DE L'INFLAMMATION
Le mot inflammation, ainsi que les mots phlegmasie et phlogose, dérivés de inflammare, enflammer, et de ^X^'yco, j'enflamme, ou de y>à?, flamme, sont des expressions métaphoriques désignant un état morbide qu'on retrouve à chaque instant dans l'étude de la pathologie interne et externe, comme maladie primitive ou comme maladie secondaire.
L'inflammation, parfaitement connue dans sa forme extérieur au temps d Hippocrate, était considérée avec raison comme le second temps de la fluxion des organes. C'est môme à la médecine grecque qu'il faut emprunter la définition la plus vraie de ce mot, dont Celse a pu dire : .IVotœ vero in/lammationis
508 l>ATHOLOCilE GÉNÉRALE.
sunt quatuor, rubor et Ivmor cimcalore. et dolor(;{\) . » Silouie iiillammaiion ne présenle pas ces oaraclères, on peut dire au moins qu'ils rendent incontestable le fait dt! riiillannnation.
La médecine a longtemps vécu sur ces idées, sans faire autre chose que des théories sur la cause prochaine de l'indammation : ici l'ellervescence des sels organiques par les acides contenus dans les humeurs; ailleurs l'épine enfoncée dans les chairs, contre laquelle lutte l'organisme; plus tard la congestion et l'engorgement des vaisseaux ; la stase sanguine produite par le spasme; l'obstruction des conduits vasculaires, etc. Il faut arriver à Ilunter (2), à Thomson (3), Wilson Philips, Ch. Haslings, Gruithuisen, Kaltenbrunner, Leberl(ii), Ch. Robin (5), Virchow (6), et à ceux qui ont appliqué le microscope à l'étude de l'inflammation, pour connaître d'une manière exacte les phénomènes locaux et cachés de cet état morbide. C'est aux premiers de ces auteurs qu'il faut rapporter l'honneur des découvertes anatomiques relatives au début de l'inflammation, à la constriction et à la dilatation des vaisseaux capillaires, à la stase sanguine, à la déformation des globules du sang, à la production du pus, à la formation de vaisseaux nouveaux, etc., phénomènes d'une extrême importance et à l'aide desquels on explique le mécanisme de l'acte inflammatoire. En ajoutant à ces faits observés dans la profondeur des tissus, la connaissance des altérations du sang découvertes par MM. Andral et Gavarret, on voit l'histoire de l'inflammation apparaître sous une face toute nouvelle, et se dégager des hypothèses dont elle était encombrée.
L'inflammation est une maladie caractérisée par la présence d'une exsudation séro-fibrineuse des tissus, avec chaleur, gonflement, rougeur et douleur quelquefois intense.
Elle existe à l'état aigu, avec de la fièvre et augmentation de température, ou sans lièvre à Vétat chronique.
C'est une maladie qui porte son action sur les capillaires, et qui détermine localement, ou dans tout le système vasculaire, l'exagération de la quantité normale de la fibrine. Congestion partielle, dépôt séro-fibrmeux dans les tissus, excès de fibrine dans le sang si l'inflammation est très -étendue, voila ses caractères anatomiques primordiaux, autour desquels il faut grouper les auues phénomènes dynamiques susceptibles de révéler la présence du mal. Apres 1 im-
(1) Celse, Dere medica, édition Fouquier. Paris, 1823, lib. III, cap. xi, sect. vi.
(2) Hunier, OEuvres complètes, Irad. psi- G. Richelot. Paris, 1843.
(3) Thomson, Traité médico-chirurgical de V inflammation, Irad. par Boisseau et Jour-
dan Paris 1827
(4) Leberl, Physiologie pathologique, ou Recherches sur Vinflammatio», etc. Pans,
1845. . . .ofi7 ,, Gi
(5) Robin, Leçons sur les vaisseaux capillaires et VinflammaUo». Pans, lb07, i . •
(6) Virchow, la Pathologie cellulaire, Ir.id. p^r P. Picard, Pans, 1806.
DE l'inflammation.» 509
pression niorbifiquo qui engendre rindainnialion, l'alllux el la stase dn sang sont les premiers pliénomènes locaux qui, dans les capillaires lelàchés, indiquent la réaction contre le nouvel état morbide. Cet état des capillaires et du sang domine l'acte inflammatoire, commande son développement ultérieur et sa terminaison heureuse ou malheureuse. Suivant le sol où l'inllammation. prend naissance, paraissent des produits inflammatoires variés, dont la nature est en rapport avec la bonne ou avec la mauvaise qualité du sang. De là de nombreuses variétés d'inflammations, réputées spéciales et spécifiques. Une blessure, une Irrilation quelconque, une phlegmasie chez un sujet scrofuleux, syphilitique, darireux, morveux, goutteux, diphthérique, etc. , donnent naissance, soit à une scrofulide cutanée, ou à des tubercules si l'inflannnation occupe un viscère, à un ulcère syphilitique, à une affection dartreuse, à une suppuration morveuse, à une déformation spéciale des articulations, à des plaies couvertes de fausses membranes, etc. On juge de l'arbre par ses fruits, comment ne jugerait-on pas la nature d'un homme et de ses différents étals morbides par la nature ou par la qualité des produits morbifiques.
Les phénomènes et les effets de l'inflammation sont si variés, qu'il est quelquefois difficile de les rapporter à leur véritable cause. Différents d'après la quantité des vaisseaux renfermés dans les tissus, d'après la nature de l'impression morbifique, d'après l'époque de la maladie, d'après l'âge et la constitution des individus, etc., ils représentent par leurs variétés l'influence de ces conditions différentes et spéciales. En effet, les inflammations du poumon et d'une membrane muqueuse richement garnis de vaisseaux capillaires ne ressemblent pas anatomiquement à l'inflammation de la cornée ou des cartilages privés de vaisseaux. — Celles que produisent la syphilis, la scrofule, la morve, le charbon, le rhumatisme, la goutte, etc., diffèrent les unes d'avec les autres, même lorsqu'il s'agit d'un seul organe. Les pneumonies, par exemple, dues à une blessure du poumon, à l'influence catarrhale de la grippe, à la résorption purulente, au Iroid, à la goutte, diffèrent entièrement par leurs caractères anatomiques autant que par leurs symptômes. — Enfin, pour justifier ce que je disais de l'influence de l'âge sur les variétés de l'inflammation, j'ajouterai que la pneumonie lobulaire, si commune chez les enfants, ne se rencontre pas chez l'adulte, et que certaines phlegmasies, comme le croup, se développent chez les enfants de prélérence à toute autre époque de la vie.
Tantôt l'inflammation réunit, et tantôt elle sépare divers tissus ou différentes parties des organes; ici elle répare une perte de substance, ailleurs elle forme fli's tissus nouveaux, ou elle les détruit pour toujours, si elle engendre la gangrène; elle produit l'induration et le ramollissement; elle engendre des flux, des hémorrhagies; elle provoque la résorption de liquides épanchés; elle accompagne la formation de tous les produits morbides, et il n'en est aucun, tubercule, cancer ou autre, dont on ne puisse lui attribuer l'origine.
C'est cette apparente diversité des phénomènes et des effets de l'inflammation
l>\THOLOGJE GÈNÉIIALK,
qui a porlé plusieurs palhologisles à nier l'existence de cel état morbide, et les a engagés à rayer le mot de la langue médicale, afin de le remplacer par la désignation pure et simple des états matériels, anatomiques, réputés indammatoircs, lesquels ne préjugent rien sur la nature du mal. L'hypérémie, l'induration, le ramollissement, la suppuration, l'adhérence, la rupture, la tuberculose, le cancer, etc., expression du fait brut, remplacent dans cette théorie le mot , inflammation appliqué à l'ensemble des phénomènes inflammatoires. Nous n'adoptons pas cette manière de voir, car les éléments isolés de l'iliflammalion ne constituent pas plus la maladie que les os du squelette ne font un homme.
Le mot infamma/.i<)n, consacré par l'usage, représente une série de phénomènes bien définis, ordinairement les mômes, remarquables par la variété dans l'unité, et, comme le mot de fièvre, il mérite de rester dans la science.
Les causes de l'inflammation sont très-nombreuses. Prédisposantes comme le sont celles qui résultent des professions, de l'âge, du sexe, des climats et de la structure des organes, ou occasionnelles, comme peut l'être l'action des irritants, elles agissent souvent sans l'intermédiaire de la conscience, d'une façon réflexe, et produisent des réactions morbides spéciales dans les organes impressionnés par elles.
Quand une inflammation naît sans cause appréciable, on dit qu'elle est spontanée. Ce terme impropre, bon à témoigner de notre ignorance, signifie que l'impression morbifique, inconsciente, n'a pas été ressentie, car il n'y a rien de spontané dans les actes morbides, qui sont tous des réactions contre les influences délétères capables d'agir sur l'organisme. Nulle lésion ne se développe sans le concours d'une impression morbide antérieure. Quelquefois même ces inflammations, dites spontanées, sont fort graves et plus redoutables dans leur marche et par leur terminaison que des maladies inflammatoires produites par des irritants mécaniques et par des instruments tranchants, qui guérissent avec grande facilité.
1» Causes prédisposantes. — Les causes prédisposantes de l'inflammation comprennent l'influence de l'âge, du sexe, de la constitution, de l'hérédité, de la structure locale, des professions, tandis qu'aux influences occasionnelles se rapportent les impressions morbifiques produites par l'action des irritants chimiques et mécaniques, des corps étrangers, de l'atmosphère, des agents spécifiques, etc.
Il y a très-certainement, dans beaucoup de familles, une disposition hère- . ditaire à contracter telle ou telle maladie inflammatoire, de préférence à une autre.
Chaque âge a ses phlegmasies particulières : l'enfance est exposée aux méningites, aux angines graves, au croup, à une forme spéciale de la pneumonie, à la pleurésie, à la péritonite; l'adolescence et l'âge adulte, aux congestions, aux phlegmasies viscérales; la vieillesse, à un manque de réaction inflammatoire très-
DE r/lNFLAMMATlON. 511
remarquable, on bien, si rinflamniation a beaucoup d'acuité, elle désorganise rapidement les organes et entraîne la mort.
Le sexe masculin prédispose aux phlegmasics, parce que, dans les pénibles travaux de leurs rudes professions, les hommes sont plus exposés que les femmes aux influences morbifiqnes du froid, de l'humidité, etc.; mais il faut faire exception à cette règle pour les phlegmasics des organes génitaux, qui sont beaucoup plus fréquentes chez les femmes que chez l'homme.
Si les individus forts, robustes, sont très-sujets aux inflammations, il ne faudrait pas croire que les personnes affaiblies en soient exemptes. Il est même probable qu'elles sont au moins aussi sujettes à contracter des inflammations que les individus pléthoriques, par cela même que leur élat de faiblesse les rend plus impressionnables et moins en état de résister aux causes morbifiques. L'état pléthorique donne une grande énergie aux symptômes de réaction ; l'état de faiblesse, le manque de résistance vitale, au contraire, aggravent l'état inflammatoire, en le laissant persister au delà des limites ordinaires.
Tous les organes n'offrent pas une égale aptitude à l'inflammation. Une grande richesse de nerfs, un haut degré de sensibilité, paraissent agir autant qu'une grande richesse vasculaire. Les organes qui fonctionnent le plus dans l'économie, tels que les poumons, sont aussi ceux qui sont le plus souvent malades. Enfin, les tissus qui reçoivent peu du nerfs ou point de nerfs ont une ininflammation obscure, ou se détruisent sans exciter de réaction organique: exemple, les cartilages, les artères, etc.
L'impression du froid a toujours été reconnue propre à développer les phlegmasics. Si le froid est fixe, il agit moins que s'il est accompagné d'alternations de chaleur. Le froid sec prédispose aux phlegmasies viscérales, le froid humide aux phlegmasies des muqueuses, aux flux, au catarrhe.
Les aliments malsains provoquent, non-seulement des phlegmasies du tube digestif, mais quelques-uns ont une action spécifique et produisent des accidents spéciaux. Ainsi, les mollusques marins donnent une urticaire, etc.
Les exercices violents sont une cause d'inflammation. La bronchite, la laryngite, résultent souvent de l'action trop prolongée de crier ou de chanter.
2° Causes occasionnelles. — Les causes directes ou occasionnelles de l'inflammation sont les violences extérieures produites par un corps qui froisse ou déchire les tissus, l'action des substances caustiques qui les détruit. Un agent mécanique peut, malgré son petit volume, être une occasion puissante d'irritation inflammatoire, et chaque jour on voit la pointe d'une aiguille, une épine perdue dans les chairs, engendrer des suppurations aiguës fort dangereuses. Un corps étranger placé au milieu de nos organes est une cause active d'irritation, mais il ne produit pas toujours une inflammation permanente, malgré sa présence continuelle : exemple, les calculs biliaires et les calculs de la vessie.
Le calorique et la foudre agissent d'une manière spéciale en désorganisant les tissus ; l'insolation cause l'érysipèle, la congestion cérébrale et la méningite.
Un froid vif agit à peu près, par sa réaction, comme la chaleur intense et il peut amener la gangrène. Souvent môme son action reste inexplicable, et il
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est tliiricilc, par cxemi)lc, de dire pourquoi le rcfroidissemeul des pieds occasionne l'angine, le coryza, le rliumatisme, une pneumonie, ou loulc autre maladie aiguë inllammaloire.
Les poisons et les virus de nature diverse, et surtout animale, déterminent des inilanunalions spéciales, et quelques-uns ont une action élective sur certams organes : exemple, les cantliarides, le virus variolcux, le virus syphilitique, les miasmes scarlatineux, etc.
Le pus qui se résorbe, l'urine qui ne peut s'écouler, donnent également lieu à des phlegmasies spéciales.
Enlin, il faut ne point omettre ce point capital entre toutes les causes de phlegmasies, c'est que les diaihèses déterminent, modifient ou compliquent cet état morbide d'une manière tout à fait caractéristique.
Lorsque, sous l'innuence de l'une ou de l'autre des impressions morbifiques qui précèdent, la réaction est accompagnée de phénomènes inflammatoires, il se produit, au sein des organes et dans les éléments des tissus, un certain nombre de troubles matériels à peu près constants. Ces troubles caractérisent l'inflammation. Difficiles à apprécier sur l'homme, autrement que d'après la douleur, le gonflement, la chaleur et la rougeur des tissus, on les a étudiés avec soin et d'une manière très-complète sur les animaux qui offrent des parties transparentes, où l'on a pu suivre au microscope tous les changements de circulation occasionnés par l'application des substances irritantes. Ce qui se passe P dans le mésentère irrité d'un mulot ou d'une grenouille, sur la queue d'une salamandre, etc., indique, par analogie au moins, les phénomènes semblables de l'inflammation dans les tissus et dans les organes de l'homme. Il suffit, en en"et, de reporter de l'un à l'autre les effets microscopiques locaux de l'inflammation, pour connaître les altérations matérielles de cet état morbide, auquel il ne manque plus, pour être complet, que l'étude des phénomènes dynamiques qu'il produit.
D'après Haller, AYilson Philips, Thomson, Ch. Haslings, Raltenbrunner, qui, les premiers, ont fait une étude complète de ces phénomènes microscopiques et i d'après les nouvelles expériences de Ch. Robin (l), on voit que le premier acte ; matériel observé dans un tissu qui commence h s'enflammer est un resserre- • ment suivi de dilatation et d'accumulation de sang dans les vaisseaux capillaires, désigné sous le nom de congestion, de fluxion et tVhypcrcmie.
Il se fait dans la partie irritée où va avoir lieu la réaction inflammatoire, un resserrement ou coniractioii des capillaires (lig. 1 7), dont le diamètre diminue . sous les yeux de l'observateur. C'est un spasme momentané qui révèle l'excita- tion produite par l'influence de l'impression morbilique sur les nerfs vaso-moteurs. Cette action est incontestable. Elle est encore visible à l'œil nu, par la
(1) Ch. Robin, Leçons sur les vaisseaux cupiUaim et l'inflammalion, Paris,
DE t'iNFLAMMATlON.
Fio. 17. — Hcssi'iTemeiit des artùnolof et des veinules dans l'inlluinmatioti (*).
(eiiite momentaiiûiiienl plus paie de la partie cxciléc. En même temps qu'il y a ressencnicni des capillaires, on remarque l'augmentation de vitesse des globules sanguins qui les parcourent en moindre quantité. Au bout d'un temps quelquefois très-court, un phénomène inverse a lieu, les vaisseaux se dilatent, deviennent plus ou moins variqueux et les globules ralentissent leur course (fig. IS). Ils oscillent, avancent et reculent, et finissent par s'arrêter au centre des capillaires, ou sur les côtés, laissant encore une petite place au passage de quelques globules rouges et des globules blancs; puis ils restent immobiles en oblitérant le capillaire. Leur couleur reste la même, ou bien passe au brun par suite de l'altération qu'ils subissent. En effet, ils se dissocient, crèvent leur enveloppe en répandant leur . contenu, qui s'échappe par exosmose avec le sérum où ils nagent, mais ils ne sortent jamais entiers des vaisseaux sans qu'une rupture vasculaire se soit produite.
Ces premiers phénomènes visibles de l'inflammation ont donc pour siège les capillaires qui traduisent^ par un spasme suivi de relâchement paralytique avec obstruction sanguine et exsudation plastique, l'influence morbifique à laquelle ils obéissent. Très-visibles dans les capillaires du premier ordre, ils ne le sont pas au même degré dans les vaisseaux plus petits, là où les globules ne peuvent s'engager qu'en se déformant, un par un, à la file les uns des autres, puisqu'ils n'y pénètrent pas dans l'état normal.
Après la transsudation du sérum sanguin enflammé , coagulabk , que J. P. Frank appelle gluten animal, et que beaucoup d'autres désignent sous le nom de plasma ou de lymphe plastique et blastème, on voit ce liquide se métamorphoser : tantôt il prejid la forme de fausses membranes fibrineuses et purulentes, à la surface des séreuses, à la surface de la peau et des muqueuses (1); tantôt il se convertit en masses solides qui persistent ou se détruisent, ce qui a lieu dans la profondeur des tissus; mais ordinairement il s'y forme des granules, des noyaux et des cellules spéciales appelées leiœocyies, dont l'ensemble constitue le pns, liquide que je ferai connaître un peu plus loin.
.(1) C'est ce qu'on appelle improprement diphthérile, caractérisant ainsi, par l' ippari lion d'une pellicule fibrineuse, une foule d'inllammations dé nature différente bénignes ou leiribles, sporadiques ou épidéniiques, pouvant être produites à volonté sur tous leindividus par une application de vésicaloire. (Voyez E. Bouchut, Traité des maladies d». enfanls, art. Diphthéiute. Paris, 1867.) "uiaates aes
c, il, c(ipilluii-es inlerinédiuir
(*) K, u, ai'térioles resserrées la résolution de l'inlhiinniiUioii, ulors que les .çlobid B. — PATHOL, GÉN.
c-s ; //, supcrijcie du tissu a» moment dp ei rouges sont moins pressés dans les capillaires.
5ia PATHOLOGIE GÊNtUALli.
Quelques médecins ont considérô cet exsudât comme étant entièrement composé de lihrine; mais il n'en est l'ien, l'cxsudat inllamniatoiro comme la fibrine inflammatoire du sang ne sont que de la iibrine inodiliée par l'état morbide, un
mélange d'albumine et de librinc, un oxyde de protéine selon Mulder, fait conlirmé par Berzelius.
Dans l'inflammation, lorsque tant de vaisseaux capilhiires s'oblitèrent, par suite de la stase sanguine et de l'épanchement de lymphe plastique à l'intérieur, la mortification aurait lieu si des capillaires nouveaux ne se produisaient rapidement, pour suppléer à l'arrêt momentané de la circulation. Gruithuisen et Kaltcnbruimer, qui ont fait connaître les merveilles ignorées de cette création providentielle de capillaires, expliquent le phénomène d'une manière diiïérente. Le premier les fait naître des globules développés dans la partie malade, et l'autre les considère comme le résultat de globules égarés dans la lymphe plastique, arrivant à un ancien vaisseau capillaire, en frayant un passage qui se transforme en canal. Ces vaisseaux se forment surtout dans les fausses membranes qui persistent, et il est très-aisé de les voir dans les brides récentes de la plèvre ou du péritoine enflammés. J'en ai vu dans le péritoine qui avaient 10 à 1'i centimètres de longueur. lissent, d'après M. Lebert (1), le résultat de l'expansion centrifuge de vaisseaux existant déjà, et formant de nouveaux cercles vasculaires toujours agrandis par des anastomoses nouvelles, de manière a constituer un réseau. , Quand l'inflammation est très-vive, et que tous les capillau-es s oblitèrent a la fois, sans qu'un nombre suffisant de vaisseaux nouveaux ait eu le temps de se former, la nutrition du tissu est impossible, et sa mortification a heu. Il frappé de gangrène.
[i) Lcheri, Physiologie pathologique. 'Pàns, i8lib. ■ ,. ,
(*) La contmrtion a Oti provoquée pa.M.ne irritalion. (VirchoW, PMsic oel/«/«.>, ng"-'" "P--" Wliarton Jones.)
FiG 18. — Coatraction irrégulière des i,etlts vaisseiuix de la membrane natatoire d'une f,'venoiullL' (*).
DE l'inflammation.
Au contraire, si riiiflaniinalion n'est pas très-forte, les capillaires engorgés suivent, pour revenir à l'état normal, une marche inverse tic la précédente. La stase sanguine disparaît, et la circulation se rétablit, ce que l'on désigne sous le nom de résolution. Ou bien, si la dissolution des globules a lieu avec épanchement de lymphe plastique dure et résistante, formant induration, la réparation est plus lenle, car beaucoup de vaisseaux restent oblitérés, et il faut qu'il s'en forme de nouveaux pour favoriser la résorption. S'il y a eu formation de pus, un travail ultérieur d'élimination devient nécessaire pour chasser ce produit au dehors.
Les actes profonds et invisibles de l'inflammation dont je viens de parler sont quelquefois modifiés par la cause morbide, par l'état de débilité des sujets et par le peu de vascularité des tissus enflammés. Ainsi, chez certains sujets afi'aiblis, il y a des cas où le premier phénomène inflammatoire n'est pas le resserrement des capillaires, mais tout au contraire la dilatation de ces vaisseaux, qui est la mesure de leur débilité. D'après Thomson, il y aurait alors dilatation des capillaires, ralentissement du cours des globules, obstruction plus lente des vaisseaux, exsudation moins plastique, ce qui constituerait une variété d'inflammation dite passive par opposition à l'inflammation active clans laquelle s'observent les phénomènes indiqués précédemment.
Dans les tissus peu vasculaires, comme les cartilages^, les disques vertébraux, la cornée, l'inflammation est tout autre, et consiste dans une imbibition des éléments du tissu qui se gonflent, qui s'altèrent et se détruisent peu à peu sans qu'il y ait d'hypérémie, fait justifié par l'absence des capillaires. — Dans les muscles, c'est le tissu cellulaire interfibrillaire qui est malade et qui suppure, comme on le voit dans la figure 19.
Fu;. 19. — Inflammation musculaire interstitielle et suppurative (*).
Les phénomènes microscopiques de l'inflammation, étudiés sur les animaux à sang froid et sur de jeunes mammifères, permettent de comprendre ce qui se passe chez l'homme dans l'inflammation des organes profonds et superficiels. Toute obscurité sur ce point a disparu, et si l'on joint à ces importants résultats ceux que fournit l'inspection ordinaire et l'analyse chimique, on aura complété l'anatomie pathologique de l'état inflammatoire. Dès que s'accompUt l'hypérémic phlegmasique, une exsudation de séi-um et I de fibrmc modifiée a lieu dans les parties enflammées ; c'est le plasma ou la lymphe plastique, ou le blastème de quelques auteurs. Localisée, cette accu-
U^O^epeir;;::i'^:Xli:!^'^ récemment „con,,çl,ée. r„,eo«.,. tnusoulairos primitif,-
516 PATllÛLOr.lE GÉNÉllALli.
luulalion do lu fibriuo dans les tissus caractérise leur iiiflammalion, et elle précède toujours l'accumulation de ce principe immédiat dans le sang, qui n'a lieu que d'une façon tardive, lorsque rinilammalion est assez forte. Un peu plus lard, l'alléralion générale du sang se prononce, cl elle consiste dans l'accroissement de la quantité générale de (ibrine qui s'altère aussi dans ses qualités. De 2 à 3 millièmes, ce principe immédiat s'élève à U, 5, 6, 8 et 10 millièmes dans les maladies inflammatoires, et cela dans le sang artériel aussi bien que dans le sang veineux. Avec l'accroissement de la (ibrine existent, d'après Becquerel et Uodier, la diminution de l'albumine et l'augmentalion des sels et matières grasses, ou extraciives du sang.
En dehors de ces faits, tirés de l'analyse microscopique et chumquc, 1 ni- Ilannnation est encore caractérisée par des changements considérables dans la couleur, dans le volume et dans la consistance des organes affectés.
La coloration varie d'un rose tendre au rouge le plus foncé. Les tissus transparents, comme l'arachnoïde, le péricarde, sont opaques, épaissis, à peme routes-mais la plupart acquièrent une rougeur plus vive qu'à l'élat normal, et parfois irès-foncée, sous forme de piqueté, de plaques, et de taches" plus ou moins étendues. Cette coloration s'efl-ace vite et disparaît souvent peu ai)res la mort, quand les phlegmasies sont récentes. Elle est le résultat de la congestion vasculaire et de l'imbibition, et le lavage ne peut la faire disparaître. Elle varie selon les tissus et selon les organes. La rougeur du panaris n'est, pas celle de la stomatite ui de la conjonctivite, ni celle de la scarlatine, ni celle des bronches enflammées. Parfois uniforme, cette coloration est souvent plus foncée sur quelques points ; elle forme des arborisations, du piqueté, des marbrures ou des zoues rougeatres. Elle diminue momentanément sous la pression du doigt, mais revient aussitôt, si ce n'est dans la scarlatine, où elle met plusieurs minutes a revenir (1). On s'accorde à la rapporter à la distension des capillaires par es globules sanguins. C'est un des symptômes de l'inflammation P--^^ bngtemps am-ès la disparition des autres. Ici se place naturellement la celeb e 1:^.L i Hunter (2) sur la congélation de l'oreille du l'oreille d'un lapin, puis je la dégelai ; cette opération y excita ""<^ f — très-vive un accroissement de chaleur et un grand épaississement d s ssus. Ce n n fut'tué lorsque l'oreille était au plus fort de l'inflammation et la tete ayant Se t les deux oreillesfureiusépa
n^^ devin claire et transparente en se desséchant; on voyait distmctement ^ Ta sseaux se ramifier dans sa substance ; mais l'oreille enflammée resta pbs épairet pLs "paque, et ses artères avaient unvolu^e beaucoup plus cons.de-
enfants, 5-= édition. Paris, 18G7. art. Scarlatine.) (2) Hunier, Œuvres complètes. Paris, 1843.
DK l'inflammation. 517
rable. •. Ce dernier fait confirme ce que j'ai dit au sujet de la dilatation des vaisseaux capillaires dans l'inflanimalion.
On a voulu distinguer, d'après ce caractère, la coloration innamnnaloire des colorations rouges cadavériques, formées par imbibition après la mort, au milieu de tissus non malades, et qu'un fort lavage peut quelquefois enlever ; mais c'est une distinction plus théorique que pratique. En elfet, ces deux espèces de coloration peuvent résistera tous les lavages, et leur nature est souvent impossible à préciser. D'une manière générale, on peut dire que la coloration rouge des tissus, prise à part, est un très-mauvais caractère anatomique de l'inflammation.
Le volume et le poids des parties sont très-ordinairement augmentés. Les tissus transparents acquièrent une plus grande épaisseur, et les organes vasculaires, comme les membranes muqueuses et les poumons, se tumélient d'une manière générale ou partielle, selon la quantité de l'exsudation séro-fibrineuse.
Ce gonflement, cette tuméfaction, sont surtout apparents dans les organes superficiels, et les parties présentent avec cette tuméfaction un aspect luisant plus ou moins caractérisé, une plus grande résistance que dans l'état normal, tout en étant le siège d'un ramollissement assez prononcé. Dans les parties profondes, ce gonflement a également lieu, mais il est plus difficile à reconnaître, et on ne peut le faire qu'à l'aide de la percussion. Il s'accompagne toujours dans les parties superficielles de pulsations incommodes, quelquefois douloureuses, dues à la diastole des artères, et que l'on peut considérer comme une sorte de fièvre locale, en raison de l'augmentation de température.
Comme je viens de le dire, la consistance des tissus enflammés est toujours modifiée d'une façon notable. Ordinairement accrue au début de l'inflammation, elle diminue à une époque plus avancée, et s'accroît de nouveau dans l'état chronique. La diminution de consistance constitue le ramollissement, état anatomique qui s'observe dans tous les tissus, môme les plus denses, comme les os, les cartilages, les tendons, etc., et qui est plus commun dans le cerveau, les muqueuses et les parenchymes. Ce ramollissement existe souvent avec une cohésion plus grande des tissus, qui sont plus consistants, mais plus friables. Le poumon hépatisé est plus lourd, plus dur, mais en même temps facile à déchirer, comme le tissu du foie ,• il en est de même des membranes enflammées, qui sont plus épaisses, plus denses, et, malgré cela, d'une faible résistance à la pression ou à la déchirure. D'une manière générale, on peut dire que l'inflammation aiguë diminue la cohésion des organes, tandis que la phlegmasic chronique l'augmente.
Ce qui modifie la consistance et la texture des tissus enflammés, c'est la présence des fluides infiltrés dans leur épaisseur. Le sang, le sérum, la lymphe, en augmentent le poids et la dureté, tandis que le travail inflammatoire les ramollit et les rend plus friables. Plus tard, dans l'état chronique, leur résistance et leur cohésion réelles dépendent de l'induration due à l'organisation de la lymphe et à la présence d'une quantité plus considérable de tissu conjonctif, fibreux et fibro-plastique, dans leur épaisseur.
Tout le réseau vasculairc des organes enflammés est le siège d'une congestion assez vive, et les grosses artères, ou veines du voisinage, sont ordinairement dilatées.
Le sang veineux y est plus rouge que dans les parties saines, et du côté cnilammé le sang renferme une proportion plus grande d'oxygène qui, étant égale h 1 pour le membre sain, varie de 1,50 à 2,50 pour le membre où siège la phlegmasici.
Le sang veineux du côté atteint de phlegmasie aurait également plus d'acide carbonique que celui du côté sain.
C'est à cette composition du sang, découverte par Ester et Saint-Pierre (1), que CCS auteurs attribuent la rougeur des parties enflammées. — Dans leurs expériences, le sang avait été pris dans la veine crurale des membres postérieurs du cbien, où de fortes cautérisations avaient produit l'état plilegmasique.
Les nerfs ne subissent aucun cbangement appréciable, et leur part dans l'acte inflammatoire est matériellement insaisissable.
Quel que soit le siège de l'inflammation aiguë, à l'extérieur du corps ou dans la profondeur des organes, dans les différents tissus, ses elTets aualomiques, appréciables au microscope et à l'œil nu, sont, à peu de chose près, les mêmes. Ils n'offrent de différences que celles qui résultent de la contexture organique des parties enflammées, et particulièrement de leur peu de capillaires sanguins. Vascularité plus grande avec rougeur, dilatation des capillaires; stase sanguine, avec augmentation de consistance et de poids; exsudation séro-fibrineuse, ramollissement et friabilité des tissus; formation de globules pyoïdes et purulents; induration fibreuse et fibro-plastique ; thrombose artérielle ou veineuse dans les phlegmasies vasculaires, voilà ce qu'on trouve à divers degrés dans toutes les parties affectées d'inflammation aiguë et chronique. Viennent ensuite les altérations secondaires de nutrition des éléments histologiques formant l'hypertrophie ou l'atrophie, la stéatose, le tubercule, le cancer, etc., lésions dont le point de départ est une inflammation moléculaire, cellulaire, si l'on veut, ou une inflammation plus étendue ayant laissé dans les organes un exsudât qui se transforme et qui produit les nosorganies (2).
En indiquant tout à l'heure les phénomènes matériels qui caractérisent l'inflammation, chacun a pu voir qu'il y avait au début un fait anatomique révélant un acte du système nerveux produisant le spasme, et Vatonie prépondérante des capillaires de la partie enflammée. — 11 est évident que le grand sympa-
(1) Estor et Saint-Pierre, Comptes rendus de l'Académie des sciences, h avril 186â.
(2) Nosorganies est synonyme de maladies organiques. (Voyez un peu plus loin le chapitre qui leur est consacré,)
DE l'inflammation.
ihiqiie est l'intermédiaire entre la cause morbide et la réaction inflammatoire. 11 osi évident que c'est lui qui fait la réaction, et que les vaso-moteurs excités, puis paralysés, occasionnent d'abord le spasme passager des capillaires, auquel succèdent le relâchement, la stase sanguine, l'engorgement, et par suite les phénomènes ultérieurs secondaires de la destruction des éléments organiques ou de la prolifération d'éléments organiques nouveaux. — A ce titre, l'indammalion est un trouble des fonctions du grand sympathique produisant des lésions secondaires qui s'enchaînent les unes aux autres comme des effets combinés à leur cause pouvant devenir cause <i leur tour.
Dans les parties dépourvues de vaisseaux le phénomène est le même, bien qu'il diffère anatomiquement, et c'est la sensibilité inconsciente ou organique qui est le point de départ de l'acte inflammatoire.
Eu même temps que s'accomplissent les désordres maténiels de l'inflammation aiguë, des phénomènes dynamiques, locaux et généraux, annoncent la souffrance de l'organisme. De la douleur, de la chaleur et différents troubles fonctionnels dans l'organe enflammé, de la fièvre et quelques phénomènes sympa: ihiques, apparaissent aux yeux du médecin.
La douleur varie depuis la plus légère exaltation de sensibilité jusqu'aux plus atroces souffrances. Elle est ordinairement très-aiguë dans l'inflammation des séreuses; sourde, gravative, dans celle des viscères intérieurs. Des parties peu sensibles ou insensibles dans l'état de santé, comme les tendons et les ligaments, possèdent, dans l'état phlegmasique, une sensibilité fort vive. Il est rare que la douleur manque dans les phlegmasies, excepté dans les parties du corps paralysées.
La douleur n'est pas en rapport avec le nombre ou le volume des nerfs de la partie phlogosée. Elle ne s'explique qu'imparfaitement par la pression, la distension des filets nerveux qui accompagnent les vaisseaux sanguins ; il existe probablement un changement encore inconnu dans la substance nerveuse, en un mot, un désordre de l'innervation.
La douleur n'est tantôt qu'une simple oppression, et ailleurs un picotement, une cuisson, ou une sensation de piqûre et de fourmillement. Parfois elle est aiguë, lancinante, déchirante, et térébrante.
La sensibilité propre des organes enflammés diminue ou s'abolit. On sait que la muqueuse nasale ne perçoit plus les odeurs dans le coryza. En outre, la douleur s'aggrave lorsque les organes entrent en fonction ; les mouvements sont douloureux dans le rhumatisme; les inspirations qui font entrer l'air dans les bronches enflammées provoquent la toux ; la déglutition est pénible dans l'angine, la miction dans l'inflammation vésicale, etc.
La souffrance des principaux viscères se traduit par des signes assez distincts et dignes d'être signalés.
Le plissement du front, l'abattement des traits, la tristesse du regard et le strabisme, témoignent souvent de la souffrance de l'encéphale; les yeux sail- Jants, la respiration fréquente, les narines dilatées, le visage coloré, font redouter celle des organes thoraciques; les traits étirés, crispés, l'excavation de
520 PATHOLOGIE GfiNÉRALE.
yeux, les ailes du iicz serrées, accompagnent les vives anxiétés produites par rinilammation du péritoine et des viscères de l'abdomen.
La chaleur se développe constaininent dans les parties enflammées et jusque dans la profondeur du corps, si l'inflammaiion est très-violenle.
Appréciable à l'aide delà main, sèche et quelquefois irès-élevée, elle diminue quand la sueur arrive, ce qui lui a fait donner les noms de chaleur forte, acre, mordicante, ou bien de chaleur douce ou halitiiense. Hunter (1), et, à son exemple, Tweedie, Becquerel, /Vndral, Monnerei, Traube (2), Hirlz (3), moi et beaucoup d'autres, ont vérifié ces faits à l'aide du thermomètre, et ont établi que, localement, si la température des parties enflammées ne s'élevait que de 1 à 3 degrés, la température profonde pouvait, au contraire, s'accroître de /i à 6 degrés centigrades.
, C'est avec raison que Robert-Latour a considéré l'augmentation de chaleuicomme le phénomène essentiel de l'inflammation, et, en effet, c'est le caractère constant de toutes les inflammations aiguës superficielles et profondes. . Différents troubles de sécrétion se manifestent dans les organes enflammés. Au début de l'acte inflammatoire, il y a souvent diminution des liquides sécrétés, comme on le voit par la sécheresse des narines et de la gorge dans l'angine et le coryza, par la suppresion de l'urine au début de la cystite, etc. ; les sécrétions peuvent, au contraire, être augmentées, et il arrive parfois qu'il s'en forme de nouvelles. Le mucus, les larmes, la bile, la salive, etc. , coulent avec abondance dans laphlegmasie des muqueuses, dans l'ophthalmie, dans la stomatite, et ces liquides sont alors plus irritants que d'habitude. Ailleurs, c'est à la surface et à l'intérieur des parties enflammées qu'il se fait une exsudation de &érum avec ou sans globules, de plasma ou de lymphe plastique, liquide fibrineux spontanément coagulable, qui établit les adhérences, forme les fausses membranes de la peau et des muqueuses, ce qu'on appelle à tort de la diphthérite, engendre les productions fibreuses et fibro-plastiques ou devient l'origine des tubercules. Enfin, un liquide entièrement nouveau se produit et s'infiltre, ou se rassemble en foyer ; c'est le pus, à la présence duquel se rattachent de nouveaux accidents morbides d'inflammation et d'ulcération des tissus.
Il ne s'établit pas d'inflammation un peu étendue, sans que des phénomènes généraux, sympathiques ci réflexes, en indiquent la prochaine apparition, l'invasion et souvent le degré d'intensité.
La fièvre, avec ou sans frissons, continue ou rémittente, caractérisée par des malaises, de la courbature, de l'anorexie, la fréquence, la force ou la petitesse du pouls, et par l'augmentation de la température profonde du corps, se montre
(1) Hunter, OEuvres complèles. Paris, 18^3.
(2) Traube, Ueber den Einfluss [Froriep's Tagesberichtc, 1851).
(3) Hirtz, Nouveau Diclionn. de méd. et de chirurgie praliqu-cs. Paris, 18G7, t. V/, art. Chaleur, p. 722.
DE l'inflammation. . 521
presque toujours avec cet état morbide. Elle est d'autant plus violente, que les individus sont plus jeunes, et n'est pas toujours en proportion avec les lésions locales. On voit quelquefois une forte fièvre avec des lésions insignifiantes, principalement chez les enfants, quelquefois chez l'adulte ; ailleurs la fièvre est en rapport avec l'étendue de ces lésions, cas ordinaire chez l'adulte; mais, chez le vieillard, la force de réaction diminue, et des désordres inflammatoires graves peuvent se produire sans fièvre. On en voit un exemple dans la pneumonie latente des personnes avancées en âge. M. Monneret raconte que dans la Salpêirière, de vieilles femmes atteintes de pneumonie se promenaient avec leur hépatisation pulmonaire et ont été frappées de mort subite dans les cours de l'établissement. Tous les médecins qui ont pratiqué à Bicetro ou à la Salpêtrière i)i)t vu des cas analogues, et chacun sait que des sujets atteints de pneumonie aiguë peuvent être sans fièvre, paraître en état de convalescence, et cependant avoir encore du souffle et du râle crépitant dans le poumon hépatisé. C'est qu'en effet, il n'y a pas de rapport certain entre les symptômes et les lésions morbides.
Parmi les autres phénomènes sympathiques de l'inflammation qui se prépare, je citerai les faits si communs chez les enfants : de la syncope^ du délire, des convulsions, des vomissements, de l'agitation, du tremblement, etc. , qui signalent souvent, avant tout autre phénomène, l'apparition des inflammations viscérales. Les forces de l'organisme, gravement compromis, traduisent ainsi par cette action réflexe et sympathique le désordre dont elles sont l'objet. Les fièvres éruptives de l'enfance débutent souvent par des convulsions; la pneumonie de l'adulte commence quelquefois par du délire, par un tremblement, par une syncope; des vomissements annoncent une méningite, etc.
Enfin le sang s'altère, et l'état inflammatoire, qui produit à l'instant une exsudation de fibrine modifiée dans les tissus malades, engendre aussi un excès (le fibrine altérée dans le sang, appréciable par la présence d'une couenne sur le caillot des saignées, et plus exactement encore par l'analvse chimique. La couenne résulte de la coagulation de la fibrine à la partie supérieure du caillot et de la précipitation des globules à la partie inférieure, à cause de leur poids spécifique plus considérable. Elle n'apparaît pas dans toutes les inflammations. Indépendamment de la forme étroite ou large du vase qui reçoit le sang, et de la rapidité du jet, ce qui modifie l'épaisseur de la couenne, elle est épaisse, dure, à bords relevés dans la pneumonie, le rhumatisme, la pleurésie et les inflammations franches. Elle est au contraire plus mince et moins dure dans les inflammations mal caractérisées, dites catarrhales. Ordinairement peu épaisse au début des phlegmasies, elle s'accroît avec l'état inflatîimatoire, et le sang d'une seconde saignée est plus couenneux et plus riche en fibrine que celui de la première.
D'après l'apparence de la couenne, on a prétendu reconnaître la quantité de fibrine du sang, et, en conséquence, l'intensité de rindammation. Quelques médecins ont admis un sang très-inflammatoire, un sang inflammatoire et mbinflammatoire. Ce sont des observations que l'expérience n'a pas confirmées
11 n'y a qu'un seul moyen d'api^-écior d'une manière exacte la (luantilè de fibrine du sang, c'est l'analyse cliiniiciue, et chacun sait les résultats ([u'elle a fournis dans l'étude de l'inllainmation. Le chillVe normal de 2 à 3 uiilliènies s'élève rapidement à mesure que s'accroît la maladie, etparviontà 5 et 0 millièmes. Dans quelques maladies, et particulièrement dans la pneumonie et dans le rhumatisme articulaire aigu, Andral l'a vu arriver à 7, 9 et même 10 millièmes. Ce dernier chiffre n'a jamais été dépassé.
Les symptômes de l'inflammation aiguë se succèdent en général d'une façon l éguliôre. Locaux ou -généraux, leur marche est à peu près la même dans tous les cas, et, sauf de rares exceptions, elle peut être indiquée d'avance.
L'effort et l'acte inflammatoires sont l'elï'et réflexe d'impressions morbiliques déterminées, et se montrent après un intervalle de temps qui varie de quelques heures un ou plusieurs jours. Il semble qu'il y ait ici, comme pour las maladies virulentes, une période d'incubation de courte durée, dans laquelle l'organisme prépare ses moyens de réaction contre le mal près d'éclater, et que signalent déjà quelques prodromes, tels que des malaises, un peu de lassitude, d'inappétence, etc.
Ordinairement l'inflammation éclate par une sensation plus ou moms marquée de froid, accompagnée de tremblement musculaire caractéristique des frissons. Alors commence dans la partie enflammée, à l'extérieur ou intérieurement, une hypérémie avec douleur plus ou moins vive, et gêne des fonctions de l'organe malade, avec chaleur et gonflement du tissu, avec flèvre et les troubles généraux qui en résultent. L'exsudation séreuse et séro-fibrineuse s'opère, puis le ramollissement, la suppuration, l'ulcération ou la gangrène, et enflu la disparition du mal. Chez certains malades, il y a prédominance des troubles généraux qui ouvrent ia marche de l'efl-ort inflammatoire, tandis qu'ailleurs, au contran-e, ces accidents viennent un peu plus tard, accompagnent ou suivent seulement les accidents locaux. La pneumonie aiguë et les phlegmasies internes débutent très-souvent par un frisson, des malaises, une indigestion, etc.; et les panaris, les ophthalmics, les inflammations traumatiques et autres phlegmasies superûcielles, primilivement dépourvus de phénomènes généraux graves, n'offrent ces accidents que plus tard, lorsque les désordres matériels sont assez étendus.
L'inflammation, une fois développée, reste ordinairement arconscnle ou bornée dans le tissu primilivement envahi, sans occuper les parties vois.n^ ou intermédiaires, et ce n'est que très-rarement qu'on la voit ^^'^f^^'^^' proche en proche, aux organes voisins. Ainsi la pneumonie reste l.m.tee da s un point du poumon, le phlegmon dans une partie du tissu ^^11"1»>;-^' .f ^ point il y a des lois que l'observation a dictées. En général, comme l a dit Bicl, , la phlegmasie se borne aisément, quand les tissus voisins ne sont pas de mem nature que le tissu aiïecté. Les maladies de la muqueuse bronchique et ocu a r ne gagnent point l'œil ni l'extérieur des bronches; l'inflammation du péritoine ne s'étend point 'a la muqueuse de l'intestin, et ainsi des autres.
DE l'inflammation. 523
Ailleurs rinflammaiion s'éiend et se propage avec une rapidité surprenante, soit à des parties semblables, soit à des parties différentes ; le tissu cellulaire ou cononctif, renfermé dans la trame organique, sert, connue l'a dit Bichat, et après lui tons les histologistes, do moyen de transport à l'inllammation. Ainsi marcbont l'érysipèle, dit ambulant, le piilegmon et les abcès qui fusent dans les interstices musculaires et dans les gaînos tendineuses ; la carie vertébrale, ([ui jette ses produits le long du psoas ; certaines opbthalmies, qui pénètrent dans le cr.ine; l'eczéma, qui produit l'entérite; le coryza, qui passe dans le larynx; la pblegniasie gastrique, qui se communique au foie; les tubercules pulmonaires, qui produisent la pleurésie; les abcès qui s'ouvrent à l'extérieur (Ml perforant les tissus, etc.
Dans quelques cas, la propagalion des plilegmasies s'effectue par un procédé tout différent. Le même effet réOexe qui caractérise sur un point la réaction contre l'impression niorbifique se produit sur d'autres parties : ainsi la réaction rhumatismale accomplie sur une articulation peut se produire sur d'autres et sur le cœur; l'ophthalmie d'un seul œil passe aisément à l'autre. — Ailleurs, elle est le résultat de l'absorption par les veines ou par les lymphatiques qui, malgré les ganglions, portent dans les viscères des noyaux ou des nucléoles cellulaires, et peut-être, quoi qu'en disent certains anatonn'stes, des cellules morbides, qui font embolie capillaire ou qui, se fixant dans un organe, se développent et pullulent à l'infini, — Tel est le mécanisme de l'infection diphthéri tique, ' et je reviendrai plus loin sur ce sujet, — Ainsi se forment aussi les noyaux tuberculeux ou cancéreux des viscères; les abcès métastatiques des poumons, du foie, des muscles, de la résorption purulente; les plilegmasies muqueuses intérieures, qui résultent souvent d'une affection cutanée trop rapidement disparue, etc.
Chez quelques malades, les phlegmasies se succèdent les unes aux autres à litre d'effets secondaires, ternaires ou quaternaires. Ainsi la pneumonie résulte de la rougeole des bronches; la variole produit des furoncles, ceux-ci l'érysipèle et le phlegmon, etc.
L'inflammation est un état morbide dont la marche est ordinairement continue, n'offrant d'intermittence et de rémittence que dans ses phénomènes généraux, essentiellement dynamiques et mobiles, comme tout ce qui dépend de la vitalité. Une fois établie, elle parcourt nécessairement quelques-unes de ses périodes, en s'arrôtant plus ou moins rapidement, suivant l'énergie et l'efficacité de la médication. Quant aux inflammations intermittentes se reproduisant à intervalles réguliers et rapprochés, elles sont très-rares.
Il n'y a d'inflammations intermittentes que celles qui s'arrêtent à la première période, dite d'hypérémie, quand celte hypérémie cesse pour revenir le lendemain ou le surlendemain sous l'influence des causes ordinaires de l'intermittence, car, à une période plus avancée, lorsque l'inflammation a déterminé l'exsudalioiî séro-fibrineuse et purulente, avec ramollissement des tissus, son cours fatal ne peut Olre arrêté par aucun agent naturel ou dynamique. Elle ne saurait cesser on quelques heures.
52Û PATIIOr.OGll'. OÉNÉRALK.
Ce que l'on a appcl6 des inflammations intermittentes ne sont que des congestions ou plileginasies accompagnées de symptômes intermittents, comme il arrive dans les pays do fièvre. Ce sont des maladies compliquées d'intoxication paludéenne ; et de même qu'on admet des fièvres pernicieuses, apoplectiques, dysentériques, pneumoniques, etc., il faut admettre comme degré inférieur, dans les localités marécageuses où règne la lièvre intermittente, des plilegmasies compliquées de l'élément intermittence, et dans lesquelles, sans trop se soucier de la lésion locale, il faut d'emblée avoir recours au spécifique de l'inlermiticnce, c'est-à-dire au sulfate de quinine.
Les terminaisons de l'inllammation sont très-variées. Quand l'efi'ort et l'acte inflammatoires ont produit les désordres matériels si connus de l'hypérémie, du ramollissement et de l'exsudation séro-fibrineuse locale, avec troubles dynamiques intenses et altération du sang, le retour à l'état normal ne se fait pas à la minute, et il s'opère par degrés, au moyen de procédés différents, suivant les individus et selon la nature des phlegmasies. Ces procédés sont la délitescence, la résolution, h suppuration, Vulcération, la (jangrène, l'induration, et h dégénérescence des éléments, le passage à Vétat chronique et la mort.
A. La délitescence est la disparition rapide des phénomènes locaux de l'inflammation, soit lorsque, après ce résultat, le malade revient à la santé, soit, au contraire, ce qui est plus fréquent, lorsque la phlegmasie se reproduit ailleurs dans les viscères par métastase (1).
La délitescence résulte toujours d'une violente impression morale ou physique de froid, de vide opéré sur un point du corps, de soustraction de sang, etc. Une forte saignée arrête quelquefois une phlegmasie à son début, et il en est de même d'une grande ventouse Junod appliquée sur un membre, ou de l'aspersion méthodique d'eau froide sur une partie. Malheureusement, quand ces moyens ne réussissent pas, ils augmentent souvent le mal qu'ils devaient enlever, et le rendent infiniment plus dangereux qu'il n'eût été sans leur emploi. Il y a très-rarement lieu d'y recourir.
B. La résolution entraîne par degrés, d'une façon naturelle et toujours heureuse, les produits séro-fibrineux et plastiques de l'exsudation inflammatoire. En même temps que décroissent les phénomènes généraux, la rougeur, la chaleur, le gonflement et la douleur des tissus disparaissent; un travail de résorption enlève lentement la sérosité et la lymphe épanchées, et tout rentre dans l'état normal, sauf un léger empâtement des parties où a en lieu l'exsudation. Cet état résulte d'une hypérémie qui persiste encore quelque temps après la guérison.
C. La suppuration est une terminaison ordinaire, mais non pas constante de l'inllammation. Plus fréquente dans les tissus vasculaires, tels que la peau, les
(1) Voyez livre I", Des métastases, p. 322.
DE l'inflammation. 525 séreuses les muqueuses et les parenchymes, que dans les tissus fibreux, irmsculaire et osseux, elle dépend en grande partie de l'acuité et de la nature intime de reiïort inflammatoire. — L'inflammation aiguë donne lieu à des suppurations muqueuses et cutanées superficielles ou à la formation rapide d'abcès dans la profondeur des organes, tout comme les phlegmasics diatliésiques puerpérales, morveuses, catarrhales, etc. Il en résulte des abcès aigus ou abcès chauds, des pix ou des catarrhes ; des abcès froids, chroniques, parce que l'inflammation qui les a précédés n'a rien d'appréciable et a persisté, sous forme latente, pendant un plus ou moins grand nombre de mois ; enfin des infiltrations purulentes dans le parenchyme des viscères.
C'est aux dépens de l'exsudation séreuse et séro-fibrincusc inllammatoirc que se forme le pus, par suite d'une transformation singulière de ses éléments, d'où résulte la production de cellules spéciales dites leucocytes. — Sans pouvoir rien préciser sur les causes intimes ni sur le mécanisme de cette génération de cellules purulentes, il faut se contenter de dire que dans le plasma inflammatoire se développent des corpuscules d'une extrême ténuité (fig. 20),
Fig. 20.— Kloments du pus au premier et au Fig. 2t. — Pus des premières douze
deuxième joiu' (*). lieures (**).
qui se rapprochent pour former des noyaux, lesquels s'entourent rapidement d'une enveloppe plus ou moins granulée qui est la cellule de pus. — C'est du moins ainsi (fig. 20 et 21) que le microscope permet d'apprécier la formation de ce hquide.
A mesure que se forme le pus, il s'infilirc dans la trame organique et y séjourne plus ou moins longtemps jusqu'à sa réunion en foyer, c'est-à-dire en abcès, ou jusqu'à son rejet au dehors, s'il est formé sur la peau ou à la surface
(*)«,«,", petits noyaux ; /y, /), noyaux plus développés ; e, c, f, jeunes eellulus autour de plusieurs noyaux ;</,(/, (i, grandes cellules avec noyaux dont (juelqucs-uues renferment un nucléole : e, c, c, «lobules de sang. (I) après Lelicrt.) ' > ; ! o
P Petits globidins qui nllrent eu a, n, a des eonloiu's foncés et un aspect nucléaire : b, h, h et r, e, r, novaux entoures d un lindje pàli! (pu devient leur enveloppe, (i.eliert.) • i i .
des membranes séreuses et muqueuses. — Dans un foyer ou sur des surface^ muqueuses et culan6es dépourvues d'épiderme etd'épiiliélium, le pus sort d'une membrane accidcnlelle rapidement formée, plus ou moins épaisse, mamelonnée, qui a rcr.u le nom de membruiw pyogmique. On la trouve à l'intérieur des abcès, dans les trajets fistuleux et sur toutes les solutions de continuité de la peau et des muqueuses. C'est un moyen naturel d'isoler le pus des parties restées saines. Couverte d'inégalités, de bourgeons charnus, cssenticllemont celluleuse et vasculaire, elle sécrète le pus avec plus ou moins d'abondance, et avec des qualités variables selon la nature du sujet et l'essence de la phlegmasie. — Elle est douée d'une grande faculté d'absorption, et laisse passer l'iode, l'arsenic, la quinine, l'opium qu'on dépose à sa surface. Elle peut absorber la partie la plus liquide du pus de manière à faire disparaître entièrement des abcès. Enfin, très-sensible aux irritants, elle sécrète davantage, sous leur influence, soit du pus, soit une lymphe coagulable qui s'organise et rapproché les parois d'un foyer. — On utilise cette dernière propriété en médecine, lorsque, après avoir évacué par ponction le liquide d'un kyste, d'un épanchement séreux ou d'un abcès froid, on injecte sur toutes les parties du foyer de l'eau bromée, de la teinture d'iode, de l'alcool, etc. , pour amener leur rapprochement au moyen d'une inflammation adkésive.
Mais, si cette membrane, organisée à la surface des plaies, des vésicatoires, etc., fournit la suppuration, elle l'arrête lorsque les bourgeons charnus moins vasculaires se recouvrent d'épithélium. Dans ce dernier cas, la suppuration se tarit au pourtour de la plaie et dans la profondeur des tissus, qui reviennent graduellement à leur état normal. Les parois du foyer s'agglutinent de la profondeur à la surface, une cicatrice muqueuse ou cutanée se fait de la circonférence au centre, et bientôt il ne reste plus rien de l'ancien état phlegmasique qu'une cicatrice plus ou moins apparente.
Le pus formé dans la profondeur et à la superficie des tissus enflammés varie singulièrement d'aspect et de composition, d'après la texture des organes et d'après la nature de l'état inflammatoire. Ainsi le pus et le mucus, si longtemps séparés et considérés comme des points différents, sont des produits inflammatoires semblables, provenant, l'un des muqueuses, et l'autre de n'importe quel tissu enflammé. Le pus d'une phlegmasie franche, blanchâtre, épais et crémeux, diflerc du pus grisâtre, séreux, des phlegmasics cachectiques ou dialhésiques, et cependant ces produits ont une même origine, qui est l'inflammation. On le voit h chaque instant dans le pus des ulcérations cutanées, scrofuleuses, ou syphilitiques, dans le pus si rare du rhumatisme polyarticulaire aigu, dans le pus de phlegmasies goutteuses, morveuses, etc.
11 difl'ère également, dans les premières heures, de ce qu'il sera plus lard, lorsqu'il aura acquis une maturité complète. Ses éléments sont mal formés et difficiles à reconnaître, comme on peut s'en assurer dans la figure 23.
Le pus des parties atteintes de phlegmasie aiguë franche est liquide, blanc, jaunâtre, opaque, crémeux et consistant. D'une saveur douce, son odeur est nulle, à moins qu'il ne soit putréfié. H a une pesanteur spécifique de 1,030 a
DE l'inflammation. 3^'
l 033. C'est une émnlsion fornice do sérum tcnaiU eu clissoliilioii cl eu suspension un irès-graïul nombre de matières solides. — Il renferme 8 à 9 parties (l'eau, et le reste est constitué par de l'albumine, une petite quantité de fibrine, (le l'osmazome, de la cholcstérine, une matière particulière découverte cl nouiniéc }>yine par Gueterbock, du lactate, du phosphate et du clilorurc de soude, (Mifin du phosphate de chaux et des traces d'oxyde de fer.
Abandonné à lui-même et au repos, il se divise en deux parties : l'une, solide, formée de globules ow leucocytes, qui se dépose, et l'autre, liquide, ronslituée parle sérum qui surnage. En général, les globules ou cellules de pus lig. , 20, 21 et 22) sont arrondies, frangées sur les bords, ondulées à la surface et
22. — OoliiiU'S [PUS ù divers LÇi'ossissL'inuuts ]'"r;. 23. — Globules ]ivokles.
de 3 à 500 diamélres (*). (I.eliert.)
d'un diamètre de 1/80' à 1/120'' de milHmètre. Formées d'une enveloppe transparente, elle contiennent un à trois noyaux de 1/200° à l//iOO'= de millimètre rendus plus transparents par l'acide acétique, et rarement ces noyaux re>^ferment des nucléoles. Autour des noyaux existent un certain nombre de granulations moléculaires.
A côté des cellules bien formées du pus, il y a souvent d'autres cellules analogues, également arrondies, frangées comme elles, mais ne renfermant pas de noyaux dans l'iniérieur (fig. 23). Ce sont les corps granuleux d'inflammation, appelés cellules pyoïdes par M. Lebert (1).
Toutes ces cellules, solubles dans l'acide acétique, résistent à l'action de l'eau, de l'ammoniaque, de l'urine, et ne disparaissent qu'avec difficulté. On les a considérées, mais à tort, comme caractéristiques du pus. Outre la ressemblance de certaines jeunes cellules épithéliales avec le pus, d'après M. Lebert, il y a encore impossibilité absolue, d'après Ch. Robin (2), de les distinguer de
(1) Lebert, Physiologie pathologique. Paris, 1845. — Traité d'analomio pathologique générale el spéciale. Paris, 1861-C5,
(2) Robin dans Liltrc et Robin, Biclionnaire de médecine, 12" édition. Paris, 1865.
''-'J^' o-"'!""; "> r-'i -ll„laire;
528 PATHOLOGIE GÉNÉKALii.
certains (jlobides blums du sang, si variai)les, connue on le sail, dans leur forme cl dans leur volume. Vax ciïel, il n'est pas de sang normal (jui ne contienne (iuel([nes globules blancs absolument semblables, par leur dimension, par lein- apparence extérieure, par les noyaux et par les dillérentes réactions ciùniiques, aux cellules de pus. Ici, comme partout ailleurs en médecine, il ne faut accorder qu'une importance secondaire aux données du microscope, (jui doivent toujours être subordonnées aux résultats de l'analyse clinique.
Avec les cellules de pus il y a toujours une plus ou moins grande quantité de graisse sous forme de gouttelettes d'huile, et quelquefois de cristaux de cliolestérinc. On y a également trouvé des vibrions de dilférentes espèces (fig. 2i), mais cela est assez rare.
Le pus offre de nombreuses variétés. Il y a un ])us normal, louable, qui est blanchâtre, épais et crémeux; un \)m séreux, ou sauic purulente, grisâtre, claire, dont les cellules sont rares et mal conformées; un pus infect, corrom|)u
Vui. 25. — l'IIS coDimençaiit ii siil.ii r l'iG. 24. — Inlusoires du pus (*). hi régression griiisseusu (iiiéluiiior-
]iliose gruisseiisc)(**).
par son mélange avec de l'air dans l'intérieur du corps; un pus sanguinolent; un pus tuberculeux mêlé à de la matière tuberculeuse, et un pus muqueux ou mucus, exclusivement sécrété par les membranes muqueuses. Longtemps on a cru que le mucus était un produit particulier distinct du pus, parce que, d'une part, le mucus mêlé à l'eau surnage, taudis que le pus se précipite au fond du vase, et, de l'autre, parce que les cellules du mucus sont beaucoup moins bien formées' que celles du pus. Malgré ces différences, il y a complète identité de nature entre les deux produits, et la dissemblance résulte de la texture du tissu chargé de la sécrétion.
Le pus s'altère d'une façon notable lorsqu'il reste enfermé dans la profondeur du corps à l'abri du contact de l'air. Les cellules peuvent disparaître, et il ne reste qu'un liquide granuleux, ou elles se remplissent de granules moléculaires
(*\ Vibrions du mis. - /I, vibrions ordinaires (Vihvio rvi/ul" cl Ihm.la, lih.vnb.): «. «, l-'"'' f
inélauiorpliosc eoinuieuranle ; ^ eellides avee nnyanx •^^',;X';^':;'':!.;|;i:i^°' J -l^^^l^C-
c "b lHiles sraniileux {lîlobules inllaiumalniics) ; </, d M''"''*!'"' ^l"! "le i c, i^inulsion, .lai.iu»
J-°Gros.sissw.ionl ; 350 diunuHrus. (Virrlmw, PalhoUyic cvIluUurc, lig. b6.)
D£ l'inflammation. 529
de nature graisseuse, et, la partie liquide étant résorbée, il ne reste plus qu'une niasse caséeuse plus ou moins compacte. C'est ce que j'ai observé dans quelques abcès froids et dans les abcès tuberculeux des ganglions ou de la colonne vertébrale. Un de ces faits a été présenté à la Société de biologie (1).
Le retour des parties à l'état normal, après la suppuration, est toujours plus difficile et plus lent que dans la terminaison par résolution, à cause du travail secondaire accompli dans la trame organique sur la quantité d'exsudation séroflbrineuse qui s'y trouve. Il faut un temps, en général, très long aux organes suppurés pour reprendi-e leurs fonctions avec toute leur activité naturelle ; niais, avec cet inconvénient, celte terminaison de l'acte inflammatoire est encore une des meilleures pour entraîner entièrement bors des tissus tout ce qu'ils renferment de nuisible.
D. Si l'inllanmiation est très-violente ou causée par une impression morbifique spéciale, la gangrène peut en être la conséquence. Des portions de I issus et d'organes infdtrées de lymphe plastique n'admettent plus une suffisante quantité de sang dans leur intérieur pour suffire aux besoins de la nutrition, et il se produit une mortification lente ou lapide, suivant les cas, et qui produit des eschares plus ou moins étendues. Une fois cette gangrène établie et limitée, il y a dans les tissus un corps étranger organique dont l'élimination est indispensable au rétablissement de la santé, et un travail inflammatoire commence pour séparer ce qui est mort des parties restées vivantes. Autour de l'eschare l'inflammation sécrète du pus, et une ulcération suivie de cicatrice se fait peu à peu autour et au-dessous d'elle. La gangrène entraîne donc à sa suite l'ulcération et une suppuration très-prolongée. C'est une des plus mauvaises terminaisons de l'ellort et de l'acte inflammatoires.
E. L'ulcération résulte souvent de l'inflammation, lorsqu'à la surface des membranes enflammées l'épiderme ou l'épithélium, ramollis par l'acte inflammatoire, se détachent et laissent à nu la surface muqueuse ou cutanée sur laquelle transsudent le sérum, la fibrine et le pus ; lorsqu'il se fait un travail semblable dans les follicules muqueux et cutanés; lorsque, enfin, une phlegmasie profonde a déterminé la formation d'un abcès profond et que le coiilenu du foyer s'approche spontanément de l'extérieur pour se vider au dehors à la peau ou dans une cavité muqueuse communiquant avecl'extérieur. Alors des solutions de continuité superficielles plus ou moins larges, avec ou sans bords apparents, se forment à la surface de la peau et des muqueuses telles que l'intestin, la vessie ou autres, et elles sont le siège d'une exsudation fibrineuse, plastique et purulente jusqu'à ce que la cicatrisation se soit opérée.
Quand l'ulcération se fait dans les parois d'un foyer purulent caché dans la profondeur des organes, elle amincit peu à peu les tissus du côté de la peau, si l'abcès n'en est pas éloigné, ou du côté d'une cavité muqueuse voisine. C'est un acte naturel qui sert à la guérison spontanée des abcès, et qu'on peut consi-
(1) Bouchul, Abcès froii du volume d'un œuf terminé par la résolution {Comptes rendus de la Société de biologie, 1856. Paris, 1 857, p. 59).
B. — PAÏUOL. GÉN. 2^
(lôror coiîinie une des i)lus belles uiiinifeslalions des ellorts conservateurs de la nature. Hunier a prétendu explitjuer ce fait d'une autre manière. Sachant que la pression continuelle exercée sur un orgaïKi ou sur un tissu hate l'absorption sur un point compnnié : exemple, l'action d'un anôvrysme sur les os, d'une jarretière sur le mollet, etc., il a pensé que l'ouverture spontanée des abcès profonds était le résultai d'une absorption analogue, suile de la pression de dedans eu dehors vers le point le plus rapproché de la peau ou d'une surface muqueuse, à l'endroit où l'abcès est soumis à une pression extrôtriement moindre. — On a l'idée de ce fait en songeant à la rupture d'une vessie qu'on presse dans presque toute son étendue, en laissant une de ses parties libre de toute compression. — C'est le point le moins comprimé vers lequel se fait la distension, jusqu'à la rupture de la poche. Dans un abcès, c'est ce point, le plus comprimé en dedans, qui s'use par absorption et qui ferait cheminer les abcès au dehors. Malheureusement pour la réalité de cette explication, quand un abcès s'ouvre à la surface de la peau, il ne s'ouvre pas ainsi par absorption pure et simple des tissus, il y a en même temps ua acte inflammatoire caractérisé par la rougeur, la tuméfaction, la chaleur et la douleur, et cette prétendue absorption n'est qu'une inflammation cheminant peu à peu en détruisant les tissus devant elle. De plus, quand ce travail d'ulcération progressive est encore loin de sa fin et que la peau a encore une certaine épaisseur, si l'on ouvre l'abcès au-dessous de la partie amincie, de manière à vider le foyer, à enlever toute pression de l'intérieur à l'extérieur, l'ulcération ne continue pas moins là où elle a commencé, et, à côté de l'ouverture faite par le chirurgien, la nature fait la sienne, de façon à faire deux ouvertures. Un médecin qui sait les usages de la nature évite cette complication en ouvrant l'abcès là où la nature lui a montré qu'elle allait agir {medicus viimster naturœ). L'ouverture spontanée des abcès par ulcération u'est donc pas le résultat de la pression mécanique du pus agissant de dedans en dehors.
Quand l'abcès, au Ueu de cheminer vers la peau ou une cavité muqueuse, pour verser son pus à l'extérieur, se trouve près d'une cavité séreuse, close de toutes parts, l'ulcération se fait de la même manière, mais, au Ueu d'ouvrir un chemin dans cette cavité sans issue, elle provoque l'adhéreuce des deux feuillets de la séreuse, de façon à pouvoir la traverser impunément et à prévenir tout épanchement nuisible. Une fois les adhérences établies, le travail d'ulcération continue et l'abcès arrive au dehors, sur la peau ou dans une cavité muqueuse - Les abcès du poumon s'ouvrent aussi à travers les parois thoraciques après avoir traversé la plèvre, dont les feuillets ont été préalablement rapprochés au moyen d'adhérences inflammatoires (1). Les abcès de l'ovaire el du ligament large s'ouvrent ainsi à la peau, dans la vessie et dans l'intestin, après avoir provoqué les adhérences du péritoine, et il en est toujours ainsi, à moins de rupture prématurée faite dans un effort, ou de toute autre façon accidenlelle, brutale, supérieure aux forces intelligentes et douces delà nature.
(1) Boucliul, Mémoire sur les fistules pulmonaires cutanées [Bull, de fAcad. imp. de viédecine. Paris, 1853i54, t. XIX, p. U, et Gazette médicale, 1853).
DE l'inflammation. 531
L'ulcération, fort avantageuse au malade loi'squ'elle donne passage à des produits inflammatoires renl'ennés dans la profondeur des tissus, est quelquefois iiuisilile et devient la source d'accidents graves lorsqu'elle ne peut pas se fermer, ou qu'elle creuse les tissus au point d'amener leur perforation, (^ela dépend de sa nature et de sa cause déterminante. En cas d'ulcération inflammatoire franche chez un sujet bien constitué, sa guérison est rapide ; mais^ chez les individus cachectiques, dans les grands hôpitaux et avec les diathèses syphilitique, scrofuleuse, scorbutique, morveuse, etc., qui modifient si profondément la crase des humeurs, les ulcérations sont difficiles à guérir et constituent l'un des accidents les plus fâcheux de l'acte inflaiïimatoire.
F. L'induration, caractérisée par la dureté permanente des tissus atteints d'inllamniation, indique, soit l'accroissement des molécules normalesd'un tissu, ce qui constitue l'hypertrophie, soit la présence d'une exsudation de lymphe plastique, qui ne peut être absorbée et au milieu de laquelle se forme du tissu conjonctif, fibreux et fibro-plastique. On y trouve alors des noyaux embryoplastiques, des fibres fusiformes, des fibres de tissu cellulaire, etc. C'est l'indice du passage de l'inflammation à l'état chronique, et alors, quoiqu'on en ait dit, une foule de produits morbides nouveaux peuvent prendre naissance. Dans ces tissus atteints d'induration, de la graisse^ du tubercule, des éléments cartilagineux, osseux, calcaires, des concrétions de toute sorte, se développent d'une façon plus ou moins évidente. Ces productions ne sont pas nécessairement le résultat d'une inflammation antérieure, mais il est certain que l'inflammation peut les produire, et chaque jour l'étude clinique en fournit la preuve.
G. Le passage à l'état chronique est une terminaison très-fréquente de l'acte inflammatoire à ses différentes phases. Il y a des hypérémies inflammatoires qui durent très -longtemps à un degré d'intensité variable. La suppuration chronique est très-commune sur les muqueuses, et constitue le catarrhe chronique ; elle existe également sur la peau recouverte d'ulcères, dans les organes profonds ouverts à l'extérieur par suite d'abcès ou de productions morbides suivies de suppuration. C'est l'induration qui, par sa présence, caractérise surtout la phlegmasie chronique d'un organe, et, en effet, c'est elle qui survit le plus longtemps à tous les autres phénomènes inflammatoires.
Au reste, le passage à l'état chronique n'est pas seulement caractérisé parla prolongation exagérée des phénomènes anatomiques locaux de l'acte inflammatoire, il se traduit encore au dehors par l'absence ou la diminution des phénomènes de chaleur, de douleur, de fièvre et d'augmentation de fibrine dans le sang, qui accompagnent ordinairement l'inflammation aiguë. L'augmentation de fibrine dans le sang cesse avec l'état aigu, et, comme l'a signalé M. Andral n'existe dans l'état chronique que par hasard, lorsque, avec la chronicité des troubles locaux, existe un état fébrile prolongé. C'est là le cas de la phthisie pulmonaire. La persistance des phénomènes locaux, jointe à la disparition des troubles dynamiques, est donc ce qui caractérise le passage de l'inflammation à l'état chronique.
H. La mort est enfin la conséquence possible de l'inflammation, lorsque, par
la maligiiilé de sa nature, par sa spécificité, par sou étendue et par son siège dans un orgaue important, elle s'attaque aux sources de la vitalité, qu'elle tarit ou dont elle suspend l'exercice en désorganisant les tissus ou en déterminant la résorption de produits morbides qui empoisonnent le sang.
C'est à propos des terminaisons de l'inflammation qu'on a soulevé la question de savoir quel est le degré d'influence de cet état particulier dans la gêné- | ration ultérieure des nosorganies hypertrophiques, fibreuses, fibro-plasliques, i tuberculeuses, épithéliales, cancéreuses, chondroïdes, osseuses, c'est-à-dire de l'hypertrophie, de l'atrophie, des tubercules, des tumeurs fibreuses ou cartilagineuses, du cancer, etc. Les uns soutiennent, avec Broussais, que l'inflammation est la cause des maladies organiques, tandis que les autres rejettent cette influence dans le domaine des hypothèses.
A ne juger la question que d'après les apparences, il semblerait évident que l'inflammation ne précède pas toujours la production des tubercules, des hypertrophies, des cancers et des autres maladies organiques, car un grand nombre des malades affirment n'avoir jamais rien éprouvé qui ressemble à des symptômes d'inflammation; mais, il faut le dire, les renseignements de cette nature ne sont d'aucune utihté, et ce n'est pas sur eux qu'on doit s'appuyer pour résoudre ce point de doctrine éliologique.
L'inflammaiion ofi"re tant de degrés et de variétés, depuis la simple hypérémie, avec ou sans exsudation séro-fibrineuse, jusqu'à l'induration ; de l'état aigu' à l'état chronique, de l'acuité évidente à la forme latente insaisissable, qu'il faut être très-réservé pour se prononcer sur les transformations dont elle peut être suivie. Dh-e, comme tant de médecins, que l'inflammation n'engendre pas ultérieurement de dégénérescences organiques, parce qu'on n'a pas assisté au début du mal, parce que nul phénomène morbide n'a été signalé, ou parce qu'on trouve tous les jours des nosorganies qui paraissent être exemptes d'inflammation circonvoisine, cela n'est pas concluant, car d'autres peuvent soutenir avec non moins de raison, que des inflammations aiguës passent a l'état chronique, et que leurs exsudais se transforment en nosorganies hypertrophiques, tuberculeuses, cancéreuses, osseuses, etc. Personne, en efifet, h'est en droit de considérer comme chimérique l'influence de l'inflammation sur les transformations organiques, et l'on peut citer un très-grand nombre de faits qui établissent, au contraire, la réalité de cette influence. L'exsudation fibrineuse de la pleurésie aiguë, qui tapisse les parois des côtes, se transforme quelquefois en matière tuberculeuse, en cartilage et en tissu osseux ou calcaire. Exemple : le cas où une femme opérée de tumeur du sein succombe de vieillesse après, et présente dans la partie correspondante de la plèvre une plaque calcaire étendue. 11 en est de même de l'exsudation inflammatoire du péricarde et des valvules cardiaques, du péritoine, de l'arachnoïde, du périoste, etc. L'hypérémie permanente des tissus amène leur hypertroph'^ 5 cest ce qu'on voit dans les muscles, dans la peau, dans le foie, dans les aniyg-
I)K L'[NFL4MMATI0N. .''.'ÎS
(laïcs, dans les ganglions lymphatiques, etc. — Les oblitérations capillaires consécutives à rinllainmation produisent l'atrophie et la transformation graisseuse ; l'inflammation superficielle d'un point de la peau, ou d'une verrue, est souvent suivie d'épithélioma ou de cancer, ce qu'on voit sur les lèvres des fumeurs iilleintos de cancroïde, dans le cancer du scrotum, dans les verrues cancéreuses. — L'hypéréniie inflammatoire latente du poumon et la bronchite occasionnées par les poussières minérales, végétales ou animales, etc. , produisent souvent les tubercules, et il en est de même dans les ganglions lymphatiques des scrofuleux enflammés h la suite d'une irritation des parties voisines. — Les gi'anulations grises demi-transparentes du poumon, de la plèvre, des séreuses et des ganglions lymphatiques, se transforment en matière tuberculeuse jaune cru. Or, ces granulations sont composées d'éléments de tissu fibro-plastiquc (noyaux oinbryoplastiques, avec les cellules épilhéliales de la région), produit inflammatoire non contestable ; donc le tubercule cru peut être un résultat de l'intlanimation. Ces éléments fibro-plastiques, noyaux et cellules, se dissocient, s'infiltrent de matière grasse, et forment, par métamorphose granulo-graisseu.se (1), cette production morbide mal organisée qu'on appelle le tubercule. — Il n'est pas de produit pathologique, hypertrophie ou atrophie, épithélioma ou enchondrome, ostéophyte, tubercule ou cancer, etc., qui ne puisse être la conséquence d'une phlegmasie antérieure, et dont le développement n'ait jpu être attribué d'une manière positive à l'état phlegmasique. Eu est-il toujours ainsi? On ne saurait le dire, puisque très-souvent le début de ces maladies organiques, reste ignoré ; mais il suffit d'un certain nombre de faits bien avérés pour établir la part de l'inflammation dans les dégénérescences organiques, et il est infiniment probable que, dans tous les cas où son intervention n'a pu être constatée, elle n'en a pas moins joué un rôle important.
En effet, outre les phlegmasies aiguës, qui sont impossibles à méconnaître, il y a des phlegmasies chroniques plus ou moins étendues, miliaires, quelquefois, et des phlegmasies latentes, qui passent inaperçues, et dont l'influence sur le développement des maladies organiques est immense. Cela dépend surtout de la constitution et de l'idiosyncrasie des individus sur lesquels elles se développent. L'hypérémie et l'exsudation fibrineuse grande ou petite ont des conséquences difi'érentes et des transformations spéciales chez les pléthoriques, chez les scrofuleux, chez les syphilitiques, chez les dartréux, etc. Ici elles engendrent l'hypertrophie, là les tubercules, ailleurs le cancer, l'épilhélioma, le fibroïde, l'enchondrome, etc., selon la nature du support et de la diathèse préexistante. Quoique latentes, leur existence est rendue incontestable jwr l'analyse cadavérique, et il y a certainement beaucoup moins de motifs pour nier que pour affirmer leur influence.
(1) C'est ce que, d'après quelques auteurs allemands, des savants français dénationalisés appellent nkjression, ou bien nécroUose, mort de la vie, d'où ils ont fait le verbe nécrobio ser, en oubliant tout ce que peut avoir de fâcheux pour notre langue l'introduclion d'un pareil patois et d'une aussi incompréhensible manière de s'exprimer.
53/1 r/VTHOLOGIE GÉNÉRALE.
Au reste, si l'iiiflainmation n'engendre pas d'une façon constante les productions morbides, elle est souvent un des clîels de leur développemenl. ti'esl un ell'et qui s'ajoute à sa cause et qui l'augmente en l'aggravant. Le tubercule produit par l'inflammation dans les poumons ou dans une glande y détermine à son tour une phlegmasie plus violente, qui est la source d'accidents plus ou moins graves. C'est la loi commune des productions morbides. Quelle que vsoil leur origine, elles provoquent tôt ou tard, dans leur voisinage, une hypéré»nie et une inflammation plus ou moins vives qui troublent les fonctions de l'orgaue aiïccté, et engendrent quelquefois de nouveaux produits morbides de la même espèce.