes internes; 5» idem, par les membranes externes ; 6° avec fièvre consécutive à la formation des vaisseaux ou de Quidcs; 7» avec augmentation de l'action des sens.
2"^ ordre. — Diminution de sensation : 1" avec diminution d'action de tout le système ; 2° avec diminution d'action de quelque organe seulement.
(1) Selle, Rudimcnla pyrelologiœ melhodicœ, 178S). Pyrélohgie méthodique, tra.l. par .1. Naucho. Pari», an \.
/l58 ^TATIIOLOGIR GÉNÉRALE.
;r ordre. — Rôli-oversion des mouvements sensitifs : 1° (lu syslème artériel; 2° du syslàme absorbant; 3° des canaux excréteurs.
Troisième clasbe. — Maladies de volition (2 ordres, 4 genres).
l" ordre. — Volllion augmentée : 1" avec accroissement d'action musculaire; 2" avec
accroissement do l'action des sens.
2° ordre. — Volition diminuée : 1° avec diminution de l'action musculaire; 2» avec dimi-
nution de l'aclion dess sens.
QUAïUiÈME CUBSE. — MALADIES D'ASSOCIATION (3 ordres, 12 genres).
i<" ordre. Augmentation des mouvements d'association qui existe : 1° avec les mouvements d'irritation; 2° avec les mouvements sensitifs; 3° avec les mouvements volontaires; 4° avec les influences externes.
2" ordre. — Diminution des mouvements d'association qui existe : 1» avec les mouvements d'irritation ; 2° avec les mouvements sensitifs ; 3" avec les mouvements volontaires; II" avec les influences externes.
3e ordre. — Perversion ou rétroversion des mouvements d'association qui existe: 1° avec les mouvements d'irritation ; 2° avec les mouvements sensitifs ; 3° avec les mouvements volontaires ; 4° avec les influences externes.
Ces exemples suffisent pour faire comprendre comment on a employé la méthode étiologique dans la nosologie. Son principe est juste, et elle n'en restera pas moins d'une application très-difficile et presque impossible. En effet, nous ignorons et nous ignorerons encore longtemps la plupart des causes des maladies; leur action est souvent très-problématique, et il n'y en a qu'un petit nombre dont l'influence soit réellement acceptée do tous les médecins. — Comment dès lors utiliser de tels éléments pour en faire la base unique et absolue d'une classification? En supposant la tentative facile pour quelques groupes morbides tels que les maladies virulmtes, les empoisonnements, les maladies vermineuses, etc. , elfe sera complètement impossible pour les autres classes de maladies, h moins que, laissant là l'observation des faits pour recourir à l'hypothèse, on ne veuille parcourir le domaine de la fantaisie scientifique, et créer de toutes pièces des classes morbides, d'après rinfluence conjecturale de causes imaginaires.
A cette occasion, je citerai les efforts théoriques et malheureux de Baumes, dont la classification étiologique des maladies est restée comme un triste exemple des dangers de l'hypothèse. ,
Baumes (1) divise les maladies d'après leurs causes, et subsidiairement d après leurs symptômes. Dans celte classification, l'auteur rapporte h l'action en excès ou en défaut, de cinq substances primitives ou agissant comme telles, et qui sont le calorique, Voxygène, V hydrogène, \ azote et le phosphore ou les substances phosphatées, toutes les maladies spontanées qui frappent la machine humaine.
(l) Baumes, Fondements de la science méthodique des maladies. Montpellier, 1801, à vol. in-8.