III
Les fièvres, dit Borsieri, constituent un genre de maladies, non-seulement très-commun, mais encore multiple. Elles difTèrent beaucoup les unes des autres par leur cause, par leur nature, par leurs caractères extérieurs, et, lors môme que la nature en est la même, elles peuvent offrir des symptômes
DES Fli:VRES OU PYREXIES. 0[)i
absolument différents. Divisées à l'infini d'après des considérations tirées de leur niarclie, de leur durée, de leur intensité, de leurs symptômes, de leur nature, etc. . les fièvres ont été l'objet d'une foule de classifications dans lesquelles il faut prendre avant tout l'ancienne division liippocratique de fièvres continues, intermittentes et rémittentes. Une fois celte division naturelle et fondamentale acceptée comme base de recherches, rien ne s'oppose à l'admission de qualifications secondaires pour exprimer sommairement ce que les fièvres présentent de plus important dans leur nature, dans leurs formes, dans leurs causes, dans leur durée, etc.
Il fut une époque où l'on divisait les fièvres en essentielles ou primitives, et ensymptomaliqueson secondaires, afin d'établir que dans ces maladies les unes sont primitives et indépendantes de lésions organiques, viscérales, et les autres placées sous la dépendance immédiate de lésions constantes et bien caractérisées. Il n'y a pas lieu de maintenir cette division, car toutes les fièvres doivent être considérées comme sympathiques ou symptomatiques d'un désordre nerveux, humoral ou organique. Le mot de fièvre, synonyme de pyrexie, est réservé aux seules maladies humorales, avec ou sans altération organique secondaire; tandis que, lorsqu'il s'agit d'une fièvre réellement symptomatique liée à une lésion de structure constante, ce n'est plus une fièvre, -pyrexie, c'est une inflammalinn, une pneumonie, une entérite, etc,
La cause et la nature des fièvres ont été prises comme base de quelques divisions nosographiques, et l'on a admis des fièvres ou pyrexies sporadiques, développées isolément sur une personne au milieu de beaucoup d'autr s ; des fièvres épidémiques, frappant au même instant sur un grand nombre de personnes; des fièvres endémiques, sévissant dans une localité; des fièvres contagieuses, transmises par contagion virulente, miasmatique ou zymotique ; des fièvres infectieuses, propagées par infection de l'atmosphère ; des fièvres hiémales, vernales, estivales, automnales, ainsi nommées à cause de la saison où elles se montrent, etc.
Il y a des pyrexies dont l'épithète générique vient de leur apparence extérieure et de la prédominance de quelques-uns de leurs symptômes. Ainsi la fièvre typhoïde et le typhus, à cause de la stupeur ; la fièvre jaune, à cause de l'ictère; la fièvre adynamique, à cause de la perte des forces; afaxique, à cause du délire; comateuse, à cause du coma ; algide, à cause du froid; épiale, avec frissons et tremblement; iipyrienne,' avec froid extérieur et sensation intérieure de chaleur dévorante; pétéchiale, miliaire, à cause de l'éruption de pétécbies et de miliaire, etc.
Quelques fièvres ont été désignées d'après leur nature présumée : on a admis des fièvres ou pyrexies inflammatoire, hilieusp, muqueuse, putride, vermineuse, etc.; d'après leur durée : exemple, les fièvres aiguës et chroniques ; ùè\ws éphémères, hectiques; d'après la gravité : exemple, les fièvres bénignes, malignes, pernicieuses, etc. Ce sont là des subdivisions et des qualifications importantes, car elles représentent chacune un ordre d'idées qu'il faudrait de longs discours pour faire connaître.
PATHOLOOrR r,fCNÉR/VL15.
Les fif'ures conlinvos sont irès-iiombreuscs ot varient selon les contrées on l'on observe. Il en est qni sont endémiques dans une localité, et n'existent pas ailleurs : exemple, la fièvre jaune. Par leurs caractères particuliers, elles constituent plusieurs ordres parfaitement distincts les uns des autres ; ainsi il y a des fièvres continues éruplivex, telles que la variole, la rougeole, la scarlatine, etc. ; des fièvres continues pestilentielles : exemple, le typhus, la suette, le choléra, la fièvre jaune, etc.; des fièvres continues proprement dites : exemple, l'éphémère, la synoque et la fièvre typhoïde. On admettait jadis, pai'mi les fièvres continues, à litre de pyrexies particulières et différentes, les fièvres inflammatoire, muqueuse, bilieuse, putride, maligne et adéno-nerveuse de Pinel; mais les travaux de Petit et Serres, Broussais, Louis (l), etc., ont démontré que toutes ces fièvres, considérées comme distinctes, n'étaient que les variétés d'une même forme fébrile, et devaient être réunies sous la seule dénomination de fièu}'e typhoïde, généralement acceptée aujourd'hui.
Les fièvres éruptives sont celles qui sont produites par un virus inoculable ou par un miasme qui séjourne dans l'économie, sans donner signe de sa présence, et produit, au bout d'un temps variable, la fièvre, l'intoxication du sang et des humeurs, et l'éruption cutanée pustuleuse, exanthématique ou vésiculeuse. Elles ont une période d'incubation, d'invasion, d'éruption et de desquamation, et sont accompagnées de complications viscérales variées, en rapport avec la nature de l'impression morbifique. Ce sont des fièvres qu'on n'a généralement qu'une fois, car il semble que l'organisme, saturé par le poison morbide, devienne insensible à une seconde impression morbifique. L'assuétude virulente est une condition d'immunité pour l'avenir.
Dans les fièvres pestilentielles, la nature de la cause spécifique est moins facilement appréciable, mais on en juge par les effets qu'elle produit. C'est une cause expérimentale dont l'existence ne peut être contestée. Les pyrexies régnent souvent à l'état épidémique, et se propagent, tantôt par infection, tantôt par contagion. Il est rare de les rencontrer à l'état sporadique. Les altérations matérielles qu'elles engendrent quelquefois n'ont rien de spécial ni de constant, et, dans le plus grand nombre des cas, il n'en existe point. Ce sont des congestions viscérales, des hémorrhagies, des gangrènes, etc. Dans cette catégorie se trouvent la fièvre jaune, le typhus, le choléra, le lyphus fever, la grippe, la suette, la peste, etc.
Les fièvres continues proprement dites reconnaissent également pour cause une altération humorale, forte ou faible, avec ou sans altération organique secondaire, et elles sont assez ordinairement épidémiques dans notre pays. Ce sont la fièvre éphémère, la synoque ou fièvre muqueuse, et que l'on appelle
(1) Louis, Recherches ' analomiques, pathologiques et ihérafeuHques sur la fièvre typhoïde, 2^ édition. Paris, 18^1,
aussi très-improprement l'embarras gastrique, la fièvre lyplioïde dans toutes ses Ibrnies différentes, inflammatoire, bilieuse, adynamique, ataxique, etc. Quelquesluies n'ont pas d'altération matérielle connue, c'est le cas de la fièvre éphémère, (le la synoque ; et, quant à la fièvre typhoïde, le gonflement et l'ulcération des follicules isolés ou agminés de l'intestin est moins une cause qu'un elTet de la maladie.
Les fièvres intermittentes sont, par leurs caractères extérieurs, tellement différentes les unes des autres, qu'elles constituent presque des espèces différentes. On ne comprend même pas qu'une maladie de même nature puisse se traduire an dehors par des effets sympathiques si variés. L'état fébrile semble être la chose principale, car il constitue toute la maladie apparente, indépendamment des lésions secondaires, et c'est pendant l'accès dé fièvre que la mort arrive, lorsque la maladie est très-grave.
Les fièvres intermittentes ont été, de tout temps, rangées dans la classe des pyrexies, comme maladies humorales produites par l'impression effluvique, avec ou sans altération viscérale secondaire constante. Pinel les a rangées dans ses fièvres essentielles; Mongellas, au contraire, pour obéir aux idées de Broussais, en a voulu faire une variété de gastro-entérite, qualifiée d'intermittente, mais cette exphcation n'a eu aucun succès, et elles ont repris leur ancienne place au milieu des fièvres dans les cadres nosologiques.
Toutes sont caractérisées par des accès de fièvre revenant à des époques variables, par l'altération spécifique du sang, et par la congestion de quelques viscères, principalement du foie et de la rate. Aux altérations du sang par les effluves des marais, il faut réunir la tendance à la diminution de la fibrine, sa mollesse et la diminution des globules lorsque la fièvre est ancienne.
L'hypertrophie du foie et de la rate, quoique très-commune, ainsi qu'en témoignent les assertions d'Hippocrate, n'est pas constante ni cause de la fièvre, et, s'il est vrai que l'hypertrophie accidentelle de la rate puisse occasionner la fièvre, il y a une foule d'exemple de tumeurs de la rate sans fièvre intermittente.
Les accès de fièvre de la fièvre intermittente reviennent à des époques variables, mais constantes dans chaque espèce de fièvre, et c'est ce retour qui en constitue le type.
Le type est quotidien, et il y a fièvre quotidienne lorsque les accès ont lieu tous les jours et sont tous semblables entre eux pour la durée, la violence et les principaux symptômes qui les accompagnent. Dans le type tierce, les accès se renouvellent tous les deux jours, à la même heure ; et dans le type qualité, les accès ont lieu de trois en trois jours, séparés les uns des autres par deux jours d'apyrexie.
Il y a aussi des fièvres quintanes, septanes, octanes, nonanes, mensuelles, annuelles, qui reviennent tous les cinq, sept ou huit jours, tous les mois et tous les ans; mais ce sont des faits excessivement rares.
506 PiVTHOLOciu g(:n(:kale.
Les types quotidien, tierce et quarte, oll'rent plusieurs variétés. Il y a une | MwQ double-quotidienne, quand les accès reviennent régulièrement deux fois par jour; dans la doulde-tierce, les accès reviennent tous les jours, avec celle parlicularilé (|ue les accès des jours pairs, c'est-îi-dire des deuxième et quatrième, se correspondent pour la durée et l'iniensiié, qu'il en est de même pour les accès des jours impairs, c'est-à-dire pour le premier et pour le troisième. , Dans la lièvre double-quarte, il y a un accès deux jours de suite, suivi d'un jour d'apyrexie, et les accès s'enchaînent de façon que le quatrième corresponde au premier, le cinquième au second, et l'apyrexie du sixième jour à l'apyrexie du Iroisièmc.
Il y a des fièvres tierce doublée, parce qu'il y a tous les deux jours deux accès dans les vingt-quatre heures ; quarte doublée, avec deux accès en un jour, après deux jours d'apyrexie ; et enfin des fièvres quinte doublée, lorsqu'il y a trois accès les premier, septième et dixième jours, avec apyrexie, dans li sjoui-» intermédiaires. Ce sont encore là de ces faits qu'il est très-rare de rencontrer.
Chaque accès est formé de plusieurs stades : 1° le froid, ou période de concentration des forces; 2° la chaleur, ou période d'expansion des forces, et 3° la sueur au moment de la détente, et du déclin ou de la crise.
Il y a des fièvres intermiltenios simples, pernicieuses, et anomales.
Les intermittentes simples offrent tous les types que je viens d'indiquer, principalement les types quotidien, tierce, quarte et double-quotidien, doubletierce et double-quarte, les autres types étant fort exceptionnels.
La fièvre pernicieuse se montre ordinairement sous le type tierce et doubletierce. Elle est excessivement grave, et tue au second ou au troisième accès, si la nature du mal n'a pas été devinée par le médecin et combattue par les moyens convenables. Ses foraies sont très-variées, et on les qualifie d'après le symptôme dominant. U y a des fièvres pernicieuses algides, diaphorétiques, syncopales, convulsives, délirantes, comateuses, cardialgiques, pneumoniques, cholériques, dysentériques, etc., selon qu'il y a dans les accès des phénomènes exagérés de froid, de sueur, de syncope, de convulsions, de délire, de coma, de douleur épigastrique, de pneumonie intermittente, etc.
Dans les fièvres intermittentes anomales, les accès ne sont pas complets comme dans la fièvre intermittente régulière. Tantôt le stade de froid manque, ce qui est très-commun chez les jeunes enfants, et il n'y a que de la chaleur et de la sueur; tantôt il y a accès de froid, sans chaleur ni sueur consécutives, et tantôt enfin les différents stades des accès sont renversés, comme on l'a \v dans l'épidémie de 1900, qui a régné à Varsovie, où la chaleur, signalant le début de l'accès, se trouvait être suivie de la période du froid. Il y a enfin des maladies intermittentes sans fièvre, caractérisées par un symptôme : la douleur, par exemple, revenant par accès réguliers quotidiens, tierces, quartes, etc., e que l'on a considérées comme des fièvres sans accès fébriles. Elles reconnaissent aussi pour cause l'impression de l'effluve des marais. On les désigne sous le nom de fièvres larvées.
DE l'inflammation.
Les fièvres rémittentes joignent à un mouvement fébrile continu des accès OH paroxysmes Intermittents fort distincts, revenant à des périodes régulières tous les jours ou tous les deux jours, ou mémo à de plus longs intervalles.
Elles offrent de grandes analogies avec les fièvres intermittentes, car, nées dans les mêmes conditions, sous l'influence de la même impression elïluvique, elles se succèdent chez le môme individu, offrent des accès semblables, et elles guérissent par le même agent spécifique, qui est le quinquina.
Ce sont des maladies humorales avec ou sans lésion anatomique consécutive, car on ne trouve pas après la mort d'altérations matérielles constantes. Il y a souvent congestion et augmentation de volume du foie et de la rate ; mais, dans la double épidémie rapportée par François Home, ces altérations n'existaient même pas.
Ce sont des maladies déjà décrites par Hippocrateet fort communes dans le climat de la Grèce et des pays chauds. On ne les observe que très-rarement dans nos contrées, et il ne faut pas prendre comme telles une multitude d'affections fébriles indigènes qui n'appartiennent pas aux fièvres périodiques ou paludéennes, et dans lesquelles on observe une diminution plus ou moins régulière de la fièvre à certaines époques de la journée. Toutes les maladies aiguës sont accompagnées d'un état fébrile qui varie d'un moment du jour à l'autre, et elles offrent ordinairement un paroxysme de chaleur plus marqué vers le soir. Ce ne sont pas là les accès intermittents d'une fièvre rémittente, mais bien de simples exacerbations fébriles.